mardi 25 avril 2017

La virulence, l'anonymat, et les réseaux sociaux

Bonjour !

En 1667 se tenait le premier Salon devant accueillir les peintures des académiciens, en 1725 il s'installait dans le Salon Carré du Louvre et prenait le nom de Salon de Peinture, en 1745 un jury de sélection était mis en place à cause du grand nombre d'élèves et de tableaux. Dans ce Salon évoluaient des critiques d'art, aidés au cœur de ce foisonnement par une brochure leur indiquant seulement le nom des tableaux et des artistes ; à eux de se débrouiller pour tout retrouver. Vous vous demandez sûrement ce que je suis en train de vous raconter et pourquoi diantre je vous parle de peinture, de critiques, et de XVIIIème siècle dans un article sur les réseaux sociaux. Eh bien le mot-clef est "critique". Figurez-vous qu'en 1765 les auteurs des œuvres obtiennent que les critiques signent leurs critiques afin d'éviter qu'elles ne soient trop méchantes.

Je ne vous dis pas tout ça pour étaler ma science toute neuve qui avec un peu de chance (et ça ne tient qu'à moi) aura une longévité plus importante que la fin des partiels, mais parce que nous sommes précisément dans le sujet : l'anonymat, les critiques, la virulence... C'était il y a deux-cent-cinquante-deux ans. Comme quoi, on n'a vraiment rien inventé.

Quand la prof d'Histoire de l'Art nous a dit ça, ça a fait tilt dans ma tête, j'ai mis la phrase en gras, puis j'ai oublié et je l'ai retrouvée en relisant mes cours il y a deux semaines. Souvent on dit que le problème c'est que les gens se lâchent sur internet, que les réseaux sociaux sont vicieux, malsains... Mais je crois qu'il faudrait nous pencher là-dessus avec un peu plus de recul et de sérieux.

Tout comme nous ne sommes pas devenus narcissiques avec les réseaux sociaux et la possibilité de se prendre facilement en photo soi-même, les réseaux sociaux et les smartphones nous permettant simplement d'extérioriser et "d'extravertir" un narcissisme latent (si le narcissisme était né avec les réseaux sociaux, le mythe de Narcisse n'existerait pas !) ; les réseaux sociaux n'ont pas créés la méchanceté des gens, leur propension à agresser facilement les autres sur leurs idées, leurs œuvres, ou leur physique. Les réseaux sociaux ont permis un anonymat qui libère les gens, comme les compte-rendus du Salon le faisaient déjà il y a deux-cent-cinquante-deux ans (précisément ! :P). Et comme les pamphlets et autres libelles le faisaient déjà depuis longtemps. Les réseaux sociaux n'ont pas créé l'anonymat, ni ne l'ont permis dans un monde où il n'existait plus : ils ont été un nouveau territoire de l'anonymat, permettant un élargissement plus important d'un message.

Les réseaux sociaux n'ont pas créé des hommes méchants : ils leur ont permis de s'exprimer. Ils ne sont pas une hydre à huit tête, un monstre, une intelligence artificielle, une créature qui s'émanciperait de son créateur avec revanche : non ; ils sont simplement ce que nous faisons d'eux.

Le harcèlement scolaire existait avant les réseaux sociaux, et les réseaux sociaux lui ont permis d'entrer dans les foyers. Ainsi, on peut faire des réseaux sociaux une arme redoutable, meurtrière même, poussant au suicide. Ou on peut en faire un bras d'une activité bienveillante, sauvant du suicide, à l'image de cette histoire il y a quelques jours où, désespéré, un homme a mis sur Twitter un message assez équivoque disant qu'il allait se suicider. Les internautes se sont mobilisés pour le sauver, allant jusqu'à appeler le directeur de Twitter France pour avoir son nom et son adresse.

Les réseaux sociaux sont un outil, ils n'ont pas de volonté propre. Comme un couteau de cuisine qui peut à la fois nous aider à préparer de bon petits plats et à la fois nous aider à écourter la vie d'une personne indésirable (ce que je ne conseille pas au regard de la loi (et de la morale mais ça, ça vous regarde !) (cela dit "pas vu, pas pris !")) (je précise, sait-on jamais, que je n'encourage pas au meurtre, hein ! :P) ; les réseaux sociaux peuvent faire du mal comme ils peuvent faire du bien, à l'image des personnes qui les utilisent.

Accuser les réseaux sociaux de tous les vices de l'humanité est donc faux. Mais en plus ça apparaît comme une excuse pour ne pas dire que ce sont les humains qui sont complètement tarés, irresponsables, méchants, agressifs, insultants, intolérants à tous points de vue... Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui permettent des prises de paroles très limites : c'est l'anonymat (qui permet aussi à des personnes de parler de leurs problèmes sans peur du jugement, donc il a aussi ses avantages). Et l'anonymat n'a pas attendu les réseaux sociaux pour se faire une place dans nos sociétés. Et l'anonymat n'attire pas les humains : il a été créé par des humains qui n'avaient pas le courage, ou ne pouvaient pas, assumer leurs propos de leur nom.

Qu'en pensez-vous ?

Source tableau – Gabriel de Saint-Aubin, 1767

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lundi 24 avril 2017

Animosité

Bonjour !

A dire vrai je ne pensais pas écrire ce genre d'article... mais j'ai vraiment besoin de comprendre quelque chose alors je vais l'écrire. Il se trouve qu'avec les résultats d'hier ont été charriés tout un tas de sentiments négatifs de la part des gens qui n'avaient voté pour ni l'un ni l'autre des deux candidats qu'il nous reste. Si j'arrive à comprendre la déception, j'ai vraiment du mal avec l'animosité, l'agressivité, et ceux qui donnent des leçons en pensant avoir mille fois plus raison que les autres... Je ne sais pas si c'est moi qui m'entoure mal, mais parmi les gens de gauche (pas centre-gauche, une gauche franche) que je connais tous sont agressifs à divers degrés, remplis d'animosité envers les gens qui sont plus à droite qu'eux (et j'ai remarqué ça bien avant l'élection).

Je ne comprends pas. Je veux dire... je comprends que l'on ait pas tous les mêmes idées, que l'on ne croit pas tous en les mêmes solutions pour régler nos problèmes, que, avec nos expériences diverses, nos croyances profondes en ce que doit être l'égalité, le mérite, le travail, etc., on ne se retrouve pas tous dans la même ligne politique. Ce que je ne comprends pas c'est cette agressivité des personnes à l'égard de ceux qui sont plus à droite qu'elles... Une camarade de lycée, estampillée NPA, qui montait au créneau avec emportement à chaque fois que quelqu'un n'était pas d'accord avec elle, tentant par tous les moyens de convaincre l'autre (alors que je ne pense pas que ça soit le but d'un débat) ; une camarade de collège que j'ai fini par supprimer de ma liste d'"amis" Facebook parce que chacun de ses messages, bien que contre le racisme et pour la tolérance, était haineux, violent, agressif et que, quand je lui en faisais la remarque, elle s'énervait encore plus ; ceux qui laissent des messages sur Facebook d'où suintent une certaine hostilité à base de "le courant s'est éteint au pays des Lumières" et de "vive le pays des débiles" juste parce que tout le monde n'a pas voté comme eux ; ceux qui disent que Macron et Le Pen c'est pareil et qu'à quoi bon avoir Macron si c'est pour avoir Le Pen dans cinq ans (euh... gagner cinq ans ?) avec, de la même manière, une certaine hargne que l'on sent poindre... Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas d'où ça vient, le pourquoi et le pour quoi, l'objectif, la cause, la raison... Je ne comprends pas. Je veux dire... comme je le disais à une blogueuse hier qui pensait que je cherchais à la convaincre, je crois que l'on ne peut pas convaincre les gens sur ce genre de sujets parce que, plus peut-être qu'avec tous les autres genres de sujets, on se fait un avis moins avec les mots qu'avec les expériences, les vécus, et les convictions profondes qui sont elles-mêmes basées sur l'expérience et le vécu et que, de ce fait, seule l'expérience peut modeler l'avis et le faire évoluer ou changer. Alors je ne comprends pas cette animosité. Je ne comprends pas qu'on me traite de débile parce que j'ai voté Macron et qu'on me donne des leçons en me disant que je vais pleurer dans cinq ans. Je ne comprends pas. La colère n'a jamais été un argument (Daniel Webster) et, c'est tout bête, mais j'ai beau être bienveillante je reste humaine et je n'ai pas envie d'écouter quelqu'un qui m'agresse. Je ne comprends pas... Pourtant je suis capable de comprendre et de concevoir et de conceptualiser beaucoup de choses, y compris le vote FN, mais cette agressivité, cette hargne, je ne la comprends pas et les quelques idées d'explications qui me viennent ne me satisfont pas.

Je me dis que peut-être que si ces gens qui prônent la tolérance sont incapables de tolérer que quelqu'un vote différemment c'est parce qu'ils ont l'impression qu'avec une autre personne que celle qu'ils ont choisie leur vie va s'empirer, s'écrouler ? J'ai l'impression que, dès que l'on est plus à droite qu'eux, ne serait-ce que de centre-droit, ils nous regardent comme des racistes esclavagistes prêts à écraser les autres pour devenir la personne la plus riche du monde. Alors je me dis que c'est peut-être ça la cause de l'animosité : ils sont contre les racistes et ces gens qui votent plus à droite qu'eux leur paraissent racistes ? Je ne sais pas, ça ne me paraît pas être ça, ça ne me paraît pas satisfaisant ; je ne comprends pas. Je n'ai même pas la capacité de m'agacer de leur hargne : je ne peux pas m'agacer de quelque chose que je ne comprends pas, dont je ne sais pas par quel bout le prendre, comment l'aborder. Mais ça m'embête. Ça m'embête parce que, au final, on veut tous la même chose, on veut tous un pays meilleur même si on ne pense pas aux mêmes solutions pour y parvenir et je ne comprends pas qu'au lieu de discuter ces gens soient juste prêts à nous lyncher et qu'au lieu d'essayer de comprendre un autre point de vue ils ne cherchent qu'à nous convaincre et à nous persuader. Mais comment convaincre quelqu'un si l'on ne comprend pas ce qu'il pense et pourquoi il le pense ? On ne peut pas.

C'est pour ça que j'ai souvent du mal avec les personnes très à gauche. Je trouve leurs idéaux et leurs valeurs tout à fait honorables, mais j'éprouve des difficultés avec leur comportement agressif (à différents degrés), leurs réflexions moqueuses et désagréables, presque condescendantes parfois.

Je ne suis pas agacée, je suis peinée et je ne comprends pas (ça on avait compris xD). Je ne comprends pas que l'on ne puisse pas discuter de manière posée et calme, réfléchie et apaisée, avec de la bienveillance et sans jugement, sans colère, sans hargne, sans animosité, sans agressivité. Je ne suis pas agacée, je suis désemparée, désorientée, je ne sais pas quoi penser de cette animosité, comment la prendre, comment la recevoir, et quoi en faire. Je n'en comprends pas les causes, je suis donc incapable d'y répondre (y compris par de la colère ou de l'irritation).

Alors, si vous faites partie des gens (de gauche ou pas, d'ailleurs) qui ont tendance à s'emporter et à devenir agressif quand on ne vote pas comme eux j'aimerais beaucoup que vous m'expliquiez (sans vous énerver) le pourquoi du comment de votre réaction parce que, véritablement, je suis perdue.

Qu'en pensez-vous ? Connaissez-vous des gens agressifs quand on aborde la politique ?

Source photo – Jean-Baptiste Rollin

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samedi 22 avril 2017

Les Français ne savent pas voter

Bonjour !

Je m'étais faite cette réflexion il y a un an je crois, peut-être plus, quand j'avais entendu dans un reportage un monsieur dire qu'il allait voter FN juste pour faire chier les politiques et que, en gros, il comptait sur les autres électeurs pour contrebalancer sa connerie. Je me la suis refaite hier à plusieurs reprises en lisant et commentant des articles sur le vote. Entre ceux qui votent FN juste pour montrer un ras-le-bol en espérant que ça ne passe pas, ceux qui votent contre une personne sans s'intéresser au programme, ceux qui cherchent l'homme providentiel, et moi qui me laisse avoir (et avec bonne humeur en plus) par la communication d'Emmanuel Macron (cela dit je ne trouve pas que son programme soit si mal que ça, je le sens bien !), je me dis que, vraiment, les Français ne savent pas utiliser leur droit de vote.

Voter FN pour montrer le mécontentement en comptant sur la responsabilité des autres électeurs ? Pourquoi pas, mais c'est oublier un petit détail : si tout le monde fait pareil, le FN passe, et potentiellement au premier tour, en plus. Pas très malin.

L'autre jour je lisais un article où la blogueuse disait qu'elle n'aimait pas Emmanuel Macron entre autres parce qu'il débarquait juste grâce à ses contacts, sans avoir exercé le moindre mandat. Je lui ai dit que ça, on s'en fiche, puisque le propre d'un chef d'équipe c'est de savoir s'entourer des personnes compétentes (et savoir prendre en compte leur avis) et pas de tout savoir lui-même sur l'économie, l'Hôpital, l'Éducation, etc. Un chef d'équipe n'a pas à tout savoir sur le bout des doigts, à maîtriser tous les sujets ; on n'attend pas plus de lui qu'il trouve les solutions en un claquement de doigt, inspiré par on ne sait quelle divinité obscure. Je pense qu'un bon chef c'est celui qui sait s'entourer, qui sait écouter ceux qui l'entourent, qui, à défaut d'avoir lui-même de l'expérience, est capable de tirer le meilleur de celle des autres. Il n'y a pas besoin d'être vieux pour ça, ou d'avoir déjà exercé soi-même. Beaucoup d'écoute et un peu de bon sens peuvent, à mon avis, suffire. Je ne dis pas que Macron est ce chef d'équipe gouvernementale que l'on attend, ni qu'il ne l'est pas : je dis que l'attaquer sur l'absence de mandat est un peu bancal dans le sens où ce n'est pas parce qu'on a exercé un mandat qu'on a fait du bon boulot, ou qu'on a fait du bon boulot à l'échelle locale que l'on fera de même à l'échelle nationale. Tous les bons joueurs de foot ne font pas de bons entraîneurs et tous les mauvais de mauvais entraîneurs. Je crois qu'on vote pour un chef d'équipe, pas pour un homme providentiel (qui d'ailleurs n'existe pas). Même Louis XIV s'était entouré de gens compétents (Louvois, Colbert, Vauban...) alors qu'il prétendait tout faire.

En même temps il faut bien dire qu'on n'est pas aidé. On est coincé entre la non prise en compte du vote blanc (nous laissant comme choix, en gros, le vote FN ou l'abstention) et des politiques qui ne cessent de se tirer dans les pattes, de tenter de se discréditer entre eux, de discréditer le locuteur au lieu de discuter méthodiquement ce qu'il dit. Sans compter qu'ils se placent tous plus ou moins en homme providentiel, celui qui réglera les problèmes tout de suite, par son bon sens, par sa "certaine science" selon la formule de l'absolutisme. Ils disent "je" quand ils pourraient dire "mon équipe de ministres et moi-même, nous" ou "l'équipe gouvernementale et moi-même, nous". Moins vendeur.

Une fois j'ai entendu quelqu'un, un Belge je crois mais je n'en suis pas bien sûre, peu importe, qui disait, assez amusé selon mes souvenirs, que les Français se cherchent un roi. Je crois, dans le fond, que c'est assez vrai, ou du moins pas tant éloigné de la réalité que cela ; la figure du roi étant comme incarnée dans celle de l'homme providentiel.

On ne sait pas voter mais on n'est pas aidé. J'ai même un exemple très concret. Via le site de En Marche j'ai posé deux questions par rapport au programme que j'avais lu. Un : monsieur Macron voudrait, pour les délinquants, leur interdire le quartier où le délit a été commis ; outre la question de savoir comment on applique ça concrètement, je voulais savoir comment on faisait si le délinquant était un jeune et que le quartier en question était celui de son lycée. Deux : on fait quoi avec cette satanée réforme mal fichue de l'Université qui ne contente ni les étudiants (et pour cause !) ni les profs ? Moi qui m'attendais (très naïvement, faut dire) à une réponse claire, nette, précise, j'ai pu aller me rhabiller. J'ai eu le droit à une réponse très politique, avec beaucoup de mots pour pas dire grand-chose : "[...] Concernant l'éloignement des délinquants des quartiers où ils ont commis des délits, il s'appliquera sur la totalité du territoire concerné. / A propos de l'enseignement supérieur et de la recherche, nous en ferons une priorité, comme vous pourrez le voir dans nos propositions via ce lien : [...]". Bon. Me voilà guère plus avancée. Merci quand même.

On ne sait pas voter. On préfère l'abstention au vote blanc (en même temps, il serait comptabilisé, je pense que les gens se déplaceraient plus). Certains disent qu'il faudrait rendre le vote obligatoire. Ah ? Parce que ça va régler le problème ? Vraiment ? Ben non. Les gens se déplaceront, voteront blanc ou nul, et rentreront chez eux, excédés d'avoir été obligés de se déplacer. Je ne vois pas en quoi ça règle la question.

Les Français ne savent pas voter. Mais ils ne sont pas aidés non plus. Sans doute parce que c'est mieux d'avoir des électeurs qui cherchent un homme providentiel, où votent FN par coup de sang pour montrer qu'ils en ont marre, plutôt que des électeurs qui posent les vraies questions. De toute façon quand on pose des questions on nous répond dans le vague, alors avec ça...

Qu'en pensez-vous ? Savez-vous pour qui vous allez voter (sans me dire qui si vous ne voulez pas !) ?

Source photo – Charly Triballeau / AFP

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vendredi 31 mars 2017

Ce que nous croyons dire n°3 : le cas de l'humour

Bonjour !

J'ai déjà fait deux articles dans cette série (ici et ici) et un article (un peu vieux, que je n'ai pas relu, me contentant de retirer une image qui ne fonctionnait plus) sur l'humour, mais je reviens parce que j'ai été assez embêtée par la réponse que le réalisateur de Gangsterdam a faite aux polémiques ce soir dans Quotidien. Qu'on soit bien d'accord : je n'ai pas vu le film (rien que la bande annonce m'a faite comprendre que ça ne me plairait pas) mais comme je ne vais pas parler directement du film ça ne pose pas de problèmes. Je vais parler de cette réponse du réalisateur que j'ai trouvée à côté de la plaque.

En gros, si vous n'avez pas suivi (comme moi avant l'annonce des titres de Quotidien ce soir) le film Gangsterdam fait polémique à cause des blagues lourdes sur le viol, sur l'homosexualité, à cause de la mise en scène d'un viol, etc. Je n'ai pas vu les scènes incriminées donc je ne peux pas vous parler du contexte, du ton, etc. même si j'ai une vague idée de la question : de toute façon ce n'est pas le sujet. Les critiques sur le film portent sur la manière dont sont traités ces sujets or ce n'est pas à ça que le réalisateur répond.

Il a dit, en substance, que l'on n'allait pas commencer à interdire des sujets dans des comédies, que les ados ne sont pas cons mais a ajouté que si les gens ne comprennent pas son humour et sont fermés d'esprit ce n'est pas de sa faute (donc les gens sont cons sans l'être) et, formidable rhétorique, a ajouté que cette manière de rejeter ce que l'on ne comprend pas est similaire au processus du racisme. Hallucinant. Alors-alors-alors...

Pour qu'on soit d'accord dès le début je voudrais rappeler que je n'ai rien contre l'humour noir, bien au contraire ! J'aime Jérémy Ferrari, quand une amie m'a rapporté que Gaspard Proust a dit que les handicapés ont de la chance parce qu'ils ont des toilettes aussi grandes qu'un appartement à Paris ça m'a fait rire, j'use moi-même de l'humour sur des sujets sensibles : pas de soucis. Je suis féministe et ça ne me gêne pas que l'on fasse des blagues sexistes tant que c'est de l'humour (et pas un pseudo-humour pour tenter de dissimuler une misogynie latente). On peut faire des blagues en ma présence sur les Noirs, les Arabes, et qui on veut, je ne vais pas crier à la discrimination. Seulement, comme disait Yassine Belattar à une conférence du Monde Festival l'année dernière, rire de tout c'est rire avec les gens et pas contre eux.

Le problème c'est qu'apparemment ce film, au lieu de rassembler les gens, et de faire rire les homosexuels, les juifs, les Arabes, etc., tous ensemble, a juste vexé un tas de monde : ce n'est donc pas de l'humour puisqu'il divise et vexe. Le problème ce n'est pas que le film aborde des sujets sensibles, c'est qu'il les traite mal. Il mal traite et maltraite. Il n'est pas question ici de décider de quoi on peut rire ou pas, sur quoi on peut faire des comédies ou pas, ce n'est pas la question. La question c'est que les blagues lourdes de ce film ont vexé des gens au lieu de les rassembler, a semblé trash et trop premier degré. Je ne dis pas que c'était voulu – parfois ce que les gens comprennent ce n'est pas ce que l'on a voulu dire – mais l'important ce n'est pas l'intention : c'est la perception. Je me fiche de savoir sur quoi vous voulez rire. Ce qui m'intéresse c'est que la réalisation finale soit drôle (et je suis bon public, vraiment, j'adore rire, je ne suis pas difficile). Parfois des humoristes se loupent. Verino, avec une vidéo qui était apparue transphobe ; Canteloup il y a quelques semaines sur Europe1 avec un passage homophobe qui ne m'avait pas du tout faite rire et qui apparemment avait fait polémique. Ce n'est pas grave de rater son coup, mais il faut le reconnaître au lieu de jouer les victimes de soient disant bien pensants.

Ensuite le coup de dire que si les gens n'ont pas ris c'est qu'ils n'ont pas compris, sont fermés d'esprits, et ne sont pas à l'aise avec ces sujets-là, c'est un peu facile. Je suis parfaitement à l'aise avec l'humour noir, merci. J'ai une amie bisexuelle et une autre homosexuelle et faire des blagues en leur présence ne gêne pas (et elles non plus). Je me porte très bien. Mais c'est plus facile de décrédibiliser son interlocuteur que de vraiment lui répondre, surtout à chaud, surtout vexé, surtout quand on s'attaque à son bébé, sa création, je peux tout à fait le comprendre.

Quant à dire que, si ceux qui critiquent négativement ce film le rejettent c'est qu'ils ne comprennent pas et donc sont dans le même schéma que les gens racistes... "Celui qui dit qui est", donc ? Bien-bien-bien...  de mieux en mieux. Je pense que les gens qui rejettent ce film ont parfaitement compris votre volonté et ont parfaitement compris le résultat. La chose malheureuse étant que la volonté et le résultat sont fâcheusement en décalage. Sans doute par maladresse, mais le résultat est le même : des gens ont été vexés.

Parfois, les choses que les gens comprennent ce n'est pas ce que l'on a voulu dire. La plupart du temps en fait, avec des décalages plus ou moins grands. Simplement parce que la manière dont je vais mettre des mots sur ce que je pense et ressens ne colle pas tout-à-fait à la réalité. Parce qu'un même mot peut avoir plusieurs échelles de sens. Quand je dis "j'ai faim" parce que j'ai un petit creux ce n'est pas pareil que quand je dis "j'ai faim" parce que mon ventre gargouille, et ce n'est pas la même chose que quand une personne vivant la famine dit "j'ai faim". Mais ce décalage-là, qui est problématique, l'est encore plus quand il s'agit d'humour noir parce que l'on peut rapidement vexer des gens, choquer, outrer, révolter tout un tas de personnes. Le problème ne réside pas dans les sujets que ce réalisateur a choisi de traiter mais dans la manière dont il les a traité et dans le fond qu'ont compris et perçus certaines personnes.

Je crois que se victimiser pour se défendre est la dernière des options à choisir.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Charlesnikon

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vendredi 24 mars 2017

Ne me parlez pas de malheur !

Bonjour !

Je lisais l'article d'Ifeelblue sur la question de savoir si l'on pouvait être triste sur internet, qui interrogeait cette propension qu'ont beaucoup de personnes à écrire des choses positives dans la tristesse, et ça m'a fait penser à un article d'Elisa Mica qui disait notamment que finalement on devrait répondre sincèrement à la question "comment ça va ?". En fait, ça m'a fait penser à tout un tas d'autres choses qui pourraient être résumées en une notion : injonction au bonheur.

Sur Hellocoton, régulièrement, sont mis en avant des articles sur le bonheur. Comment être heureux ? Ou "Bonheur : la décision qui a changé ma vie". Si bien que naît une espèce de pression plus ou moins palpable : soit heureux ou ferme ta gueule (je me rebelle et je suis vulgaire en plus ! :P). J'imagine qu'Hellocoton met en avant des articles dont il pense qu'ils seront lu par un très grand nombre de personnes. Autrement dit : le bonheur intéresse, ou du moins on pense qu'il va intéresser (il faudrait voir si ces articles sur le bonheur ont été sensiblement plus lus que le reste des articles des blogs ou plus lus que les autres articles mis en avant le même jour). De là naît une question : les Français sont-ils malheureux ? (Sans doute que oui si on en croit les enquêtes internationales) ; et : ont-ils le droit de l'être ? (Visiblement non puisque l'on nous encourage encore et encore à être heureux, c'est bien connu : être heureux, c'est bon pour la santé).

Ce mois-ci nous avons enregistré une émission sur les réseaux sociaux et les jeunes et pour la préparer nous avions lu quelques articles. Dans l'un d'eux, la sociologue (ou psychologue, je ne sais plus) rapportait les propos d'une ado qui disait qu'elle se sentait obligée de poster des photos souriantes d'elle même quand elle se sentait triste. Je pense que c'est en partie dû à l'injonction au bonheur qui innerve globalement notre société mais aussi à la nature des réseaux sociaux. Il faut montrer une vie parfaite, où rien ne dépasse, avec des super vacances, des supers enfants, une super maison, un super travail, des supers amis avec qui on est très soudés ; ou rendre sa vie excitante – ce n'est pas moi qui le dit mais Brian Wansik dans un court article du National Geographic de Février 2017 à propos du foodporn : "quand une pression vous pousse à twitter sans cesse du nouveau, vous tentez de donner une image plus excitante de votre vie [...]". Injonction au bonheur, mise en scène de sa propre vie pour communiquer aux autres à quel point être notre ami est génial.

C'est de cette même mise en scène dont relèvent les articles mentionnés par Ifeelblue, ceux qui commencent par un constat négatif pour en tirer une leçon positive, comme si tout dans la vie devait être positif : mettre en scène le bonheur, incliner les faits de manière à ce qu'il en ressorte quelque chose de bon à la fin. Comme dans les Disney. Mais la vie n'est pas un Disney. La vie serait plutôt comme dans Dragons, le film avec Krokmou, vous savez ? :) Dans le deux, Harold retrouve sa mère mais il perd son père. Vous allez me dire que c'est parce qu'il a perdu son père qu'il a trouvé sa mère et que donc c'est positif ? Il aurait pu ramener sa mère à la maison et ne pas devenir orphelin de père. Tout dans la vie n'est pas positif. Mais on met en scène, on présente un certain bonheur.

Il y a une injonction au bonheur sur le net et il y a une injonction au bonheur dans la vie, les deux s'entremêlant : les articles qui promeuvent le bonheur sur le mode "je suis heureuse, vous pouvez l'être aussi !" sont publiés sur la toile, ainsi les personnes qui les lisent sont susceptibles d'accéder à leur tour au bonheur (du moins l'espère-t-on) et de là se répandre en coeurs roses sur leurs blogs : cercle vertueux en apparence, mais poussant un peu plus l'injonction et donc une éventuelle culpabilité chez les gens ne parvenant pas à être heureux et n'osant pas le dire.

Comme je le disais à Ifeelblue : nous sommes dans une société du paraître : ce qui compte ce n'est pas d'être heureux (et de publier des photos au sourire sincère) mais de le paraître (sourire sur les photos alors qu'à l'intérieur notre coeur se noie sous ses propres larmes). De montrer avec véhémence le bonheur. A-t-on le droit d'être triste sur Internet ? demandait Ifeelblue : ma réponse est non. Techniquement la liberté d'expression fait que oui, mais l'espèce de pression au bonheur fait que non. Personne, pense-t-on, n'a envie de lire des articles remplis de tristesse, puisque les blogs sont consommés pour se détendre et pas pour avoir le coeur serré à chaque article lu. Et c'est un peu pareil dans la "vraie vie" à la question "ça va ?" : on répond oui quand en fait non parce qu'on sait bien que cette question relève plus de la politesse ou de l'automatisme que d'un réel intérêt.

Paraître beau, paraître heureux, c'est la règle. C'est triste et pessimiste mais c'est ce que je pense être la vérité.

En gros, publiez des articles mais ne me parlez pas de malheur !

Qu'en pensez-vous ? Vous autorisez-vous à parler de ce qui ne va pas ?

Source photo – Gloria Pedrouzo

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mercredi 15 mars 2017

Les jeunes, tête de Turc

Bonjour !

Le singulier de "tête de Turc" est tout à fait volontaire. Je l'ai choisi car souvent on parle des "jeunes" comme d'un seul bloc, un entier auquel on assigne des traits qui leurs sont inhérents, comme autant d'attributs (pour paraphraser l'introduction du premier chapitre de Jeunesse oblige co-dirigé par Ivan Jablonka et Ludivine Bantigny*). J'y ai repensé en entendant un reportage ce matin sur RTL. Je me préparais à partir à la fac, en toile de fond ça blablatait sur les déchets en nombre considérable qui sont jetés dans les champs, quand, tout à coup, on entend une dame dire un truc du genre "je ne sais pas si les jeunes se rendent compte de ce qu'ils font" ou "les jeunes ne se rendent pas compte". Je ne sais pas si c'est dû à mon mauvais caractère, ma mauvaise humeur, ou un peu des deux à la fois, mais j'étais révoltée (et je ne suis toujours pas calmée ! xD) (je me soigne, rassurez-vous !).

C'est trop facile. C'est trop facile de dire "les jeunes ci, les jeunes ça", "c'est la faute des jeunes". Les jeunes sont au chômage parce qu'ils ne veulent pas travailler, les jeunes se fichent de la politique, les jeunes se fichent de tout de toute façon..., les jeunes jettent leurs déchets dans les champs, les jeunes, les jeunes, les jeunes... C'est trop facile. Comme si avec l'âge on prenait forcément de la sagesse. Comme si les jeunes étaient tous cons et incapables de réfléchir. Comme si les jeunes, parce que jeunes, ne pouvaient pas savoir, "pas comprendre". Mes parents me disent ça souvent. Ils savent mieux que moi, ils sont plus vieux, je n'ai rien vécu. Mais je me souviens un jour avoir lu un proverbe ou une citation (j'essayerai de retrouver, je pense savoir où j'a vu ça) qui disait en gros qu'apprendre de ses erreurs c'était bien mais apprendre des erreurs et des expériences des autres c'était mieux. Ce n'est pas parce que j'ai vingt ans que je ne sais rien.

Les jeunes, les jeunes, les jeunes... c'est trop facile de s'en prendre aux jeunes ! Je vous l'ai dit dans un article il y a quelques temps : j'aime les jeunes ! Et je vais vous dire : les jeunes ne se fichent pas de tout, ils ont envie de s'exprimer et de dire. Les jeunes ont envie de réussir, je pense ; simplement, quand on ne vous fait pas confiance et qu'on vous stigmatise, ce n'est pas simple.

Et puis d'abord "les jeunes" ça ne veut rien dire. Je vais citer de nouveau Jeunesse oblige : "Il n'est que trop fréquent de voir associés à « la jeunesse » propriétés et qualités, vices et vertus, qu'on lui assigne comme autant d'attributs. Dans cette hypothèse, d'anhistorique, la catégorie devient vite asociale, parce que pensée hors des différences et divergences qui innervent la société et font sa complexité. C'est là que la méfiance des historiens, et plus généralement des sciences sociales, prend naissance : dans le refus d'un essentialisme, qui fait de jeunes « les jeunes » et des jeunes « la jeunesse ».". "Les jeunes" ça ne veut rien dire. Il y a les jeunes des quartiers défavorisés, des classes moyennes, des classes supérieures ; les jeunes filles et les jeunes garçons ; les jeunes blancs et les jeunes non-blancs (terme que je n'utilise pas pour ne pas dire "noirs" mais pour mettre dans un seul mot Noirs, Arabes, Asiatiques, métisses, etc. plutôt que de faire à chaque fois l'énumération). Vous ne grandissez pas pareil quand vous êtes victime de discrimination (que ce soit pour une couleur de cheveux, un poids, une couleur de peau, un handicap, une orientation sexuelle, etc.) que quand vous ne faite partie d'aucune minorité. "Les jeunes" ça ne veut rien dire.

"Les jeunes" ne sont pas plus responsables de la pollution des champs que les autres.

Les jeunes ont effectivement encore des choses à apprendre, beaucoup de choses. Mais l'idée qui consisterait à dire que parce qu'ils sont jeunes ils ne savent rien et que donc les adultes et les anciens savent mieux parce qu'ils sont vieux et que donc les vieux sont sages et n'ont plus rien à apprendre de personne est stupide. On a toujours des choses à apprendre des autres. Jusqu'à la mort. C'est trop facile de mettre sur le dos des jeunes tous les actes irresponsables...

J'aime pas les gens mais j'aime les jeunes et j'aime pas quand on s'en prend aux jeunes parce que souvent il n'y a pas d'argumentation derrière. On critique les jeunes parce qu'ils se prennent en selfie, comme s'ils étaient la seule tranche d'âge narcissique, alors qu'en réalité, pour reprendre un article d'Anne Dizerbo** dont je me suis servie pour préparer notre émission sur les réseaux sociaux, on se rend compte que "les jeunes" publient beaucoup de photos de groupes. Et notre invitée de l'émission, qui a fait deux recherches sur les jeunes et les réseaux sociaux, s'est rendue compte que souvent, dans son échantillon, plus les filles publiaient d'images d'elle et plus elles avaient une mauvaise image d'elles-mêmes. C'est facile de critiquer les jeunes... les jeunes narcissiques, les jeunes fainéants, les jeunes qui polluent, les jeunes délinquants, les jeunes qui plongent dans la décadence, et les jeunes ceci, et les jeunes cela...

Je ne suis pas d'accord. C'est trop facile.

Laissez-nous tranquille ! On n'a rien fait de mal ! x)

J'ai l'impression qu'il y a peu de fond dans mon article, et qu'il n'est pas très organisé, mais disons que s'il y avait quelque chose à retenir ce serait que quelques jeunes ne représentent pas tous les jeunes et que tous les jeunes ne représentent pas "la jeunesse" et que cette idée qui consiste à dire que les jeunes sont hors des diversités de la société est idiote, comme on trouve idiote aujourd'hui la peur des hommes d'un "vote féminin" quand les femmes ont obtenu le droit de vote.

Les jeunes sont divers.
Si vous voulez nous critiquer, au moins ne faites pas de nous une tête de Turc mais des têtes de Turcs.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Thomas Jouhannaud

*Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka (dir.), Jeunesse oblige, Paris, Presses Universitaires de France, « Le Noeud Gordien », 2009
**Anne Dizerbo, « Facebook, snapchat : instances de biographisation partagée », Le sujet dans la cité, 1/2016 (Actuels N° 5), p. 129-142

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dimanche 12 mars 2017

De l'autre coté des montagnes – Au tour du monde n°7

Bonjour !

Je ne sais pas si vous aviez hâte de lire un nouveau "Au tour du monde" mais moi j'avais hâte de l'écrire ! Parce que figurez-vous que ça fait plusieurs mois que je sais ce que je vais mettre dedans, mais que l'une des choses n'étant pas encore sortie je ne l'avais pas encore lue et donc j'étais piégée par le temps (et personne ne peut aller contre le temps). Mais maintenant c'est bon, et donc je vais pouvoir vous parler de plein de choses !

Rozalén


Un jour j'écoutais par internet la radio nationale espagnole et sur le site y'avait un menu déroulant et un article sur Rozalén (pour infirmer le fait qu'elle trafiquait sa voix) (vive internet, j'ai retrouvé la page si vous êtes bilingue (pas comme moi ! :P)). Alors moi, comme je suis curieuse et que je me suis mise en tête d'écouter des musiques d'un peu partout dans le monde quand j'en trouve j'ai écouté ses albums (deux, plus une réédition du deuxième avec des chansons issues de concerts). Je les ai tous les deux aimés mais je crois que j'ai préféré le deuxième. Pourtant je ne sais pas trop comment vous en parler (c'est pour ça que c'est pas demain la veille que je vais publier dans la presse culturelle haha  ! xD). Le mieux c'est encore que vous écoutiez vous-mêmes :) Ils sont disponible sur Deezer et Spotify.



Piémont, croyances et superstitions – Andréa (Kerlhau)


J'étais tellement contente que je n'ai pas pu m'empêcher de poster un message hystérique sur Hellocoton avec un nombre incalculables de "i" derrière mon "h" x) Vous savez que j'aime les contes, les superstitions, ce genre de choses, j'en avais même fait un article complet, parce que celui qui connaît un conte ne doit pas le garder, paraît-il ! ;) Et donc depuis qu'Andréa l'avait annoncé j'attendais. Et donc quand je l'ai reçu j'étais contente.
Et je n'ai pas été déçue, même s'il y a quelques coquilles (mais en même temps quand vous relisez encore et encore et encore un texte que vous avez écrit vous finissez par ne plus rien voir, puis vues les fautes qu'il doit rester dans mes articles j'ai rien à dire, haha !) et que la dernière grande illustration a un peu pixelisée (je crois bien que c'est ma préférée en plus, imaginez ma frustration !).
Je n'ai pas du tout été déçue ! On apprend plein de choses ! Par exemple, c'es tout bête mais je savais pas : le nom de Piémont c'est parce qu'il est au pied du mont, comme Bordeaux, quoi... voilà :D
Ce petit livret parle donc du Piémont et est divisé en plusieurs parties : les lieux (forêts, glaciers, etc.) ; un bestiaire avec des animaux et des plantes (avec des créatures inconnues chez nous comme le gatto Mamonne, un chat immense-immense-immense) ; et enfin des contes et des croyances comme ce qu'il faut faire si une paire de ciseaux tombe ou pourquoi il ne faut pas passer sous les échelles. J'ai trouvé que c'était très intéressant et très bien fait !
J'ai absolument adoré et les illustrations sont très jolies !

Les Contes du roi Vikram – Nourjehan Viney


Je sais, je triche, ce n'est pas directement de l'autre côté des montagnes, m'enfin entre ici et l'Inde doit bien avoir un ou deux massifs, donc je ne triche pas. Puis d'abord je fais qu'est-ce que je veux, voilà, nah ! :P
J'ai trouvé ce livre (et beaucoup d'autres pas encore achetés) en furetant sur le site des éditions Actes Sud. Le roi Bojarajan se retrouve face à un grand escalier d'or gardé par des statues d'or représentant des femmes. Mais quand il essaye de monter, les femmes l'arrêtent et il doit écouter un conte démontrant la grandeur du roi Vikramadittan. Mais, à la fin du livre, de contes imbriqués en contes imbriqués, on a à peine gravi trois marches et on comprend pourquoi ce volume n'est qu'une première partie. Je ne sais pas quand sortira la deuxième, mais comme ce livre-là est sorti en 2011 ça commence déjà à faire un petit bout de temps.
J'ai beaucoup aimé même si au début j'ai eu un peu de mal à entrer dans le style aux phrases assez courtes de l'autrice. Autrice dont j'ai trouvé une interview, du coup je vais vous la mettre pour me mâcher le travail parce que personne d'autre que son auteur ne parle mieux d'un livre que lui.



Voilà !
Que pensez-vous de tout ça ? Des choses vous tentent ?

Source image – Andréa
Source couverture – Shri Gopal Subhedar

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mercredi 8 mars 2017

8 Mars : quand mettre une femme à l'antenne est un événement

Bonjour !

L'autre jour on a appris qu'une femme présenterait TPMP ce soir, et Europe 1 a communiqué à coup de jinggle type "les femmes prennent le pouvoir" pour dire qu'ils allaient inviter des femmes, faire des émissions spéciales, etc. Je trouve que ça frôle le ridicule. En un sens c'est super : mettons des femmes à l'antenne, invitons des expertes, mais tout le temps ! (enfin, laissons un peu de place aux hommes, quand même ;P) Pas juste le 8 Mars pour communiquer et faire une journée événementielle comme on ferait avec la finale d'un sport où la France serait qualifiée ou ce genre de chose...

Le problème c'est que, demain et tous les autres jours jusqu'au 8 Mars 2018, les femmes redeviendront minoritaires à l'antenne (encore plus à la radio qu'à la télé). L'année dernière sur Europe 1 il fallait attendre midi pour qu'une femme prenne la tête d'une émission (c'était Wendy Bouchard) et ensuite on avait de nouveau des hommes jusque vers dix-huit heures où Sonia Mabrouk co-animait avec Nicolas Poincaré si je ne me trompe pas. Je ne crois pas que faire une journée événementielle  qui plus est si c'est pour tronquer le nom de la Journée Internationale des Droits des Femmes en Journée de la Femme  soit une bonne stratégie. Ça événementialise quelque chose qui ne devrait pas être un événement et en plus on passe à côté du vrai sujet. Par exemple ce matin dans Le Grand Direct des Médias les invités étaient des invitées. Formidable ! Mais les sujets ne concernaient pas la place des femmes dans les médias (le sujet a été abordé rapidement par un chroniqueur, c'est tout). Pourtant il y avait quelque chose à faire là... Il ne me semblerait pas hors de propos de faire moins d'événementiel et plus de fond, en commençant par soigner la manière dont on parle de cette journée : ce n'est pas la Journée de la Femme.

J'attendais une amie devant le secrétariat de mon département à la fac. J'ai entendu une voix masculine jaillir de l'intérieur en disant "Bonne fête hein ! Journée des meufs !". Journée des meufs... alors... je ne suis pas contre l'utilisation du mot "meuf", moi-même je l'utilise, mais on ne va pas se mentir, il est plutôt péjoratif et utilisé quand on se plaint (type : "nan mais c'est bon ! détends-toi meuf !" ou "nan mais la meuf comment elle me parle !", etc.). Donc la "Journée des meufs" c'est un peu limite... Mais en même temps quand vous avez des journalistes qui disent "Journée de la Femme" et qui font des jeux-concours pour gagner des forfaits beauté ou je-ne-sais-quoi, évidemment, ça n'aide pas.

Je crois qu'il y a une espèce de peur à parler de la place des femmes dans le monde et encore plus en France, pays des Droits Humains, pays qui tend à l'universalisme, pays merveilleux où il fait si bon vivre. Prenez le chroniqueur qui parlait de la place des femmes dans les médias. De son aveu même les radios sont moins bonnes élèves que les télés. Croyez-vous qu'ils en ont profité pour parler de la place des femmes sur les radios et sur la leur ? Ben non. Pourtant il y a en France 52% de femmes. Mais le taux tombe à 38% dans les média. Surtout à cause du manque d'expertes, l'un des arguments consistant à dire que trouver des expertes est difficile.

Alors laissez-moi vous dire une chose : c'est faux. Jusqu'à présent nous avons fait cinq émissions radio (en comptant celle de Mars que nous allons enregistrer la semaine prochaine). En tout nous avons eu dix intervenants et sur ces dix intervenants il n'y avait qu'un seul homme. Et je vous fais grâce des personnes que nous avons contactées et qui n'ont pas pu répondre favorablement à cause de problèmes d'emplois du temps. Et qu'on ne me dise pas que c'est parce qu'on ne fait qu'une émission par mois et que donc ce n'est pas pareil... nous avons trouvé des expertes sur des sujets aussi différents que le cannabis, le harcèlement scolaire, la politique, les idéaux de beauté, et les réseaux sociaux, et des domaines aussi différents que la sociologie, l'addictologie, la psychologie, l'Histoire... Allez sur le site Expertes et vous constaterez qu'il y a des femmes savantes dans quasiment tous les domaines (sans compter les femmes expertes qui ne se sont pas inscrites sur le site).

Voilà de quoi ils auraient pu parler ce matin sur Europe 1. Je ne dis pas que parler de la rencontre de Muriel Robin avec des bonobos n'était pas intéressant, bien au contraire ! Mais je pense que plutôt que de blablater et d'événementialiser en disant "nous invitons des femmes" comme si ça allait vraiment changer les choses il aurait fallu ménager une place à la question des femmes dans les média en plus de la place qui a été faite à Muriel Robin.

C'est comme cette histoire avec Mélanie, la jeune trisomique qui va présenter la météo notamment sur France 2. Superbe communication d'ouverture d'esprit de la part de la chaîne ainsi que de BFMTV. Mais ensuite ? Est-ce que nous verrons plus de personnes handicapées à l'antenne ? Vous voyez beaucoup de présentateurs en fauteuil roulant, vous ? Personnellement je n'en connais pas... C'est l'histoire d'un jour, pour communiquer et se donner une bonne image (tant mieux si ça peut permettre à Mélanie de réaliser son rêve !) mais les handicapés ne seront pas mieux représentés à la télévision ensuite. C'est exactement le même principe avec cette manière de traiter la Journée Internationale des Droits des Femmes.

Ce n'est pas une fête où on peut offrir des cadeaux, "la" femme n'existe pas, tout comme "l'"homme n'existe pas. Mettre une femme à l'antenne, à la présentation d'une émission, ne devrait pas être un événement, quelque chose à titre exceptionnel, un truc du genre "c'est votre journée alors je vous laisse ma place pour cette fois". Ce n'est pas de ça qu'il est question dans la Journée Internationale des Droits des Femmes. Il est question de discriminations partout dans le monde perpétuées à l'égard des femmes. Partout dans le monde y compris en France, n'en déplaise aux journalistes (des fois je me demande pourquoi j'ai envie de faire ce métier xD).

Et si on parlait du fond, pour une fois, au lieu de faire de l'événementiel à deux sous ?

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Jean-Philippe Robin / Storybox-Photo / Europe1-Wendy Bouchard

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mardi 28 février 2017

Faut-il publier sur son blog ?

Bonjour !

Comme beaucoup de question du genre en "doitonfautil" c'est la question de l'obligation qui pose problème. Et c'est la question de l'obligation que je veux vous poser aujourd'hui. Parce que figurez-vous que je suis tombée, en jetant un œil à la sélection Hellocoton, sur la publication d'une blogueuse qui proposait cinquante idées d'articles. D'habitude, quand je vois passer ce genre de chose je ne fais pas vraiment attention mais, ce soir, ça m'a posé question.

Ces derniers temps, parmi les blogueuses que je suis, plusieurs ont publié pour dire qu'elles allaient publier mieux, sans se mettre la pression, à leur rythme, que, avec leur nouvel emploi du temps elles ne pouvaient pas publier trois articles par semaine et qu'elles n'allaient pas se forcer à le faire. J'ai aussi lu d'autres articles prônant une préférence de la qualité à la quantité, de revenir au plaisir de bloguer hors des confrontations malsaines de blogueuses jalouses (que je n'ai jamais vues, pour ma part) (je suis un coeur pur, moi madame, si-si-si ! :P). Alors forcément, voir là, mis en avant au même endroit que ces billets encourageant une façon de bloguer plus saine, un article proposant des idées d'articles aux personnes qui sont en panne d'inspiration, ça fait tout drôle. Et ça me pose question.

Faut-il publier sur son blog ? Doit-on garder un rythme ?

Évidemment, je ne parle pas ici des blogueuses et blogueurs qui gagnent de l'argent avec leur blog et sont donc obligés, pour pouvoir vivre et avoir des revenus à la fin du mois, de se maintenir haut dans les résultats des moteurs de recherche et donc de publier beaucoup. Je parle des blogueuses et blogueurs comme moi, amateurs, en recherche de partage (oui, je sors le cliché, vous pouvez lever les yeux au ciel !), de débats, d'aide parfois, d'un exutoire...

On pourrait se dire que, en soi, cet article des cinquante idées d'articles ne fait pas de mal, que c'est juste un article. Mais il pose question parce qu'en fait il sous-entend que si vous ne publiez pas, si vous n'avez pas d'idée, ce n'est pas bien et qu'il faut corriger ça... c'est problématique, je trouve. Parce que ce n'est pas grave de ne pas publier. Cette année j'ai plus de mal avec la radio en plus de la fac ; je ne suis pas du tout régulière. C'est ici mon quatrième article du mois quand en Janvier j'en avais moitié moins, et l'année dernière deux fois plus à la même période. Et alors ? 

Alors évidemment on peut me rétorquer – et on aura raison – que cet article donne juste des idées et que les personnes qui le lisent ne sont pas tenus d'écrire les cinquante d'articles (d'autant qu'il y a plusieurs catégories, dont la beauté, et que tout le monde ne blogue pas sur la beauté), mais c'est la raison de cet article qui me pose question. On pourra encore me rétorquer – et on aura raison (ou la fille qui se démonte elle-même ^^') – que c'est gentil de donner des idées d'articles parce qu'il y a des personnes qui veulent publier et ne savent pas quoi écrire. Certes oui.

Moi aussi parfois j'ai envie d'écrire mais je n'ai pas d'idées parce que rien n'a attiré mon attention ou que je pense que ça ne vaut pas la peine de pondre un article pour ça... mais je choisis d'attendre, pour pouvoir publier plus tard un article qui me fait vraiment envie, un article personnel, et pas un article que j'aurais pris dans une liste (sont à mettre à part les projets lancés par certaines blogueuses qui proposent que tout le monde écrive sur un même thème, parce que la raison du projet est fondamentalement différente). On peut me dire "chacun sa stratégie, si ça se trouve des articles de la liste vont vraiment être inspirants". Tant mieux, mais ce n'est pas ce que je cherche à dire.

Mon propos c'est que ce genre d'article dit "vous ne savez pas quoi publier ? Voici quoi faire !" : clef en main. D'ailleurs, la blogueuse qui a publié cette liste dit qu'elle sait que "ce n’est pas toujours évident de savoir quoi écrire ou quoi publier sur son propre blog" (je n'écris pas cet article pour la dénigrer ou quoi que ce soit, hein, qu'on soit bien d'accord, mais je trouve que cette phrase pose question dans son fond et je la cite à titre de base de réflexion comme je citerais d'autres propos lus ou entendus (comme lorsque j'ai utilisé les micro-trottoir réalisés pour la radio)). Comment ça de "savoir quoi écrire" ? Il y a des règles ? On pourra me dire que ça veut juste dire que l'on n'a pas d'idées, pas d'inspiration. Mais ce n'est pas ce que dit cette phrase. Elle ne dit pas "ce n'est pas facile de trouver l'inspiration" elle dit "ce n'est pas facile de savoir quoi écrire". Comme si on pouvait avoir bon ou faux (en tout cas c'est de cette manière que je l'ai ressentie). Alors que pourtant elle relève ensuite l'enjeu principal : "sur son propre blog".

C'est la clef. Son propre blog. Il n'y a pas de règles. Pas d'interdits en dehors des limites de la loi. Pas d'injonction de rythme, pas d'injonction de thèmes, pas d'injonction à se renouveler... et on voit bien que, quand on se force, ça termine mal. Ces derniers temps j'ai lu pas mal de blogueuses qui disaient qu'elles s'étaient forcées et qu'elles avaient perdu un peu du goût d'écrire. Moi-même j'ai eu une courte période, il y a quatre, cinq ans je crois, sur mon blog précédent, où je me levais en me disant "il faut que je trouve un article". Et au final j'écrivais de mauvais articles, sans intérêt, que j'ai supprimés avant de revenir à quelque chose de plus naturel, de plus décomplexé, et de moins stressé. Parce que quand on se met la pression c'est contre-productif.

On pourrait me dire que je dramatise l'impact des articles donnant des idées de quoi publier sur son blog... en fait on pourrait me contredire sur beaucoup de points et me rétorquer beaucoup de choses, que j'ai reconnues dans mon article et sans doute d'autres encore. Mais je pense quand même que ce genre d'article donnant des idées d'articles pose question. Pose la question de l'obligation mais pose aussi celle de l'originalité des articles et euh... je ne sais pas trop comment le formuler mais disons... un peu comme si ça unifiait tous les blogs, où on allait trouver partout la même chose... déjà que la plupart des designs, tout blanc avec des modules aux bords colorés, se ressemblent, alors les articles... moi je suis contente quand un lecteur (c'est arrivé deux fois déjà) me dit que tel ou tel genre article n'est pas vu beaucoup sur la blogosphère et que c'est chouette. Pas vous ?

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Getty

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dimanche 19 février 2017

Petite réflexion sur la non-importance de la beauté

Bonjour !

Au début du mois Darkrevette me demandais ce que je devenais. Et j'avais dit que je pensais faire un article sur le rapport à la beauté. Eh bien me v'l'a ! (♪ elle arrive, elle est là : Karaba ! ♫♪ (pardon, je l'avais dans la tête, ça me faisait rire de l'écrire (on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, surtout à cette heure tardive) (oui, presque-vingt-et-une-heure c'est tard !))). À vrai dire, je ne savais pas trop comment commencer... Le micro-trottoir que l'on a fait avec une amie pour l'émission de demain après-midi me donnait quelques pistes mais, après plusieurs tentatives, je me suis dit que ce serait mieux de l'intégrer dans un article à l'image de l'autre jour que d'en faire un article exprès. Alors j'ai pris mon mal en patience et finalement je sais. Je sais comment je vais aborder le sujet (victoire !) (non, cette fois je n'ai pas de chanson de film d'animation, et nah ! :P).

Je vais vous parler de The Voice (je sais, c'est facile, partez pas tout de suite !). Hier soir j'ai regardé l'émission parce que j'aime bien les auditions à l'aveugle (et Mika) et est revenue une réflexion que je m'étais déjà faite l'année dernière : ils sont tous beaux (surtout Mika :P). Les candidats sont tous beaux, ou passables à la télé sans être les canons de l'année. Ils sont beaux. Tous. Vous me direz : c'est la télé, faut pas choquer et perturber le téléspectateur moyen, puis en plus on est sur TF1, la chaîne qui a désapé Rayane Bensetti pour faire de l'audience... Certes. Mais parallèlement ils vous martèlent que les candidats ne sont pas jugés sur leur physique mais que sur leur voix et uniquement sur leur voix (j'aurais dû noter le nombre de fois où il l'a dit, d'ailleurs). Ah ? C'est vrai, les jurés ne les voient pas. Mais ils sont tous beaux (pourtant il n'y a pas que les beaux qui chantent bien). Jolie contradiction.

Contradiction aussi dans ce que les personnes que nous avons interrogées pour notre micro-trottoir nous ont dit. Notre première question était "pour toi c'est quoi une belle fille et un beau garçon ?", étant entendu qu'on voulait savoir quel était leur type. Les six premières personnes interrogées (par groupe de deux) nous ont dit que le physique n'était pas important, que c'était l'intérieur qui comptait. Mais ensuite, deux questions plus tard, quand on demandait à quel point la beauté comptait sur une échelle de un à dix, ils nous disaient sept ou huit. On était bien embêtées de l'incohérence. Et puis mon amie m'a justement fait remarquer que, bien que l'on ait annoncé que l'on travaillait sur les idéaux de beauté, la question n'avait peut-être pas été comprise et que les personnes l'avaient peut-être comprise comme "belle personne". Alors on a ajouté "physiquement" à notre question, histoire qu'il n'y ait plus aucun doute sur le sens. Et on a halluciné.

Le premier garçon que l'on interroge avec notre question toute neuve toute belle nous dit sans flancher "alors physiquement... c'est l'intérieur qui compte". Ah ? Ah. Ah... Bon. Admettons, admettons. Sauf que, deux questions pour tard il répond, sans presque une once d'hésitation, sans même penser à reprendre les termes de notre question comme on l'avait demandé : "bah dix !" comme si c'était évident. Comment ça "bah dix" ? Tu viens de nous dire y'a vingt seconde que "physiquement c'est l'intérieur qui compte" ! Hallucinant. Incroyable. Irréaliste. On était sur le cul. Pourtant notre question était claire et les personnes suivantes ont répondu "correctement" et leur chiffre sur l'échelle était cohérent avec leurs réponses (par exemple deux filles qui parlent de l'intérieur et qui sont entre deux et quatre, ou un garçon qui dit que quand même c'est assez important et se place à sept-huit). Mais quand même. On était sur le cul.

De là est née une remarque évidente : les premiers nous ont sans doute répondu ce qu'ils pensaient que l'on voulait entendre, ils ont triché et nous on les a piégé avec notre question de l'échelle. Parce que sans doute que c'est mieux de dire que l'on ne s'intéresse pas au physique dans cette société plaine de retouches et de non-représentativité et que les qualités intérieures sont tellement plus importantes... Pourtant, une des premières interrogées, qui avait dit que l'intérieur comptait, quand mon amie a demandé ce qu'elle regardait en premier chez l'autre, a répondu directement "le visage". Ah ? Ah.

Comme dans The Voice ! Le physique on s'en fiche : l'important c'est la voix, mais ils sont tous beaux ! C'est le même principe : la beauté compte pas, c'est l'intérieur l'important, mais on se met à sept ou huit sur l'échelle.

C'est important la non-importance de la beauté. Avec tu peux dire et montrer que tu n'es pas superficiel, que tu t'intéresses vraiment aux gens et pas juste à leur apparence. Tu peux dire et montrer que tout le monde a sa chance. Moralement c'est plus intéressant, ça permet de minimiser l'impact du physique : si c'est l'intérieur qui compte je m'en fiche que l'autre ait un visage que je juge disgracieux ; si le physique ne compte pas j'ai toutes mes chances de réussir dans la chanson, voire même, si on élargi le champ, de réussir dans la vie.

Alors que l'on sait que les beaux, ou les gens perçus comme beaux, ont des augmentations et des promotions plus facilement, plus rapidement, que l'on les voit tout de suite plus gentils, plus droits dans leurs bottes. C'est en grande partie inconscient, mais pas seulement. C'est aussi plus valorisant d'avoir des amis beaux, de nous entendre dire que l'on est beau... Il y a une injonction, presque, à être beau, à être comme si ou comme ça : plus fins, plus musclés, plus bronzés... Et comme on cherche de plus en plus à dénoncer ça, à dénoncer la place de l'apparence, de la beauté, eh bien on préfère ne pas admettre que l'on y accorde de l'importance. Les mouvements qui naissent pour dire qu'il faut s'assumer comme l'on est, avec ses formes, etc. parlent aussi beauté et nous demandent de nous trouver beau : il faut, à défaut d'être beau, se trouver beau !

Il y a un paradoxe qui serait je pense intéressant à creuser !

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Laurent Vu/Bureau 233

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jeudi 16 février 2017

Non, la prison n'est pas la seule solution !

Bonjour !

François Fillon a dit qu'il voulait durcir le système pénal pour les jeunes de seize ans, mettre la majorité pénale à seize ans... Quand j'ai entendu ça ce matin ça m'a... attristé. En ce moment je ne vais pas super bien, alors quand j'entends dire des conneries pareilles sur des sujets qui m'intéressent et me touchent ça m'envoie encore plus dans la désillusion et la tristesse (et pour une fois je n'exagère pas, haha ! :P). Fillon a dit que, désormais, un jeune qui attaque un policier devait savoir qu'il risquait la prison... c'est sûr, la prison est la solution, à tous les coups...

C'est un sujet qui me touche beaucoup, étrangement. Pas parce que je vis dans un quartier difficile, ou que je suis Noire, ou quoi que ce soit, mais simplement en tant que citoyenne, que jeune... c'est bête à dire mais, bizarrement, si je n'aime pas les gens, j'aime les jeunes et les jeunesses, ils m'intéressent et j'ai envie de les comprendre. Et je ne pense pas que la prison soit une solution pour ces jeunes-là. En fait, la prison est à des années lumières d'être la solution...

Déjà, je trouve les propos de François Fillon assez limites par rapport au contexte. Parce que, évidemment, ce n'est pas un hasard s'il dit ça maintenant, quelques jours après l'affaire Théo, quelques jours après les violences que certains casseurs ont commises en profitant de manifestations organisées dans une volonté pacifique non pas contre la police mais contre les mauvais policiers et leurs violences. Ce n'est pas un hasard s'il dit maintenant qu'un jeune qui s'en prend à des policiers doit savoir qu'il risque la prison. Vous ne trouvez pas ? Parce qu'en fait, les policiers, ils se font insulter, provoquer, et attaquer par certaines personnes des cités tout le temps, et pas seulement depuis l'affaire Théo. Alors le timing, si politiquement il est sans doute choisi au mieux, est éthiquement et moralement très limite.

Maintenant que ça c'est dit je vais passer au fond du sujet.

Je me souviens avoir entendu un reportage des Carnets du Monde (très bonne émission, d'ailleurs, je ne cesse de vous le répéter alors écoutez-là !) à propos des adolescents aux États-Unis qui sont sous le coup de la règle "crime d'adulte, peine d'adulte". C'est vers cela que l'on veut aller ? C'est ça que l'on veut pour les jeunes ? Les jeter en prison plutôt que de les aider ? Moi je trouve ça dangereux.

Je crois qu'il y a autre chose à faire que de les jeter en prison, en fait. La grande question est : pourquoi deviennent-ils des délinquants ou des criminels ? Il y a des cas rares où "c'est comme ça". Je me souviens avoir entendu l'histoire d'une gamine anglaise de onze ans qui avait tué deux enfants de cinq ans ou moins, je ne sais plus, enfin quoi qu'il en soit elle tuait de sang froid. Vous pensez vraiment que tous les jeunes sont comme ça ? Moi non. Quand on commet des actes de délinquance à seize ans il est possible que l'on ait été entraîné par les plus grands déjà depuis plusieurs années. Prendre le problème si tard n'a donc qu'un intérêt limité. Et puisque l'on part du principe que les jeunes ne sont pas des délinquants mais le deviennent alors c'est que le problème est ailleurs que dans une psychopathie quelconque comme il peut arriver avec cette jeune anglaise de onze ans.

Ça me fait un peu penser à ce projet d'enseigner le violon aux jeunes des favelas, au Brésil, vous savez ? Est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose comme ça à faire chez nous ? Parce que finalement le problème est un problème d'intégration (et je ne parle pas seulement de questions raciales ; je parle d'une profonde intégration à la société qui touche les jeunesses : une des raisons de la forte abstention des jeunes c'est que plus l'on est intégré dans la société et plus l'on vote, les jeunes sont mal intégrés et votent donc moins : ils commencent à voter lorsqu'ils ont un emploi stable et/ou une famille). Un problème d'intégration qui touche toutes les jeunesses mais surtout les jeunesses des quartiers difficiles, avec beaucoup de personnes issues de l'immigration.

Vous savez, hier, je me suis retrouvée à remonter en sens inverse une manifestation (pour Théo il me semble). À part les casseurs cagoulés à l'avant du groupe, j'ai cru remarquer que la plupart des personnes présentes (relativement peu nombreuses) était Noire et jeune. Je ne crois pas que ce soit un hasard.

Le mois dernier le sujet de notre émission de radio était le rapport des jeunes à la politique. Avec mon amie on était partie en ville faire notre micro-trottoir et un jeune de dix-sept ans qui nous a vu avec le micro nous a interpellées. Sans savoir le sujet de l'émission il voulait parler (évidemment il peut y avoir le côté "oh, je vais être à la radio", etc. mais sans doute il y avait aussi la volonté de dire). C'était un Arabe, qui a mentionné sa cité et qui, derrière ses airs nonchalants, a dit des choses très intéressantes et notamment que l'on ne voyait jamais les politiques chez eux. Peu importe que ce soit faux (apparemment y'a des politiques de ma région qui y vont souvent, on m'a dit) : c'est ce qui est ressenti. Et c'est le ressenti qui compte. Ce que nous a dit ce jeune c'est que voter ne l'intéresse pas parce que peu importe que l'on soit une "bande de cent" : au final ça ne change pas, ça n'influe pas sur le résultat. Ce qu'il nous a dit aussi c'est qu'ils n'étaient pas écoutés, pas entendus. Un de ses amis a dit que c'étaient leurs grands-parents qui avaient "construit Paname" et que maintenant, en gros, ils essayent de les sortir de France. Sous leurs airs de nonchalance il y a des choses extrêmement intéressantes dans ces propos. Et il est à prendre en compte que c'est lui qui a voulu parler, et pas nous qui l'avons arrêté.

Au fond, le cœur du problème, il est là : ils n'ont pas l'impression d'être écoutés ou entendus. Si on ajoute à ça la trop forte discrimination à l'embauche et toutes les considérations raciales et discriminantes de ce genre on arrive à quoi ? On arrive, d'après moi, à la délinquance parce que cette mauvaise intégration en est, je pense, l'une des explications, quelque part.

Et quelle est la réponse ? La réponse c'est la répression, la prison, quand on devrait au contraire donner la parole, aider, mettre en place des choses pour permettre l'expression, la prise de parole, sans la pression d'un quelconque manque de légitimité en grande partie factice parce que tout le monde devrait avoir le droit de s'exprimer sur ce qu'il pense même sans être expert dans un domaine, surtout quand il s'agit de la société. Et j'ai finalement assez aimé la réponse que Jean-Luc Mélenchon a faite à François Fillon (bien que je ne sois pas pas d'accord sur le vote à seize ans d'une part parce qu'on ne sait pas forcément quoi en faire et d'autre part parce que de toute façon les jeunes ne votent pas ; cela dit cette proposition se rattache à l'idée de la "permission" (ce n'est pas le mot que je cherchais mais "don" n'était pas mieux) de parole).

Quelle est la réponse ? La réponse c'est que "Si les nouveaux délinquants mineurs se conduisent comme des adultes délinquants, il convient de les traiter comme tels. Il n’y aura plus d’excuse de minorité. Il sera jugé pour ses actes, comme un adulte". Formidable. Crime d'adulte, peine d'adulte alors ? Bien sûr. La vraie réponse c'est d'ouvrir le dialogue, de permettre la mixité sociale (est-ce qu'il n'y aurait pas une piste à creuser du côté du sport ?), de permettre à ces jeunes de s'exprimer et de prendre en compte leur parole. De leur permettre de s'exprimer par les mots mais aussi par leur talent, de leur permettre de montrer qu'ils ne sont pas que des "jeunes des cités" ou des "jeunes issus de l'immigration" mais qu'ils sont capables.

La prison n'est pas la seule solution et en fait ce n'est même pas une solution. En tout cas pas une solution miracle, pas la réponse à tout, ni à tous les cas.

Ça et le "récit national" ça fait déjà deux très bonnes raisons de ne pas faire de François Fillon notre prochain président.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Gullane Filmes

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jeudi 2 février 2017

Parler de "race" comme on parle de "genre" ?

Bonjour !

Avant de commencer je suis presque obligée de faire une mise au point : oui : je vais employer le mot "race", je vais utiliser ce mot interdit, tabou, maudit, marqué au fer rouge par l'Histoire ; oui, j'ose proposer de le réhabiliter et à vrai dire je serai loin d'être la première car nous avons vu en cours d'épistémologie (de l'Histoire) au semestre dernier que ce mot commençait à être réintroduit. Si vous voulez me jeter la pierre, faites-le au moins après avoir lu mon article ! :)

En ce moment je dois préparer un exposé en anglais (oui oui, moi je vais devoir parler anglais pendant dix minutes sans m'arrêter, par chance nous ne sommes pour l'instant que deux en cours) et j'ai choisi de parler du racisme en Afrique du Sud. Donc j'ai lu des articles sur le sujet (je suis studieuse : je les ai lu en anglais) et dans l'un d'eux ils disaient que beaucoup de Blancs étaient réticents à parler du racisme parce qu'ils considèrent (si j'ai bien tout compris, nous ne sommes pas l'abri) que les Noirs abusent de toujours reparler du passé ségrégationniste du pays et que nous devrions aller au-delà de la question de race et que, du coup, ils nient le fait que, pour les Noirs – ou les métisses – la question de la race compte parce qu'ils en font encore l'expérience. C'est ce qui a déclenché ma réflexion sur la notion de "race".

En épistémologie nous avons vu que, ces dernières années, le terme de "race" revient parce que, même s'il n'y a pas d'autres races que la race humaine on parle bien de racisme et que, surtout, certaines personnes se sentent "racisées". Du coup, il est intéressant de croiser les appartenances pour comprendre des personnes ou des groupes de personnes, de travailler avec les intersections (qui incluent l'appartenance religieuse, l'orientation sexuelle, le genre, l'âge, etc.) parce que, finalement, être une femme blanche n'est pas la même chose que d'être une femme noire.

L'exemple que nous avons pris était celui de féministes qui avaient détourné le slogan "prolétaires de tous les pays, unissez-vous" en "prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?". Ce slogan a été lui-même déformé par des femmes noires en "féministes de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?" parce qu'elles voulaient pointer le fait que, bien souvent, la condition des femmes noires était moins bonne que celle des blanches.

La raison pour laquelle cet article sur le racisme en Afrique du Sud a déclenché ma réflexion c'est que j'y ai vu un parallèle avec la France. En France, la République est "aveugle aux couleurs", elle considère qu'elle n'a pas à se préoccuper de ce genre de chose ; comme ces Blancs d'Afrique du Sud qui disent qu'il faut aller au-delà des couleurs. Le problème c'est que, à faire cela, on passe à côté des enseignements que l'on peut tirer des intersections (et je vous dis cela alors que jusqu'à maintenant je n'ai jamais été pour les statistiques ethniques).

Parce que, finalement, notre corps étant notre vaisseau, on ne grandit pas de la même manière lorsque l'on est une femme ou un homme, roux, obèse, handicapé, Noir, petit, grand, etc. et que les personnes noires n'ont pas forcément les mêmes ressentis (je parle de ressentis généraux que l'on peut mettre en évidence par des sondages et non des ressentis individuels – même si pour parler de la généralité il faut juxtaposer l'individuel) que les blanches tout simplement parce que nous sommes dans une société à majorité blanche avec une espèce de "discrimination organisée par omission". La publicité montre bien ça : des femmes blanches, fines : elles ne disent pas "les noires et les personnes en surpoids sont moches" mais elles ne montrent qu'une seule beauté. Pour moi ça se rapproche du principe du mensonge par omission, d'où ma notion un peu bancale de "discrimination par omission".

Là où je fais le parallèle avec le concept de genre c'est que pendant des années on n'a pas fait l'Histoire des femmes, seulement celle des hommes, des grands hommes, etc. Et puis un jour on a commencé à introduire cette notion de genre (je vous renvoie à Joan Scott, pionnière sur la question) pour parler des rapports de domination entre hommes et femmes. En fait, l'Histoire du genre ce n'est pas l'Histoire des femmes : c'est l'Histoire des hommes et des femmes, des femmes par rapport aux hommes, des femmes dans la société (ce que l'on attend d'elles, etc.). Je pense que réintroduire le terme de race permettrait d'étudier et de regarder mieux les rapports de domination entre Blancs et non-Blancs (je parle de "non-Blancs" pour inclure non seulement les Noirs mais aussi les Arabes, les Asiatiques, et qui vous plaira d'autre ^^).

Je crois que réintroduire le concept de race (en étant bien clair sur ce que c'est et en n'acceptant pas que ça serve le racisme, bien évidemment (le concept de genre ne sert pas la misogynie, en principe)) permettrait de parler mieux du racisme, de redonner une perspective aux discours sur le racisme.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Claude Gourlay

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vendredi 6 janvier 2017

Écriture : le cas de la phrase trop longue

Bonjour !

Je crois bien que je n'ai jamais écrit d'article sur l'écriture... J'ai écrit sur le blogging, sur le fait d'écrire pour soi, sur la différence entre ce que l'on croit dire et ce que l'on dit (j'en ai même fait deux !), mais jamais sur le processus d'écriture et les problèmes des jeunes écrivains. En même temps il faut dire que les sujets sont toujours les mêmes : diversifier son vocabulaire, affronter la page blanche, faire relire, etc., etc., etc. Mais là j'ai décidé de sortir de mon silence et de m'élever contre une critique qui revient souvent et qui pourtant est idiote ou du moins tombe juste à côté du vrai problème. Le cas de la phrase trop longue.

Le monde entier semble décidé à tout mettre en place pour nous empêcher de faire des phrases longues. Des profs qui nous supplient, désespérés (j'exagère, j'avoue :P), de ne pas faire des phrases de cinq lignes, jusqu'aux membres de forum, pourtant jeunes écrivains eux-mêmes, qui nous demandent de couper des phrases en deux, en passant par les bêta-lecteurs. Sauf que moi, vous voyez, je suis une adepte de la phrase longue, parce que dans une phrase longue on peut jouer avec le rythme et puis on peut aussi jouer avec le rythme des phrases qui environnent notre phrase longue. Vous voyez ? Et l'écriture c'est aussi un jeu sur le rythme. Notre langue est formidable, pourquoi se priver ?

Une phrase n'est jamais trop longue : elle est ressentie trop longue. Ce n'est pas pareil. Et si elle est ressentie trop longue c'est parce que le lecteur perd le fil, ne comprend plus, ne sait plus ce qu'il lit et que son attention se délite un peu plus à chaque mot supplémentaire n'étant désespérément pas suivi d'un point salvateur. Et si le lecteur perd le fil ce n'est pas parce qu'il est idiot mais simplement parce que l'auteur a mal fait son taf et a mal balisé sa phrase, l'a mal ponctuée.

Je suis inscrite sur le forum Jeunes Écrivains et, justement, aujourd'hui, une commentatrice a demandé à un membre qui avait sollicité un avis sur un extrait de couper en deux sa première phrase. Il faut dire qu'effectivement elle avait un petit problème, cette phrase. Mais un petit problème qui nécessitait une solution bien moins violente, radicale et traumatisante qu'une amputation de quelques mots, une solution magique, merveilleuse, extraordinairement adaptée : le point-virgule. Si si, je vous jure ! Le point-virgule ! Extraordinaire création de la langue écrite que cette chimère hybridée d'un point et d'une virgule, source de respiration et de sens. Et qui n'ampute pas la phrase de son intégrité physique. Ni stylistique d'ailleurs car, bien souvent, quand on remplace une virgule par un point-virgule on ne fait que rattraper la bourde écrite et accorder l'écrit à la respiration imaginée à l'oral.

Et quand ce n'est pas la faute de l'auteur, c'est celle du lecteur. J'avoue avoir été parfois perdue au parcours d'une phrase longue de Victor Hugo, mais c'est difficile d'imputer ça à sa faute à lui (sans blague ! :P). Parfois c'est vrai, on pense à autre chose pendant qu'on lit, ou on lit sans trop faire attention, et on ne comprend pas. Mais bien souvent c'est la faute de l'auteur, quand même.

Tout ça pour dire que, non, il n'y a pas de phrase "trop longue". Une phrase ressentie comme trop longue par le lecteur est simplement mal ponctuée. Mais ce n'est pas la taille de la phrase en elle-même qui pose problème.

Conclusion : la bonne longueur c'est quand les pieds touchent bien par terre.

Source photo – thi loan tran

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mercredi 4 janvier 2017

Délits dédramatisés, vive TPMP ?

Bonjour !

Aujourd'hui j'ai ouvert Facebook (oui, au lieu de réviser mon partiel de demain, sans commentaire :P) et j'ai bien fait. Je suis tombée sur une vidéo de France Info postée le 19 Décembre (mieux vaut tard que jamais, comme dit le proverbe) relayée par une de mes connaissances. Je ne suis pas parvenue à l'intégrer ici, mais je vous invite à aller la regarder sur la page de la chaîne. Une association a relevé, sur l'ensemble des émissions du mois de Novembre, vingt-huit blagues douteuses sur l'homosexualité, ce qui nous fait une blague par jour. Au risque de passer pour alarmiste, je vais qualifier ce fait comme il le mérite : harcèlement. C'est un délit. Et, si j'ai mis "délit" au pluriel dans mon titre c'est parce que ça m'a fait penser à autre chose dont vous devez vous rappeler aussi : vous savez, ce jour où un chroniqueur a embrassé une chroniqueuse sur la poitrine alors qu'elle avait refusé un baiser. Agression sexuelle. C'est au minimum un délit.

Je sais que les fans de la première heure s'insurgent déjà ! Ô drame, ô désespoir, ô incompréhension des non-fans qui ne savent pas s'amuser, ces jaloux qui en rajoutent exprès pour faire couler l'émission !

Oui mais non.

On va se mettre, ensemble, d'accord sur les termes. Le harcèlement se caractérise par la répétition de faits anormaux visant à exclure quelqu'un d'un groupe, à marquer sa différence. Parce que finalement, ici, le problème, ce n'est pas qu'il y ait des blagues sur l'homosexualité (je suis de ceux qui pensent que l'on peut rire de tout, même et surtout avec les principaux concernés, parce que rire de tout ne veut pas dire se moquer méchamment et rire contre les autres mais bel et bien rire avec les autres) ; le problème c'est la répétition de "blagues" d'une lourdeur sans pareil, qui jaillissent sans n'avoir rien à voir même de loin avec le contexte, qui sont là juste pour faire un bon mot et moquer. Donc, plus que de discrimination, je parlerais de harcèlement (étant entendu que la base d'un harcèlement peut être une discrimination) parce que ça me paraît un peu plus approprié dans la mesure où c'est toujours la même personne qui en fait les frais.

Agression sexuelle, maintenant. Selon le site québécois sur le sujet une agression sexuelle "est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, notamment dans celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage. [...] Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l'intégrité physique et psychologique, et à la sécurité de la personne.". Un monsieur embrassant par surprise la poitrine d'une femme qui a déjà refusé un baiser sur la bouche fait-il une agression sexuelle ? Oui. Je veux bien croire que ce pauvre chroniqueur ait été choqué que l'on qualifie ainsi son acte, ait été surpris, heurté que l'on puisse l'assimiler à un violeur, à un criminel, mais ce n'est pas, comme pour le harcèlement d'ailleurs, parce qu'il n'y a pas intention de nuire qu'il n'y a pas de nuisance.

Alors j'en viens à la raison qui m'a poussée à écrire cet article au lieu de réviser. Je m'interroge. On est confronté à une émission qui est en direct, où tout peut se passer, à une émission que j'ai regardé à une période et que j'ai trouvé hystérique et sans fond (je n'ai pas tenu plus d'une semaine), à une émission qui se cache derrière la bonne humeur, la fête, derrière l'argument du "nous, on écoute beaucoup les téléspectateurs, donc arrêtez de nous critiquer", et à une émission où, du coup, quand on pointe un problème, un dérapage, une atteinte à la dignité, une atteinte à la sécurité, on se fait taxer de jaloux et de rabat-joie.

Quel message est-ce que l'on envoie quand on montre qu'embrasser la poitrine d'une femme sans son consentement ce n'est pas grave et que – pire ! – la victime elle-même vient limite s'excuser sur le plateau ? Quel message est-ce que l'on envoie quand on stigmatise et vise de manière systématique, une personne sur son orientation sexuelle ? Parce que l'on pourrait dire que ce ne sont que des blagues, comme il y en a dans Les Grosses Têtes, par exemple. Seulement, dans Les Grosses Têtes, il n'y a pas que ça, loin de là même ! Et il y a un vrai esprit positif, je trouve. Alors que, des extraits (et évidemment on peut me reprocher de n'avoir regardé que des extraits) que j'ai vus, les blagues de TPMP méritent beaucoup de guillemets, sont très lourdes, et même violentes (je vous renvoie à la vidéo de France Info).

Ici, aussi, ce qui n'est pas le cas dans l'émission de Laurent Ruquier, c'est que les "blagues" sur l'homosexualité ne visent qu'une seule personne dont elles ressortent être la condition de son intégration dans le groupe tout en contribuant à l'en écarter car pointant sa différence plutôt que sa ressemblance avec les autres. Et, par leur caractère systématique et répétitif, elles deviennent l'instrument d'un harcèlement.

Que répondrait Cyril Hanouna à ça ? "Non, c'est pas du harcèlement, arrêtez, arrêtez, Matthieu on l'aime beaucoup, il le sait, sinon il serait pas là, faut arrêter de dire qu'on l'aime pas, ça c'est les journalistes..." quelque chose comme ça, sans doute (c'est ressemblant, hein ? :P) Mais ça s'appelle du déni. Et on ne règle rien par le déni.

Globalement j'ai l'impression que les membres de cette émission sont complètement déconnectés de la réalité. Ils disent ce qu'ils veulent, comme ils veulent, ils commettent des délits et parviennent à s'en sortir par une pirouette (cacahuète) (je n'ai pas pu résister xD) en disant qu'ils "s'amusent"... Monsieur est vexé d'avoir été accusé d'agression sexuelle alors ça suffit à dire que ce n'en est pas une. Ah bon ? Ah... Bon... Ce matin Cyril Hanouna disait sur Europe 1 qu'ils allaient essayer de faire moins de dérapages. Monsieur, ce ne sont pas des dérapages, ça : ce sont des délits. C'est punissable par la loi.

Un délit, c'est grave. Ce n'est pas à prendre à la légère.
Alors ce que j'espère, même si c'est sans doute irréaliste, c'est qu'en 2017 ce TPMP soit sur la sellette (ben quoi ? je commence en rime, je termine en rime ! :P).

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Cyrille George Jerusalmi/D8

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