dimanche 24 septembre 2017

Déboulonner Colbert, invisibiliser la question raciale

Bonjour !

Ce soir j'écoutais C Politique à moitié endormie quand tout à coup mon oreille attrape un sujet qui me sort de ma torpeur : Rokhaya Diallo vient parler en plateau de la proposition de déboulonner les statues de Colbert, de retirer son nom des rues, etc., sous prétexte qu’il est instigateur du Code Noir et esclavagiste. Elle dit qu’il faut condamner le fait qu’il ait été à la base d’une « entreprise criminelle ». Bon. Bof. On ne peut pas condamner quelqu'un pour un fait qui, à l’époque de sa réalisation, n’était pas un crime. Sinon, comme l’a très bien souligné Alain Finkielkraut lui aussi invité ça ne se termine jamais – je reprends ses exemples : Jules Ferry colonialiste, Voltaire antisémite… Certes, le récit de l’Histoire c'est aussi un rapport de force… Mais à ne se souvenir que des personnes qui n’ont pas été discriminantes on ne va jamais s’arrêter : au Moyen Âge, Venise et d’autres, mettaient en place des mesures (comme des impôts) antisémites. Alors qu’est-ce qu’on en fait ? Au XVIIème et XVIIIème il y avait beaucoup de personnes en faveur de l’esclavage, du colonialisme : on enlève tous les noms de rues, de lycées, les statues ? C’est ridicule.

C'est une question de mémoire, mais la mémoire est multiple. L’esclavagisme et le colonialisme étaient des idées du temps. Je pense que l’on ne peut pas effacer cette Histoire et encore moins en invisibilisant les personnes concernées de l’espace public. Je pense que l’on doit utiliser cette Histoire pour s’interroger sur nos problèmes actuels, pour les éclairer, pour se souvenir aussi que, si tout n’est pas parfait, il y a eu des améliorations. La mémoire est multiple. Et les choses évoluent. Le fondateur des Jeux Olympiques modernes ne voulait ni Noirs ni femmes… c’est raté… pour le meilleur ! Je pense que pour régler les problèmes il faut se souvenir, pas rendre invisible. La proposition du déboulonnement des statues de Colbert ne fera qu’aggraver les choses ; ça revient à cacher le problème, cette partie de notre Histoire commune, sous le tapis. Ce n'est pas en cachant sous le tapis la poussière que l'on la fait disparaître. Ce n'est pas parce que l'on ne voit pas que ça n’existe pas. C'est ce qu'apprend l'enfant : quand il cache ses yeux de ses mains, le monde autour de lui est confisqué à sa vue mais existe toujours.

Rokhaya Diallo a expliqué que c’était pour mettre en avant de nouvelles figures, des figures dans lesquelles chacun pourra se reconnaître. C’est stupide et, surtout, impossible. Nous sommes sept milliards sur la planète ; il y a des gens de couleurs de peau différentes, d’ethnies différentes, de clans, de peuples, d’Histoire différents ; il y a des gens multiples. Jamais les femmes, les hommes, les Noirs, les Asiatiques, les descendants d'esclaves, d'Indiens d’Amérique, etc. ne pourront se reconnaître dans une seule personne. Notre Histoire est traversée par la répression des Juifs, l'esclavagisme, le colonialisme, avec, dans certaines époques, une prise très forte de ces idées sur la société, ce qui implique que beaucoup de personnes ont pu y être sensibles. On ne peut pas changer l’Histoire, mais on peut s’en servir pour aller plus loin, pour nous améliorer.

C Politique avait mis en arrière plan « héros ou bourreau ? », mais les grands hommes et femmes de l’Histoire ne sont ni des héros ni des bourreaux : ce sont des personnes comme vous et moi, avec parfois des idées que nous ne partageons plus dans nos sociétés actuelles mais qui avaient ces idées parce que c'étaient les idées du temps, parce qu'ils pensaient être dans le vrai, et, finalement, avaient ces idées pour les mêmes raisons que les êtres humains fabriquent dans leurs esprits des idées.

Quand Rokhaya Diallo dit que lorsque nous donnons le nom d'une rue à un personnage nous héroïsons ce personnage je ne suis pas tout à fait d’accord. Ce n'est pas exactement que nous faisons d'eux des héros. C’est plutôt que nous décidons de nous souvenir d’une partie de leur vie, de leur personnalité, qui raisonne aujourd'hui, dans l'époque actuelle, que nous voulons faire ressortir, mais ça ne veut pas dire que nous mettons de côté et cachons et dissimulons les parties un peu plus dérangeantes. On donne à des écoles le nom de Jules Ferry parce qu’il a œuvré pour l’éducation : point final.

Pour régler les problèmes il faut en parler. Pour supprimer le tabou autour du sexe et éduquer les jeunes il faut en parler. Pour combattre le racisme il faut en parler. Ce n’est pas en invisibilisant que les problèmes se règlent. Et jamais aucune personnalité ne pourra rassembler tout le monde.

Conclusion : même quand je galère avec internet je publie des articles x)

Qu'en pensez-vous ? Êtes-vous en faveur du déboulonnage des statues "polémiques" ?

Source photo – areims

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12 commentaires:

  1. En voilà un sujet intéressant (je suis bien contente de m'être abonnée à ton blog sur HC !)
    Je suppose que cette histoire est liée au contexte de déboulonnage des statues confédérées aux USA. J'avoue que je suis très peu ce qui se passe en France en ce moment, mais je sais que ces histoires de statues américaines m'ont mise en porte-à-faux. Exactement comme tu le dis, une statue, est-ce systématiquement de la glorification ? est-ce que ça dépend de la statue ? de son apparence, de sa taille, de son emplacement, de sa plaque, des événements plus récents qui y sont associés (manifs, dérapage meurtrier...) ?
    Comme pour beaucoup d'éléments mémoriels, je trouve ça très compliqué : doit-on juger Louis-Ferdinand Céline pour sa production littéraire ou pour toute sa vie ? la svastika comme symbole millénaire de bonne fortune et d'équilibre doit-elle être effacée des autels bouddhistes parce qu'elle a été souillée par le nazisme ?
    Comme tu l'écris, l'important, c'est d'expliquer. De donner le contexte, de mettre en perspective, de stimuler l'esprit critique aussi, pour que la contextualisation historique éclaire le présent. Plus facile lorsqu'on crée quelque chose (quand on choisit le nom d'un collège ou la statue de la nouvelle place) que lorsqu'on récupère de l'existant (collège déjà nommé, statue déjà en place)!
    Ça pose aussi la question de l'inaction comme choix neutre ou comme action (cf James Comey qui dit que ne rien faire au sujet des mails d'Hillary, c'était bel et bien faire quelque chose). C'est plus facile de ne pas agir, juste d'arrêter de créer des choses litigieuses au regard des valeurs contemporaines - mais ça ne résout pas le problème pour ce qui est déjà là !
    Personnellement, je débaptiserais le coeur léger une rue Pierre Laval, mais plus difficilement une rue Jules Ferry !
    Pour finir ce pavé qui pose plus de question qu'il n'en résout d'un point de vue général, je dirais quand même au sujet spécifique soulevé par Diallo que je trouve sa position exagérée, probablement dans un but de provocation. Le nombre de statues n'est pas limité, on peut mettre Toussaint Louverture ou Albert Einstein ou Germaine Tillion à côté sans enlever Colbert. Mais c'est vrai que ça pourrait être utile de mettre un panneau expliquant pourquoi une personne est représentée, et quelles sont les limites de son action...

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    1. Je suis contente que tu sois contente !

      Bien sûr la mémoire ne dépend pas que de la statue mais aussi de la plaque associée, du lieu, de l'Histoire. Par exemple au Sénégal il y a pas longtemps la statue d'un colon (un général je crois) est tombée et la plaque associée disait entre autres "le Sénégal reconnaissant" : une statue d'un colon dans une ancienne colonie avec écrit que la colonie est reconnaissante c'est effectivement un peu limite... mais je ne crois pas qu'il y ait quelque chose de comparable en France : les statues de Colbert ne mettent pas en avant le Code Noir à ma connaissance !

      Comme tu le dis, Rokhaya Diallo a pris exemple sur les États-Unis et je crois que ça pose un problème parce que finalement nous n'avons pas la même culture, pas la même Histoire, pas le même rapport au racisme donc on ne peut pas transposer les problématiques telles quelles. Là ça donne un peu l'impression qu'elle a prit un mec pseudo-polémique du placard pour le prendre ici, sans que ça n'élargisse les termes du débat. Là, quand les media en parlent, ils ne s'interrogent pas sur notre rapport à la mémoire, à notre passé, etc. ; ils gardent les termes du débat tel quels : les statues à déboulonner. Pour que l'on puisse s'interroger réellement sur notre mémoire, notre rapport à la mémoire de l'esclavage, un truc qui serait compatible avec notre société ça serait d'interroger la journée de commémoration d'abolition de l'esclavage où on commémore l'abolition d'un truc qu'on ne reconnaît pas vraiment avoir fait : y'a une vraie ambigüité qui là serait intéressante à interroger. D'ailleurs il me semble qu'il n'y a pas de musée de l'esclavage en métropole : on ne parle que de son abolition. D'un point de vue mémoriel c'est extrêmement intéressant et bien plus pertinent pour le débat...

      C'est pas mal les pavés qui posent plus de questions qu'ils n'en résolvent !
      Effectivement, je pense que, étant donné qu'elle est militante pour les droits des Noirs, dans le monde médiatique, elle est presque obligée de faire de la provocation et c'est dommage car du coup ça n'ouvre pas du tout un débat de fond et ça ne fait pas du tout avancer les choses.

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  2. Je suis de ton avis. Mais en tant que femme blanche, c'est peut-être plus facile à dire. Même si ça me hérisse les poils de l'avouer, on ne peut effectivement pas condamner quelqu'un pour un crime qui n'en n'était pas un à son époque. Par contre, il y a un vrai devoir de mémoire, c'est ce qui fait qu'on n'oublie pas et qu'on évolue (ou au moins qu'on essaye...).
    Si on devait rayer de l'histoire toutes les personnages malveillantes, on ne parlerait sans doute même plus de nos rois à l'école, après tout, ils oppressaient nos ancêtres !

    Le racisme anti-noirs est encore très frais dans nos mémoires. D'abord, je crois qu'il sévit toujours de manière informelle mais surtout, il ne faut pas oublié qu'il était carrément organisé l'État jusqu'aux années 60 aux USA. Les années 60, merde !

    Je m'éloigne un peu du sujet mais tu vois où je veux en venir. Perso, je veux qu'on se rappelle et pour cela, on ne doit pas cacher notre histoire. Et enfin, quelque soit les gestes odieux de certains personnages historiques, il ne faut pas oublier que ce sont des hommes, comme tu l'as bien souligné. Ils ont marqué notre culture d'une manière où d'une autre et c'est pour cela que l'on s'en souvient.

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    1. Dire que nos rois oppressaient nos ancêtres est un peu simplificateur à mon avis ! :)

      Après il y a quelque chose qui m'interpelle vraiment dans ton commentaire. Ca pourrait passer pour un peu innocent mais en vrai ça cache une vraie question de fond sur la méthodologie anti-discrimination à adopter.
      Quand tu dis "mais en tant que femme blanche, c'est peut-être plus facile à dire" en même temps ce n'est pas tout à fait faux dans le sens où en étant Blanc on ne vit pas les mêmes choses que les Noirs et en même temps ça sous-entend que seuls les Noirs peuvent s'exprimer sur le sujet du racisme et je trouve ça gênant parce que ça veut dire que l'on refuse aussi les hommes féministes et que, finalement, un homme blanc hétérosexuel valide ne peut pas lutter contre les discriminations... Or, comme je le disais dans mes articles "et les hommes alors ?" et celui sur la non-mixité il y a quelques temps on a besoin de toutes les personnes de la société pour faire avancer les choses. Nier la légitimité des personnes non visées par les discriminations ça pose problème je pense... Il y a eu ce débat il y a peu à l'occasion du film Détroit où on a dit qu'un Britannique noir ne pouvait pas jouer un États-unien noir... je pense que ça pose problème.

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  3. Très intéressant !
    Je suis plutôt d'accord avec toi : mieux vaut parler des problèmes et en tirer des leçons que de les taire.

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  4. Je suis mitigée sur toute cette histoire. Par exemple quand tu dis : "Quand Rokhaya Diallo dit que lorsque nous donnons le nom d'une rue à un personnage nous héroïsons ce personnage je ne suis pas tout à fait d’accord." et bien là c'est moi qui ne suis pas d'accord x) Donner le nom de quelqu'un à une rue n'est pas anodin, sinon on choisirait Pierre, Paul, Jacques, la boulangère du coin, etc... mais on ne le fait pas. On choisi volontairement une personne qui à marqué son époque d'une manière ou d'une autre. Ça devient symbolique. Devenir le nom d'une rue me paraît être un honneur, une façon d'être immortalisé. Idem pour une statue. Le premier qui ose dire que ce n'est pas un honneur est un menteur.
    Alors je me dis, si on va par là pourquoi pas une rue Mohamed Merah ? N'a t-il pas marqué son époque ? Si comme tu dis c'est une façon de se souvenir du passé et d'en apprendre quelque chose pour l'améliorer ? On en fait une statue de lui aussi ?
    Alors je te l'accorde, les gens ne sont pas des saints, ils ne sont pas tout blanc ou tout noir (sans mauvais jeu de mot ^^) mais où fixe t-on la limite ? Cette dame se sent forcément touchée de près du fait de sa couleur de peau et je peux le comprendre. A t-elle 100% tord dans ce qu'elle dit ? Non, pas pour moi. As tu toi aussi 100% tord dans ton article ? Non plus.
    Pour finir la pessimiste et misanthrope que je suis à envie de conclure sur ceci : l'Homme ne change pas. L'histoire se répète et les mêmes erreurs se poursuivent. L'égoïsme et l'argent et le pouvoir à toujours gouverner ce monde et ce n'est pas prêt de changer un jour.

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    1. J'ai dit "pas tout à fait" d'accord, pas "pas d'accord du tout" ;) Oui, bien sûr, ce n'est pas anodin, comme je le disais on choisit de se souvenir de quelqu'un, de le faire apparaître dans l'espace public pour une raison en raccord avec sa vie (Jules Ferry et l'éducation, Simone Veil, etc.) mais ça ne fait pas automatiquement de lui un héros, ou alors ça ne fait de lui un héros que dans le domaine pour lequel on veut le faire paraître. Quand on met "Jules Ferry" sur l'enceinte d'un lycée c'est parce qu'il a oeuvré pour l'éducation, pas parce qu'il était colonialiste... faire ressortir un élément de ça vie ne signifie pas ratifier tout le reste... c'est pour ça que je disais que la mémoire est multiple. Bien sûr qu'avoir sa statue est un honneur, mais ce qui est intéressant dans la statue, et comme le disait très bien Ars Maëlle dans son commentaire, ce n'est pas la statue en elle-même : c'est la plaque, le lieu, le moment... la statue en elle-même n'a aucune valeur symbolique, la valeur symbolique se construit avec la construction de la mémoire et le lieu d'installation de la statue a une importance. Met la statue de la Liberté en plein milieu de New York et de suite elle n'a plus la même signification et la même portée symbolique.
      Bien sûr qu'avoir un nom de rue ou une statue est un honneur, mais ça dépend aussi de ce dont on choisit de se souvenir...

      Je vois pourquoi tu choisis cet exemple, et c'est ce que je disais : ce n'est pas, effectivement, "juste" pour se souvenir dans le sens où la mémoire n'est pas gratuite : elle a un but. Quand on donne une statue à Colbert c'est parce que l'on choisit de se souvenir des trucs bien. Mohamed Merah n'a, a ma connaissance, pas vraiment fait du trucs biens pour le pays. En plus, le cas des attentats est un peu différent, parce qu'ils apparaissent dans l'espace public via les journées de commémoration donc de fait y'a pas besoin de rues pour le souvenir : y'a la commémoration donc la parole est ouverte et on pourrait entendre un discours qui mettrait en avant les jeunes qui se sont laissés prendre par Daesh et qui sont aussi des victimes. Mais là, avec Colbert, retirer les statues, les rues, etc. ça pose une double question. 1) est-ce que, sous prétexte qu'il n'a pas fait que des trucs bien dans sa vie ou doit cracher sur toute sa vie ? (Ars Maëlle prenait pour ça l'exemple de Céline) 2) on ne commémore pas Colbert, donc enlever les noms de rues, etc. c'est le faire disparaître de l'espace public et donc annihiler toute chance de pouvoir parler. Imaginons un prof qui ferait une visite de la ville à ses élèves. Il s'arrête devant une statue de Colbert, explique la plaque qui salue le ministre mais, du coup, peut aussi nuancer en disant qu'il n'a pas fait que des trucs biens...

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    2. Je ne dis pas qu'elle a 100% tord, je dis qu'elle se trompe de combat. C'est ce que j'expliquais à Ars Maëlle. Au lieu de transposer en France un combat venu d'un autre pays qui n'a pas la même culture que la nôtre elle ferait bien de s'intéresser au nom de la "journée de commémoration de l'abolition de l'esclavage" alors que la France ne reconnaît qu'à peine avoir commis de l'esclavage... là il y a un vrai truc à creuser, un truc pertinent dans nôtre rapport à la mémoire, au passé, etc. Elle aurait raison de vouloir attaquer le combat comme ça, pas avec des statues... je veux dire... si sous les statues de Colbert les plaques disaient qu'on était content qu'il ait fait le Code Noir là oui, OK, on les déboulonne ou on change les plaques, mais à ma connaissance ce n'est pas ce qui est écrit sur les plaques... comme je le disais la mémoire est multiple et sélective. Ce n'est pas parce qu'un homme a fait des mauvaises choses qu'on doit cracher sur toute sa vie entière comme un tout. On ne se souvient pas de Colbert comme de quelqu'un qui a écrit le Code Noir mais comme d'un ministre de Louis XIV.

      Maintenant on peut aussi retourner le truc : justement, le problème, c'est qu'on ne se souvient pas de Colbert comme de quelqu'un qui a pondu le Code Noir. Je m'explique (avant de passer pour raciste, esclavagiste et colonialiste xD) : on ne s'en souvient pas, on n'en parle pas, parce que la France ne reconnaît pas ses tords... et là il y a un vrai truc à creuser sur notre rapport à la mémoire. En même temps, le pays des Droits de l'Hommes qui, après avoir écrits la fameuse DDHC continue le colonialisme, et même faisait avant du commerce triangulaire, ça la fout mal, tu comprends bien... donc là y a véritablement un truc à creuser.

      En fait, les questions de mémoire sont extrêmement complexe. La statue en elle-même ne dit rien du tout : c'est juste de la matière. Par contre son lieu, sa plaque, son commanditaire, sa date d'installation, éventuellement le sculpteur, tout ça fabrique la portée symbolique. Trouve-moi une statue de Colbert qui met en avant la fabuleuse idée du Code Noir et là on pourra penser à déboulonner... Ce n'est pas la statue en elle-même qui pose problème mais le choix de mémoire que l'on fait derrière.

      Haha pessimiste de base ! Non, c'est sûr, ça ne va pas changer : l'humanité aura péri avant des causes du meurtre de sa propre planète...

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    3. Je repensais à mon exemple de la statue de la Liberté. Si je me trompe pas on l'a mise là pour accueillir les migrants qui venaient aux États-Unis. Déplace-là à la place des deux tours du 11 Septembre et ça ne veut plus dire DU TOUT la même chose (d'ailleurs la nouvelle tour d'appelle Freedom tower et sa hauteur en pieds correspond à la date d'indépendance des États-Unis : symbole fort alors que toute autre tour de la même taille serait juste... une tour).

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    4. Alors on fait une statue d'un gros salopard de première, connu pour avoir violer de tas de femmes et frapper d'autres, mais sur la plaque qui l'accompagne on inscrit un truc positif que le dit salopard aurait fait et c'est ok ? Qui te dit de le Mohamed Merah n'a jamais rien fait de bon avant ces attentats ? Avant qu'on lui retourne la cervelle ? Qui te dit qu'il n'a pas aider la mamie du coin à traverser la rue ? qu'il n'a pas fait du baby-sitting pour la voisine ? Etc... il n'a pas révolutionner je ne sais quel domaine si on veut mais personne n'est tout blanc ou tout noir encore une fois.
      Moi je ne suis pas d'accord sur le fait que ça soit okay de fonctionner comme ça. Et puis de quand date la statue ? Elle a peut être été faite à une période proche de la vie de cet homme ? A une époque ou le racisme n'était pas "une mauvaise façon de penser". Enfin si tu vois ce que je veux dire x)
      Breeeeeeeeeef. Les symboliques c'est bien mignon mais ça enjolive la réalité des choses. Au fil de temps on n'a plus que ces symboles sous les yeux et plus personne ne se souvient du reste. Je trouve ça nul, pas toi ?

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    5. Mais je n'ai pas dit qu'il n'avait jamais fait rien de bien, j'ai dit qu'il n'avait sans doute jamais fait rien de bien pour la France, ça n'a rien à voir.
      Deuxièmement, j'y pensais cette nuit avant de me rendormir, je disais dans l'article que le colonialisme, etc. étaient des idées du temps : on ne peut pas condamner quelqu'un pour quelque chose qui n'était pas à un crime à l'époque. Si avant 2017 tuer quelqu'un n'était pas un crime et que j'ai tué je suis une meurtrière mais je ne suis pas une criminelle. Le terrorisme n'est pas bien vu à notre époque, donc l'exemple de Mohamed Merrah n'est pas pertinent, comme celui de faire une statue d'un violeur.
      Mais c'est à nous de faire en sorte que les symboles ne cachent pas tout le reste : comme le professeur qui, devant une statue de Colbert, peut aussi choisir de parler des choses plus discutables.

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    6. "personne n'est tout blanc ou tout noir encore une fois" c'est ce que je me tue à dire dans l'article : ils sont humains ! ;)

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