jeudi 22 juin 2017

Sommes-nous des individus ?

Bonjour !

C'est à croire que je ne traite presque que des questions de genre, sur ce blog ! Bon ! Faut dire qu'une réflexion très intéressante a été lancée et que je me suis engouffrée dedans. En fait, je suis inscrite au forum Jeunes Écrivains et une membre demandait comment on pouvait écrire un personnage masculin quand on est une fille, si les garçons, en gros, ont un mode de pensée différent (elle veut écrire une romance). Et à vrai dire c'est une question que je me pose moi-même depuis... longtemps, d'autant plus que j'ai peu (pas, en fait) d'amis garçons à observer ou interroger, donc ça ne me simplifie pas la vie. Plusieurs réponses ont été données et plusieurs qui disaient que garçon ou fille peu importait, que nous sommes des individus avant tout et que ce n'était qu'une question de caractère. Je ne suis absolument pas d'accord avec ça.

Oui, nous sommes des individus, avec des caractères uniques, définis, des qualités, des défauts, des manières de réagir qui nous sont propres, des valeurs que nous ne partageons pas avec tout le monde, des façons de raisonner et de penser qui sont uniques, nous faisons tous partie de l'humanité et c'est formidable... mais l'humanité est faite de femmes et d'hommes... dans un patriarcat aux modalités différentes en fonction des régions, des époques et des cultures et nous ne pouvons pas nier cela, sinon nous ne traitons pas le sujet. Je me suis vu rétorquer que c'était mieux de privilégier le caractère, caractère qui amènera le personnage à suivre ou pas ce qui est attendu de lui ou d'elle. Il y a deux choses qui me chiffonnent là-dedans : la notion de caractère et de "ce qui est attendu".

Alors histoire d'être sûre de pas dire de bêtise je suis allée chercher la définition de "caractère" sur le site du CNRTL et voilà ce que l'on me donne : "Ensemble des traits psychiques et moraux qui composent la personnalité d'un individu. [...] Ensemble des manières stables d'être, de sentir ou d'agir qui habituellement règlent le comportement d'une personne adulte dans ses relations avec d'autres personnes." Donc le caractère n'est pas que inné, il est aussi construit dans la mesure où l'on a en partie appris comment interagir avec les autres personnes, dans la mesure ou nos "traits moraux" sont construits sur nos expériences, nos désillusions, qui vont nous donner une grande importance de la justice, de la famille, de la confiance, de l'honneur, de la loyauté, etc. Le caractère est construit et j'en suis ravie parce qu'à vrai dire ça m'arrange. Si le caractère est construit (du moins en partie) alors cela veut dire que non seulement les parents et les éducateurs le modèlent par leurs interactions avec l'enfant puis l'adolescent mais aussi la société entière et les messages subliminaux qu'elle envoie. Et, dans une société patriarcale les messages envoyés aux garçons et ceux envoyés aux filles ne sont pas les mêmes. Donc une fille ne se construit pas de la même manière qu'un garçon et vice versa (comme un Noir ne se construit pas de la même manière qu'un Blanc, etc.) parce qu'un garçon et une fille ne se placent pas de la même manière du point de vue des rapports de domination. Il y a pour voir ça un exemple assez frappant : le modèle "rentrez vos poules je sors mon coq" ou : un garçon qui enchaîne les filles est un tombeur, une fille qui enchaîne les garçons est une salope.

"Ce qui est attendu" est lui aussi lié au concept de genre parce que le soucis c'est qu'un garçon doit se comporter "comme un garçon" et une fille se comporter "comme une fille". Le garçon grand, fort, rassurant, tout ça tout ça, et la fille un peu pleureuse, un peu nunuche parfois... comme je le disais dans mon post sur le forum, les shôjo sont un assez bon exemple pour cela : ils s'inscrivent toujours dans les mêmes clichés et dans la même caricature des relations entre garçons et filles. Les bornes de "ce qui est attendu" sont définies par les rapports de genre et de domination.

Femmes et hommes se sont construits différemment avec des univers mentaux différents. De ce fait on ne peut pas, et encore moins dans le cadre d'une romance, dire "nous sommes tous des individus" et faire complètement fi du concept de genre. Mais évidemment il ne s'agit pas non plus d'essentialiser en partant du principe que si telle fille agit de telle manière c'est parce qu'elle est une fille, que si un garçon agit de telle manière c'est parce qu'il est un garçon. Bien sûr il y a le caractère, la construction qui fait que l'on se détache ou pas des rôles de genre mais, à la base, il y a bien la question du genre et on ne peut pas traiter le sujet si l'on décide que "nous sommes tous des individus".

Je voudrais aussi ajouter quelque chose sur ce sujet, qui me paraît assez important. Plusieurs fois je me suis dit que c'était assez étonnant qu'une fille se demande comment pense un garçon dans la mesure où... comment dire... nous sommes une société patriarcale, certes, mais mixte. Les salles de classes sont mixtes, les rues sont mixtes, les entreprises sont mixtes, les magasins sont mixtes... On se côtoie tous les jours, et on se demande comment on pense... Je trouve ça assez étrange, en un sens et ça me fait penser à autre chose que je disais à Mathilde de What I Heart About sur son article il y a quelques jours : je me demande si les garçons et les filles savent vraiment comment s'aborder. Elle parlait du harcèlement et je lui disais que plusieurs fois je me suis demandé si finalement une partie de l'explication du harcèlement de rue n'était pas simplement que les garçons ne savent pas comment aborder les filles. Évidemment il y a aussi la question du patriarcat et qu'ils pensent qu'on leur appartient mais je me demande dans quelle mesure l'ignorance de comment on s'aborde agit. Parce qu'au final on se côtoie peu. Je veux dire... On peut avoir des amis garçons quand on est une fille et vice versa mais je ne me souviens pas franchement de groupes vraiment mixtes dans la cour du collège ou même au lycée, ou même à la fac. On peut aussi interroger la dynamique de groupe : ce n'est pas parce qu'on forme un groupe uniquement de garçons qu'aucun de ces garçons n'a d'amies filles, évidemment. Mais je me pose quand même la question.

Au final c'est extrêmement louable de dire que nous sommes tous des individus, mais ça ne colle pas à la réalité des rapports de genre, ça ne colle pas à la réalité de personnes qui se sentent racisées, ça ne colle pas à la réalité de personnes qui se sentent et sont discriminées de manière générale. C'est super de dire que nous sommes tous des individus, sur le même plan, mais cet aveuglement aux distinctions (qu'elles soient de genre, de race, etc.) pose un problème : elle oublie, elle nie volontairement, même, que nous ne nous construisons pas tous de la même manière en fonction de notre couleur de peau, de notre orientation sexuelle ou de notre sexe/genre. Au final, nous ne sommes pas des individus ou plutôt, avant d'être des individus, nous sommes des femmes, nous sommes des hommes.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Sunsword & Moonsabre

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10 commentaires:

  1. Je suis perturbée par la définition de "caractère" : "Ensemble des manières stables d'être, de sentir ou d'agir qui habituellement règlent le comportement d'une personne adulte dans ses relations avec d'autres personnes." Pourquoi "manières stables d'être" ? Définition psy ? x)
    Enfin bref. Lol.
    La vraie question est : y aurait-il toutes ces différenciations hommes/femmes sans la société, sans ce qui à été fait ou dit dans le passé, l'Histoire ? Je veux dire, prenons deux bébés. Un garçon, une fille. Faisons les grandir à l'écart du monde, juste tous les deux. Sans idées ou images préconçues à leur faire avaler. Seraient-ils d'avantages semblables que les hommes et femmes "civilisés" ? Est ce que finalement le culturel ne prend pas le pas sur le biologique ? Je veux dire, grandement !
    Moi j'aimerais bien être juste un individu avant même d'être un genre :D

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    1. C'était le grand A de la partie, ils indiquaient "langage courant" en indication, donc ça n'a pas l'air être du psy. Je pense que c'est pour distinguer de quand tu pètes un câble x)
      Si, le culturel prend le dessus, c'est pour ça qu'on parle de genre ou de "sexe social" et pas de sexe. Ceci dit est-ce que, si on faisait grandir un garçon et une fille à l'écart du monde, le garçon finirait pas par se rendre compte qu'il est plus fort que la fille physiquement et donc à se dire que quand même il mérite plus de choses qu'elle... ? Parce qu'au final quand tu regardes l'Antiquité, sur à peu près tous les continents les hommes ont pris la domination... (les hommes sont des tyrans et nous de douces colombes xD).

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    2. Zut, on ne peut donc pas être fou de caractère ? Mon monde s’effondre xP
      Plus fort, plus fort... tous les hommes ne sont pas forcément plus forts que toutes les filles d'abord. Et il n'y a pas que ce critère qui fait office de "domination". Le courage, l'intelligence en font parti.
      *retourne nettoyer ses belles plumes blanches*

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    3. Non mais quand même d'une manière très générale la musculature des hommes a plus de puissance que celle des femmes... Après faut voir un truc aussi, faudrait faire des essais... quel est le poids de la connaissance "les filles sont moins fortes que les garçons" ? Par exemple actuellement les perchistes hommes commencent à passer des barres élevées quand ils sautent 5m60 et les femmes 4m60 donc y'a un mètre de différence. Est-ce que si une jeune perchiste s'entraînait avec des hommes elle pourrait finir par passer 6m ? Ce serait intéressant de voir ça, mais il faudrait qu'une jeune perchiste accepte d'être un cobaye x)

      Certes, mais à l'origine on a commencé à considérer les femmes moins intelligentes parce qu'on avait la force nécessaire pour les mater, enfin je crois... les hommes allaient à la chasse (force) et les femmes s'occupaient de la maison (soin, minutie, etc.). Puis aussi je crois qu'il faut voir que nous sommes des animaux... et les animaux fonctionnent aussi sur la loi du plus fort, de celui qui saura se faire respecter, et même si l'intelligence et l'ingéniosité entrent en ligne de compte, au final si t'as pas la force physique pour mater tes collègues récalcitrants ben tu peux difficilement t'imposer...

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    4. Oui faudrait trouver une cobaye ^.^

      Les femmes étaient considérées comme moins intelligentes parce qu'on faisait tout autour pour qu'elle ne le soient pas. Pas d'accès à l'éducation par exemple. Ou bien on leur apprenaient la cuisine ==' On leur enseignait toute petites qu'elles devaient obéissance à leur mari etc... comme des petits animaux de compagnie.
      Pour rebondir sur les animaux, un animal malin a plus de chance de survie dans la nature qu'un animal "seulement" dominant. Quand je vois mes deux chats ça me fait rire. La petite Fraisy est bien plus maline, elle essaie toujours de tout comprendre, elle est très attentive à tout et laisse pourtant le plus vieux la dominer. Mais on sent que c'est une volonté, qu'elle n'a pas envie de prendre cette place. Je verrais si au fil des années elle renversera la vapeur mais j'en ait pas le sentiment. C'est pas une question de "force" physique, je crois qu'elle n'a pas envie de lui prendre ce rôle. Faut dire qu'elle l'admire un peu et qu'elle a beaucoup de respect et d'amour pour lui, même si parfois il est pas très amical avec elle. C'est son mentor ^^ Mais elle doit bien se rendre compte qu'il est moins malin qu'elle.

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    5. Haha ! Ton pauvre chat qui se fait traiter d'imbécile sur internet ! Le laisse pas voir ton commentaire, on sait jamais s'il sait lire... x) Façon les chats dominent le monde... enfin bref. Oui, évidemment, être malin c'est quand même vachement utile, mais si t'as pas les capacités d'appliquer tes plans de domination du monde tu fais pas grand-chose...

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    6. Dans ma tête j'suis quand même le maître de l'univers, et ça compte comme pour de vrai ! Na !

      PS : bah non mon chat est bête, il ne sait pas lire :D

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  2. Je suis d'accord avec ce que tu as écris ; cela donne matière à réflexion en ce qui concerne le harcèlement de rue.

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  3. Pour le savoir il suffit de demander. Pose-toi à un coin de rue et aborde les personnes au hasard. Comme le ferait un écrivain en quête d'informations essentielles et constructives pour un bouquin (dis que tu effectues un sondage pour un magazine connu ça passe toujours). Fais-toi une liste de questions précises, reste toujours ouverte selon les réponses (car certaines réactions ne te plairont pas forcément !). Fais un mix de tout le soir et prends une aspirine. Journaliste ?.... je pense que ça t'irait comme un gant !

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    1. Je ne comprends pas. Selon ton idée il faudrait poser des questions pour savoir quoi ?

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