vendredi 6 janvier 2017

Écriture : le cas de la phrase trop longue

Bonjour !

Je crois bien que je n'ai jamais écrit d'article sur l'écriture... J'ai écrit sur le blogging, sur le fait d'écrire pour soi, sur la différence entre ce que l'on croit dire et ce que l'on dit (j'en ai même fait deux !), mais jamais sur le processus d'écriture et les problèmes des jeunes écrivains. En même temps il faut dire que les sujets sont toujours les mêmes : diversifier son vocabulaire, affronter la page blanche, faire relire, etc., etc., etc. Mais là j'ai décidé de sortir de mon silence et de m'élever contre une critique qui revient souvent et qui pourtant est idiote ou du moins tombe juste à côté du vrai problème. Le cas de la phrase trop longue.

Le monde entier semble décidé à tout mettre en place pour nous empêcher de faire des phrases longues. Des profs qui nous supplient, désespérés (j'exagère, j'avoue :P), de ne pas faire des phrases de cinq lignes, jusqu'aux membres de forum, pourtant jeunes écrivains eux-mêmes, qui nous demandent de couper des phrases en deux, en passant par les bêta-lecteurs. Sauf que moi, vous voyez, je suis une adepte de la phrase longue, parce que dans une phrase longue on peut jouer avec le rythme et puis on peut aussi jouer avec le rythme des phrases qui environnent notre phrase longue. Vous voyez ? Et l'écriture c'est aussi un jeu sur le rythme. Notre langue est formidable, pourquoi se priver ?

Une phrase n'est jamais trop longue : elle est ressentie trop longue. Ce n'est pas pareil. Et si elle est ressentie trop longue c'est parce que le lecteur perd le fil, ne comprend plus, ne sait plus ce qu'il lit et que son attention se délite un peu plus à chaque mot supplémentaire n'étant désespérément pas suivi d'un point salvateur. Et si le lecteur perd le fil ce n'est pas parce qu'il est idiot mais simplement parce que l'auteur a mal fait son taf et a mal balisé sa phrase, l'a mal ponctuée.

Je suis inscrite sur le forum Jeunes Écrivains et, justement, aujourd'hui, une commentatrice a demandé à un membre qui avait sollicité un avis sur un extrait de couper en deux sa première phrase. Il faut dire qu'effectivement elle avait un petit problème, cette phrase. Mais un petit problème qui nécessitait une solution bien moins violente, radicale et traumatisante qu'une amputation de quelques mots, une solution magique, merveilleuse, extraordinairement adaptée : le point-virgule. Si si, je vous jure ! Le point-virgule ! Extraordinaire création de la langue écrite que cette chimère hybridée d'un point et d'une virgule, source de respiration et de sens. Et qui n'ampute pas la phrase de son intégrité physique. Ni stylistique d'ailleurs car, bien souvent, quand on remplace une virgule par un point-virgule on ne fait que rattraper la bourde écrite et accorder l'écrit à la respiration imaginée à l'oral.

Et quand ce n'est pas la faute de l'auteur, c'est celle du lecteur. J'avoue avoir été parfois perdue au parcours d'une phrase longue de Victor Hugo, mais c'est difficile d'imputer ça à sa faute à lui (sans blague ! :P). Parfois c'est vrai, on pense à autre chose pendant qu'on lit, ou on lit sans trop faire attention, et on ne comprend pas. Mais bien souvent c'est la faute de l'auteur, quand même.

Tout ça pour dire que, non, il n'y a pas de phrase "trop longue". Une phrase ressentie comme trop longue par le lecteur est simplement mal ponctuée. Mais ce n'est pas la taille de la phrase en elle-même qui pose problème.

Conclusion : la bonne longueur c'est quand les pieds touchent bien par terre.

Source photo – thi loan tran

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mercredi 4 janvier 2017

Délits dédramatisés, vive TPMP ?

Bonjour !

Aujourd'hui j'ai ouvert Facebook (oui, au lieu de réviser mon partiel de demain, sans commentaire :P) et j'ai bien fait. Je suis tombée sur une vidéo de France Info postée le 19 Décembre (mieux vaut tard que jamais, comme dit le proverbe) relayée par une de mes connaissances. Je ne suis pas parvenue à l'intégrer ici, mais je vous invite à aller la regarder sur la page de la chaîne. Une association a relevé, sur l'ensemble des émissions du mois de Novembre, vingt-huit blagues douteuses sur l'homosexualité, ce qui nous fait une blague par jour. Au risque de passer pour alarmiste, je vais qualifier ce fait comme il le mérite : harcèlement. C'est un délit. Et, si j'ai mis "délit" au pluriel dans mon titre c'est parce que ça m'a fait penser à autre chose dont vous devez vous rappeler aussi : vous savez, ce jour où un chroniqueur a embrassé une chroniqueuse sur la poitrine alors qu'elle avait refusé un baiser. Agression sexuelle. C'est au minimum un délit.

Je sais que les fans de la première heure s'insurgent déjà ! Ô drame, ô désespoir, ô incompréhension des non-fans qui ne savent pas s'amuser, ces jaloux qui en rajoutent exprès pour faire couler l'émission !

Oui mais non.

On va se mettre, ensemble, d'accord sur les termes. Le harcèlement se caractérise par la répétition de faits anormaux visant à exclure quelqu'un d'un groupe, à marquer sa différence. Parce que finalement, ici, le problème, ce n'est pas qu'il y ait des blagues sur l'homosexualité (je suis de ceux qui pensent que l'on peut rire de tout, même et surtout avec les principaux concernés, parce que rire de tout ne veut pas dire se moquer méchamment et rire contre les autres mais bel et bien rire avec les autres) ; le problème c'est la répétition de "blagues" d'une lourdeur sans pareil, qui jaillissent sans n'avoir rien à voir même de loin avec le contexte, qui sont là juste pour faire un bon mot et moquer. Donc, plus que de discrimination, je parlerais de harcèlement (étant entendu que la base d'un harcèlement peut être une discrimination) parce que ça me paraît un peu plus approprié dans la mesure où c'est toujours la même personne qui en fait les frais.

Agression sexuelle, maintenant. Selon le site québécois sur le sujet une agression sexuelle "est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, notamment dans celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage. [...] Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l'intégrité physique et psychologique, et à la sécurité de la personne.". Un monsieur embrassant par surprise la poitrine d'une femme qui a déjà refusé un baiser sur la bouche fait-il une agression sexuelle ? Oui. Je veux bien croire que ce pauvre chroniqueur ait été choqué que l'on qualifie ainsi son acte, ait été surpris, heurté que l'on puisse l'assimiler à un violeur, à un criminel, mais ce n'est pas, comme pour le harcèlement d'ailleurs, parce qu'il n'y a pas intention de nuire qu'il n'y a pas de nuisance.

Alors j'en viens à la raison qui m'a poussée à écrire cet article au lieu de réviser. Je m'interroge. On est confronté à une émission qui est en direct, où tout peut se passer, à une émission que j'ai regardé à une période et que j'ai trouvé hystérique et sans fond (je n'ai pas tenu plus d'une semaine), à une émission qui se cache derrière la bonne humeur, la fête, derrière l'argument du "nous, on écoute beaucoup les téléspectateurs, donc arrêtez de nous critiquer", et à une émission où, du coup, quand on pointe un problème, un dérapage, une atteinte à la dignité, une atteinte à la sécurité, on se fait taxer de jaloux et de rabat-joie.

Quel message est-ce que l'on envoie quand on montre qu'embrasser la poitrine d'une femme sans son consentement ce n'est pas grave et que – pire ! – la victime elle-même vient limite s'excuser sur le plateau ? Quel message est-ce que l'on envoie quand on stigmatise et vise de manière systématique, une personne sur son orientation sexuelle ? Parce que l'on pourrait dire que ce ne sont que des blagues, comme il y en a dans Les Grosses Têtes, par exemple. Seulement, dans Les Grosses Têtes, il n'y a pas que ça, loin de là même ! Et il y a un vrai esprit positif, je trouve. Alors que, des extraits (et évidemment on peut me reprocher de n'avoir regardé que des extraits) que j'ai vus, les blagues de TPMP méritent beaucoup de guillemets, sont très lourdes, et même violentes (je vous renvoie à la vidéo de France Info).

Ici, aussi, ce qui n'est pas le cas dans l'émission de Laurent Ruquier, c'est que les "blagues" sur l'homosexualité ne visent qu'une seule personne dont elles ressortent être la condition de son intégration dans le groupe tout en contribuant à l'en écarter car pointant sa différence plutôt que sa ressemblance avec les autres. Et, par leur caractère systématique et répétitif, elles deviennent l'instrument d'un harcèlement.

Que répondrait Cyril Hanouna à ça ? "Non, c'est pas du harcèlement, arrêtez, arrêtez, Matthieu on l'aime beaucoup, il le sait, sinon il serait pas là, faut arrêter de dire qu'on l'aime pas, ça c'est les journalistes..." quelque chose comme ça, sans doute (c'est ressemblant, hein ? :P) Mais ça s'appelle du déni. Et on ne règle rien par le déni.

Globalement j'ai l'impression que les membres de cette émission sont complètement déconnectés de la réalité. Ils disent ce qu'ils veulent, comme ils veulent, ils commettent des délits et parviennent à s'en sortir par une pirouette (cacahuète) (je n'ai pas pu résister xD) en disant qu'ils "s'amusent"... Monsieur est vexé d'avoir été accusé d'agression sexuelle alors ça suffit à dire que ce n'en est pas une. Ah bon ? Ah... Bon... Ce matin Cyril Hanouna disait sur Europe 1 qu'ils allaient essayer de faire moins de dérapages. Monsieur, ce ne sont pas des dérapages, ça : ce sont des délits. C'est punissable par la loi.

Un délit, c'est grave. Ce n'est pas à prendre à la légère.
Alors ce que j'espère, même si c'est sans doute irréaliste, c'est qu'en 2017 ce TPMP soit sur la sellette (ben quoi ? je commence en rime, je termine en rime ! :P).

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Cyrille George Jerusalmi/D8

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