samedi 31 mars 2018

Vinti anu e ka vintia dia

Bonjour !

"Penses à ton avenir, faut cotiser pour la retraite", "faut que tu penses à ce que tu veux faire de ta vie". Oui, c'est mieux. Si je dois cotiser pendant quarante-trois ans et que je commence à travailler vraiment qu'à trente ans, ça va me poser problème. Ceci dit c'est la réalité aujourd'hui pour ma génération : après les études ça galère avec des petits boulots jusqu'à à peu près trente ans où on entre dans le monde du travail. "Penses à ton avenir".

Vous vous souvenez (ou peut-être pas, sans doute pas d'ailleurs), en Juin j'avais écrit un article pour dire que je ne savais pas ce que je ferais dans un an (même pas quatre mois plus tard, d'ailleurs). Aujourd'hui, rien n'a changé. J'en sais rien. Je ne sais pas ce que je ferais après mon Service Civique, et toutes les voies qui m'intéressent semblent bouchées. L'armée ? je ne suis pas à niveau physiquement ; STAPS ? je suis nulle en maths ; Relations Internationales ? je n'ai pas le niveau en anglais ; l'école de journalisme ? ça me tente finalement peu ; Service Volontaire Européen ? encore une planque pour gagner un peu de temps sans être payée. Il ne me reste plus que les petits boulots, sachant que je n'ai pas le permis et que je n'ai jamais travaillé de ma vie. Je suis pas prête de cotiser pour la retraite.

Et je m'en fiche. Rien n'arrive pas hasard. J'aurais la vie que j'aurais. Je sais aussi que je suis faible que je ne parviendrai sans doute jamais à trouver les ressources en moi pour me donner vraiment les moyens de faire les choses. Alors j'aurai la vie que j'aurai. Sans doute médiocre, à l'image de ma propre médiocrité. Et je ne parle pas de salaire... je parle de tout le reste. Mais je m'en fiche... enfin, je m'en fiche... c'est inexact. Mais disons que je ne peux pas faire grand-chose de plus.

Je crois toujours que des opportunités se présenteront, et que les autres je devrais me les créer. Et j'aurai la vie que j'aurai. Je ne crois pas au destin, faut pas pousser. Mais je crois que rien n'arrive par hasard. J'aurai la vie qui correspond à la personne que je suis. Y'a un petit côté déterministe dans ce que je dis, un côté un peu fataliste. Ça correspond assez à mon état d'esprit des derniers jours (semaines ?) : je patauge, je m'enlise, je ne vois plus que les défauts et les impossibilités. Et pourtant je nourrie encore ce rêve que je ferai des choses. Que vingt ans ne sont pas vingt jours et que j'en ferai des choses.


Nta fasi kusa,
Vinti anu e ka vinti dia.
C'est une chanson de Fernanda Fernandes, reprise par Elida Almeida. Je l'aime beaucoup, elle est très positive (la traduction de toute la chanson sur le site d'Elida Almeida). Mais, d'un autre côté, peut-être qu'elle me nourrit d'illusions. Sans doute d'ailleurs. C'est un peu ce que je vous disais la dernière fois... je m'enlise dans des projets qui sont des fantasmes, voilà...

Je voulais faire un article un peu positif, pour dire qu'on s'en fiche si on sait pas ce qu'on veut faire, et au final je me retrouve avec un article un peu tristounet plein de questions et de pessimisme... je me suis un peu résignée, je crois. Je ne sais pas si j'ai raison et si je vois les choses de manière "objective", ou si je ne suis plus capable de voir les choses positives. Je ne sais pas si j'ai raison quand je dis que je suis faible et que je n'arriverai jamais à rien ou si je force le trait parce que mon état d'esprit des dernières semaines n'est pas au top. Au fond on s'en fiche. L'important, ce qui détermine les choses, c'est la manière dont je me vois. D'ailleurs ça me fait penser que les articles sur comment être heureux, et, pire se soustraire aux "coups de mou", m'exaspèrent, m'agacent : les êtres humains n'ont pas un moral constant : c'est la vie. Fin de la parenthèse.

Je rêve de choses que je n'aurais probablement jamais parce que je ne sais pas me donner les moyens. Parce que je me suis intéressée à plein de trucs tard et que je suis résignée à l'idée que le train est passé et que c'est trop tard. J'essaye de réparer un filet de pêcheur avec des bouts de ficelle pour avoir les derniers poissons du banc quand, en faisant avancer le bateau, je pourrais peut-être espérer rattraper le gros de la flotte.

Mais j'ai quand même envie de croire que vingt ans ne sont pas vingt jours et que j'ai le temps de faire des choses, de trouver une voie, de m'embarquer sur un véhicule, qu'il soit un radeau, une barque, une voiture de course, une charrette, une trottinette, un balai, ou un âne, et d'avancer sur un chemin.

Je crois que, dans la forêt dense de mes rêves, il va falloir que je me résigne au réalisme, que j'enchaîne les petits boulots. Ou que je trouve une planque, pour gagner du temps, pour fuir, pour glaner quelques semaines qui vont me permettre de trouver un plan, un vrai plan...

Nta fasi kusa raisonne plus comme une prière, un cri du coeur, que comme un pied-de-nez lancé à ceux qui n'y croient pas. On est sans doute très loin de l'esprit de la chanson...


Source photo – Olivier & Pascale Noaillon Jaquet
Source photo – Guilhem Vellut 

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6 commentaires:

  1. Oui entre 30-40 ans, si tu n'as pas un métier stable et des enfants, on se soucie de ce que les autres penseront...et la retraite dans tout ça ?! Au fait, cela m'est égal dans le présent car depuis peu j'ai réalisé que le plus important c'est de faire un métier que l'on aime faire et je l'ai trouvé. Mon chéri, lui il a eu son doctorat et la société la rejeter car pas d'emploi pour lui. Mais là, il a trouvé son bon plan pour le moment pour faire ce qu'il plaît même s'il gagne peu. Au moins on arrive à s'organiser et profiter de nous et de la famille.

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    1. C'est vrai, faire un métier qui nous épanoui est super important !

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  2. Pourquoi ne pas prendre rdv avec un psy de l'orientation ? Même si j'en ai une mauvaise expérience, peut-être qu'ils sauront davantage te conseiller..
    Tu peux te rapprocher d'un cio, d'une mission locale..
    Pourquoi ne veux-tu plus être dans le journalisme ?

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    1. Parce que les psy de l'orientation ça sert à que dalle... y a une fille de ma classe en Term' qui savait pas trop ce qu'elle voulait faire, quelles étaient ses possibilités, elle savait juste qu'elle voulait pas travailler dans un bureau. La meuf l'a renvoyé aux fiches de l'Onisep (qu'elle avait déjà lues...).
      CIO ?
      J'avoue que j'avais pas pensé aux missions locales... (alors que y'en a une qui bosse dans le même bâtiment que nous en plus xD)
      Ce n'est pas que je ne veux plus être dans le journalisme, au contraire, mais c'est plutôt que je ne veux pas faire d'école.

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  3. Wahou, je ne m'attendais pas à ça !

    Déjà, la retraite, on s'en fout et tu sais pourquoi ? On ne sait absolument pas si elle existera encore dans 43 ans alors ... J'avoue ne jamais y penser et je ne compte pas dessus. Pour ma vieillesse et ma fin de vie, je trouverai un autre moyen !

    Tu patauges, tu patauges ... C'est normal. Tu penses que tu es médiocre et que tu ne sais pas te donner les moyens. Mais comment peux-tu alors que justement, tu ne sais pas quels moyens pour quelle direction ?

    J'ai ressenti cela de nombreuses années. J'ai réussi à m'en sortir en faisant une croix sur mes fantasmes d'avenir. J'avais besoin d'argent, je n'en pouvais plus de ne plus savoir vers quoi me tourner, où aller, m'enliser dans des études .. Donc j'ai bossé.
    Je n'avais jamais bossé de ma vie mais en ville, même sans permis, on m'a très rapidement laissé ma chance : restauration, sncf, boulangerie ... Pas des métiers de rêve, je me disais que j'étais sans doute condamnée à faire ça. J'avais raté ma chance, mes études, c'était trop tard ... Fataliste à fond.

    En réalité, ça m'a fait du bien. C'est en étant confrontée directement au monde du travail, en étant active et en gagnant mes premiers salaires que j'ai enfin pu visualiser mon avenir et ce que je voulais. Parce que j'avais des expériences dorénavant, qui me permettaient de savoir ce que j'aimais et que ce que je n'aimais pas.

    Et après, ça n'est pas trop tard. Au contraire ! Oui, en France, on nous fait sentir que c'est foutu si à 30 ans, tu sais toujours pas. En France, on est encore pro mono-carrière. Mais c'est fini, tout ça. On peut mettre du temps à trouver, changer pleins de fois, être touche à tout ... Et c'est génial.

    Moi, j'ai un gros rêve depuis que je suis gosse, ce fantasme dont tu parles, que j'ai nourri, puis délaissé, puis tué, puis ressorti, puis redélaissé ... Je pensais que passé 20, puis 25, voire 30 ans, ce serait foutu. Aujourd'hui, je me rends compte que je peux le réaliser n'importe quand, et ça me met en joie.

    Aujourd'hui, je fais un métier qui me plait, demain je m'aventurerai dans autre chose. Dis-toi bien que tu n'as pas nécessairement besoin de diplôme, ni d'avoir fait telles ou telles études. Il existe un tas de pont qui te mèneront là où tu pensais ne jamais pouvoir aller. Ca m'est arrivé et ça t'arrivera.

    C'est difficile de sortir de cette pataugeoire. Peut-être te faut-il un peu d'action ? Pourquoi pas un mi-temps quelconque à côté duquel tu pourras continuer de cheminer ?

    En tout cas, ne t'inquiètes pas, ça passera. Et tu n'es pas médiocre Melgane ! Ca me met en colère de lire ça (même si je comprends le sens de ce dénigrement) !!!

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    1. Merci beaucoup pour ton commentaire ! Ça me fait beaucoup de bien de dire ça !

      Je peux te demander ce que c'est ton gros rêve ?

      Au début j'avais penser prendre un boulot à côté de mon Service Civique, pour faire entrer un peu de sou-sous dans la tirelire. Mais vu que je suis plutôt dans une ville en décroissance (et que j'ai pas de voiture pour aller à la zone industrielle d'à côté) j'ai abandonné l'idée... pour le moment. L'année prochaine, comme vraisemblablement je vais retourner chez mes parents et pas recommencer des études, ben il va bien falloir que je travaille !

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