vendredi 28 avril 2017

Qu'est-ce qu'une femme ?

Bonjour !

La porte de la salle de bain est fermée. Je demande à ma soeur si je peux entrer et elle me répond : "non, me dérange pas pendant ma reféminisation". Elle était en train de se raser. Alors, même si elle l'a dit avec un sourire, ce terme de "reféminisation" est assez significatif de quelque chose et il s'inscrit dans d'autres questionnements autour de ce qu'est une femme et de ce qu'est la féminité.

L'autre jour je suis tombée sur C l'hebdo et l'actrice qui était invitée, cinquante-deux ans, a dit que, quand elle avait eu ses règles, sa mère lui avait dit que maintenant elle était une femme : désormais qu'elle ne les a plus, qu'est-elle ? Mine de rien c'est une vraie question : qu'est-ce qu'une femme ? quand une "fille" devient-elle une femme ? Pour les garçons c'est facile : ils deviennent homme en prenant de l'âge, c'est tout ce qu'on leur demande. Mais une fille devient femme avec ses règles, ou par le mariage... en fonction des époques et des sociétés ce qui fait d'une fille une femme varie. Une femme qui n'a plus (ou n'a jamais eu, à cause d'une malformation de naissance qui ferait qu'elle n'a pas d'utérus par exemple, ou qui se l'est fait retirer) ses règles est-elle encore une femme ?

Ce matin j'ai lu un article de Aloha Tallulah qui abordait la question de savoir comment se placer entre l'identité de mère et celle de la femme qui travaille. Et elle disait : "Cette idéalisation de la maternité ne fait pas que du bien, on peut le prendre comme "les femmes qui n'ont pas d'enfants sont moins femmes que les autres"", ce qui m'a particulièrement interpellée puisque je venais tout juste de penser à écrire cet article. Ce qu'elle dit est particulièrement vrai. Quelle femme qui ne veut pas d'enfant ne s'est pas déjà retrouvée confrontée à des réactions d'étonnement, des reproches, ou même le presque doux mais non moins redoutable "tu as encore le temps de changer d'avis" ? Comment-ça, j'ai encore "le temps de changer d'avis" ? Mais je ne veux pas changer d'avis bordel de merde ! Une femme sans enfants, et qui n'en veut pas, n'est donc pas une femme ? Dans la mesure où une femme se définit en premier lieu par le mariage et la maternité, alors une femme non mère et non mariée n'est pas une femme (et donc une femme qui n'a pas ou plus ses règles n'est pas ou plus une femme puisqu'elle ne peut plus produire d'enfants à la société (au passage ça fait donc d'elle une inutile)).

Une femme doit aussi être féminine. Une "vraie femme" est une femme féminine. Donc une femme qui laisse pousser ses poils a besoin d'une "reféminisation". Une vraie femme est une femme qui se rase, qui s'épile, qui se "fait belle". Une vraie femme est une femme féminine et donc une femme qui porte des jupes et des robes. Je me souviens qu'en Quatrième j'avais mis une jupe, un jour d'été, et une prof m'avait dit "oh ! tu t'es habillée en fille, aujourd'hui !". Habillée en fille... euh... merci ? Je-je crois. Je ne suis pas sûre. Si on pousse un peu on pourrait presque dire qu'une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Et je ne suis même pas sûre que l'on ait besoin de pousser tant que ça parce que la peur de l'inversion, de la confusion des sexes a terrifiée nos ancêtres pendant très longtemps, interdisant le travestissement par exemple (si ça vous intéresse je vous invite à lire La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, de Sylvie Steinberg – je vous ai même dégoté un compte rendu si vous voulez vous faire une idée). Donc une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Mais, parallèlement et de manière tout à fait paradoxale, les femmes se font siffler dans la rue quand elles portent des jupes (quoi que, une États-unienne avait marché des heures dans New York, en pantalon noir et T-shirt sans décolleté et elle s'était quand même faite siffler).

Aloha Tallulah avait une autre réflexion très intéressante sur l'animalisation des femmes noires desquelles on dénie la féminité en les ramenant à un animal, ou en les masculinisant. Comme si on n'avait pas assez de la misogynie et qu'il fallait en plus mettre une question ethnique là-dedans ; c'est pas gagné mais c'est pas nouveau. Au moment de la colonisation on prêtait vraiment attention aux questions de domination. Autrement dit un homme blanc pouvait batifoler avec toutes les autochtones qu'il voulait mais un homme noir ne pouvait pas toucher une femme blanche sous peine de la souiller (et c'est le même argument encore aujourd'hui de certains fous). Une femme noire est donc, on pourrait dire, en bas du bas de l'échelle : elle est femme, et elle est de couleur (manquerait plus qu'elle soit lesbienne et là ce serait fini pour elle). Le titre d'Aloha Tallulah était provocant mais finalement la question qu'il pose est une vraie question. Est-ce que ce qui fait d'une femme une femme est réservé aux Caucasiennes ? Est-ce que la couleur de peau est un facteur excluant de ce qui fait d'une femme une femme ? Qu'est-ce qu'une femme ?

La notion de "reféminisation" est assez intéressante par le "re" qui induit qu'il y a eu précédemment un "dé", une déféminisation, ici par le "laisser-aller" de la pousse du poil. La féminisation serait le fait de se raser, ou s'épiler, tout à fait régulièrement de manière à ce que le poil n'apparaisse jamais ; la déféminisation serait le laisser-aller qui demande une reféminisation d'urgence. Féminisation : donc une femme n'est pas féminine par nature : on lui apprend à l'être : rase-toi, épile-toi, mets des robes, maquille-toi ; sois belle (avant d'elle intelligente ou talentueuse). Donc une femme n'a pas besoin d'être féminine pour être femme ou alors quand elle naît elle n'est pas femme (ce qui introduit la question du genre et du sexe social construit).

Je sais que j'ai déjà écrit pas mal d'articles sur ce thème, mais je trouvais intéressant de l'aborder sous cet angle.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Campagne Dove

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jeudi 27 avril 2017

Bombes de Damoclès

Bonjour !

Avec Jesuisuneguerrière nous nous sommes engagées dans un long (et très intéressant) débat et on en est venues à discuter du fait qu'elle trouvait scandaleux qu'Emmanuel Macron ait dit qu'il ne savait pas quoi faire pour lutter contre le terrorisme, parce que c'est son travail de faire ça, et que c'est assez violent pour les familles des victimes. Je comprends tout ça mais je ne suis pas d'accord. Comme je lui disais tout à l'heure je ne trouve pas ça scandaleux, et presque ça me rassure ("rassurer" dans le sens de l'expression "ah... ! ça m'rassure !" plutôt que quand on on a peur du monstre sous notre lit et que quelqu'un vient nous rassurer, vous voyez ?).

Un haut placé états-unien avait dit que l'on s'engageait dans une guerre de vingt-cinq ans. Alors, quand certains politiques disent que, quand ils seront au pouvoir, tout ira mieux, c'est faux. La réalité c'est que, quand nous prenons le train, que nous nous rendons à l'aéroport, au marché, dans des spectacles en plein air ou non, quand nous allons dans la rue, passons devant une église ou une mosquée, que nous nous rendons à l'université ou à des conférences, nous pouvons être victime d'une bombe posée là, d'un kamikaze ou d'un tireur fou. Nous pouvons être pris en otage, nous pouvons être blessés. Tués. Ou des gens que nous connaissons peuvent l'être. La réalité c'est que nous avons au-dessus de nos têtes des bombes. La réalité c'est que les policiers ne parviendront pas toujours à déjouer les tentatives et les projets d'attentats et que d'autres gens vont mourir un peu partout en Europe de l'Ouest. Sur des années.

Il y a peu j'ai pris le train. J'y ai pensé. Je savais que ça pouvait faire partie des possibilités. Il y a peu je suis aussi allée à un spectacle et je savais que ça pouvait potentiellement arriver. C'est ça, la réalité. C'est que nous avons au-dessus de nos têtes des bombes et que je préfère que ça nous soit dit par les autorités et les hommes politiques ("Cette menace, elle fera partie du quotidien des prochaines années" – Macron ) plutôt qu'on nous fasse croire que l'on pourra nous protéger de manière sûre et complète. Je préfère que l'on nous dise que l'on ne sait pas, plutôt que l'on propose de jeter tous les fichés S en prisons, de déchoir de leur nationalité les terroristes et de les plonger dans l'anonymat. Tout ça ce ne sont pas des solutions. Si les gens qui les proposent savaient vraiment comment anéantir Daech ils l'auraient fait depuis longtemps. Si François Hollande, Nicolas Sarkozy et leurs ministres avaient su comment faire ils l'auraient fait parce que, comme je le disais à Jesuisuneguerrière, d'une part ils sont humains et vivent la situation en tant que citoyen, aussi, et, d'autre part, en tant qu'hommes politiques ils veulent de la popularité : agir quand on a la solution est donc la meilleure chose à faire pour eux. Alors, si ça n'a pas été fait, si Daech est toujours là, c'est peut-être que ce n'est pas si simple, que les solutions ils ne les ont pas.

Je préfère que l'on me dise que l'on risque de mourir, plutôt que l'on fasse semblant de pouvoir me protéger et que je m'étonne lorsque je perdrais une jambe dans un attentat. Je préfère que l'on me prévienne que ces choses peuvent arriver.

Les hommes et les femmes qui sont au pouvoir ne savent pas tout. Ils n'ont pas, comme par magie, toutes les solutions sous prétexte qu'ils dorment dans le lit de l'Elysée. Ils ne sont pas inspirés, comme je disais l'autre jour, par une divinité obscure. Ils sont humains et ils ont beau avoir fait des études brillantes ils n'ont pas toutes les solutions en un claquement de doigts. Nous sommes dans une situation complexe et en trouver les solutions prendra du temps. Nous sommes aussi dans une situation inédite, sans précédent : il n'y a donc aucun passé similaire sur lequel les hommes et les femmes qui nous dirigent puissent s'appuyer.

Nous avons souvent l'image d'un homme providentiel, d'un homme tout-savant qui va trouver les solutions immédiatement, par sa "certaine science" selon la formule de l'absolutisme (j'adore cette formule, elle sert à toutes les situations ! :P). Mais cet homme-dieu n'existe pas. Et je préfère qu'on me le dise, qu'on me le répète, qu'on me prévienne que peut-être en allant un jour à l'université je m'en reviendrais pas le soir, que peut-être un jour en prenant le train je n'arriverais jamais à destination. Que peut-être je finirais mes jours sur un fauteuil roulant. Que peut-être je perdrais un membre dans une explosion. Que peut-être je finirais mes jours avec la cicatrice de l'impact d'une balle sur ma poitrine. Voilà le discours réaliste et raisonnable que je veux entendre.

Je ne veux pas de promesses irréelles. Je ne veux pas de quelqu'un qui joue sur la peur et l'espoir. Nous sommes dans une situation complexe et nous devons garder notre sang-froid. Alors le discours que je veux entendre, le discours qui me rassure, le discours raisonné et sensé qui me rassure sur le réalisme d'un homme politique, c'est que les solutions ne sont pas évidentes, que l'on ne peut pas pondre un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit tout comme Rome ne s'est pas faite en un jour.

Le discours que je veux entendre, dans tous les sens du terme, c'est que sont perchées au-dessus de nos têtes des bombes de Damoclès.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Boris Horvat/AFP

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mardi 25 avril 2017

La virulence, l'anonymat, et les réseaux sociaux

Bonjour !

En 1667 se tenait le premier Salon devant accueillir les peintures des académiciens, en 1725 il s'installait dans le Salon Carré du Louvre et prenait le nom de Salon de Peinture, en 1745 un jury de sélection était mis en place à cause du grand nombre d'élèves et de tableaux. Dans ce Salon évoluaient des critiques d'art, aidés au cœur de ce foisonnement par une brochure leur indiquant seulement le nom des tableaux et des artistes ; à eux de se débrouiller pour tout retrouver. Vous vous demandez sûrement ce que je suis en train de vous raconter et pourquoi diantre je vous parle de peinture, de critiques, et de XVIIIème siècle dans un article sur les réseaux sociaux. Eh bien le mot-clef est "critique". Figurez-vous qu'en 1765 les auteurs des œuvres obtiennent que les critiques signent leurs critiques afin d'éviter qu'elles ne soient trop méchantes.

Je ne vous dis pas tout ça pour étaler ma science toute neuve qui avec un peu de chance (et ça ne tient qu'à moi) aura une longévité plus importante que la fin des partiels, mais parce que nous sommes précisément dans le sujet : l'anonymat, les critiques, la virulence... C'était il y a deux-cent-cinquante-deux ans. Comme quoi, on n'a vraiment rien inventé.

Quand la prof d'Histoire de l'Art nous a dit ça, ça a fait tilt dans ma tête, j'ai mis la phrase en gras, puis j'ai oublié et je l'ai retrouvée en relisant mes cours il y a deux semaines. Souvent on dit que le problème c'est que les gens se lâchent sur internet, que les réseaux sociaux sont vicieux, malsains... Mais je crois qu'il faudrait nous pencher là-dessus avec un peu plus de recul et de sérieux.

Tout comme nous ne sommes pas devenus narcissiques avec les réseaux sociaux et la possibilité de se prendre facilement en photo soi-même, les réseaux sociaux et les smartphones nous permettant simplement d'extérioriser et "d'extravertir" un narcissisme latent (si le narcissisme était né avec les réseaux sociaux, le mythe de Narcisse n'existerait pas !) ; les réseaux sociaux n'ont pas créés la méchanceté des gens, leur propension à agresser facilement les autres sur leurs idées, leurs œuvres, ou leur physique. Les réseaux sociaux ont permis un anonymat qui libère les gens, comme les compte-rendus du Salon le faisaient déjà il y a deux-cent-cinquante-deux ans (précisément ! :P). Et comme les pamphlets et autres libelles le faisaient déjà depuis longtemps. Les réseaux sociaux n'ont pas créé l'anonymat, ni ne l'ont permis dans un monde où il n'existait plus : ils ont été un nouveau territoire de l'anonymat, permettant un élargissement plus important d'un message.

Les réseaux sociaux n'ont pas créé des hommes méchants : ils leur ont permis de s'exprimer. Ils ne sont pas une hydre à huit tête, un monstre, une intelligence artificielle, une créature qui s'émanciperait de son créateur avec revanche : non ; ils sont simplement ce que nous faisons d'eux.

Le harcèlement scolaire existait avant les réseaux sociaux, et les réseaux sociaux lui ont permis d'entrer dans les foyers. Ainsi, on peut faire des réseaux sociaux une arme redoutable, meurtrière même, poussant au suicide. Ou on peut en faire un bras d'une activité bienveillante, sauvant du suicide, à l'image de cette histoire il y a quelques jours où, désespéré, un homme a mis sur Twitter un message assez équivoque disant qu'il allait se suicider. Les internautes se sont mobilisés pour le sauver, allant jusqu'à appeler le directeur de Twitter France pour avoir son nom et son adresse.

Les réseaux sociaux sont un outil, ils n'ont pas de volonté propre. Comme un couteau de cuisine qui peut à la fois nous aider à préparer de bon petits plats et à la fois nous aider à écourter la vie d'une personne indésirable (ce que je ne conseille pas au regard de la loi (et de la morale mais ça, ça vous regarde !) (cela dit "pas vu, pas pris !")) (je précise, sait-on jamais, que je n'encourage pas au meurtre, hein ! :P) ; les réseaux sociaux peuvent faire du mal comme ils peuvent faire du bien, à l'image des personnes qui les utilisent.

Accuser les réseaux sociaux de tous les vices de l'humanité est donc faux. Mais en plus ça apparaît comme une excuse pour ne pas dire que ce sont les humains qui sont complètement tarés, irresponsables, méchants, agressifs, insultants, intolérants à tous points de vue... Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui permettent des prises de paroles très limites : c'est l'anonymat (qui permet aussi à des personnes de parler de leurs problèmes sans peur du jugement, donc il a aussi ses avantages). Et l'anonymat n'a pas attendu les réseaux sociaux pour se faire une place dans nos sociétés. Et l'anonymat n'attire pas les humains : il a été créé par des humains qui n'avaient pas le courage, ou ne pouvaient pas, assumer leurs propos de leur nom.

Qu'en pensez-vous ?

Source tableau – Gabriel de Saint-Aubin, 1767

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lundi 24 avril 2017

Animosité

Bonjour !

A dire vrai je ne pensais pas écrire ce genre d'article... mais j'ai vraiment besoin de comprendre quelque chose alors je vais l'écrire. Il se trouve qu'avec les résultats d'hier ont été charriés tout un tas de sentiments négatifs de la part des gens qui n'avaient voté pour ni l'un ni l'autre des deux candidats qu'il nous reste. Si j'arrive à comprendre la déception, j'ai vraiment du mal avec l'animosité, l'agressivité, et ceux qui donnent des leçons en pensant avoir mille fois plus raison que les autres... Je ne sais pas si c'est moi qui m'entoure mal, mais parmi les gens de gauche (pas centre-gauche, une gauche franche) que je connais tous sont agressifs à divers degrés, remplis d'animosité envers les gens qui sont plus à droite qu'eux (et j'ai remarqué ça bien avant l'élection).

Je ne comprends pas. Je veux dire... je comprends que l'on ait pas tous les mêmes idées, que l'on ne croit pas tous en les mêmes solutions pour régler nos problèmes, que, avec nos expériences diverses, nos croyances profondes en ce que doit être l'égalité, le mérite, le travail, etc., on ne se retrouve pas tous dans la même ligne politique. Ce que je ne comprends pas c'est cette agressivité des personnes à l'égard de ceux qui sont plus à droite qu'elles... Une camarade de lycée, estampillée NPA, qui montait au créneau avec emportement à chaque fois que quelqu'un n'était pas d'accord avec elle, tentant par tous les moyens de convaincre l'autre (alors que je ne pense pas que ça soit le but d'un débat) ; une camarade de collège que j'ai fini par supprimer de ma liste d'"amis" Facebook parce que chacun de ses messages, bien que contre le racisme et pour la tolérance, était haineux, violent, agressif et que, quand je lui en faisais la remarque, elle s'énervait encore plus ; ceux qui laissent des messages sur Facebook d'où suintent une certaine hostilité à base de "le courant s'est éteint au pays des Lumières" et de "vive le pays des débiles" juste parce que tout le monde n'a pas voté comme eux ; ceux qui disent que Macron et Le Pen c'est pareil et qu'à quoi bon avoir Macron si c'est pour avoir Le Pen dans cinq ans (euh... gagner cinq ans ?) avec, de la même manière, une certaine hargne que l'on sent poindre... Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas d'où ça vient, le pourquoi et le pour quoi, l'objectif, la cause, la raison... Je ne comprends pas. Je veux dire... comme je le disais à une blogueuse hier qui pensait que je cherchais à la convaincre, je crois que l'on ne peut pas convaincre les gens sur ce genre de sujets parce que, plus peut-être qu'avec tous les autres genres de sujets, on se fait un avis moins avec les mots qu'avec les expériences, les vécus, et les convictions profondes qui sont elles-mêmes basées sur l'expérience et le vécu et que, de ce fait, seule l'expérience peut modeler l'avis et le faire évoluer ou changer. Alors je ne comprends pas cette animosité. Je ne comprends pas qu'on me traite de débile parce que j'ai voté Macron et qu'on me donne des leçons en me disant que je vais pleurer dans cinq ans. Je ne comprends pas. La colère n'a jamais été un argument (Daniel Webster) et, c'est tout bête, mais j'ai beau être bienveillante je reste humaine et je n'ai pas envie d'écouter quelqu'un qui m'agresse. Je ne comprends pas... Pourtant je suis capable de comprendre et de concevoir et de conceptualiser beaucoup de choses, y compris le vote FN, mais cette agressivité, cette hargne, je ne la comprends pas et les quelques idées d'explications qui me viennent ne me satisfont pas.

Je me dis que peut-être que si ces gens qui prônent la tolérance sont incapables de tolérer que quelqu'un vote différemment c'est parce qu'ils ont l'impression qu'avec une autre personne que celle qu'ils ont choisie leur vie va s'empirer, s'écrouler ? J'ai l'impression que, dès que l'on est plus à droite qu'eux, ne serait-ce que de centre-droit, ils nous regardent comme des racistes esclavagistes prêts à écraser les autres pour devenir la personne la plus riche du monde. Alors je me dis que c'est peut-être ça la cause de l'animosité : ils sont contre les racistes et ces gens qui votent plus à droite qu'eux leur paraissent racistes ? Je ne sais pas, ça ne me paraît pas être ça, ça ne me paraît pas satisfaisant ; je ne comprends pas. Je n'ai même pas la capacité de m'agacer de leur hargne : je ne peux pas m'agacer de quelque chose que je ne comprends pas, dont je ne sais pas par quel bout le prendre, comment l'aborder. Mais ça m'embête. Ça m'embête parce que, au final, on veut tous la même chose, on veut tous un pays meilleur même si on ne pense pas aux mêmes solutions pour y parvenir et je ne comprends pas qu'au lieu de discuter ces gens soient juste prêts à nous lyncher et qu'au lieu d'essayer de comprendre un autre point de vue ils ne cherchent qu'à nous convaincre et à nous persuader. Mais comment convaincre quelqu'un si l'on ne comprend pas ce qu'il pense et pourquoi il le pense ? On ne peut pas.

C'est pour ça que j'ai souvent du mal avec les personnes très à gauche. Je trouve leurs idéaux et leurs valeurs tout à fait honorables, mais j'éprouve des difficultés avec leur comportement agressif (à différents degrés), leurs réflexions moqueuses et désagréables, presque condescendantes parfois.

Je ne suis pas agacée, je suis peinée et je ne comprends pas (ça on avait compris xD). Je ne comprends pas que l'on ne puisse pas discuter de manière posée et calme, réfléchie et apaisée, avec de la bienveillance et sans jugement, sans colère, sans hargne, sans animosité, sans agressivité. Je ne suis pas agacée, je suis désemparée, désorientée, je ne sais pas quoi penser de cette animosité, comment la prendre, comment la recevoir, et quoi en faire. Je n'en comprends pas les causes, je suis donc incapable d'y répondre (y compris par de la colère ou de l'irritation).

Alors, si vous faites partie des gens (de gauche ou pas, d'ailleurs) qui ont tendance à s'emporter et à devenir agressif quand on ne vote pas comme eux j'aimerais beaucoup que vous m'expliquiez (sans vous énerver) le pourquoi du comment de votre réaction parce que, véritablement, je suis perdue.

Qu'en pensez-vous ? Connaissez-vous des gens agressifs quand on aborde la politique ?

Source photo – Jean-Baptiste Rollin

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samedi 22 avril 2017

Les Français ne savent pas voter

Bonjour !

Je m'étais faite cette réflexion il y a un an je crois, peut-être plus, quand j'avais entendu dans un reportage un monsieur dire qu'il allait voter FN juste pour faire chier les politiques et que, en gros, il comptait sur les autres électeurs pour contrebalancer sa connerie. Je me la suis refaite hier à plusieurs reprises en lisant et commentant des articles sur le vote. Entre ceux qui votent FN juste pour montrer un ras-le-bol en espérant que ça ne passe pas, ceux qui votent contre une personne sans s'intéresser au programme, ceux qui cherchent l'homme providentiel, et moi qui me laisse avoir (et avec bonne humeur en plus) par la communication d'Emmanuel Macron (cela dit je ne trouve pas que son programme soit si mal que ça, je le sens bien !), je me dis que, vraiment, les Français ne savent pas utiliser leur droit de vote.

Voter FN pour montrer le mécontentement en comptant sur la responsabilité des autres électeurs ? Pourquoi pas, mais c'est oublier un petit détail : si tout le monde fait pareil, le FN passe, et potentiellement au premier tour, en plus. Pas très malin.

L'autre jour je lisais un article où la blogueuse disait qu'elle n'aimait pas Emmanuel Macron entre autres parce qu'il débarquait juste grâce à ses contacts, sans avoir exercé le moindre mandat. Je lui ai dit que ça, on s'en fiche, puisque le propre d'un chef d'équipe c'est de savoir s'entourer des personnes compétentes (et savoir prendre en compte leur avis) et pas de tout savoir lui-même sur l'économie, l'Hôpital, l'Éducation, etc. Un chef d'équipe n'a pas à tout savoir sur le bout des doigts, à maîtriser tous les sujets ; on n'attend pas plus de lui qu'il trouve les solutions en un claquement de doigt, inspiré par on ne sait quelle divinité obscure. Je pense qu'un bon chef c'est celui qui sait s'entourer, qui sait écouter ceux qui l'entourent, qui, à défaut d'avoir lui-même de l'expérience, est capable de tirer le meilleur de celle des autres. Il n'y a pas besoin d'être vieux pour ça, ou d'avoir déjà exercé soi-même. Beaucoup d'écoute et un peu de bon sens peuvent, à mon avis, suffire. Je ne dis pas que Macron est ce chef d'équipe gouvernementale que l'on attend, ni qu'il ne l'est pas : je dis que l'attaquer sur l'absence de mandat est un peu bancal dans le sens où ce n'est pas parce qu'on a exercé un mandat qu'on a fait du bon boulot, ou qu'on a fait du bon boulot à l'échelle locale que l'on fera de même à l'échelle nationale. Tous les bons joueurs de foot ne font pas de bons entraîneurs et tous les mauvais de mauvais entraîneurs. Je crois qu'on vote pour un chef d'équipe, pas pour un homme providentiel (qui d'ailleurs n'existe pas). Même Louis XIV s'était entouré de gens compétents (Louvois, Colbert, Vauban...) alors qu'il prétendait tout faire.

En même temps il faut bien dire qu'on n'est pas aidé. On est coincé entre la non prise en compte du vote blanc (nous laissant comme choix, en gros, le vote FN ou l'abstention) et des politiques qui ne cessent de se tirer dans les pattes, de tenter de se discréditer entre eux, de discréditer le locuteur au lieu de discuter méthodiquement ce qu'il dit. Sans compter qu'ils se placent tous plus ou moins en homme providentiel, celui qui réglera les problèmes tout de suite, par son bon sens, par sa "certaine science" selon la formule de l'absolutisme. Ils disent "je" quand ils pourraient dire "mon équipe de ministres et moi-même, nous" ou "l'équipe gouvernementale et moi-même, nous". Moins vendeur.

Une fois j'ai entendu quelqu'un, un Belge je crois mais je n'en suis pas bien sûre, peu importe, qui disait, assez amusé selon mes souvenirs, que les Français se cherchent un roi. Je crois, dans le fond, que c'est assez vrai, ou du moins pas tant éloigné de la réalité que cela ; la figure du roi étant comme incarnée dans celle de l'homme providentiel.

On ne sait pas voter mais on n'est pas aidé. J'ai même un exemple très concret. Via le site de En Marche j'ai posé deux questions par rapport au programme que j'avais lu. Un : monsieur Macron voudrait, pour les délinquants, leur interdire le quartier où le délit a été commis ; outre la question de savoir comment on applique ça concrètement, je voulais savoir comment on faisait si le délinquant était un jeune et que le quartier en question était celui de son lycée. Deux : on fait quoi avec cette satanée réforme mal fichue de l'Université qui ne contente ni les étudiants (et pour cause !) ni les profs ? Moi qui m'attendais (très naïvement, faut dire) à une réponse claire, nette, précise, j'ai pu aller me rhabiller. J'ai eu le droit à une réponse très politique, avec beaucoup de mots pour pas dire grand-chose : "[...] Concernant l'éloignement des délinquants des quartiers où ils ont commis des délits, il s'appliquera sur la totalité du territoire concerné. / A propos de l'enseignement supérieur et de la recherche, nous en ferons une priorité, comme vous pourrez le voir dans nos propositions via ce lien : [...]". Bon. Me voilà guère plus avancée. Merci quand même.

On ne sait pas voter. On préfère l'abstention au vote blanc (en même temps, il serait comptabilisé, je pense que les gens se déplaceraient plus). Certains disent qu'il faudrait rendre le vote obligatoire. Ah ? Parce que ça va régler le problème ? Vraiment ? Ben non. Les gens se déplaceront, voteront blanc ou nul, et rentreront chez eux, excédés d'avoir été obligés de se déplacer. Je ne vois pas en quoi ça règle la question.

Les Français ne savent pas voter. Mais ils ne sont pas aidés non plus. Sans doute parce que c'est mieux d'avoir des électeurs qui cherchent un homme providentiel, où votent FN par coup de sang pour montrer qu'ils en ont marre, plutôt que des électeurs qui posent les vraies questions. De toute façon quand on pose des questions on nous répond dans le vague, alors avec ça...

Qu'en pensez-vous ? Savez-vous pour qui vous allez voter (sans me dire qui si vous ne voulez pas !) ?

Source photo – Charly Triballeau / AFP

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