mercredi 21 mars 2018

Identité

Bonjour !

Je n'ai pas vraiment problématisé mon article, donc je ne sais pas vraiment où tout cela va me mener (enfin, nous mener puisque vous êtes censés lire ;P) mais je vais me lancer quand même !

Depuis quelques temps je pense aux questions autour de l'identité et notamment autour du nom, du prénom, du surnom, du pseudo, du nom de plume : vous avez compris : autour de comment une appellation dit ou non de qui nous sommes. Et deux choses sont venues nourrir cette réflexion. D'abord un article de Marièke (Mécanisme d'histoires) sur le nom d'auteur ; et une discussion autour des prénoms avec des collègues.

Une collègue disait qu'elle pensait que les prénoms que nous portons peuvent influencer notre manière d'être et il me semble que ça ait été scientifiquement prouvé – enfin en tout cas je me souviens avoir entendu parler d'une étude où les chercheurs avaient demandé aux enquêtés de deviner le prénom d'autres personnes à partir de leur photo et que ça avait plutôt réussi. L'explication serait que l'on adapte (dans une certaine mesure) notre comportement/personnalité en fonction de notre prénom. Par exemple une Marie qui serait très gentille, aimante, solidaire, engagée pour aider les autres, etc.

Mon prénom, il me va. Autant comment il sonne que sa signification. D'ailleurs, depuis la remarque d'une amie, j'ai remarqué que j'ai presque exclusivement investi mon identité dans mon prénom. L'année dernière je signais un mail à un prof, elle a jeté un coup d’œil à mon écran et s'est étonnée que je ne signe que de mon prénom, sans mon nom de famille, alors qu'elle, elle signe prénom-nom. Mais pour moi il me paraissait naturel de ne signer que de mon prénom (et je signe toujours mes mails avec mon seul prénom). Alors que, a contrario, une amie de ma sœur déteste son prénom et demande à être appelée par son nom de famille (y compris aux profs). Du coup, je trouve ça intéressant de voir comment on choisit de se présenter en fonction de la personne que l'on croit être et comment on investi (ou pas) les mots qui nous nomment.

Je crois que j'ai "renié" mon nom de famille, que je l'ai écarté de mon identité sans même m'en rendre compte, parce que j'ai un peu peur de plus ressembler à mon père que je ne le voudrais, et comme mon nom de famille est le sien... en tout cas c'est la première explication qui me vient. Pourtant quand je dois décliner mon identité j'ai tendance à dire le nom avant le prénom. En même temps, pour l'identité civile, le nom de famille a une grande importance...

Et puis il y a la question des facettes de l'identité, et de comment on la refonde. Un collègue s'est appelé sur Facebook avec un prénom qu'il adore et qu'il aurait aimé porter. Je crois qu'à un moment il y a eu une espèce de mode sur Facebook aussi qui consistait à n'écrire pour son nom de famille que les consonnes. Ça me fait penser à une espèce de signe d'appartenance, du type : entre amis on écrit son nom selon le même modèle. Un peu comme le surnom : le surnom c'est aussi l'appartenance à un groupe (un club sportif, un groupe d'amis, de collègues...) dont les membres partagent des références communes (l'origine du surnom donné). Et c'est aussi un signe de proximité avec les gens, je pense. Moi par exemple je n'ai jamais eu de surnom. Je n'ai jamais eu d'amis très proches non plus.

Nous changeons d'attitude et de manière d'être en fonction du groupe avec lequel nous sommes (famille, amis, collègues...) (et même de la langue qu'on utilise, d'ailleurs !) et donc nous changeons aussi un peu, possiblement, d'identité – ou en tout cas nous mettons en avant une autre facette de notre identité.

Il y a aussi la question du nom de plume. Dans son article, Marièke dit que l'une des raisons pour lesquelles elle a choisi de ne pas écrire sous pseudo c'est qu'elle ne voulait pas se cacher, qu'elle voulait être parfaitement transparente et ne pas cacher des bouts de sa personnalité, qu'elle voulait se sentir "entière et vraie". C'est assez drôle, comme raison, parce que c'est l'une des raisons pour lesquelles, si je suis publiée un jour, je le serais sous pseudo !

Même si mes personnages principaux ne sont pas mes doubles, ils sont chargés de quelque chose de moi, d'ailleurs tous les personnages portent un peu mes questionnements, et tout le roman, dans son intrigue et dans le sujet qu'il essaye de traiter, porte ces questionnements, interrogations, tentatives de réflexions... (comme tous les auteurs/artistes, nan ?) et ce que je mets de moi dans mes romans je ne le mets finalement que dans mes romans. D'abord parce que j'ai beaucoup de mal à faire confiance aux autres et donc à parler de moi, de l'intime (y compris sur ce blog où finalement, même si je le fais davantage qu'avant, je parle relativement peu de moi), et parce que pour moi le processus d'écriture est un dialogue de moi à moi, sans doute du fait de la dissociation corps-conscient-inconscient que je fais. Je me bats pas mal contre mon inconscient, finalement, et l'écriture est le seul moment où je dialogue avec lui et où je dis que l'on forme une bonne équipe. De ce fait, ce que je dis de moi dans mes romans, ou plutôt ce que je mets de moi, je ne peux pas le mettre ailleurs. Ou difficilement. C'est donc une facette de mon identité très particulière.

Un roman c'est aussi une construction. Et je pense que c'est... logique que je refonde mon identité en la reconstruisant. On pourrait dire que je mens, que je me cache. Mais, en fait, par le nom d'autrice, je montre peut-être davantage que par mon nom civil : puisque je montre la facette de mon identité qui correspond à mon roman. Et donc je ne cache pas : je montre. Un peu comme la Vénus d'Urbin de Titien qui cache son sexe de sa main et fait que l'on ne voit plus que ça. Surtout que mon nom de plume sera une reconstruction prénom-nom faite à partir de mon prénom (encore un signe que j'ai investi seulement dans mon prénom mon identité).

Et puis le nom civil n'est chargé potentiellement de rien. Le nom civil est un nom neutre utilisé par l'administration. L'administration ne reconnaît ni les pseudos ni les surnoms. Alors évidemment, si vous êtes quelqu'un qui tient beaucoup au groupe social famille, à la solidarité familiale, l'aide, et toutes les valeurs autour de la famille, sans doute que vous couper de votre nom va vous embêter, et que votre nom civil sera investi d'autre chose que de la neutralité de l'administration. Mais moi, mon nom civil, c'est celui avec lequel je vais signer mes contrats de travail, celui avec lequel je paye mes factures... c'est un nom neutre, un nom parce que l'État en a besoin d'un pour m'identifier. Mais il ne porte pas mon identité, en réalité, dans le sens où il n'est investi que de peu de mon intimité, finalement.

Et vous ? Quelle est votre relation à votre nom ?

Source photo – bpmm

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4 commentaires:

  1. Très intéressant comme questionnement !

    Je n'avais jamais - mais alors JAMAIS - réfléchi à ce rapport entre nom/prénom et identité ; merci d'avoir soulevé le tapis :-). Pourtant, internet se prête énormément à cette réflexion avec tout ce qu'il véhicule de problématiques liées à la vie privée notamment, qui me préoccupent beaucoup.
    Là, à chaud, je dirais que mon nom/prénom sont avant tout des éléments administratifs neutres comme tu le dis si bien : ce sont des indicateurs qui permettent de me trouver dans la vraie vie, de savoir ce que je fais, où, avec qui, de me pister en somme, et c'est un un vrai boulet. Car si "pour vivre heureux, vivons cachés", alors pour le coup, le bonheur, c'est raté !
    Je n'aime pas spécialement mon prénom d'ailleurs ; il me semble qu'il représente encore un poids, celui d'autres (en l'occurrence, les parents) qui ont fait un choix qui me suivra toute ma vie à ma place. C'est un peu comme un éternel rappel que finalement, la liberté est un leurre, inaccessible. Je crois que j'aimerais vivre dans un monde où l'on n'a pas un nom unique et immuable mais des noms, qui évolueraient avec nous dans l'âge, l'expérience et les lieux, des noms qui permettraient de refléter nos différentes facettes. C'était le moment violons au coucher du soleil. Et cela dit, j'utilise surtout mon prénom seul dans mes communications, essentiellement pour "casser" un peu les distances artificielles et les dépersonnalisations que créent à me sens le vouvoiement et l'utilisation d'un nom générique à une famille.
    Quant à ta réflexion sur le nom de plume, je la partage totalement ! Sauf à écrire des essais sur des sujets "professionnels" qui font le lien avec notre emploi, je crois que le nom de plume est un excellent moyen d'immersion de soi dans son œuvre - et donc de sincérité. Ça rejoint complètement mon envie de noms multiples en fait.

    Bref, merci d'avoir stimulé ma matière grise en cette fin de journée avec cet article !

    Belle fin de semaine à toi :-)

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    1. Je crois que des noms multiples et changeants seraient un casse-tête pour l'État ! En attendant on est obligé de s'arranger avec la marge de manoeuvre que l'on a ! J'en ai pas parlé, mais il y a l'anagramme, qui peut être sympa (moi avec mes prénom et nom, faire un anagramme est un casse-tête mais bon xD).

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  2. Super intéressant cet article. Je pense que je vois aussi les choses comme toi même si je comprends que beaucoup voient une sincérité plus authentique à travers le vrai nom/prénom qu'au travers d'un pseudonyme. Mais finalement, ce nom/prénom on ne le choisi pas. A aucun moment de notre vie. Il nous ait donné avant même que notre personnalité se soit exprimée. A mon sens il ne reflète que le choix des parents, voire, la mode du moment de notre naissance.
    Comme toi je trouve le pseudonyme plus intime, donc plus sincère. On le choisi, on le construit soi-même donc il devient notre identité propre. C'est celui qu'on décide d'être, peut être parfois même une version "améliorée" de soi. Le mien c'est "Darkrevette" et il existe depuis 10 ans maintenant. Je ne me serais pas vu appeler mon blog autrement, certainement pas par "Kelly". C'est un prénom que j'adore (par chance!) mais il y a des milliers d'autres Kelly dans le monde. Moi je suis moi. Et il y a tout un cheminement qui à mené à ce pseudonyme.
    Après est ce que mon prénom civil à influencé ma personnalité je n'en sais rien xD Peut être que comme il était atypique et original (pour la France) je le suis devenue ? *sort*

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    1. Merci ! :DD

      C'est drôle que tu parles de la notion de choix, parce que quand des personnes interviennent à la radio et qu'on doit changer leur nom parce qu'elles veulent pas leur vrai identité, je dis "tu veux t'appeler comment ? profites-en, c'est pas tous les jours qu'on choisit son prénom !" :P

      Oui, le pseudo est plus sincère.
      Le côté "version améliorée" ça me fait penser aussi à l'anagramme. Des fois, quand on a des lettres sympas (pas comme moi xD) on peut faire des anagrammes facilement et là on peut, sans quitter son identité civile (enfin pas trop) en refonder une. Par exemple avec des prénoms comme Reine, Honoré, ou des prénoms qui descendent de certains animaux (Léo, Léonie...), ou n'importe quel prénom dont la signification nous plaît !

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