mercredi 20 décembre 2017

Le racisme et la polémique



Bonjour !

Je suis tout à la fois catastrophée, désespérée, stupéfaite, ébahie, et saisie de la plus grande surprise et d'un effarement certain. Dans une même journée j'ai appris l'existence d'une polémique autour d'un déguisement d'Antoine Griezmann et d'une phrase de notre Miss France qualifiant la chevelure de celle qui la précédait de "crinière de lionne". Le problème ? Le déguisement comme le qualificatif seraient racistes... Je suis sidérée. Alors je me suis mise à la recherche d'un truc à en sortir, autre que "oh mon Dieu c'est raciste" (puisque je ne le pense pas) ou que "mais ce n'est pas si grave" ; un truc qui, au mieux, donnerait à réfléchir, au pire ne m'attirerait pas les foudres des personnes en désaccord. Alors voilà, au lieu de vous partager ma sidération je vais vous partager mes réflexions.

D'abord, bon, il faut dire que la polémique autour des propos de Miss France n'est pas – au contraire de celle visant Antoine Griezmann – complètement à côté de la plaque. "Crinière de lionne" pose problème parce que les lionnes n'ont pas de crinière. Du coup dire "crinière de lionne", à mon sens, insiste sur le sexe de l'ancienne Miss, insiste sur sa personne et pas sur ses cheveux. Or, l'animalisation des femmes noires est régulière comme le rappelait Aloha Tallulah dans l'un de ces articles il y a quelques mois – ce qui me fait dire que si Miss France s'était arrêtée à "crinière" ou avait dit "crinière de lion" ça serait mieux passé. Néanmoins cependant toutefois (ça fait longtemps que j'ai pas dit ça !) la seule mention de "crinière" semble poser problème. Ah... ben je vois pas pourquoi, ou plutôt... ! Je vois pourquoi (animalisation) mais je ne suis pas d'accord. Je ne suis pas d'accord déjà sur l'emploi de "animalisation" qui est péjoratif, or notre langue regorge de comparaisons animales qui peuvent être mélioratives.

Si je vous dis que vous avez une mémoire de poisson rouge, effectivement, ce n'est pas très sympa ; mais si je vous dis que vous avez une mémoire d'éléphant, là, par contre, ça va vous flatter, et vous n'allez, normalement, pas me répondre "c'est honteux ! tu m'animalises". Ensuite, qu'est-ce qu'une crinière ? Une crinière c'est un attribut mâle de pouvoir, le gloire, de force : la crinière c'est l'image même du lion. Et une crinière c'est beau, c'est noble. Il n'y a pas de péjoration dans la comparaison à une crinière. Vous pourriez me dire "oui mais tous les trucs racistes sont pas péjoratifs, par exemple quand on dit que les Noirs courent vite". Certes. Mais je pense que... comment dire... la crinière ça ne rentre pas là-dedans, la crinière correspond davantage aux comparaisons animalières comme la "mémoire d'éléphant".

Vous savez... parmi les trucs que j'écris il y a des histoires juste comme ça, pour me vider la tête. J'y ai comparé, à plusieurs reprise et dans un contexte particulier (mon héroïne se bat pour sa survie voyez-vous (c'est cliché, je sais)), la chevelure de mon personnage à une crinière. Pas pour la réduire à l'état de bête idiote exclue de l'humanité, mais pour mettre en avant sa force à ce moment, sa volonté, sa détermination, pour exprimer son état d'esprit : l'instinct qui va faire qu'elle va sauver sa peau, voilà. Très souvent, quand je vois des femmes dans la rue avec une chevelure comme ça, très épaisse, flamboyante, que la femme soit noire ou pas, je me fais la réflexion qu'on dirait une crinière. Pas pour déshumaniser mais parce qu'une crinière c'est l'attribut noble du lion, c'est au lion ce que la couronne est aux rois. Point final.

Je ne pensais pas en écrire autant sur Miss France ! Bon. Le cas Antoine Griezmann est un peu différent. On a lu et entendu que lui est raciste, que pas lui mais ce qu'il a fait, que les spectacles des États-Unis, que la peau noire n'est pas un déguisement, et cætera, et cætera, et cætera. Et j'aimerais bien que des fois on arrête de faire des polémiques pour rien. Je ne crois pas, dans le fond, qu'Antoine Griezmann ait fait une chose intrinsèquement raciste.

Il y a deux choses : premièrement les spectacles d'il y a quelques décennies aux États-Unis visaient à se moquer des Noirs, à les tourner en ridicule, et ce n'est pas ce que fait Antoine Griezmann ; ensuite, et peut-être que vous allez me dire que j'exagère mais je suis prête à l'entendre, il ne s'est pas déguisé en "homme noir" : il s'est déguisé en joueur de basket qui, coup du sort (on ne choisit pas sa couleur de peau) se trouve être noir. Ce que je veux dire et avant que vous me tombiez dessus c'est que... si je me déguise en Chat Botté (celui de Shrek évidemment ! :P) je ne me déguise pas en chat : je me déguise en Chat Botté. Ce qui n'a rien à voir. Le Chat Botté est un chat, oui, mais c'est un chat particulier, c'est son personnage que je joue, et pas celui d'un chat d'une manière générale, ce qui signifie au final qu'il n'y a pas d'essentialisation. Vous me suivez ? Donc ce n'est pas raciste (et qu'on ne me dise pas que je ne peux pas m'exprimer sur le racisme parce que je suis blanche parce que ça va m'agacer, je vous le dis tout de suite (mais je suis quand même prête à discuter dans le calme (je sais me contrôler quand même !))) (et puis il faut aussi rappeler qu'Antoine Griezmann a expliqué avoir fait ça comme un hommage, or l'intention est importante, quand on fait quelque chose).

Mais surtout, le truc qui me paraît vraiment intéressant, c'est que, en fait, là où Antoine Griezmann a fait une erreur ce n'est pas tant en se déguisant qu'en publiant une photo de ce déguisement. Ce que je veux dire c'est que cette photo a un double contexte qui semble avoir été complètement oublié par la plupart des récepteurs. Un : le contexte de présentation de la photo légendée "80's Party" qui induit que la chose caricaturée n'est pas l'homme noir (comme je le disais plus haut) mais une personne, un représentant d'une époque ; deux : le contexte dans lequel la photo est prise : une soirée déguisée à thème. Je n'ai pas fait beaucoup de soirées déguisées dans ma vie (aucune en fait) mais il me semble que le propre de ces soirées c'est aussi d'exagérer les déguisements comme on pourrait exagéré un maquillage. Comme dans la pub de Cetelem vous voyez ? Quand il y a des faux sosie d'Elvis, de Marilyn Monroe, etc. Et puis, surtout, le propre d'une soirée déguisée, d'une soirée tout court peut-être, c'est d'être privée, et c'est là qu'est tout le problème.

Un déguisement comme celui-là, une blague d'humour noir ou graveleuse, ne peut se faire, je pense, que dans un contexte de confiance (réciproque). Quand je tente l'humour noir je ne le fais pas avec des gens que je ne connais pas et qui ne me connaissent pas : je le fais en présence d'amis qui savent que je ne suis pas raciste/homophobe/etc. et qui savent que c'est de l'humour. Je ne vais pas publier une blague un peu limite sur les réseaux sociaux (déjà parce que j'ai pas de réseaux sociaux ou que je ne publie pas dessus, ensuite parce que l'humour à l'écrit c'est pas simple, et enfin parce que je ne sais pas qui est mon public).

Quand vous allez voir une pièce de théâtre un peu dérangeante, ou un spectacle d'humour noir, vous savez ce que vous allez voir, en principe vous savez que la personne n'est pas raciste mais dénonce le racisme, et, surtout, vous faites la démarche de vous-même, volontairement, en achetant un billet d'abord puis en vous rendant dans la salle ensuite. Or, ce tweet d'Antoine Griezmann, met dans le public un déguisement qui a été fait dans un contexte privé, pour des amis, des proches, dans une relation de confiance mutuelle, des gens que l'on connaît et qui nous connaissent. Dès que l'on publie sur les réseaux sociaux tout le monde a accès. Et on ne connaît pas l'histoire des gens, leur sensibilité, qui va faire qu'ils vont se vexer pour quelque chose, être blessés, là où des amis rient avec nous.

Je ne pense pas que le déguisement d'Antoine Griezmann soit raciste. Je pense qu'il l'est devenu à partir du moment où il a été perçu comme tel par une partie du public.

Là où il peut y avoir un problème majeur et très sérieux, c'est qu'à force de crier au loup sans le moindre recul pour tout et n'importe quoi, le jour où on criera au racisme pour un vrai propos raciste, un truc un peu insidieux et suintant, personne n'y prêtera vraiment attention parce qu'on en aura marre d'avoir eu des polémiques tous les trois jours (Macron, Griezmann et Miss France ça commence à faire beaucoup en peu de temps, quand même !). Et, aussi, je ne pense pas que ça soit en s'insurgeant sans recul que l'on combat le racisme...

Qu'en pensez-vous ?
Je pense que je ne me suis pas fait que des amis avec cet article ! x)

Source capture d'écran – Twitter/@AntoGriezmann

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lundi 18 décembre 2017

Avancer en crabe

Bonjour !

Peut-être que vous vous souvenez que je vous avais dit cet été que je cherchais un Service Civique et que je ne savais pas ce que je ferais ensuite. Eh bien j'ai un projet. Un projet un peu fou, plus proche sans doute d'une lubie nouvelle, un projet bien plus irraisonnable encore que de n'avoir pas de projet du tout. Et, en fait, ce n'est pas tant le projet qui est intéressant que les réactions et les freins auxquels je suis confrontée.

Je voudrais, à la rentrée, faire une Licence de STAPS. Quand on ne me connaît pas on se dit "et alors ?". Et alors je vais vous dire : j'avais six sur vingt de moyenne en maths en Seconde (j'étais pas aidée par le prof, faut dire) ; j'ai fui dans un bac littéraire en partie pour échapper aux maths ; j'ai enchaîné sur une Licence d'Histoire ; et en Septembre ça fera six ans que je n'aurais pas fait de "sciences dures" ; je suis et ai toujours été nulle en sport, sans coordination ni conscience de mes membres. Autant vous dire qu'entre physiologie, biomécanique, anatomie, biologie, neurologie, et activités physiques la chute sera rude, dure, violente.

Une amie m'a dit "ça te sort d'où ?" : la réponse est simple : je n'en ai pas la moindre idée. Je vous dit : c'est une lubie. Alors j'ai commencé à me renseigner, à regarder les matières, les sites de plusieurs universités, je cherche, je fouille, j'envoie des mails, et voir des exercices de biomécanique à base de lettres avec des flèches dessus et plein de trucs à calculer ne suffit même pas à me dissuader. Je suis une poule à qui on a coupé la tête et qui fonce dans un mur.

D'ailleurs ça n'a pas échappé aux personnes que j'ai contactées en demandant si être nulle en maths était si terrible et quelles étaient les villes Erasmus pour la L2. L'un m'a dit "pour Erasmus on verra si vous êtes acceptée déjà en L1", un autre d'insister sur le fait qu'un bac S était fortement recommandé et une dernière de me préciser que les critères seraient les compétences scientifiques, sportives, et l'investissement associatif (ah ? y'avait pas sciences humaines en STAPS normalement aussi ? on s'en fiche de ça ? nan parce que j'ai une Licence d'Histoire quand même). Autant dire que moi qui sais pas faire une pompe je suis fichue. Une poule décapitée qui fonce dans un mur, je vous dis.

Mais surtout, et j'en viens à la raison du titre de cet article, j'ai discuté avec une amie en lui disant qu'après STAPS je ferais sans doute sociologie. Elle m'a dit qu'elle aurait adoré alors je lui ai répondu qu'après son Master elle pourrait toujours en faire, qu'il ne serait pas trop tard. Mais elle s'est esquivée en disant, en gros, qu'elle n'allait pas revenir à bac+1 quand elle serait à bac+5. Je trouve ça intéressant parce que ça veut dire que, quand tu es en haut de l'échelle, tu ne peux pas recommencer du bas d'une autre échelle. Mais elle aura bac+5 dans son domaine, pas dans un autre ! J'ai bac+3 en Histoire, pas en biomécanique – et pour cause ! (je fais un peu une fixette sur la biomécanique, vous remarquerez).

Je trouve que c'est assez intéressant sur la manière dont on conçoit le fait d'avancer. J'avance, alors je ne peux pas revenir à la case départ, je suis surdiplômée pour la case départ. Je trouve ça dommage parce que ça veut dire que cette amie ne fera pas sociologie juste parce qu'elle ne voudra pas retourner au début du début. Mais avancer ça ne veut pas forcément dire gravir l'échelle sans jamais en descendre. En faisant STAPS et sociologie j'aurais presque trente ans quand j'aurais fini mes études. Pourtant je serai toujours à bac+3. Est-ce qu'on pourra dire que je n'aurais pas avancé ? Je ne pense pas. Je n'avance pas vers le haut : j'avance en crabe, sur le côté, mais j'avance quand même. Je sortirai de mes études en ayant appris plein de choses, en ayant fait plein d'expériences, y compris Erasmus (si je suis acceptée "déjà en L1").

Je crois qu'au fond c'est assez français. C'est assez français de dire qu'on doit avancer vers le haut et qu'on ne peut pas revenir sur ses pas, ou faire un pas de côté pour changer de rail : la Licence amène à un Master et le Master à un métier ou à un Doctorat : on ne peut pas tout essayer, tenter, rebrousser chemin, faire des détours. On doit choisir. Mais moi je n'ai pas envie de choisir entre STAPS, sociologie et Histoire : moi je veux pouvoir tout faire. Même si je suis une poule qui fonce dans un mur.

Je vais souffrir. Mon esprit va souffrir, mon corps va souffrir, ma confiance en l'avenir et en moi-même va souffrir, mon goût pour les défis va souffrir ; tout ça parce que mon ambition n'a d'égal que mon imagination. Je vais souffrir quand mon pauvre corps déplumé percutera le mur de brique contre lequel il fonce à une vitesse trop enthousiaste pour être raisonnable.

Voilà. Je vous ai partagé mon projet (ma lubie !). Je ne sais pas trop pourquoi d'ailleurs. J'avais envie. Maintenant j'ai surtout envie de trouver un angle satisfaisant pour vous parler de la polémique autour d'Antoine Griezmann...

Source tableau – Edwaert Collier, Vanitas, Still Life with Books and Manuscripts and a Skull

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