mardi 28 février 2017

Faut-il publier sur son blog ?

Bonjour !

Comme beaucoup de question du genre en "doitonfautil" c'est la question de l'obligation qui pose problème. Et c'est la question de l'obligation que je veux vous poser aujourd'hui. Parce que figurez-vous que je suis tombée, en jetant un œil à la sélection Hellocoton, sur la publication d'une blogueuse qui proposait cinquante idées d'articles. D'habitude, quand je vois passer ce genre de chose je ne fais pas vraiment attention mais, ce soir, ça m'a posé question.

Ces derniers temps, parmi les blogueuses que je suis, plusieurs ont publié pour dire qu'elles allaient publier mieux, sans se mettre la pression, à leur rythme, que, avec leur nouvel emploi du temps elles ne pouvaient pas publier trois articles par semaine et qu'elles n'allaient pas se forcer à le faire. J'ai aussi lu d'autres articles prônant une préférence de la qualité à la quantité, de revenir au plaisir de bloguer hors des confrontations malsaines de blogueuses jalouses (que je n'ai jamais vues, pour ma part) (je suis un coeur pur, moi madame, si-si-si ! :P). Alors forcément, voir là, mis en avant au même endroit que ces billets encourageant une façon de bloguer plus saine, un article proposant des idées d'articles aux personnes qui sont en panne d'inspiration, ça fait tout drôle. Et ça me pose question.

Faut-il publier sur son blog ? Doit-on garder un rythme ?

Évidemment, je ne parle pas ici des blogueuses et blogueurs qui gagnent de l'argent avec leur blog et sont donc obligés, pour pouvoir vivre et avoir des revenus à la fin du mois, de se maintenir haut dans les résultats des moteurs de recherche et donc de publier beaucoup. Je parle des blogueuses et blogueurs comme moi, amateurs, en recherche de partage (oui, je sors le cliché, vous pouvez lever les yeux au ciel !), de débats, d'aide parfois, d'un exutoire...

On pourrait se dire que, en soi, cet article des cinquante idées d'articles ne fait pas de mal, que c'est juste un article. Mais il pose question parce qu'en fait il sous-entend que si vous ne publiez pas, si vous n'avez pas d'idée, ce n'est pas bien et qu'il faut corriger ça... c'est problématique, je trouve. Parce que ce n'est pas grave de ne pas publier. Cette année j'ai plus de mal avec la radio en plus de la fac ; je ne suis pas du tout régulière. C'est ici mon quatrième article du mois quand en Janvier j'en avais moitié moins, et l'année dernière deux fois plus à la même période. Et alors ? 

Alors évidemment on peut me rétorquer – et on aura raison – que cet article donne juste des idées et que les personnes qui le lisent ne sont pas tenus d'écrire les cinquante d'articles (d'autant qu'il y a plusieurs catégories, dont la beauté, et que tout le monde ne blogue pas sur la beauté), mais c'est la raison de cet article qui me pose question. On pourra encore me rétorquer – et on aura raison (ou la fille qui se démonte elle-même ^^') – que c'est gentil de donner des idées d'articles parce qu'il y a des personnes qui veulent publier et ne savent pas quoi écrire. Certes oui.

Moi aussi parfois j'ai envie d'écrire mais je n'ai pas d'idées parce que rien n'a attiré mon attention ou que je pense que ça ne vaut pas la peine de pondre un article pour ça... mais je choisis d'attendre, pour pouvoir publier plus tard un article qui me fait vraiment envie, un article personnel, et pas un article que j'aurais pris dans une liste (sont à mettre à part les projets lancés par certaines blogueuses qui proposent que tout le monde écrive sur un même thème, parce que la raison du projet est fondamentalement différente). On peut me dire "chacun sa stratégie, si ça se trouve des articles de la liste vont vraiment être inspirants". Tant mieux, mais ce n'est pas ce que je cherche à dire.

Mon propos c'est que ce genre d'article dit "vous ne savez pas quoi publier ? Voici quoi faire !" : clef en main. D'ailleurs, la blogueuse qui a publié cette liste dit qu'elle sait que "ce n’est pas toujours évident de savoir quoi écrire ou quoi publier sur son propre blog" (je n'écris pas cet article pour la dénigrer ou quoi que ce soit, hein, qu'on soit bien d'accord, mais je trouve que cette phrase pose question dans son fond et je la cite à titre de base de réflexion comme je citerais d'autres propos lus ou entendus (comme lorsque j'ai utilisé les micro-trottoir réalisés pour la radio)). Comment ça de "savoir quoi écrire" ? Il y a des règles ? On pourra me dire que ça veut juste dire que l'on n'a pas d'idées, pas d'inspiration. Mais ce n'est pas ce que dit cette phrase. Elle ne dit pas "ce n'est pas facile de trouver l'inspiration" elle dit "ce n'est pas facile de savoir quoi écrire". Comme si on pouvait avoir bon ou faux (en tout cas c'est de cette manière que je l'ai ressentie). Alors que pourtant elle relève ensuite l'enjeu principal : "sur son propre blog".

C'est la clef. Son propre blog. Il n'y a pas de règles. Pas d'interdits en dehors des limites de la loi. Pas d'injonction de rythme, pas d'injonction de thèmes, pas d'injonction à se renouveler... et on voit bien que, quand on se force, ça termine mal. Ces derniers temps j'ai lu pas mal de blogueuses qui disaient qu'elles s'étaient forcées et qu'elles avaient perdu un peu du goût d'écrire. Moi-même j'ai eu une courte période, il y a quatre, cinq ans je crois, sur mon blog précédent, où je me levais en me disant "il faut que je trouve un article". Et au final j'écrivais de mauvais articles, sans intérêt, que j'ai supprimés avant de revenir à quelque chose de plus naturel, de plus décomplexé, et de moins stressé. Parce que quand on se met la pression c'est contre-productif.

On pourrait me dire que je dramatise l'impact des articles donnant des idées de quoi publier sur son blog... en fait on pourrait me contredire sur beaucoup de points et me rétorquer beaucoup de choses, que j'ai reconnues dans mon article et sans doute d'autres encore. Mais je pense quand même que ce genre d'article donnant des idées d'articles pose question. Pose la question de l'obligation mais pose aussi celle de l'originalité des articles et euh... je ne sais pas trop comment le formuler mais disons... un peu comme si ça unifiait tous les blogs, où on allait trouver partout la même chose... déjà que la plupart des designs, tout blanc avec des modules aux bords colorés, se ressemblent, alors les articles... moi je suis contente quand un lecteur (c'est arrivé deux fois déjà) me dit que tel ou tel genre article n'est pas vu beaucoup sur la blogosphère et que c'est chouette. Pas vous ?

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Getty

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dimanche 19 février 2017

Petite réflexion sur la non-importance de la beauté

Bonjour !

Au début du mois Darkrevette me demandais ce que je devenais. Et j'avais dit que je pensais faire un article sur le rapport à la beauté. Eh bien me v'l'a ! (♪ elle arrive, elle est là : Karaba ! ♫♪ (pardon, je l'avais dans la tête, ça me faisait rire de l'écrire (on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, surtout à cette heure tardive) (oui, presque-vingt-et-une-heure c'est tard !))). À vrai dire, je ne savais pas trop comment commencer... Le micro-trottoir que l'on a fait avec une amie pour l'émission de demain après-midi me donnait quelques pistes mais, après plusieurs tentatives, je me suis dit que ce serait mieux de l'intégrer dans un article à l'image de l'autre jour que d'en faire un article exprès. Alors j'ai pris mon mal en patience et finalement je sais. Je sais comment je vais aborder le sujet (victoire !) (non, cette fois je n'ai pas de chanson de film d'animation, et nah ! :P).

Je vais vous parler de The Voice (je sais, c'est facile, partez pas tout de suite !). Hier soir j'ai regardé l'émission parce que j'aime bien les auditions à l'aveugle (et Mika) et est revenue une réflexion que je m'étais déjà faite l'année dernière : ils sont tous beaux (surtout Mika :P). Les candidats sont tous beaux, ou passables à la télé sans être les canons de l'année. Ils sont beaux. Tous. Vous me direz : c'est la télé, faut pas choquer et perturber le téléspectateur moyen, puis en plus on est sur TF1, la chaîne qui a désapé Rayane Bensetti pour faire de l'audience... Certes. Mais parallèlement ils vous martèlent que les candidats ne sont pas jugés sur leur physique mais que sur leur voix et uniquement sur leur voix (j'aurais dû noter le nombre de fois où il l'a dit, d'ailleurs). Ah ? C'est vrai, les jurés ne les voient pas. Mais ils sont tous beaux (pourtant il n'y a pas que les beaux qui chantent bien). Jolie contradiction.

Contradiction aussi dans ce que les personnes que nous avons interrogées pour notre micro-trottoir nous ont dit. Notre première question était "pour toi c'est quoi une belle fille et un beau garçon ?", étant entendu qu'on voulait savoir quel était leur type. Les six premières personnes interrogées (par groupe de deux) nous ont dit que le physique n'était pas important, que c'était l'intérieur qui comptait. Mais ensuite, deux questions plus tard, quand on demandait à quel point la beauté comptait sur une échelle de un à dix, ils nous disaient sept ou huit. On était bien embêtées de l'incohérence. Et puis mon amie m'a justement fait remarquer que, bien que l'on ait annoncé que l'on travaillait sur les idéaux de beauté, la question n'avait peut-être pas été comprise et que les personnes l'avaient peut-être comprise comme "belle personne". Alors on a ajouté "physiquement" à notre question, histoire qu'il n'y ait plus aucun doute sur le sens. Et on a halluciné.

Le premier garçon que l'on interroge avec notre question toute neuve toute belle nous dit sans flancher "alors physiquement... c'est l'intérieur qui compte". Ah ? Ah. Ah... Bon. Admettons, admettons. Sauf que, deux questions pour tard il répond, sans presque une once d'hésitation, sans même penser à reprendre les termes de notre question comme on l'avait demandé : "bah dix !" comme si c'était évident. Comment ça "bah dix" ? Tu viens de nous dire y'a vingt seconde que "physiquement c'est l'intérieur qui compte" ! Hallucinant. Incroyable. Irréaliste. On était sur le cul. Pourtant notre question était claire et les personnes suivantes ont répondu "correctement" et leur chiffre sur l'échelle était cohérent avec leurs réponses (par exemple deux filles qui parlent de l'intérieur et qui sont entre deux et quatre, ou un garçon qui dit que quand même c'est assez important et se place à sept-huit). Mais quand même. On était sur le cul.

De là est née une remarque évidente : les premiers nous ont sans doute répondu ce qu'ils pensaient que l'on voulait entendre, ils ont triché et nous on les a piégé avec notre question de l'échelle. Parce que sans doute que c'est mieux de dire que l'on ne s'intéresse pas au physique dans cette société plaine de retouches et de non-représentativité et que les qualités intérieures sont tellement plus importantes... Pourtant, une des premières interrogées, qui avait dit que l'intérieur comptait, quand mon amie a demandé ce qu'elle regardait en premier chez l'autre, a répondu directement "le visage". Ah ? Ah.

Comme dans The Voice ! Le physique on s'en fiche : l'important c'est la voix, mais ils sont tous beaux ! C'est le même principe : la beauté compte pas, c'est l'intérieur l'important, mais on se met à sept ou huit sur l'échelle.

C'est important la non-importance de la beauté. Avec tu peux dire et montrer que tu n'es pas superficiel, que tu t'intéresses vraiment aux gens et pas juste à leur apparence. Tu peux dire et montrer que tout le monde a sa chance. Moralement c'est plus intéressant, ça permet de minimiser l'impact du physique : si c'est l'intérieur qui compte je m'en fiche que l'autre ait un visage que je juge disgracieux ; si le physique ne compte pas j'ai toutes mes chances de réussir dans la chanson, voire même, si on élargi le champ, de réussir dans la vie.

Alors que l'on sait que les beaux, ou les gens perçus comme beaux, ont des augmentations et des promotions plus facilement, plus rapidement, que l'on les voit tout de suite plus gentils, plus droits dans leurs bottes. C'est en grande partie inconscient, mais pas seulement. C'est aussi plus valorisant d'avoir des amis beaux, de nous entendre dire que l'on est beau... Il y a une injonction, presque, à être beau, à être comme si ou comme ça : plus fins, plus musclés, plus bronzés... Et comme on cherche de plus en plus à dénoncer ça, à dénoncer la place de l'apparence, de la beauté, eh bien on préfère ne pas admettre que l'on y accorde de l'importance. Les mouvements qui naissent pour dire qu'il faut s'assumer comme l'on est, avec ses formes, etc. parlent aussi beauté et nous demandent de nous trouver beau : il faut, à défaut d'être beau, se trouver beau !

Il y a un paradoxe qui serait je pense intéressant à creuser !

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Laurent Vu/Bureau 233

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jeudi 16 février 2017

Non, la prison n'est pas la seule solution !

Bonjour !

François Fillon a dit qu'il voulait durcir le système pénal pour les jeunes de seize ans, mettre la majorité pénale à seize ans... Quand j'ai entendu ça ce matin ça m'a... attristé. En ce moment je ne vais pas super bien, alors quand j'entends dire des conneries pareilles sur des sujets qui m'intéressent et me touchent ça m'envoie encore plus dans la désillusion et la tristesse (et pour une fois je n'exagère pas, haha ! :P). Fillon a dit que, désormais, un jeune qui attaque un policier devait savoir qu'il risquait la prison... c'est sûr, la prison est la solution, à tous les coups...

C'est un sujet qui me touche beaucoup, étrangement. Pas parce que je vis dans un quartier difficile, ou que je suis Noire, ou quoi que ce soit, mais simplement en tant que citoyenne, que jeune... c'est bête à dire mais, bizarrement, si je n'aime pas les gens, j'aime les jeunes et les jeunesses, ils m'intéressent et j'ai envie de les comprendre. Et je ne pense pas que la prison soit une solution pour ces jeunes-là. En fait, la prison est à des années lumières d'être la solution...

Déjà, je trouve les propos de François Fillon assez limites par rapport au contexte. Parce que, évidemment, ce n'est pas un hasard s'il dit ça maintenant, quelques jours après l'affaire Théo, quelques jours après les violences que certains casseurs ont commises en profitant de manifestations organisées dans une volonté pacifique non pas contre la police mais contre les mauvais policiers et leurs violences. Ce n'est pas un hasard s'il dit maintenant qu'un jeune qui s'en prend à des policiers doit savoir qu'il risque la prison. Vous ne trouvez pas ? Parce qu'en fait, les policiers, ils se font insulter, provoquer, et attaquer par certaines personnes des cités tout le temps, et pas seulement depuis l'affaire Théo. Alors le timing, si politiquement il est sans doute choisi au mieux, est éthiquement et moralement très limite.

Maintenant que ça c'est dit je vais passer au fond du sujet.

Je me souviens avoir entendu un reportage des Carnets du Monde (très bonne émission, d'ailleurs, je ne cesse de vous le répéter alors écoutez-là !) à propos des adolescents aux États-Unis qui sont sous le coup de la règle "crime d'adulte, peine d'adulte". C'est vers cela que l'on veut aller ? C'est ça que l'on veut pour les jeunes ? Les jeter en prison plutôt que de les aider ? Moi je trouve ça dangereux.

Je crois qu'il y a autre chose à faire que de les jeter en prison, en fait. La grande question est : pourquoi deviennent-ils des délinquants ou des criminels ? Il y a des cas rares où "c'est comme ça". Je me souviens avoir entendu l'histoire d'une gamine anglaise de onze ans qui avait tué deux enfants de cinq ans ou moins, je ne sais plus, enfin quoi qu'il en soit elle tuait de sang froid. Vous pensez vraiment que tous les jeunes sont comme ça ? Moi non. Quand on commet des actes de délinquance à seize ans il est possible que l'on ait été entraîné par les plus grands déjà depuis plusieurs années. Prendre le problème si tard n'a donc qu'un intérêt limité. Et puisque l'on part du principe que les jeunes ne sont pas des délinquants mais le deviennent alors c'est que le problème est ailleurs que dans une psychopathie quelconque comme il peut arriver avec cette jeune anglaise de onze ans.

Ça me fait un peu penser à ce projet d'enseigner le violon aux jeunes des favelas, au Brésil, vous savez ? Est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose comme ça à faire chez nous ? Parce que finalement le problème est un problème d'intégration (et je ne parle pas seulement de questions raciales ; je parle d'une profonde intégration à la société qui touche les jeunesses : une des raisons de la forte abstention des jeunes c'est que plus l'on est intégré dans la société et plus l'on vote, les jeunes sont mal intégrés et votent donc moins : ils commencent à voter lorsqu'ils ont un emploi stable et/ou une famille). Un problème d'intégration qui touche toutes les jeunesses mais surtout les jeunesses des quartiers difficiles, avec beaucoup de personnes issues de l'immigration.

Vous savez, hier, je me suis retrouvée à remonter en sens inverse une manifestation (pour Théo il me semble). À part les casseurs cagoulés à l'avant du groupe, j'ai cru remarquer que la plupart des personnes présentes (relativement peu nombreuses) était Noire et jeune. Je ne crois pas que ce soit un hasard.

Le mois dernier le sujet de notre émission de radio était le rapport des jeunes à la politique. Avec mon amie on était partie en ville faire notre micro-trottoir et un jeune de dix-sept ans qui nous a vu avec le micro nous a interpellées. Sans savoir le sujet de l'émission il voulait parler (évidemment il peut y avoir le côté "oh, je vais être à la radio", etc. mais sans doute il y avait aussi la volonté de dire). C'était un Arabe, qui a mentionné sa cité et qui, derrière ses airs nonchalants, a dit des choses très intéressantes et notamment que l'on ne voyait jamais les politiques chez eux. Peu importe que ce soit faux (apparemment y'a des politiques de ma région qui y vont souvent, on m'a dit) : c'est ce qui est ressenti. Et c'est le ressenti qui compte. Ce que nous a dit ce jeune c'est que voter ne l'intéresse pas parce que peu importe que l'on soit une "bande de cent" : au final ça ne change pas, ça n'influe pas sur le résultat. Ce qu'il nous a dit aussi c'est qu'ils n'étaient pas écoutés, pas entendus. Un de ses amis a dit que c'étaient leurs grands-parents qui avaient "construit Paname" et que maintenant, en gros, ils essayent de les sortir de France. Sous leurs airs de nonchalance il y a des choses extrêmement intéressantes dans ces propos. Et il est à prendre en compte que c'est lui qui a voulu parler, et pas nous qui l'avons arrêté.

Au fond, le cœur du problème, il est là : ils n'ont pas l'impression d'être écoutés ou entendus. Si on ajoute à ça la trop forte discrimination à l'embauche et toutes les considérations raciales et discriminantes de ce genre on arrive à quoi ? On arrive, d'après moi, à la délinquance parce que cette mauvaise intégration en est, je pense, l'une des explications, quelque part.

Et quelle est la réponse ? La réponse c'est la répression, la prison, quand on devrait au contraire donner la parole, aider, mettre en place des choses pour permettre l'expression, la prise de parole, sans la pression d'un quelconque manque de légitimité en grande partie factice parce que tout le monde devrait avoir le droit de s'exprimer sur ce qu'il pense même sans être expert dans un domaine, surtout quand il s'agit de la société. Et j'ai finalement assez aimé la réponse que Jean-Luc Mélenchon a faite à François Fillon (bien que je ne sois pas pas d'accord sur le vote à seize ans d'une part parce qu'on ne sait pas forcément quoi en faire et d'autre part parce que de toute façon les jeunes ne votent pas ; cela dit cette proposition se rattache à l'idée de la "permission" (ce n'est pas le mot que je cherchais mais "don" n'était pas mieux) de parole).

Quelle est la réponse ? La réponse c'est que "Si les nouveaux délinquants mineurs se conduisent comme des adultes délinquants, il convient de les traiter comme tels. Il n’y aura plus d’excuse de minorité. Il sera jugé pour ses actes, comme un adulte". Formidable. Crime d'adulte, peine d'adulte alors ? Bien sûr. La vraie réponse c'est d'ouvrir le dialogue, de permettre la mixité sociale (est-ce qu'il n'y aurait pas une piste à creuser du côté du sport ?), de permettre à ces jeunes de s'exprimer et de prendre en compte leur parole. De leur permettre de s'exprimer par les mots mais aussi par leur talent, de leur permettre de montrer qu'ils ne sont pas que des "jeunes des cités" ou des "jeunes issus de l'immigration" mais qu'ils sont capables.

La prison n'est pas la seule solution et en fait ce n'est même pas une solution. En tout cas pas une solution miracle, pas la réponse à tout, ni à tous les cas.

Ça et le "récit national" ça fait déjà deux très bonnes raisons de ne pas faire de François Fillon notre prochain président.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Gullane Filmes

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jeudi 2 février 2017

Parler de "race" comme on parle de "genre" ?

Bonjour !

Avant de commencer je suis presque obligée de faire une mise au point : oui : je vais employer le mot "race", je vais utiliser ce mot interdit, tabou, maudit, marqué au fer rouge par l'Histoire ; oui, j'ose proposer de le réhabiliter et à vrai dire je serai loin d'être la première car nous avons vu en cours d'épistémologie (de l'Histoire) au semestre dernier que ce mot commençait à être réintroduit. Si vous voulez me jeter la pierre, faites-le au moins après avoir lu mon article ! :)

En ce moment je dois préparer un exposé en anglais (oui oui, moi je vais devoir parler anglais pendant dix minutes sans m'arrêter, par chance nous ne sommes pour l'instant que deux en cours) et j'ai choisi de parler du racisme en Afrique du Sud. Donc j'ai lu des articles sur le sujet (je suis studieuse : je les ai lu en anglais) et dans l'un d'eux ils disaient que beaucoup de Blancs étaient réticents à parler du racisme parce qu'ils considèrent (si j'ai bien tout compris, nous ne sommes pas l'abri) que les Noirs abusent de toujours reparler du passé ségrégationniste du pays et que nous devrions aller au-delà de la question de race et que, du coup, ils nient le fait que, pour les Noirs – ou les métisses – la question de la race compte parce qu'ils en font encore l'expérience. C'est ce qui a déclenché ma réflexion sur la notion de "race".

En épistémologie nous avons vu que, ces dernières années, le terme de "race" revient parce que, même s'il n'y a pas d'autres races que la race humaine on parle bien de racisme et que, surtout, certaines personnes se sentent "racisées". Du coup, il est intéressant de croiser les appartenances pour comprendre des personnes ou des groupes de personnes, de travailler avec les intersections (qui incluent l'appartenance religieuse, l'orientation sexuelle, le genre, l'âge, etc.) parce que, finalement, être une femme blanche n'est pas la même chose que d'être une femme noire.

L'exemple que nous avons pris était celui de féministes qui avaient détourné le slogan "prolétaires de tous les pays, unissez-vous" en "prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?". Ce slogan a été lui-même déformé par des femmes noires en "féministes de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?" parce qu'elles voulaient pointer le fait que, bien souvent, la condition des femmes noires était moins bonne que celle des blanches.

La raison pour laquelle cet article sur le racisme en Afrique du Sud a déclenché ma réflexion c'est que j'y ai vu un parallèle avec la France. En France, la République est "aveugle aux couleurs", elle considère qu'elle n'a pas à se préoccuper de ce genre de chose ; comme ces Blancs d'Afrique du Sud qui disent qu'il faut aller au-delà des couleurs. Le problème c'est que, à faire cela, on passe à côté des enseignements que l'on peut tirer des intersections (et je vous dis cela alors que jusqu'à maintenant je n'ai jamais été pour les statistiques ethniques).

Parce que, finalement, notre corps étant notre vaisseau, on ne grandit pas de la même manière lorsque l'on est une femme ou un homme, roux, obèse, handicapé, Noir, petit, grand, etc. et que les personnes noires n'ont pas forcément les mêmes ressentis (je parle de ressentis généraux que l'on peut mettre en évidence par des sondages et non des ressentis individuels – même si pour parler de la généralité il faut juxtaposer l'individuel) que les blanches tout simplement parce que nous sommes dans une société à majorité blanche avec une espèce de "discrimination organisée par omission". La publicité montre bien ça : des femmes blanches, fines : elles ne disent pas "les noires et les personnes en surpoids sont moches" mais elles ne montrent qu'une seule beauté. Pour moi ça se rapproche du principe du mensonge par omission, d'où ma notion un peu bancale de "discrimination par omission".

Là où je fais le parallèle avec le concept de genre c'est que pendant des années on n'a pas fait l'Histoire des femmes, seulement celle des hommes, des grands hommes, etc. Et puis un jour on a commencé à introduire cette notion de genre (je vous renvoie à Joan Scott, pionnière sur la question) pour parler des rapports de domination entre hommes et femmes. En fait, l'Histoire du genre ce n'est pas l'Histoire des femmes : c'est l'Histoire des hommes et des femmes, des femmes par rapport aux hommes, des femmes dans la société (ce que l'on attend d'elles, etc.). Je pense que réintroduire le terme de race permettrait d'étudier et de regarder mieux les rapports de domination entre Blancs et non-Blancs (je parle de "non-Blancs" pour inclure non seulement les Noirs mais aussi les Arabes, les Asiatiques, et qui vous plaira d'autre ^^).

Je crois que réintroduire le concept de race (en étant bien clair sur ce que c'est et en n'acceptant pas que ça serve le racisme, bien évidemment (le concept de genre ne sert pas la misogynie, en principe)) permettrait de parler mieux du racisme, de redonner une perspective aux discours sur le racisme.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Claude Gourlay

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