samedi 2 septembre 2017

Digital intox

Bonjour ! :)

L'autre jour Estelle de Gloupsy Chérie se demandait dans un article si la digital detox était devenue un sujet de société ou si elle se bornait à être une simple mode. Il semblerait que le sujet prenne un peu d'ampleur ; mais pas tant que ça quand on constate par une petite recherche sur Hellocoton que relativement peu d'articles ont été publiés, mais un peu quand même quand on sait que des professionnels ont mis en place des séjours dévolus à vous détoxiquer. Et, en fait, lire deux articles sur le sujet le même jour m'a poussée à la réflexion. Pas particulièrement à propos de ma consommation du numérique en ce sens où je n'ai absolument pas besoin d'une digital detox (ceci n'est pas du déni ;P), mais un peu de manière générale et comme j'aime bien ne pas faire comme les autres j'ai décidé de vous parler de digital intox.

Ce n'est pas seulement pour faire un jeu de mot, c'est parce que de fait je me suis fait intoxiquer quand la tendance est plutôt à la détoxication – en témoigne ce restaurant qui interdit aux clients de prendre leur téléphone à table. En fait, comme vous le savez si vous avez lu mon précédent article, je suis à la recherche d'un Service Civique et cette recherche m'a forcée, depuis disons Juin, à peu près, je ne sais plus trop à vrai dire, à devoir allumer mon téléphone dès que je me levais, à l'avoir toujours avec moi, à portée de main, au cas où on m'appellerait, à ne l'éteindre qu'à une heure où il était entendu qu'on ne pouvait plus m'appeler, à retourner le chercher quand je m'étais rendue compte que je l'avais laissé dans une autre pièce et, surtout, à toujours laisser le son... et tout ça a véritablement fini par me peser parce que j'avais l'impression d'être esclave de mon téléphone (et ne m'a absolument pas empêché de rater un entretien téléphonique, en plus xD).

Déjà il faut dire que ce n'est pas moi qui ai demandé, ado, à avoir un téléphone. C'est à l'entrée du collège, plus ou moins, que mes parents m'ont dit que ça serait bien que j'aie un téléphone alors que, très sincèrement, ça ne m'intéressait pas plus que ça, pour des raisons dont je ne me souviens pas vraiment, juste que ça ne m'attirait pas particulièrement. Du coup la relation que j'ai avec mon téléphone a longtemps été (continue à être ?) un peu particulière. Je ne téléchargeais et ne télécharge toujours pas un tas d'applications à la mode, et je pouvais laisser mon téléphone dans un coin, en silencieux, jusqu'à ce qu'il se décharge et que j'en aie besoin... une semaine plus tard ; généralement ça arrivait pendant les vacances. Et je peux toujours l'abandonner dans mon sac à main.

Bon, il faut dire aussi que je n'ai jamais eu des tas d'amis ni une vie sociale hyper foisonnante et donc pas de discussions à rallonge avec mes contacts. Même aujourd'hui, presque dix ans après, mon téléphone n'est pas la première chose que je touche le matin, et rarement la dernière que j'éteins le soir – si je l'utilise c'est pour des vidéos d'ASMR dont je n'écoute que le son. Même aujourd'hui je n'ai pas des dizaines de contacts avec qui discuter et planifier des rendez-vous. Je n'ai toujours pas Messenger, ni Facebook, ni Twitter, ni Snapchat, ni Instagram que j'ai même supprimé l'autre jour parce que je ne m'en servais pas (ainsi que mon compte Twitter, d'ailleurs). Autant vous dire que je suis le contraire d'une accro à mon téléphone, aux réseaux sociaux, et au doux son des notifications.

Du coup, devoir allumer mon téléphone dès le matin, l'avoir avec moi, le son allumé au cas où je recevrais un message, un appel, ne pas pouvoir regarder la télé tranquille ou plutôt vivre dans l'éventualité que mon appareil allait me sommer de faire attention à lui a vraiment commencé à me peser et à me stresser et au bout de deux mois et demi je suis bien contente d'être dans le creux de la vague et de pouvoir me relâcher un peu. D'ailleurs ça me fait penser que j'entendais quelqu'un, à la radio, je ne sais plus qui, dire qu'un jour il discutait avec un philosophe dont le téléphone avait sonné. Il n'avait pas répondu. "Vous ne répondez pas ?" qu'il demande ; et à l'autre de répondre "On ne me sonne pas". Je pense que ça dit bien la relation que nous devrions avoir à notre téléphone.

En fait je me suis dit que le problème n'était pas la quantité de fois que nous touchions notre téléphone dans une journée, où si nous avions laissé les notifications pendant les vacances... Je ne crois pas que la dépendance se mesure seulement à la quantité, je pense que ça se mesure aussi au type de relation dans le sens où la question que nous devrions nous poser est "sommes-nous maître ou esclave ?".

Pendant les mondiaux de lutte qui se tenaient à Paris et comme apparemment certains téléphones avaient du mal à passer dans l'Arena, notre responsable nous avait fait installer Whatsapp pour que nous puissions tous discuter, nous tenir au courant des journalistes qui essayaient de filouter avec les règles, etc. Comme c'était au moment où j'en avais déjà marre d'avoir mon téléphone toujours sur moi j'étais vraiment hostile à la question. Quand tout à coup j'ai découvert des choses extraordinaires : un : on peut mettre la discussion en silencieux ; deux : on peut demander à l'application de s'éteindre quand l'écran du téléphone est éteint : miracle. Du coup je jetais un œil à l'application, assez régulièrement, mais seulement quand je le souhaitais, et je ne le sentais pas vibrer dans ma poche pour un oui ou pour un non : je gardais le contrôle. Pourtant, pendant cette semaine, et parce que je m'en servais aussi de réveil le matin, il a été allumé vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Mais je ne l'avais pas constamment à la main pendant mes visites des musées, ni lors des heures de pause, ni dans le métro : je n'étais pas dépendante de lui pour passer un bon moment, prendre cinquante-mille photos et me distraire. Ça ne me pesait pas. J'étais maître, et je crois que c'est ça la clef, être maître.

Le problème c'est que les réseaux sociaux se développent dans un besoin quand ils ne le créent pas et attention, qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit : ce n'est pas la faute des réseaux sociaux. Il n'y a rien de pire pour moi sur le sujet que d'entendre ou de lire : "c'est la faute à Instagram". Quoi ? Hein ? Non... euh... hééééé ? Pas du tout. Faut arrêter avec ça maintenant. Comme je vous le disais quand je vous parlais de la virulence sur les réseaux sociaux : ils sont un outil : un couteau peut tuer ou nous aider à faire la cuisine.

Mais les réseaux sociaux s'inscrivent dans un besoin. Un besoin de communication d'abord. Ma soeur par exemple, qui a dix-neuf ans, n'utilise pas les SMS pour communiquer mais seulement et exclusivement Snapchat. Du coup, si on lui enlève Snapchat, ça va être un peu compliqué. Elle s'est aussi fendu d'un truc du genre "Instagram c'est ma vie !". Voilà. On a des jeunes, et des moins jeunes, qui communiquent par les réseaux sociaux et exclusivement par eux, or la communication, pour les animaux sociaux que nous sommes, c'est indispensable.

Indispensable aussi le besoin d'extimité comme l'appelle Serge Tisseron*. En fait, l'extimité, c'est le besoin de mettre des morceaux de son intimité dans le public afin d'avoir des retours dessus pour les valider, avoir une meilleure estime de soi, aussi, et enrichir son intimité. Et de la même manière que les réseaux sociaux répondent au besoin de communication ils répondent aussi au besoin d'extimité : chacun peut y raconter sa vie, par morceaux choisis, avec, en plus, un pseudo qui permet une distanciation dans l'éventualité où il n'y aurait pas de retour ou des retours négatifs**. Et je me demande si le fait que certaines blogueuses ne montrent qu'une vie parfaite ne va pas aussi de paire avec le fait qu'elles n'ont pas de pseudo et bloguent sous leur vrai nom : pas de moyen de distanciation, donc ; pour prendre du recul sur les mauvais retours il faut une autre stratégie : ne pas avoir de mauvais retours : avoir une vie parfaite.

D'autant que, comme le dit Serge Tisseron, le désir de se montrer est fondamental chez l'être humain. Mais aussi que, quand on s'adresse à un public, notre système d'autoprésentation change "dans le sens d’une conformité à ce qui est attendu". J'ajouterais aussi une mention à un autre article, plutôt dirigé vers le corps, mais dont l'extrait que je vais vous mettre, un peu sorti du contexte du coup, pourrait aussi s'appliquer, je pense : "Nul n’échappe désormais à sa responsabilité face à l’image qu’il donne aux autres, il vaut ce que vaut son image"***. Bref, je m'égare. Mais l'article sur l'extimité est très intéressant et je vous invite à le lire !

Tout ça pour dire que si nous devenons accro aux réseaux sociaux c'est parce qu'ils se proposent de répondre à nos besoins mais, qu'en réalité, il ne tient réellement qu'à nous de décider si on veut assouvir ces besoins par les réseaux sociaux ou par d'autres moyens. Tout ça pour dire aussi que les réseaux sociaux ne sont pas des sirènes mangeuses d'Hommes : ils sont ce que nous faisons d'eux. Ce peut être grisant d'exister exclusivement ou presque par le regard des autres et d'ailleurs il est important, comme le rappelle Serge Tisseron, pour les êtres humains, "de se montrer pour exister".

Je ne sais pas si la digital detox est devenue un sujet de société, peut-être qu'elle devrait. Au final, il ne tient qu'à nous de décider ce que nous voulons faire avec et des réseaux sociaux. C'est parce qu'ils répondent à nos besoins que nous en devenons dépendant et c'est parce qu'ils deviennent parfois le seul moyen de répondre à nos besoins que nous en venons à avoir besoin d'eux.

Qu'en pensez-vous ? Quelle est votre relation aux réseaux sociaux ? Besoin d'une digital detox ?

Source photo – Sanmal

*Je vous renvois à un article qui la met en lien avec l'intimité mais aussi l'intimité sur internet : Tisseron Serge, « Intimité et extimité », Communications, 2011/1 (n° 88), p. 83-91. URL : http://www.cairn.info/revue-communications-2011-1-page-83.htm
**Perea François, « Pseudonyme en ligne. Remarques sur la vérité et le mensonge sur soi », Sens-Dessous, 2014/2 (N° 14), p. 15-22. URL : http://www.cairn.info/revue-sens-dessous-2014-2-page-15.htm
***Le Breton David, « D’une tyrannie de l’apparence : corps de femmes sous contrôle », dans Éthique de la mode féminine. Paris, Presses Universitaires de France, « Hors collection », 2010, p. 3-26. URL : http://www.cairn.info/ethique-de-la-mode-feminine--9782130578154-page-3.htm

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6 commentaires:

  1. J'adore le "un couteau peut tuer ou nous aider à faire la cuisine" :)
    Super le cheminement de ta pensée! Je pense aussi que les réseaux répondent à des besoins de manière consciente ou inconsciente. Et ça avant de te lire je ne pensais pas forcément à en faire le rapprochement!

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    1. Ou les deux à la fois, le cas échéant xD
      Ravie de t'avoir aidé à faire le rapprochement alors ! J'espère que tu n'as pas trouvé l'article trop long x)

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    2. Quand un article est long mais bien écrit, on ne le voit pas du tout!! Alors bravo!!

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    3. Merci beaucoup ! J'avais un peu peur de justement pas l'avoir assez bien écrit pour que ça passe.

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  2. Bonjour,
    Superbe article.
    C'est toujours intéressant d'avoir plusieurs points de vue sur un sujet de société, merci à toi.
    Visiblement tu n'est pas l'esclave de ton tel mais tu en ai le maitre, bravo.
    Bonne journée

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    1. Merci beaucoup ! Malheureusement les statistiques n'ont pas vraiment suivi haha x) Je pense que je ne l'ai pas publié au bon moment !
      De rien haha ! Ce qui est intéressant surtout, je pense, c'est d'aller chercher dans les sciences humaines. Et puis pour le coup, au lieu de me rendre compte d'une mauvaise utilisation et de me détoxiquer, j'ai été forcée de faire le chemin inverse, ce qui amène un autre angle au sujet.
      Haha ! Je n'ai aucun mérite, je ne fais aucun effort pour ne pas en être esclave !
      Bonne journée à toi aussi !

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