dimanche 28 mai 2017

On riait mieux avant (?)

Bonjour !

Je suis tombée tout à l'heure sur des extraits de l'interview que Cyril Hanouna a donnée au JDD. Je ne souhaite pas revenir sur cette affaire de canular qui n'a malheureusement pas fait rire que lui mais il y a quand même quelque chose qui m'a interpellée (pour pas changer). Il a dit notamment que, aujourd'hui, le sketch de Pierre Desproges sur les juifs ne ferait plus rire et il me semble que c'est un type d'argument que l'on rencontre assez souvent consistant à dire que l'on "riait mieux avant", en gros, et qu'aujourd'hui on a un humour trop édulcoré, trop gentil, pas assez noir, trop politiquement correct, etc. Sauf que pas de chance, il se trouve que j'ai eu deux cours cette année qui me donnent des clefs pour réfléchir à cet argument. J'ai eu un cours sur les mémoires de la guerre (que j'ai relu rien que pour vous (félicitez-moi :P)) et un cours sur le théâtre grec antique (si, ça a un rapport). Du coup, moi, cet argument de "Desproges aurait pas pu faire son sketch" comme preuve qu'aujourd'hui on ne sait pas rire ça me chiffonne.

Très sincèrement, ce sketch de Pierre Desproges, je ne le connaissais pas. Mais par chance et comme sur internet on trouve de tout j'ai pu remettre ma culture à niveau. Eh bien vous savez quoi ? Cyril Hanouna a tord : j'ai ri. Évidemment il y a des références que je n'ai pas, des noms que je ne connais pas, et donc des rires qui ne me sont pas accessibles (je vais y revenir) : mais j'ai ri, c'est le premier point de ma réponse.

Le deuxième point c'est qu'une pièce de théâtre – ou un spectacle d'humour – s'inscrit dans un temps donné, avec un public donné, un contexte, etc. Il me paraît donc important de remettre un peu ce sketch dans une partie de son contexte politico-sociétal. Sur la chaîne Youtube où je l'ai trouvé, il était indiqué qu'il a été joué au théâtre Grévin en 1986. En 1986 nous sommes quarante ans après la guerre. Cela fait que l'on doit diviser le contexte en deux branches : premièrement la branche du public : quarante ans après la guerre le public a, sans doute pour une large part, des souvenirs de la guerre (soit sous forme de souvenirs personnels soit sous forme de souvenirs familiaux) ; secondement la branche mémorielle : de quoi se souvient-on en 1986 ? C'est là que mes cours sur les mémoires des guerres interviennent.

Il faut bien se rendre compte que, dans l'après-guerre et jusqu'aux débuts des années 1980 quand on parle de "déporté" on parle des résistants déportés. Ce n'est que progressivement que l'on glisse vers le déporté juif, avec aussi le film Shoah, en 1985. Dans la même période, en 1987, c'est le premier procès depuis un moment d'un officier allemand duquel on a pu empêcher le suicide : Klaus Barbie. Voilà, pour ce qui est de la France, dans les années 1980, on en est là (il y a aussi une série télé qui sort en Allemagne et aux États-Unis notamment, en 1978, et qui fait un choc). C'est dans ce contexte-là que Pierre Desproges fait son sketch. Avec un public donné, à un moment donné. La lecture et la réception d'une pièce de théâtre – ici d'un spectacle – se fait qu'une certaine manière à un certain moment. Notre prof nous parlait de la pièce grecque Les Perses qui a été représentée à Athènes huit ans après les guerres médiques. Donc le public, les spectateurs, avaient souvenir de la guerre. Si on joue cette pièce aujourd'hui c'est une "pièce-musée", parce que le public ne sera pas dans les mêmes dispositions qu'à l'époque. De là il peut être intéressant d'adapter la pièce (par exemple, quand des noms de soldats sont cités, mon prof avait fait citer par son acteur des noms de soldats états-uniens morts pendant la guerre d'Irak si je ne m'abuse).

Le public de 1986 n'est pas le même que le public d'aujourd'hui qui, pour une large part, n'a jamais vécu la guerre et qui, pour ce qui est des petits-enfants ou arrière-petits-enfants, n'ont même plus la mémoire familiale de la guerre. Le contexte mémoriel n'est pas non plus le même. De ce fait non seulement on perd du rire sur une méconnaissance du contexte (certains noms que je ne connaissais pas) mais en plus nous ne sommes pas dans les mêmes dispositions psychologiques.

Un humoriste, d'autant plus quand il écrit sur des sujets graves comme ça peut être le cas de Yassine Belattar, Jérémy Ferrari ou même Élie Semoun, s'inscrit dans un contexte d'actualité et d'ailleurs Élie Semoun, invité dans Quotidien l'autre jour, disait comment il introduit le sujet une fois qu'il est sur scène (à base de jeux de mots) histoire de détendre un peu son public. Il faut mettre le public dans de bonnes dispositions et avoir conscience du contexte. Sans doute que dans vingt ans ces sketchs-là ne feront pas rire les personnes qui n'auront pas connaissance de leur Histoire contemporaine.

Du coup ça me paraît un peu facile de dire qu'aujourd'hui Pierre Desproges ne pourrait plus faire son sketch. Je ne vois pas en quoi, et j'ajouterais que, sans doute, comme les humoristes s'adaptent au contexte, il ne l'écrirait peut-être pas de la même manière. Aujourd'hui il me semble que l'humour autour des juifs est un peu différent. Si loin de la guerre on ne fait plus de sketch entièrement dédié – en tout cas il ne me semble pas pour ce que j'en sais – et on préfère distiller quelques blagues au détour d'une phrase. En revanche on dédie des passages complets au terrorisme.

Prétendre que l'on riait mieux avant, qu'aujourd'hui l'humour s'étiole, d'édulcore, sous prétexte que les sketchs d'il y a trente ans sont différents de ceux d'aujourd'hui c'est oublier qu'une pièce de théâtre ou un spectacle d'humour est de l'art vivant, qui est aussi fait en fonction du public. Pire... ! Se dédouaner d'une mauvaise vanne, d'un raté, se victimiser en disant "mais de toute façon on rirait mieux avant" en prenant à témoin des humoristes de la génération précédente c'est d'une part faire comme si l'on n'était pas fautif et refuser de reconnaître ses tors en disant "c'est pas moi c'est les autres" (comme le réalisateur de Gangsterdam) et d'autre part ignorer son public et le contexte. Je crois que, pour faire de l'humour noir, il faut un capital-sympathie.

J'ai déjà eu l'occasion de m'exprimer sur le fait que je pense que l'on peut rire de tout, donc je ne développe pas – mais si vous voulez ouvrir le débat dans les commentaires je répondrais sans problème :) Quoi qu'il en soit je ne pense pas que l'humour se délite, il suffit de voir que des humoristes comme Élie Semoun, Yassine Belattar ou Jérémy Ferrari s'emparent de ce genre de sujets un peu difficiles comme le terrorisme, la mort, l'homosexualité, etc. Et puis... en cherchant une photo pour illustrer, je suis tombée sur un article qui citait des passages du fameux sketch de Desproges pour démontrer le fait que maintenant ça ne passerait plus. Alors-alors-alors... je crois que je l'avais déjà dit dans un article mais : le ton. Nous sommes biens dans un spectacle vivant et c'est le ton, qui fait tout. Même aujourd'hui si vous lisez certains passages des sketchs de Jérémy Ferrari vous vous demandez où vous êtes tombés. Mais le ton.

Se pose aussi la question de l'universalité de l'humour et les historiens se sont demandés si on pouvait rire à ce à quoi riaient les Romains (dans le contexte de l'Histoire des émotions) et certains d'entre eux ont aidé Jim Bowen à faire un spectacle avec seulement des blagues anciennes.

Je ne pense pas que l'on riait mieux avant. Le thème de la décadence des plus jeunes est tellement vieux que Socrate le portait déjà, c'est vous dire ! Je pense juste que l'on riait différemment, étant entendu qu'un art vivant fait aussi en fonction de son public et de tout un contexte social. Et je pense que c'est trop facile de se dédouaner en disant que de toute façon maintenant "on ne peut plus rien dire".

Qu'en pensez-vous ? Riait-on mieux avant ?

Source photo – auteur inconnu

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samedi 27 mai 2017

Le collant et la propriété du corps des femmes

Bonjour !

Je me suis fait rapporter, à peu près, les paroles d'un jeune homme que ma mère et ma soeur connaissent. Elles n'ont pas été très précises mais le fond c'était que ce garçon avait déclaré s'être un jour déguisé en vraie femme, avec la (mini) jupe, les collants, le maquillage, etc. De là est née une réflexion que j'aie nourrie aussi d'un des épisodes de Candice Renoir diffusé hier soir.

C'est au fur et à mesure que je parlais toute seule pour organiser mes idées (ce que je vous conseille, ça marche super !) que j'ai repensé à cet épisode dans lequel la fille de Candice, adolescente, sort avec un mini-short et se fait agresser dans le rue par deux autres ados qui lui sortent les grands classiques "t'es une pute" et "tu veux te faire violer, c'est ça ?!". Et quand j'ai vu que, sous son short, elle portait des collants, j'ai dit : "oh elle porte des collants en plus ? Bah ça va, c'est rien". On est bien d'accord pour dire que, collant ou pas collant, reprocher à une personne la manière dont elle s'habille et rentrer dans le processus de culpabilisation de la victime de viol est moralement condamnable. Mais quand même, avec ce collant, il y a quelque chose de différent. Le collant cache ce que la jupe ou le short fait mine de montrer, et là réside ma réflexion.

D'abord je voudrais m'étendre sur la notion de "vraie femme". Selon moi si l'on introduit la notion de vrai il faut introduire d'office sont complément-contraire qui est le faux. Tout ce qui ne correspond pas à l'image de la "vraie femme" est donc une "fausse femme" et donc se définit par le "ce n'est pas". Pour prendre un exemple, en cyclisme (le Giro se termine, après trois semaines je ne pense plus qu'à ça, sauf quand je dois sortir de ma torpeur pour parler représentations de genre, c'est un peu malheureux xP) on parle de "faux-plat (montant/descendant)". Un faux-plat : ce n'est pas un plat. Une fausse femme : ce n'est pas une femme. Donc tout ce qui ne correspond pas à la "vraie femme" n'est pas une femme (on parle bien ici du genre social et non biologique). C'est pour ça que, quand je parlerais de "la femme" ou "des femmes" ça sera l'équivalent de la "vraie femme" de ce jeune homme.

Une femme, pour lui, porte du court et des collants. Je trouve ça intéressant qu'il admette le court comme correspondant aux femmes alors que l'on a plutôt tendance à vouloir, du côté des hommes, rhabiller les femmes quand certains courants du féminisme veulent les déshabiller étant entendu que plus on montre de peau et plus on est libre/libérée (comme avec l'histoire du burkini). Je vous avais déjà raconté que l'ex d'une amie refusait qu'elle porte la jupe qui lui arrivait juste au-dessus du genou parce qu'il avait l'impression que tout le monde la regardait. Ce n'est peut-être pas une majorité, mais j'ai quand même l'impression que les garçons sont plutôt défiants à l'égard des tenues courtes qui assimilent les filles à des "putes" ou des "salopes", en témoignent les diverses agressions dans la rue et autres interdictions auprès des petites amies. Donc c'est assez intéressant que ce garçon-là admette le court comme relevant de la femme et pas de la pute. Cependant ce paradoxe est atténué par les collants, qui, comme je le disais avec l'exemple de l'épisode de Candice Renoir, cachent ce que le court montre. La jambe n'est donc pas montrée (puisqu'elle est cachée). Partant de là, je pousse un peu ma réflexion.

Ce qui sépare donc la femme de la "pute" ce n'est pas la taille du vêtement et la quantité de peau révélée au grand-jour mais le collant. Le collant cache et le collant empêche le toucher. Si vous touchez la jambe couverte de collants d'une femme vous touchez la femme, l'individu, mais pas le corps en tant que tel, pas la peau. Donc le collant empêche l'accès au corps. Or, une pute, pour le dire vulgairement (de toute façon je suis vulgaire depuis le début de cet article alors autant poursuivre sur ma lancée xD), c'est un vagin en libre-service (tant qu'on a de quoi payer) : autrement dit si elle n'a pas de collant pour empêcher la vue et le toucher ce n'est pas grave, c'est même ce que l'on attend d'elle : un morceau de viande à reluquer (et plus).

Une pute c'est aussi une image de la femme vile, basse, sans honneur, qui vend son corps, une femme de mauvaise vie, sans vertu, alors que, dans nos sociétés, on essaye de préserver de ça les femmes (en témoignent les insultes que les unes et les autres reçoivent à l'image de "sale pute"). Parce qu'une femme c'est la douceur, la vertu, c'est Lucrèce qui, ne pouvant supporter d'avoir été violée, souillée, d'avoir déshonorée sa famille, se suicide. De là il vaut mieux contrôler le corps des femmes, pour éviter qu'elles soient rendues désirables aux hommes qui pourraient alors leurs tourner autour, voire, les violer (ce qui serait évidemment la faute de la femme). Et pour contrôler le visible (au passage je vous conseille de lire Comment le voile est devenu musulman ? de Bruno-Nassim Aboudrar) et le corps rien de mieux que le vêtement (mais pas seulement ; à l'époque moderne les femmes ne pouvaient pas jouer de la flûte en public ni des instruments comme le violoncelle dont la position pour le jouer n'est pas des plus élégantes).

Mesdames, il vous est donc demandé de vous habiller de manière à cacher vos jambes ou, à défaut, de porter des collants.

Vous allez me dire que j'exagère et que j'extrapole sur des propos rapportés avec imprécision. Certes oui, mais aussi sur ma propre réaction de cet épisode de Candice Renoir qui tend à dire que, si elle porte des collants sous son short, alors Emma a encore moins de raison d'être traitée de "pute" puisqu'on ne voit rien de ses jambes, ce qui marque bien la différence entre "la femme" et "la pute".

Quant à contrôler le corps des femmes c'est, comme je le disais il y a quelques temps à Aloha Tallulah sur l'un de ses articles, pour la raison – enfin l'une des raisons, sans doute – que le corps des femmes appartient aux hommes par un retournement rhétorique (qui doit avoir un nom d'ailleurs).

Ce que je veux dire et ce que j'expliquais à Aloha Tallulah c'est que les femmes disent "mon corps m'appartient" ; les hommes pensent, disent parfois, considèrent plus ou moins inconsciemment, que les femmes leur appartiennent (on dit "ma femme" et pas "mon épouse" ; on dit "il faut protéger nos femmes et nos enfants" – au passage on assimile les femmes aux enfants, je ne m'étends pas dessus – ; aussi en rapport avec notre Histoire largement chrétienne : dans la Bible la femme a été faite après et pour l'homme – raison pour laquelle elle doit porter un voile, d'ailleurs). Conclusion : le corps des femmes appartient aux hommes. D'autant plus que, bien souvent, les femmes ne sont pas capables de posséder par elles-mêmes (excepté quelques cas, de veuves notamment, à l'époque moderne et dans le Coran où elles peuvent gérer des biens, témoigner dans un tribunal, etc.). Le corps des femmes appartient aux hommes. C'est une raison pour les hommes de réglementer le vêtement féminin (interdiction du pantalon, aussi par la peur de l'inversion et de la confusion des sexes et là je vous renvoie à Une histoire politique du pantalon de Christine Bard) ; c'est aussi une raison pour les féministes de s'emparer du vêtement et de chercher à dévêtir les femmes : si le corps des femmes et le vêtement féminins appartiennent aux hommes alors rien d'étonnant à ce que, pour certaines féministes avec lesquelles je suis fort peu d'accord, la libération des femmes passe par des vêtements de plus en plus courts et ce de manière systématique.

Alors que, comme je l'ai dit précédemment, le vêtement court ne fait pas tout puisque l'on peut "contrer" le raccourcissement par le port de collants. Et je me rends bien compte, dans mon port personnel de la robe, que je préfère porter ma robe d'hiver (un peu au-dessus du genou) que ma robe d'été (même taille) parce que l'hiver, j'ai des collants (et que j'aime pas trop montrer mes jambes parce que je m'aime pas, mais c'est une autre question).

Quant à la question de savoir si ce garçon duquel on m'a rapporté les propos est dans le vrai... j'ai déjà écrit sur qu'est-ce qu'une femme il n'y a pas si longtemps ;) (je suis intarissable (pour votre plus grande lassitude)).

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Vincent Wo

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dimanche 21 mai 2017

"Aimer sa voix, c'est s'aimer soi"


Bonjour !

Avant de commencer je me dois d'être on ne peut plus honnête avec vous : si je vais parler un peu de moi dans cet article (une fois n'est pas coutume) je vais aussi parler d'un livre qui m'a été gracieusement envoyé par les éditions Leduc.s (autrement dit si vous ne voulez pas lire un article basé sur un partenariat vous pouvez partir (mais ça serait quand même dommage ! :P)) (oui, je suis vraiment entrain d'inciter mes lecteurs à déserter mon blog xD). Il s'agit de L'Art délicieux d'apprivoiser sa voix d'Abyale Nan Nguema, paru en 2016.

Depuis quelques années j'ai un rapport un peu compliqué avec ma voix. Tout allait bien, sans problème majeur, jusqu'à ce que j'entende un enregistrement et que je déchante : trop aiguë, sans caractère... tout le contraire des voix que j'aime, des voix chaudes... rien ne va plus. Mais, paradoxalement, je me destine à travailler à la radio où, plus qu'à la télé peut-être où on a le secours de l'image, la voix est essentielle, c'est même la voix qui fait tout. Cherchez l'erreur. D'ailleurs, vous savez, normalement on est censé réécouter ses émissions pour voir toutes les erreurs (par exemple je sais que je parle trop vite) : je ne l'ai pas fait. Jamais. C'est trop dur. Rien que quand je me réentends au montage des micro-trottoirs c'est assez compliqué.

J'aime pas ma voix. "Personne n'aime sa voix" m'a répondu le journaliste qui encadre notre émission. C'est sans doute vrai, mais c'est un peu bête... Parce que les deux sens qui nous permettent de prendre un premier contact avec le monde sont la vue et l'ouïe (l'odorat peut-être, mais comme je passe ma vie avec le nez bouché... xD) : on ne touche ou goûte quelque chose a priori seulement après l'avoir vu, entendu (ou senti). Alors, les deux premières images de nous qu'ont les autres ce sont notre visage et notre voix. C'est elle qui nous permet de communiquer. C'est fâcheux de ne pas l'aimer. Autant on peut éviter de croiser nos reflets dans les vitres, autant c'est difficile de ne pas s'entendre.

J'aime pas ma voix mais j'aime chanter. J'ai toujours chanté. Je me souviens qu'en primaire j'étais souvent seule dans la cour et je déambulais en chantant (on ne se moque pas ! xP). Je chante presque tout le temps, en fait. Même en partiels ça m'arrive de chanter en chuchotant quand j'ai une chanson dans la tête (mes pauvres camarades qui doivent me prendre pour une espèce de tarée !). Je chante dans la douche, je chante dans la rue, je chante dans ma chambre, je fredonne en cours... Même si je sais que je chante mal.

Du coup j'avais plusieurs raisons de m'intéresser à ce livre d'Abyale Nan Nguema et à ma voix. Seulement, vous voyez, mon porte-monnaie avait d'autres priorités et je me suis souvenue qu'un de nos profs nous a dit que, quand il était jeune prof, il faisait des compte-rendu de lecture dans des revues ce qui lui permettait d'avoir des livres gratuitement. Je me suis dit, un peu naïve, que je pouvais bien tenter le coup aussi, après tout qui ne tente rien n'a rien et puis il faut bien que mon blog me rapporte quelques avantages (tiens, bonne question, "faut-il ?"). Très sincèrement, quand j'ai contacté les éditions, je ne pensais pas qu'on me répondrait favorablement et si j'avais essuyé un refus j'aurais sans doute fini par acheter ce livre un jour ou l'autre.

Alors dans ce livre il y a quoi ? Déjà, l'autrice le rappelle dès le début : ce n'est pas une méthode, l'argument principal étant qu'il faut un professeur pour s'assurer que les techniques de respiration, etc., soient bien appliquées. Ceci dit sept vidéos et deux bandes sonores sont associées au livre. Les deux dernières sont de courtes relaxations/méditations et les premières des conseils sur par exemple comment enregistrer son annonce de répondeur (la mienne n'ayant d'ailleurs jamais été faite ; je laisse la boîte automatique répondre à ma place : au bout de deux essais il y a quelques années j'ai fini par laisser tomber). Elles sont courtes et ne dépassent pas une minute trente. Cependant j'ai parfois trouvé que l'annonce dans le titre était, sans aller jusqu'à dire "mensongère" qui serait vraiment un mot trop fort, un peu trompeuse. Par exemple avec la vidéo sur le bâillement où on nous dit que l'on va apprendre à bien bâiller alors que, dans la vidéo, Abyale Nan Nguema est davantage partie sur un "pourquoi bâille-t-on". Du coup je trouve ça un peu dommage et, à vrai dire, j'aurais bien aimé des vidéos un peu plus longues... Même s'il faut un professeur en face pour bien faire certaine chose, il y a quand même des exercices qui semblent assez simple à faire seul sans tuteur, comme ceux que Claire Univoix propose sur sa chaîne Youtube (bien qu'elle n'ait rien publié depuis un moment).

Au début, je ne savais pas trop quoi penser de ce livre et il m'a fallu plusieurs chapitres pour me mettre dedans, en partie parce que les sous-parties sont très courtes et pas forcément toujours liées entre elles (j'avais eu le même problème avec le roman Le Souper des maléfices et ses sauts de lignes incessants (bon roman, ceci dit)). Mais finalement j'ai réussi à entrer dedans, au chapitre huit je crois (sur douze) lorsque l'autrice parle de "donner le "la"" à ses collaborateurs mais "[qu'elle] fai[t] confiance, [elle] délègue".

En fait, dans ce livre, elle montre, je pense, à quel point le chant est connecté à la vie et à l'humain. Le chant nous permet, par exemple, de nous reconnecter avec nous en nous ressentant de l'intérieur, mais aussi avec les autres, aide à construire ou renforcer un collectif via la pratique de la chorale. Je crois que c'est un livre fait pour positiver et donner confiance et j'ai particulièrement apprécié les chapitres dix et onze sur la prise de parole en public et je crois que beaucoup d'étudiants collés à leurs notes pendant leurs exposés devraient les lire pour prendre confiance et se rendre compte que ne pas lire ses notes c'est pas le bout du monde ;)

En réfléchissant je me suis dit qu'en fait, vouloir améliorer sa voix c'est formidable mais il faut voir par quoi on est poussé. Ce que je veux dire c'est que... si je prends l'exemple parallèle de l'orthographe : être mauvais en orthographe peut être un complexe et donc on cherche à s'améliorer pour ne plus avoir de raison de complexer et donc à la base du changement c'est un sentiment négatif, en réaction et pas en action positive sur ce que s'améliorer en orthographe peut nous apporter. Sur la voix c'est un peu le même principe : je n'aime pas ma voix, je veux la contrôler (à vrai dire je suis un peu maniaque du contrôle), je suis en réaction à elle et, en fait, je ne me demande pas ce que chanter ou améliorer mon souffle pourrait m'apporter et je suis mue par un sentiment négatif. Alors que comme le dit Abyale Nan Nguema quand elle demande ce que le travail de la voix a changé dans la vie de la personne à qui elle parle on lui répond que ça n'a pas eu d'effet mais en finissant par avouer qu'ils ont changé de travail, se sont épanouis, etc.

Je crois qu'au fond on est en réaction, en recherche d'amélioration pour la performance, bien trop, et pas assez sur ce que les améliorations peuvent nous apporter vraiment. Ce livre pousse à l’optimisme et à se dire que même si on ne sait pas chanter on n'a aucune raison de ne pas sauter le pas et d'apprendre ou même aucune raison de ne pas chanter dans sa douche. C'est de l’optimisme qui me donnerait presque envie de prendre des cours de chant (mais j'ai pas les finances, et même si je les avais je vous avoue que je prendrais d'abord des cours de pôle dance).

Même si j'ai eu du mal à entrer dedans et que je ne savais pas trop comment le prendre (parce que l'on passe d'un témoignage à un récit fictif, à quelque chose de plus méthodique très rapidement et j'ai eu du mal à m'habituer au rythme) et que j'ai regretté que les vidéos ne soient pas plus détaillées et approfondies c'est un livre positif qui se lit plutôt vite et qui donne envie de décomplexer et ça c'est cool !

Quelle est votre relation à votre voix ? Osez-vous chanter sans un parapluie à portée de main ? ;P

Source couverture – Élisabeth Chardin

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vendredi 28 avril 2017

Qu'est-ce qu'une femme ?

Bonjour !

La porte de la salle de bain est fermée. Je demande à ma soeur si je peux entrer et elle me répond : "non, me dérange pas pendant ma reféminisation". Elle était en train de se raser. Alors, même si elle l'a dit avec un sourire, ce terme de "reféminisation" est assez significatif de quelque chose et il s'inscrit dans d'autres questionnements autour de ce qu'est une femme et de ce qu'est la féminité.

L'autre jour je suis tombée sur C l'hebdo et l'actrice qui était invitée, cinquante-deux ans, a dit que, quand elle avait eu ses règles, sa mère lui avait dit que maintenant elle était une femme : désormais qu'elle ne les a plus, qu'est-elle ? Mine de rien c'est une vraie question : qu'est-ce qu'une femme ? quand une "fille" devient-elle une femme ? Pour les garçons c'est facile : ils deviennent homme en prenant de l'âge, c'est tout ce qu'on leur demande. Mais une fille devient femme avec ses règles, ou par le mariage... en fonction des époques et des sociétés ce qui fait d'une fille une femme varie. Une femme qui n'a plus (ou n'a jamais eu, à cause d'une malformation de naissance qui ferait qu'elle n'a pas d'utérus par exemple, ou qui se l'est fait retirer) ses règles est-elle encore une femme ?

Ce matin j'ai lu un article de Aloha Tallulah qui abordait la question de savoir comment se placer entre l'identité de mère et celle de la femme qui travaille. Et elle disait : "Cette idéalisation de la maternité ne fait pas que du bien, on peut le prendre comme "les femmes qui n'ont pas d'enfants sont moins femmes que les autres"", ce qui m'a particulièrement interpellée puisque je venais tout juste de penser à écrire cet article. Ce qu'elle dit est particulièrement vrai. Quelle femme qui ne veut pas d'enfant ne s'est pas déjà retrouvée confrontée à des réactions d'étonnement, des reproches, ou même le presque doux mais non moins redoutable "tu as encore le temps de changer d'avis" ? Comment-ça, j'ai encore "le temps de changer d'avis" ? Mais je ne veux pas changer d'avis bordel de merde ! Une femme sans enfants, et qui n'en veut pas, n'est donc pas une femme ? Dans la mesure où une femme se définit en premier lieu par le mariage et la maternité, alors une femme non mère et non mariée n'est pas une femme (et donc une femme qui n'a pas ou plus ses règles n'est pas ou plus une femme puisqu'elle ne peut plus produire d'enfants à la société (au passage ça fait donc d'elle une inutile)).

Une femme doit aussi être féminine. Une "vraie femme" est une femme féminine. Donc une femme qui laisse pousser ses poils a besoin d'une "reféminisation". Une vraie femme est une femme qui se rase, qui s'épile, qui se "fait belle". Une vraie femme est une femme féminine et donc une femme qui porte des jupes et des robes. Je me souviens qu'en Quatrième j'avais mis une jupe, un jour d'été, et une prof m'avait dit "oh ! tu t'es habillée en fille, aujourd'hui !". Habillée en fille... euh... merci ? Je-je crois. Je ne suis pas sûre. Si on pousse un peu on pourrait presque dire qu'une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Et je ne suis même pas sûre que l'on ait besoin de pousser tant que ça parce que la peur de l'inversion, de la confusion des sexes a terrifiée nos ancêtres pendant très longtemps, interdisant le travestissement par exemple (si ça vous intéresse je vous invite à lire La confusion des sexes. Le travestissement de la Renaissance à la Révolution, de Sylvie Steinberg – je vous ai même dégoté un compte rendu si vous voulez vous faire une idée). Donc une fille qui ne s'habille pas en fille n'est pas une fille. Mais, parallèlement et de manière tout à fait paradoxale, les femmes se font siffler dans la rue quand elles portent des jupes (quoi que, une États-unienne avait marché des heures dans New York, en pantalon noir et T-shirt sans décolleté et elle s'était quand même faite siffler).

Aloha Tallulah avait une autre réflexion très intéressante sur l'animalisation des femmes noires desquelles on dénie la féminité en les ramenant à un animal, ou en les masculinisant. Comme si on n'avait pas assez de la misogynie et qu'il fallait en plus mettre une question ethnique là-dedans ; c'est pas gagné mais c'est pas nouveau. Au moment de la colonisation on prêtait vraiment attention aux questions de domination. Autrement dit un homme blanc pouvait batifoler avec toutes les autochtones qu'il voulait mais un homme noir ne pouvait pas toucher une femme blanche sous peine de la souiller (et c'est le même argument encore aujourd'hui de certains fous). Une femme noire est donc, on pourrait dire, en bas du bas de l'échelle : elle est femme, et elle est de couleur (manquerait plus qu'elle soit lesbienne et là ce serait fini pour elle). Le titre d'Aloha Tallulah était provocant mais finalement la question qu'il pose est une vraie question. Est-ce que ce qui fait d'une femme une femme est réservé aux Caucasiennes ? Est-ce que la couleur de peau est un facteur excluant de ce qui fait d'une femme une femme ? Qu'est-ce qu'une femme ?

La notion de "reféminisation" est assez intéressante par le "re" qui induit qu'il y a eu précédemment un "dé", une déféminisation, ici par le "laisser-aller" de la pousse du poil. La féminisation serait le fait de se raser, ou s'épiler, tout à fait régulièrement de manière à ce que le poil n'apparaisse jamais ; la déféminisation serait le laisser-aller qui demande une reféminisation d'urgence. Féminisation : donc une femme n'est pas féminine par nature : on lui apprend à l'être : rase-toi, épile-toi, mets des robes, maquille-toi ; sois belle (avant d'elle intelligente ou talentueuse). Donc une femme n'a pas besoin d'être féminine pour être femme ou alors quand elle naît elle n'est pas femme (ce qui introduit la question du genre et du sexe social construit).

Je sais que j'ai déjà écrit pas mal d'articles sur ce thème, mais je trouvais intéressant de l'aborder sous cet angle.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Campagne Dove

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jeudi 27 avril 2017

Bombes de Damoclès

Bonjour !

Avec Jesuisuneguerrière nous nous sommes engagées dans un long (et très intéressant) débat et on en est venues à discuter du fait qu'elle trouvait scandaleux qu'Emmanuel Macron ait dit qu'il ne savait pas quoi faire pour lutter contre le terrorisme, parce que c'est son travail de faire ça, et que c'est assez violent pour les familles des victimes. Je comprends tout ça mais je ne suis pas d'accord. Comme je lui disais tout à l'heure je ne trouve pas ça scandaleux, et presque ça me rassure ("rassurer" dans le sens de l'expression "ah... ! ça m'rassure !" plutôt que quand on on a peur du monstre sous notre lit et que quelqu'un vient nous rassurer, vous voyez ?).

Un haut placé états-unien avait dit que l'on s'engageait dans une guerre de vingt-cinq ans. Alors, quand certains politiques disent que, quand ils seront au pouvoir, tout ira mieux, c'est faux. La réalité c'est que, quand nous prenons le train, que nous nous rendons à l'aéroport, au marché, dans des spectacles en plein air ou non, quand nous allons dans la rue, passons devant une église ou une mosquée, que nous nous rendons à l'université ou à des conférences, nous pouvons être victime d'une bombe posée là, d'un kamikaze ou d'un tireur fou. Nous pouvons être pris en otage, nous pouvons être blessés. Tués. Ou des gens que nous connaissons peuvent l'être. La réalité c'est que nous avons au-dessus de nos têtes des bombes. La réalité c'est que les policiers ne parviendront pas toujours à déjouer les tentatives et les projets d'attentats et que d'autres gens vont mourir un peu partout en Europe de l'Ouest. Sur des années.

Il y a peu j'ai pris le train. J'y ai pensé. Je savais que ça pouvait faire partie des possibilités. Il y a peu je suis aussi allée à un spectacle et je savais que ça pouvait potentiellement arriver. C'est ça, la réalité. C'est que nous avons au-dessus de nos têtes des bombes et que je préfère que ça nous soit dit par les autorités et les hommes politiques ("Cette menace, elle fera partie du quotidien des prochaines années" – Macron ) plutôt qu'on nous fasse croire que l'on pourra nous protéger de manière sûre et complète. Je préfère que l'on nous dise que l'on ne sait pas, plutôt que l'on propose de jeter tous les fichés S en prisons, de déchoir de leur nationalité les terroristes et de les plonger dans l'anonymat. Tout ça ce ne sont pas des solutions. Si les gens qui les proposent savaient vraiment comment anéantir Daech ils l'auraient fait depuis longtemps. Si François Hollande, Nicolas Sarkozy et leurs ministres avaient su comment faire ils l'auraient fait parce que, comme je le disais à Jesuisuneguerrière, d'une part ils sont humains et vivent la situation en tant que citoyen, aussi, et, d'autre part, en tant qu'hommes politiques ils veulent de la popularité : agir quand on a la solution est donc la meilleure chose à faire pour eux. Alors, si ça n'a pas été fait, si Daech est toujours là, c'est peut-être que ce n'est pas si simple, que les solutions ils ne les ont pas.

Je préfère que l'on me dise que l'on risque de mourir, plutôt que l'on fasse semblant de pouvoir me protéger et que je m'étonne lorsque je perdrais une jambe dans un attentat. Je préfère que l'on me prévienne que ces choses peuvent arriver.

Les hommes et les femmes qui sont au pouvoir ne savent pas tout. Ils n'ont pas, comme par magie, toutes les solutions sous prétexte qu'ils dorment dans le lit de l'Elysée. Ils ne sont pas inspirés, comme je disais l'autre jour, par une divinité obscure. Ils sont humains et ils ont beau avoir fait des études brillantes ils n'ont pas toutes les solutions en un claquement de doigts. Nous sommes dans une situation complexe et en trouver les solutions prendra du temps. Nous sommes aussi dans une situation inédite, sans précédent : il n'y a donc aucun passé similaire sur lequel les hommes et les femmes qui nous dirigent puissent s'appuyer.

Nous avons souvent l'image d'un homme providentiel, d'un homme tout-savant qui va trouver les solutions immédiatement, par sa "certaine science" selon la formule de l'absolutisme (j'adore cette formule, elle sert à toutes les situations ! :P). Mais cet homme-dieu n'existe pas. Et je préfère qu'on me le dise, qu'on me le répète, qu'on me prévienne que peut-être en allant un jour à l'université je m'en reviendrais pas le soir, que peut-être un jour en prenant le train je n'arriverais jamais à destination. Que peut-être je finirais mes jours sur un fauteuil roulant. Que peut-être je perdrais un membre dans une explosion. Que peut-être je finirais mes jours avec la cicatrice de l'impact d'une balle sur ma poitrine. Voilà le discours réaliste et raisonnable que je veux entendre.

Je ne veux pas de promesses irréelles. Je ne veux pas de quelqu'un qui joue sur la peur et l'espoir. Nous sommes dans une situation complexe et nous devons garder notre sang-froid. Alors le discours que je veux entendre, le discours qui me rassure, le discours raisonné et sensé qui me rassure sur le réalisme d'un homme politique, c'est que les solutions ne sont pas évidentes, que l'on ne peut pas pondre un programme de lutte contre le terrorisme en une nuit tout comme Rome ne s'est pas faite en un jour.

Le discours que je veux entendre, dans tous les sens du terme, c'est que sont perchées au-dessus de nos têtes des bombes de Damoclès.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Boris Horvat/AFP

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mardi 25 avril 2017

La virulence, l'anonymat, et les réseaux sociaux

Bonjour !

En 1667 se tenait le premier Salon devant accueillir les peintures des académiciens, en 1725 il s'installait dans le Salon Carré du Louvre et prenait le nom de Salon de Peinture, en 1745 un jury de sélection était mis en place à cause du grand nombre d'élèves et de tableaux. Dans ce Salon évoluaient des critiques d'art, aidés au cœur de ce foisonnement par une brochure leur indiquant seulement le nom des tableaux et des artistes ; à eux de se débrouiller pour tout retrouver. Vous vous demandez sûrement ce que je suis en train de vous raconter et pourquoi diantre je vous parle de peinture, de critiques, et de XVIIIème siècle dans un article sur les réseaux sociaux. Eh bien le mot-clef est "critique". Figurez-vous qu'en 1765 les auteurs des œuvres obtiennent que les critiques signent leurs critiques afin d'éviter qu'elles ne soient trop méchantes.

Je ne vous dis pas tout ça pour étaler ma science toute neuve qui avec un peu de chance (et ça ne tient qu'à moi) aura une longévité plus importante que la fin des partiels, mais parce que nous sommes précisément dans le sujet : l'anonymat, les critiques, la virulence... C'était il y a deux-cent-cinquante-deux ans. Comme quoi, on n'a vraiment rien inventé.

Quand la prof d'Histoire de l'Art nous a dit ça, ça a fait tilt dans ma tête, j'ai mis la phrase en gras, puis j'ai oublié et je l'ai retrouvée en relisant mes cours il y a deux semaines. Souvent on dit que le problème c'est que les gens se lâchent sur internet, que les réseaux sociaux sont vicieux, malsains... Mais je crois qu'il faudrait nous pencher là-dessus avec un peu plus de recul et de sérieux.

Tout comme nous ne sommes pas devenus narcissiques avec les réseaux sociaux et la possibilité de se prendre facilement en photo soi-même, les réseaux sociaux et les smartphones nous permettant simplement d'extérioriser et "d'extravertir" un narcissisme latent (si le narcissisme était né avec les réseaux sociaux, le mythe de Narcisse n'existerait pas !) ; les réseaux sociaux n'ont pas créés la méchanceté des gens, leur propension à agresser facilement les autres sur leurs idées, leurs œuvres, ou leur physique. Les réseaux sociaux ont permis un anonymat qui libère les gens, comme les compte-rendus du Salon le faisaient déjà il y a deux-cent-cinquante-deux ans (précisément ! :P). Et comme les pamphlets et autres libelles le faisaient déjà depuis longtemps. Les réseaux sociaux n'ont pas créé l'anonymat, ni ne l'ont permis dans un monde où il n'existait plus : ils ont été un nouveau territoire de l'anonymat, permettant un élargissement plus important d'un message.

Les réseaux sociaux n'ont pas créé des hommes méchants : ils leur ont permis de s'exprimer. Ils ne sont pas une hydre à huit tête, un monstre, une intelligence artificielle, une créature qui s'émanciperait de son créateur avec revanche : non ; ils sont simplement ce que nous faisons d'eux.

Le harcèlement scolaire existait avant les réseaux sociaux, et les réseaux sociaux lui ont permis d'entrer dans les foyers. Ainsi, on peut faire des réseaux sociaux une arme redoutable, meurtrière même, poussant au suicide. Ou on peut en faire un bras d'une activité bienveillante, sauvant du suicide, à l'image de cette histoire il y a quelques jours où, désespéré, un homme a mis sur Twitter un message assez équivoque disant qu'il allait se suicider. Les internautes se sont mobilisés pour le sauver, allant jusqu'à appeler le directeur de Twitter France pour avoir son nom et son adresse.

Les réseaux sociaux sont un outil, ils n'ont pas de volonté propre. Comme un couteau de cuisine qui peut à la fois nous aider à préparer de bon petits plats et à la fois nous aider à écourter la vie d'une personne indésirable (ce que je ne conseille pas au regard de la loi (et de la morale mais ça, ça vous regarde !) (cela dit "pas vu, pas pris !")) (je précise, sait-on jamais, que je n'encourage pas au meurtre, hein ! :P) ; les réseaux sociaux peuvent faire du mal comme ils peuvent faire du bien, à l'image des personnes qui les utilisent.

Accuser les réseaux sociaux de tous les vices de l'humanité est donc faux. Mais en plus ça apparaît comme une excuse pour ne pas dire que ce sont les humains qui sont complètement tarés, irresponsables, méchants, agressifs, insultants, intolérants à tous points de vue... Ce ne sont pas les réseaux sociaux qui permettent des prises de paroles très limites : c'est l'anonymat (qui permet aussi à des personnes de parler de leurs problèmes sans peur du jugement, donc il a aussi ses avantages). Et l'anonymat n'a pas attendu les réseaux sociaux pour se faire une place dans nos sociétés. Et l'anonymat n'attire pas les humains : il a été créé par des humains qui n'avaient pas le courage, ou ne pouvaient pas, assumer leurs propos de leur nom.

Qu'en pensez-vous ?

Source tableau – Gabriel de Saint-Aubin, 1767

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lundi 24 avril 2017

Animosité

Bonjour !

A dire vrai je ne pensais pas écrire ce genre d'article... mais j'ai vraiment besoin de comprendre quelque chose alors je vais l'écrire. Il se trouve qu'avec les résultats d'hier ont été charriés tout un tas de sentiments négatifs de la part des gens qui n'avaient voté pour ni l'un ni l'autre des deux candidats qu'il nous reste. Si j'arrive à comprendre la déception, j'ai vraiment du mal avec l'animosité, l'agressivité, et ceux qui donnent des leçons en pensant avoir mille fois plus raison que les autres... Je ne sais pas si c'est moi qui m'entoure mal, mais parmi les gens de gauche (pas centre-gauche, une gauche franche) que je connais tous sont agressifs à divers degrés, remplis d'animosité envers les gens qui sont plus à droite qu'eux (et j'ai remarqué ça bien avant l'élection).

Je ne comprends pas. Je veux dire... je comprends que l'on ait pas tous les mêmes idées, que l'on ne croit pas tous en les mêmes solutions pour régler nos problèmes, que, avec nos expériences diverses, nos croyances profondes en ce que doit être l'égalité, le mérite, le travail, etc., on ne se retrouve pas tous dans la même ligne politique. Ce que je ne comprends pas c'est cette agressivité des personnes à l'égard de ceux qui sont plus à droite qu'elles... Une camarade de lycée, estampillée NPA, qui montait au créneau avec emportement à chaque fois que quelqu'un n'était pas d'accord avec elle, tentant par tous les moyens de convaincre l'autre (alors que je ne pense pas que ça soit le but d'un débat) ; une camarade de collège que j'ai fini par supprimer de ma liste d'"amis" Facebook parce que chacun de ses messages, bien que contre le racisme et pour la tolérance, était haineux, violent, agressif et que, quand je lui en faisais la remarque, elle s'énervait encore plus ; ceux qui laissent des messages sur Facebook d'où suintent une certaine hostilité à base de "le courant s'est éteint au pays des Lumières" et de "vive le pays des débiles" juste parce que tout le monde n'a pas voté comme eux ; ceux qui disent que Macron et Le Pen c'est pareil et qu'à quoi bon avoir Macron si c'est pour avoir Le Pen dans cinq ans (euh... gagner cinq ans ?) avec, de la même manière, une certaine hargne que l'on sent poindre... Je ne comprends pas.

Je ne comprends pas d'où ça vient, le pourquoi et le pour quoi, l'objectif, la cause, la raison... Je ne comprends pas. Je veux dire... comme je le disais à une blogueuse hier qui pensait que je cherchais à la convaincre, je crois que l'on ne peut pas convaincre les gens sur ce genre de sujets parce que, plus peut-être qu'avec tous les autres genres de sujets, on se fait un avis moins avec les mots qu'avec les expériences, les vécus, et les convictions profondes qui sont elles-mêmes basées sur l'expérience et le vécu et que, de ce fait, seule l'expérience peut modeler l'avis et le faire évoluer ou changer. Alors je ne comprends pas cette animosité. Je ne comprends pas qu'on me traite de débile parce que j'ai voté Macron et qu'on me donne des leçons en me disant que je vais pleurer dans cinq ans. Je ne comprends pas. La colère n'a jamais été un argument (Daniel Webster) et, c'est tout bête, mais j'ai beau être bienveillante je reste humaine et je n'ai pas envie d'écouter quelqu'un qui m'agresse. Je ne comprends pas... Pourtant je suis capable de comprendre et de concevoir et de conceptualiser beaucoup de choses, y compris le vote FN, mais cette agressivité, cette hargne, je ne la comprends pas et les quelques idées d'explications qui me viennent ne me satisfont pas.

Je me dis que peut-être que si ces gens qui prônent la tolérance sont incapables de tolérer que quelqu'un vote différemment c'est parce qu'ils ont l'impression qu'avec une autre personne que celle qu'ils ont choisie leur vie va s'empirer, s'écrouler ? J'ai l'impression que, dès que l'on est plus à droite qu'eux, ne serait-ce que de centre-droit, ils nous regardent comme des racistes esclavagistes prêts à écraser les autres pour devenir la personne la plus riche du monde. Alors je me dis que c'est peut-être ça la cause de l'animosité : ils sont contre les racistes et ces gens qui votent plus à droite qu'eux leur paraissent racistes ? Je ne sais pas, ça ne me paraît pas être ça, ça ne me paraît pas satisfaisant ; je ne comprends pas. Je n'ai même pas la capacité de m'agacer de leur hargne : je ne peux pas m'agacer de quelque chose que je ne comprends pas, dont je ne sais pas par quel bout le prendre, comment l'aborder. Mais ça m'embête. Ça m'embête parce que, au final, on veut tous la même chose, on veut tous un pays meilleur même si on ne pense pas aux mêmes solutions pour y parvenir et je ne comprends pas qu'au lieu de discuter ces gens soient juste prêts à nous lyncher et qu'au lieu d'essayer de comprendre un autre point de vue ils ne cherchent qu'à nous convaincre et à nous persuader. Mais comment convaincre quelqu'un si l'on ne comprend pas ce qu'il pense et pourquoi il le pense ? On ne peut pas.

C'est pour ça que j'ai souvent du mal avec les personnes très à gauche. Je trouve leurs idéaux et leurs valeurs tout à fait honorables, mais j'éprouve des difficultés avec leur comportement agressif (à différents degrés), leurs réflexions moqueuses et désagréables, presque condescendantes parfois.

Je ne suis pas agacée, je suis peinée et je ne comprends pas (ça on avait compris xD). Je ne comprends pas que l'on ne puisse pas discuter de manière posée et calme, réfléchie et apaisée, avec de la bienveillance et sans jugement, sans colère, sans hargne, sans animosité, sans agressivité. Je ne suis pas agacée, je suis désemparée, désorientée, je ne sais pas quoi penser de cette animosité, comment la prendre, comment la recevoir, et quoi en faire. Je n'en comprends pas les causes, je suis donc incapable d'y répondre (y compris par de la colère ou de l'irritation).

Alors, si vous faites partie des gens (de gauche ou pas, d'ailleurs) qui ont tendance à s'emporter et à devenir agressif quand on ne vote pas comme eux j'aimerais beaucoup que vous m'expliquiez (sans vous énerver) le pourquoi du comment de votre réaction parce que, véritablement, je suis perdue.

Qu'en pensez-vous ? Connaissez-vous des gens agressifs quand on aborde la politique ?

Source photo – Jean-Baptiste Rollin

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samedi 22 avril 2017

Les Français ne savent pas voter

Bonjour !

Je m'étais faite cette réflexion il y a un an je crois, peut-être plus, quand j'avais entendu dans un reportage un monsieur dire qu'il allait voter FN juste pour faire chier les politiques et que, en gros, il comptait sur les autres électeurs pour contrebalancer sa connerie. Je me la suis refaite hier à plusieurs reprises en lisant et commentant des articles sur le vote. Entre ceux qui votent FN juste pour montrer un ras-le-bol en espérant que ça ne passe pas, ceux qui votent contre une personne sans s'intéresser au programme, ceux qui cherchent l'homme providentiel, et moi qui me laisse avoir (et avec bonne humeur en plus) par la communication d'Emmanuel Macron (cela dit je ne trouve pas que son programme soit si mal que ça, je le sens bien !), je me dis que, vraiment, les Français ne savent pas utiliser leur droit de vote.

Voter FN pour montrer le mécontentement en comptant sur la responsabilité des autres électeurs ? Pourquoi pas, mais c'est oublier un petit détail : si tout le monde fait pareil, le FN passe, et potentiellement au premier tour, en plus. Pas très malin.

L'autre jour je lisais un article où la blogueuse disait qu'elle n'aimait pas Emmanuel Macron entre autres parce qu'il débarquait juste grâce à ses contacts, sans avoir exercé le moindre mandat. Je lui ai dit que ça, on s'en fiche, puisque le propre d'un chef d'équipe c'est de savoir s'entourer des personnes compétentes (et savoir prendre en compte leur avis) et pas de tout savoir lui-même sur l'économie, l'Hôpital, l'Éducation, etc. Un chef d'équipe n'a pas à tout savoir sur le bout des doigts, à maîtriser tous les sujets ; on n'attend pas plus de lui qu'il trouve les solutions en un claquement de doigt, inspiré par on ne sait quelle divinité obscure. Je pense qu'un bon chef c'est celui qui sait s'entourer, qui sait écouter ceux qui l'entourent, qui, à défaut d'avoir lui-même de l'expérience, est capable de tirer le meilleur de celle des autres. Il n'y a pas besoin d'être vieux pour ça, ou d'avoir déjà exercé soi-même. Beaucoup d'écoute et un peu de bon sens peuvent, à mon avis, suffire. Je ne dis pas que Macron est ce chef d'équipe gouvernementale que l'on attend, ni qu'il ne l'est pas : je dis que l'attaquer sur l'absence de mandat est un peu bancal dans le sens où ce n'est pas parce qu'on a exercé un mandat qu'on a fait du bon boulot, ou qu'on a fait du bon boulot à l'échelle locale que l'on fera de même à l'échelle nationale. Tous les bons joueurs de foot ne font pas de bons entraîneurs et tous les mauvais de mauvais entraîneurs. Je crois qu'on vote pour un chef d'équipe, pas pour un homme providentiel (qui d'ailleurs n'existe pas). Même Louis XIV s'était entouré de gens compétents (Louvois, Colbert, Vauban...) alors qu'il prétendait tout faire.

En même temps il faut bien dire qu'on n'est pas aidé. On est coincé entre la non prise en compte du vote blanc (nous laissant comme choix, en gros, le vote FN ou l'abstention) et des politiques qui ne cessent de se tirer dans les pattes, de tenter de se discréditer entre eux, de discréditer le locuteur au lieu de discuter méthodiquement ce qu'il dit. Sans compter qu'ils se placent tous plus ou moins en homme providentiel, celui qui réglera les problèmes tout de suite, par son bon sens, par sa "certaine science" selon la formule de l'absolutisme. Ils disent "je" quand ils pourraient dire "mon équipe de ministres et moi-même, nous" ou "l'équipe gouvernementale et moi-même, nous". Moins vendeur.

Une fois j'ai entendu quelqu'un, un Belge je crois mais je n'en suis pas bien sûre, peu importe, qui disait, assez amusé selon mes souvenirs, que les Français se cherchent un roi. Je crois, dans le fond, que c'est assez vrai, ou du moins pas tant éloigné de la réalité que cela ; la figure du roi étant comme incarnée dans celle de l'homme providentiel.

On ne sait pas voter mais on n'est pas aidé. J'ai même un exemple très concret. Via le site de En Marche j'ai posé deux questions par rapport au programme que j'avais lu. Un : monsieur Macron voudrait, pour les délinquants, leur interdire le quartier où le délit a été commis ; outre la question de savoir comment on applique ça concrètement, je voulais savoir comment on faisait si le délinquant était un jeune et que le quartier en question était celui de son lycée. Deux : on fait quoi avec cette satanée réforme mal fichue de l'Université qui ne contente ni les étudiants (et pour cause !) ni les profs ? Moi qui m'attendais (très naïvement, faut dire) à une réponse claire, nette, précise, j'ai pu aller me rhabiller. J'ai eu le droit à une réponse très politique, avec beaucoup de mots pour pas dire grand-chose : "[...] Concernant l'éloignement des délinquants des quartiers où ils ont commis des délits, il s'appliquera sur la totalité du territoire concerné. / A propos de l'enseignement supérieur et de la recherche, nous en ferons une priorité, comme vous pourrez le voir dans nos propositions via ce lien : [...]". Bon. Me voilà guère plus avancée. Merci quand même.

On ne sait pas voter. On préfère l'abstention au vote blanc (en même temps, il serait comptabilisé, je pense que les gens se déplaceraient plus). Certains disent qu'il faudrait rendre le vote obligatoire. Ah ? Parce que ça va régler le problème ? Vraiment ? Ben non. Les gens se déplaceront, voteront blanc ou nul, et rentreront chez eux, excédés d'avoir été obligés de se déplacer. Je ne vois pas en quoi ça règle la question.

Les Français ne savent pas voter. Mais ils ne sont pas aidés non plus. Sans doute parce que c'est mieux d'avoir des électeurs qui cherchent un homme providentiel, où votent FN par coup de sang pour montrer qu'ils en ont marre, plutôt que des électeurs qui posent les vraies questions. De toute façon quand on pose des questions on nous répond dans le vague, alors avec ça...

Qu'en pensez-vous ? Savez-vous pour qui vous allez voter (sans me dire qui si vous ne voulez pas !) ?

Source photo – Charly Triballeau / AFP

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vendredi 31 mars 2017

Ce que nous croyons dire n°3 : le cas de l'humour

Bonjour !

J'ai déjà fait deux articles dans cette série (ici et ici) et un article (un peu vieux, que je n'ai pas relu, me contentant de retirer une image qui ne fonctionnait plus) sur l'humour, mais je reviens parce que j'ai été assez embêtée par la réponse que le réalisateur de Gangsterdam a faite aux polémiques ce soir dans Quotidien. Qu'on soit bien d'accord : je n'ai pas vu le film (rien que la bande annonce m'a faite comprendre que ça ne me plairait pas) mais comme je ne vais pas parler directement du film ça ne pose pas de problèmes. Je vais parler de cette réponse du réalisateur que j'ai trouvée à côté de la plaque.

En gros, si vous n'avez pas suivi (comme moi avant l'annonce des titres de Quotidien ce soir) le film Gangsterdam fait polémique à cause des blagues lourdes sur le viol, sur l'homosexualité, à cause de la mise en scène d'un viol, etc. Je n'ai pas vu les scènes incriminées donc je ne peux pas vous parler du contexte, du ton, etc. même si j'ai une vague idée de la question : de toute façon ce n'est pas le sujet. Les critiques sur le film portent sur la manière dont sont traités ces sujets or ce n'est pas à ça que le réalisateur répond.

Il a dit, en substance, que l'on n'allait pas commencer à interdire des sujets dans des comédies, que les ados ne sont pas cons mais a ajouté que si les gens ne comprennent pas son humour et sont fermés d'esprit ce n'est pas de sa faute (donc les gens sont cons sans l'être) et, formidable rhétorique, a ajouté que cette manière de rejeter ce que l'on ne comprend pas est similaire au processus du racisme. Hallucinant. Alors-alors-alors...

Pour qu'on soit d'accord dès le début je voudrais rappeler que je n'ai rien contre l'humour noir, bien au contraire ! J'aime Jérémy Ferrari, quand une amie m'a rapporté que Gaspard Proust a dit que les handicapés ont de la chance parce qu'ils ont des toilettes aussi grandes qu'un appartement à Paris ça m'a fait rire, j'use moi-même de l'humour sur des sujets sensibles : pas de soucis. Je suis féministe et ça ne me gêne pas que l'on fasse des blagues sexistes tant que c'est de l'humour (et pas un pseudo-humour pour tenter de dissimuler une misogynie latente). On peut faire des blagues en ma présence sur les Noirs, les Arabes, et qui on veut, je ne vais pas crier à la discrimination. Seulement, comme disait Yassine Belattar à une conférence du Monde Festival l'année dernière, rire de tout c'est rire avec les gens et pas contre eux.

Le problème c'est qu'apparemment ce film, au lieu de rassembler les gens, et de faire rire les homosexuels, les juifs, les Arabes, etc., tous ensemble, a juste vexé un tas de monde : ce n'est donc pas de l'humour puisqu'il divise et vexe. Le problème ce n'est pas que le film aborde des sujets sensibles, c'est qu'il les traite mal. Il mal traite et maltraite. Il n'est pas question ici de décider de quoi on peut rire ou pas, sur quoi on peut faire des comédies ou pas, ce n'est pas la question. La question c'est que les blagues lourdes de ce film ont vexé des gens au lieu de les rassembler, a semblé trash et trop premier degré. Je ne dis pas que c'était voulu – parfois ce que les gens comprennent ce n'est pas ce que l'on a voulu dire – mais l'important ce n'est pas l'intention : c'est la perception. Je me fiche de savoir sur quoi vous voulez rire. Ce qui m'intéresse c'est que la réalisation finale soit drôle (et je suis bon public, vraiment, j'adore rire, je ne suis pas difficile). Parfois des humoristes se loupent. Verino, avec une vidéo qui était apparue transphobe ; Canteloup il y a quelques semaines sur Europe1 avec un passage homophobe qui ne m'avait pas du tout faite rire et qui apparemment avait fait polémique. Ce n'est pas grave de rater son coup, mais il faut le reconnaître au lieu de jouer les victimes de soient disant bien pensants.

Ensuite le coup de dire que si les gens n'ont pas ris c'est qu'ils n'ont pas compris, sont fermés d'esprits, et ne sont pas à l'aise avec ces sujets-là, c'est un peu facile. Je suis parfaitement à l'aise avec l'humour noir, merci. J'ai une amie bisexuelle et une autre homosexuelle et faire des blagues en leur présence ne gêne pas (et elles non plus). Je me porte très bien. Mais c'est plus facile de décrédibiliser son interlocuteur que de vraiment lui répondre, surtout à chaud, surtout vexé, surtout quand on s'attaque à son bébé, sa création, je peux tout à fait le comprendre.

Quant à dire que, si ceux qui critiquent négativement ce film le rejettent c'est qu'ils ne comprennent pas et donc sont dans le même schéma que les gens racistes... "Celui qui dit qui est", donc ? Bien-bien-bien...  de mieux en mieux. Je pense que les gens qui rejettent ce film ont parfaitement compris votre volonté et ont parfaitement compris le résultat. La chose malheureuse étant que la volonté et le résultat sont fâcheusement en décalage. Sans doute par maladresse, mais le résultat est le même : des gens ont été vexés.

Parfois, les choses que les gens comprennent ce n'est pas ce que l'on a voulu dire. La plupart du temps en fait, avec des décalages plus ou moins grands. Simplement parce que la manière dont je vais mettre des mots sur ce que je pense et ressens ne colle pas tout-à-fait à la réalité. Parce qu'un même mot peut avoir plusieurs échelles de sens. Quand je dis "j'ai faim" parce que j'ai un petit creux ce n'est pas pareil que quand je dis "j'ai faim" parce que mon ventre gargouille, et ce n'est pas la même chose que quand une personne vivant la famine dit "j'ai faim". Mais ce décalage-là, qui est problématique, l'est encore plus quand il s'agit d'humour noir parce que l'on peut rapidement vexer des gens, choquer, outrer, révolter tout un tas de personnes. Le problème ne réside pas dans les sujets que ce réalisateur a choisi de traiter mais dans la manière dont il les a traité et dans le fond qu'ont compris et perçus certaines personnes.

Je crois que se victimiser pour se défendre est la dernière des options à choisir.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Charlesnikon

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vendredi 24 mars 2017

Ne me parlez pas de malheur !

Bonjour !

Je lisais l'article d'Ifeelblue sur la question de savoir si l'on pouvait être triste sur internet, qui interrogeait cette propension qu'ont beaucoup de personnes à écrire des choses positives dans la tristesse, et ça m'a fait penser à un article d'Elisa Mica qui disait notamment que finalement on devrait répondre sincèrement à la question "comment ça va ?". En fait, ça m'a fait penser à tout un tas d'autres choses qui pourraient être résumées en une notion : injonction au bonheur.

Sur Hellocoton, régulièrement, sont mis en avant des articles sur le bonheur. Comment être heureux ? Ou "Bonheur : la décision qui a changé ma vie". Si bien que naît une espèce de pression plus ou moins palpable : soit heureux ou ferme ta gueule (je me rebelle et je suis vulgaire en plus ! :P). J'imagine qu'Hellocoton met en avant des articles dont il pense qu'ils seront lu par un très grand nombre de personnes. Autrement dit : le bonheur intéresse, ou du moins on pense qu'il va intéresser (il faudrait voir si ces articles sur le bonheur ont été sensiblement plus lus que le reste des articles des blogs ou plus lus que les autres articles mis en avant le même jour). De là naît une question : les Français sont-ils malheureux ? (Sans doute que oui si on en croit les enquêtes internationales) ; et : ont-ils le droit de l'être ? (Visiblement non puisque l'on nous encourage encore et encore à être heureux, c'est bien connu : être heureux, c'est bon pour la santé).

Ce mois-ci nous avons enregistré une émission sur les réseaux sociaux et les jeunes et pour la préparer nous avions lu quelques articles. Dans l'un d'eux, la sociologue (ou psychologue, je ne sais plus) rapportait les propos d'une ado qui disait qu'elle se sentait obligée de poster des photos souriantes d'elle même quand elle se sentait triste. Je pense que c'est en partie dû à l'injonction au bonheur qui innerve globalement notre société mais aussi à la nature des réseaux sociaux. Il faut montrer une vie parfaite, où rien ne dépasse, avec des super vacances, des supers enfants, une super maison, un super travail, des supers amis avec qui on est très soudés ; ou rendre sa vie excitante – ce n'est pas moi qui le dit mais Brian Wansik dans un court article du National Geographic de Février 2017 à propos du foodporn : "quand une pression vous pousse à twitter sans cesse du nouveau, vous tentez de donner une image plus excitante de votre vie [...]". Injonction au bonheur, mise en scène de sa propre vie pour communiquer aux autres à quel point être notre ami est génial.

C'est de cette même mise en scène dont relèvent les articles mentionnés par Ifeelblue, ceux qui commencent par un constat négatif pour en tirer une leçon positive, comme si tout dans la vie devait être positif : mettre en scène le bonheur, incliner les faits de manière à ce qu'il en ressorte quelque chose de bon à la fin. Comme dans les Disney. Mais la vie n'est pas un Disney. La vie serait plutôt comme dans Dragons, le film avec Krokmou, vous savez ? :) Dans le deux, Harold retrouve sa mère mais il perd son père. Vous allez me dire que c'est parce qu'il a perdu son père qu'il a trouvé sa mère et que donc c'est positif ? Il aurait pu ramener sa mère à la maison et ne pas devenir orphelin de père. Tout dans la vie n'est pas positif. Mais on met en scène, on présente un certain bonheur.

Il y a une injonction au bonheur sur le net et il y a une injonction au bonheur dans la vie, les deux s'entremêlant : les articles qui promeuvent le bonheur sur le mode "je suis heureuse, vous pouvez l'être aussi !" sont publiés sur la toile, ainsi les personnes qui les lisent sont susceptibles d'accéder à leur tour au bonheur (du moins l'espère-t-on) et de là se répandre en coeurs roses sur leurs blogs : cercle vertueux en apparence, mais poussant un peu plus l'injonction et donc une éventuelle culpabilité chez les gens ne parvenant pas à être heureux et n'osant pas le dire.

Comme je le disais à Ifeelblue : nous sommes dans une société du paraître : ce qui compte ce n'est pas d'être heureux (et de publier des photos au sourire sincère) mais de le paraître (sourire sur les photos alors qu'à l'intérieur notre coeur se noie sous ses propres larmes). De montrer avec véhémence le bonheur. A-t-on le droit d'être triste sur Internet ? demandait Ifeelblue : ma réponse est non. Techniquement la liberté d'expression fait que oui, mais l'espèce de pression au bonheur fait que non. Personne, pense-t-on, n'a envie de lire des articles remplis de tristesse, puisque les blogs sont consommés pour se détendre et pas pour avoir le coeur serré à chaque article lu. Et c'est un peu pareil dans la "vraie vie" à la question "ça va ?" : on répond oui quand en fait non parce qu'on sait bien que cette question relève plus de la politesse ou de l'automatisme que d'un réel intérêt.

Paraître beau, paraître heureux, c'est la règle. C'est triste et pessimiste mais c'est ce que je pense être la vérité.

En gros, publiez des articles mais ne me parlez pas de malheur !

Qu'en pensez-vous ? Vous autorisez-vous à parler de ce qui ne va pas ?

Source photo – Gloria Pedrouzo

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mercredi 15 mars 2017

Les jeunes, tête de Turc

Bonjour !

Le singulier de "tête de Turc" est tout à fait volontaire. Je l'ai choisi car souvent on parle des "jeunes" comme d'un seul bloc, un entier auquel on assigne des traits qui leurs sont inhérents, comme autant d'attributs (pour paraphraser l'introduction du premier chapitre de Jeunesse oblige co-dirigé par Ivan Jablonka et Ludivine Bantigny*). J'y ai repensé en entendant un reportage ce matin sur RTL. Je me préparais à partir à la fac, en toile de fond ça blablatait sur les déchets en nombre considérable qui sont jetés dans les champs, quand, tout à coup, on entend une dame dire un truc du genre "je ne sais pas si les jeunes se rendent compte de ce qu'ils font" ou "les jeunes ne se rendent pas compte". Je ne sais pas si c'est dû à mon mauvais caractère, ma mauvaise humeur, ou un peu des deux à la fois, mais j'étais révoltée (et je ne suis toujours pas calmée ! xD) (je me soigne, rassurez-vous !).

C'est trop facile. C'est trop facile de dire "les jeunes ci, les jeunes ça", "c'est la faute des jeunes". Les jeunes sont au chômage parce qu'ils ne veulent pas travailler, les jeunes se fichent de la politique, les jeunes se fichent de tout de toute façon..., les jeunes jettent leurs déchets dans les champs, les jeunes, les jeunes, les jeunes... C'est trop facile. Comme si avec l'âge on prenait forcément de la sagesse. Comme si les jeunes étaient tous cons et incapables de réfléchir. Comme si les jeunes, parce que jeunes, ne pouvaient pas savoir, "pas comprendre". Mes parents me disent ça souvent. Ils savent mieux que moi, ils sont plus vieux, je n'ai rien vécu. Mais je me souviens un jour avoir lu un proverbe ou une citation (j'essayerai de retrouver, je pense savoir où j'a vu ça) qui disait en gros qu'apprendre de ses erreurs c'était bien mais apprendre des erreurs et des expériences des autres c'était mieux. Ce n'est pas parce que j'ai vingt ans que je ne sais rien.

Les jeunes, les jeunes, les jeunes... c'est trop facile de s'en prendre aux jeunes ! Je vous l'ai dit dans un article il y a quelques temps : j'aime les jeunes ! Et je vais vous dire : les jeunes ne se fichent pas de tout, ils ont envie de s'exprimer et de dire. Les jeunes ont envie de réussir, je pense ; simplement, quand on ne vous fait pas confiance et qu'on vous stigmatise, ce n'est pas simple.

Et puis d'abord "les jeunes" ça ne veut rien dire. Je vais citer de nouveau Jeunesse oblige : "Il n'est que trop fréquent de voir associés à « la jeunesse » propriétés et qualités, vices et vertus, qu'on lui assigne comme autant d'attributs. Dans cette hypothèse, d'anhistorique, la catégorie devient vite asociale, parce que pensée hors des différences et divergences qui innervent la société et font sa complexité. C'est là que la méfiance des historiens, et plus généralement des sciences sociales, prend naissance : dans le refus d'un essentialisme, qui fait de jeunes « les jeunes » et des jeunes « la jeunesse ».". "Les jeunes" ça ne veut rien dire. Il y a les jeunes des quartiers défavorisés, des classes moyennes, des classes supérieures ; les jeunes filles et les jeunes garçons ; les jeunes blancs et les jeunes non-blancs (terme que je n'utilise pas pour ne pas dire "noirs" mais pour mettre dans un seul mot Noirs, Arabes, Asiatiques, métisses, etc. plutôt que de faire à chaque fois l'énumération). Vous ne grandissez pas pareil quand vous êtes victime de discrimination (que ce soit pour une couleur de cheveux, un poids, une couleur de peau, un handicap, une orientation sexuelle, etc.) que quand vous ne faite partie d'aucune minorité. "Les jeunes" ça ne veut rien dire.

"Les jeunes" ne sont pas plus responsables de la pollution des champs que les autres.

Les jeunes ont effectivement encore des choses à apprendre, beaucoup de choses. Mais l'idée qui consisterait à dire que parce qu'ils sont jeunes ils ne savent rien et que donc les adultes et les anciens savent mieux parce qu'ils sont vieux et que donc les vieux sont sages et n'ont plus rien à apprendre de personne est stupide. On a toujours des choses à apprendre des autres. Jusqu'à la mort. C'est trop facile de mettre sur le dos des jeunes tous les actes irresponsables...

J'aime pas les gens mais j'aime les jeunes et j'aime pas quand on s'en prend aux jeunes parce que souvent il n'y a pas d'argumentation derrière. On critique les jeunes parce qu'ils se prennent en selfie, comme s'ils étaient la seule tranche d'âge narcissique, alors qu'en réalité, pour reprendre un article d'Anne Dizerbo** dont je me suis servie pour préparer notre émission sur les réseaux sociaux, on se rend compte que "les jeunes" publient beaucoup de photos de groupes. Et notre invitée de l'émission, qui a fait deux recherches sur les jeunes et les réseaux sociaux, s'est rendue compte que souvent, dans son échantillon, plus les filles publiaient d'images d'elle et plus elles avaient une mauvaise image d'elles-mêmes. C'est facile de critiquer les jeunes... les jeunes narcissiques, les jeunes fainéants, les jeunes qui polluent, les jeunes délinquants, les jeunes qui plongent dans la décadence, et les jeunes ceci, et les jeunes cela...

Je ne suis pas d'accord. C'est trop facile.

Laissez-nous tranquille ! On n'a rien fait de mal ! x)

J'ai l'impression qu'il y a peu de fond dans mon article, et qu'il n'est pas très organisé, mais disons que s'il y avait quelque chose à retenir ce serait que quelques jeunes ne représentent pas tous les jeunes et que tous les jeunes ne représentent pas "la jeunesse" et que cette idée qui consiste à dire que les jeunes sont hors des diversités de la société est idiote, comme on trouve idiote aujourd'hui la peur des hommes d'un "vote féminin" quand les femmes ont obtenu le droit de vote.

Les jeunes sont divers.
Si vous voulez nous critiquer, au moins ne faites pas de nous une tête de Turc mais des têtes de Turcs.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Thomas Jouhannaud

*Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka (dir.), Jeunesse oblige, Paris, Presses Universitaires de France, « Le Noeud Gordien », 2009
**Anne Dizerbo, « Facebook, snapchat : instances de biographisation partagée », Le sujet dans la cité, 1/2016 (Actuels N° 5), p. 129-142

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dimanche 12 mars 2017

De l'autre coté des montagnes – Au tour du monde n°7

Bonjour !

Je ne sais pas si vous aviez hâte de lire un nouveau "Au tour du monde" mais moi j'avais hâte de l'écrire ! Parce que figurez-vous que ça fait plusieurs mois que je sais ce que je vais mettre dedans, mais que l'une des choses n'étant pas encore sortie je ne l'avais pas encore lue et donc j'étais piégée par le temps (et personne ne peut aller contre le temps). Mais maintenant c'est bon, et donc je vais pouvoir vous parler de plein de choses !

Rozalén


Un jour j'écoutais par internet la radio nationale espagnole et sur le site y'avait un menu déroulant et un article sur Rozalén (pour infirmer le fait qu'elle trafiquait sa voix) (vive internet, j'ai retrouvé la page si vous êtes bilingue (pas comme moi ! :P)). Alors moi, comme je suis curieuse et que je me suis mise en tête d'écouter des musiques d'un peu partout dans le monde quand j'en trouve j'ai écouté ses albums (deux, plus une réédition du deuxième avec des chansons issues de concerts). Je les ai tous les deux aimés mais je crois que j'ai préféré le deuxième. Pourtant je ne sais pas trop comment vous en parler (c'est pour ça que c'est pas demain la veille que je vais publier dans la presse culturelle haha  ! xD). Le mieux c'est encore que vous écoutiez vous-mêmes :) Ils sont disponible sur Deezer et Spotify.



Piémont, croyances et superstitions – Andréa (Kerlhau)


J'étais tellement contente que je n'ai pas pu m'empêcher de poster un message hystérique sur Hellocoton avec un nombre incalculables de "i" derrière mon "h" x) Vous savez que j'aime les contes, les superstitions, ce genre de choses, j'en avais même fait un article complet, parce que celui qui connaît un conte ne doit pas le garder, paraît-il ! ;) Et donc depuis qu'Andréa l'avait annoncé j'attendais. Et donc quand je l'ai reçu j'étais contente.
Et je n'ai pas été déçue, même s'il y a quelques coquilles (mais en même temps quand vous relisez encore et encore et encore un texte que vous avez écrit vous finissez par ne plus rien voir, puis vues les fautes qu'il doit rester dans mes articles j'ai rien à dire, haha !) et que la dernière grande illustration a un peu pixelisée (je crois bien que c'est ma préférée en plus, imaginez ma frustration !).
Je n'ai pas du tout été déçue ! On apprend plein de choses ! Par exemple, c'es tout bête mais je savais pas : le nom de Piémont c'est parce qu'il est au pied du mont, comme Bordeaux, quoi... voilà :D
Ce petit livret parle donc du Piémont et est divisé en plusieurs parties : les lieux (forêts, glaciers, etc.) ; un bestiaire avec des animaux et des plantes (avec des créatures inconnues chez nous comme le gatto Mamonne, un chat immense-immense-immense) ; et enfin des contes et des croyances comme ce qu'il faut faire si une paire de ciseaux tombe ou pourquoi il ne faut pas passer sous les échelles. J'ai trouvé que c'était très intéressant et très bien fait !
J'ai absolument adoré et les illustrations sont très jolies !

Les Contes du roi Vikram – Nourjehan Viney


Je sais, je triche, ce n'est pas directement de l'autre côté des montagnes, m'enfin entre ici et l'Inde doit bien avoir un ou deux massifs, donc je ne triche pas. Puis d'abord je fais qu'est-ce que je veux, voilà, nah ! :P
J'ai trouvé ce livre (et beaucoup d'autres pas encore achetés) en furetant sur le site des éditions Actes Sud. Le roi Bojarajan se retrouve face à un grand escalier d'or gardé par des statues d'or représentant des femmes. Mais quand il essaye de monter, les femmes l'arrêtent et il doit écouter un conte démontrant la grandeur du roi Vikramadittan. Mais, à la fin du livre, de contes imbriqués en contes imbriqués, on a à peine gravi trois marches et on comprend pourquoi ce volume n'est qu'une première partie. Je ne sais pas quand sortira la deuxième, mais comme ce livre-là est sorti en 2011 ça commence déjà à faire un petit bout de temps.
J'ai beaucoup aimé même si au début j'ai eu un peu de mal à entrer dans le style aux phrases assez courtes de l'autrice. Autrice dont j'ai trouvé une interview, du coup je vais vous la mettre pour me mâcher le travail parce que personne d'autre que son auteur ne parle mieux d'un livre que lui.



Voilà !
Que pensez-vous de tout ça ? Des choses vous tentent ?

Source image – Andréa
Source couverture – Shri Gopal Subhedar

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mercredi 8 mars 2017

8 Mars : quand mettre une femme à l'antenne est un événement

Bonjour !

L'autre jour on a appris qu'une femme présenterait TPMP ce soir, et Europe 1 a communiqué à coup de jinggle type "les femmes prennent le pouvoir" pour dire qu'ils allaient inviter des femmes, faire des émissions spéciales, etc. Je trouve que ça frôle le ridicule. En un sens c'est super : mettons des femmes à l'antenne, invitons des expertes, mais tout le temps ! (enfin, laissons un peu de place aux hommes, quand même ;P) Pas juste le 8 Mars pour communiquer et faire une journée événementielle comme on ferait avec la finale d'un sport où la France serait qualifiée ou ce genre de chose...

Le problème c'est que, demain et tous les autres jours jusqu'au 8 Mars 2018, les femmes redeviendront minoritaires à l'antenne (encore plus à la radio qu'à la télé). L'année dernière sur Europe 1 il fallait attendre midi pour qu'une femme prenne la tête d'une émission (c'était Wendy Bouchard) et ensuite on avait de nouveau des hommes jusque vers dix-huit heures où Sonia Mabrouk co-animait avec Nicolas Poincaré si je ne me trompe pas. Je ne crois pas que faire une journée événementielle  qui plus est si c'est pour tronquer le nom de la Journée Internationale des Droits des Femmes en Journée de la Femme  soit une bonne stratégie. Ça événementialise quelque chose qui ne devrait pas être un événement et en plus on passe à côté du vrai sujet. Par exemple ce matin dans Le Grand Direct des Médias les invités étaient des invitées. Formidable ! Mais les sujets ne concernaient pas la place des femmes dans les médias (le sujet a été abordé rapidement par un chroniqueur, c'est tout). Pourtant il y avait quelque chose à faire là... Il ne me semblerait pas hors de propos de faire moins d'événementiel et plus de fond, en commençant par soigner la manière dont on parle de cette journée : ce n'est pas la Journée de la Femme.

J'attendais une amie devant le secrétariat de mon département à la fac. J'ai entendu une voix masculine jaillir de l'intérieur en disant "Bonne fête hein ! Journée des meufs !". Journée des meufs... alors... je ne suis pas contre l'utilisation du mot "meuf", moi-même je l'utilise, mais on ne va pas se mentir, il est plutôt péjoratif et utilisé quand on se plaint (type : "nan mais c'est bon ! détends-toi meuf !" ou "nan mais la meuf comment elle me parle !", etc.). Donc la "Journée des meufs" c'est un peu limite... Mais en même temps quand vous avez des journalistes qui disent "Journée de la Femme" et qui font des jeux-concours pour gagner des forfaits beauté ou je-ne-sais-quoi, évidemment, ça n'aide pas.

Je crois qu'il y a une espèce de peur à parler de la place des femmes dans le monde et encore plus en France, pays des Droits Humains, pays qui tend à l'universalisme, pays merveilleux où il fait si bon vivre. Prenez le chroniqueur qui parlait de la place des femmes dans les médias. De son aveu même les radios sont moins bonnes élèves que les télés. Croyez-vous qu'ils en ont profité pour parler de la place des femmes sur les radios et sur la leur ? Ben non. Pourtant il y a en France 52% de femmes. Mais le taux tombe à 38% dans les média. Surtout à cause du manque d'expertes, l'un des arguments consistant à dire que trouver des expertes est difficile.

Alors laissez-moi vous dire une chose : c'est faux. Jusqu'à présent nous avons fait cinq émissions radio (en comptant celle de Mars que nous allons enregistrer la semaine prochaine). En tout nous avons eu dix intervenants et sur ces dix intervenants il n'y avait qu'un seul homme. Et je vous fais grâce des personnes que nous avons contactées et qui n'ont pas pu répondre favorablement à cause de problèmes d'emplois du temps. Et qu'on ne me dise pas que c'est parce qu'on ne fait qu'une émission par mois et que donc ce n'est pas pareil... nous avons trouvé des expertes sur des sujets aussi différents que le cannabis, le harcèlement scolaire, la politique, les idéaux de beauté, et les réseaux sociaux, et des domaines aussi différents que la sociologie, l'addictologie, la psychologie, l'Histoire... Allez sur le site Expertes et vous constaterez qu'il y a des femmes savantes dans quasiment tous les domaines (sans compter les femmes expertes qui ne se sont pas inscrites sur le site).

Voilà de quoi ils auraient pu parler ce matin sur Europe 1. Je ne dis pas que parler de la rencontre de Muriel Robin avec des bonobos n'était pas intéressant, bien au contraire ! Mais je pense que plutôt que de blablater et d'événementialiser en disant "nous invitons des femmes" comme si ça allait vraiment changer les choses il aurait fallu ménager une place à la question des femmes dans les média en plus de la place qui a été faite à Muriel Robin.

C'est comme cette histoire avec Mélanie, la jeune trisomique qui va présenter la météo notamment sur France 2. Superbe communication d'ouverture d'esprit de la part de la chaîne ainsi que de BFMTV. Mais ensuite ? Est-ce que nous verrons plus de personnes handicapées à l'antenne ? Vous voyez beaucoup de présentateurs en fauteuil roulant, vous ? Personnellement je n'en connais pas... C'est l'histoire d'un jour, pour communiquer et se donner une bonne image (tant mieux si ça peut permettre à Mélanie de réaliser son rêve !) mais les handicapés ne seront pas mieux représentés à la télévision ensuite. C'est exactement le même principe avec cette manière de traiter la Journée Internationale des Droits des Femmes.

Ce n'est pas une fête où on peut offrir des cadeaux, "la" femme n'existe pas, tout comme "l'"homme n'existe pas. Mettre une femme à l'antenne, à la présentation d'une émission, ne devrait pas être un événement, quelque chose à titre exceptionnel, un truc du genre "c'est votre journée alors je vous laisse ma place pour cette fois". Ce n'est pas de ça qu'il est question dans la Journée Internationale des Droits des Femmes. Il est question de discriminations partout dans le monde perpétuées à l'égard des femmes. Partout dans le monde y compris en France, n'en déplaise aux journalistes (des fois je me demande pourquoi j'ai envie de faire ce métier xD).

Et si on parlait du fond, pour une fois, au lieu de faire de l'événementiel à deux sous ?

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Jean-Philippe Robin / Storybox-Photo / Europe1-Wendy Bouchard

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mardi 28 février 2017

Faut-il publier sur son blog ?

Bonjour !

Comme beaucoup de question du genre en "doitonfautil" c'est la question de l'obligation qui pose problème. Et c'est la question de l'obligation que je veux vous poser aujourd'hui. Parce que figurez-vous que je suis tombée, en jetant un œil à la sélection Hellocoton, sur la publication d'une blogueuse qui proposait cinquante idées d'articles. D'habitude, quand je vois passer ce genre de chose je ne fais pas vraiment attention mais, ce soir, ça m'a posé question.

Ces derniers temps, parmi les blogueuses que je suis, plusieurs ont publié pour dire qu'elles allaient publier mieux, sans se mettre la pression, à leur rythme, que, avec leur nouvel emploi du temps elles ne pouvaient pas publier trois articles par semaine et qu'elles n'allaient pas se forcer à le faire. J'ai aussi lu d'autres articles prônant une préférence de la qualité à la quantité, de revenir au plaisir de bloguer hors des confrontations malsaines de blogueuses jalouses (que je n'ai jamais vues, pour ma part) (je suis un coeur pur, moi madame, si-si-si ! :P). Alors forcément, voir là, mis en avant au même endroit que ces billets encourageant une façon de bloguer plus saine, un article proposant des idées d'articles aux personnes qui sont en panne d'inspiration, ça fait tout drôle. Et ça me pose question.

Faut-il publier sur son blog ? Doit-on garder un rythme ?

Évidemment, je ne parle pas ici des blogueuses et blogueurs qui gagnent de l'argent avec leur blog et sont donc obligés, pour pouvoir vivre et avoir des revenus à la fin du mois, de se maintenir haut dans les résultats des moteurs de recherche et donc de publier beaucoup. Je parle des blogueuses et blogueurs comme moi, amateurs, en recherche de partage (oui, je sors le cliché, vous pouvez lever les yeux au ciel !), de débats, d'aide parfois, d'un exutoire...

On pourrait se dire que, en soi, cet article des cinquante idées d'articles ne fait pas de mal, que c'est juste un article. Mais il pose question parce qu'en fait il sous-entend que si vous ne publiez pas, si vous n'avez pas d'idée, ce n'est pas bien et qu'il faut corriger ça... c'est problématique, je trouve. Parce que ce n'est pas grave de ne pas publier. Cette année j'ai plus de mal avec la radio en plus de la fac ; je ne suis pas du tout régulière. C'est ici mon quatrième article du mois quand en Janvier j'en avais moitié moins, et l'année dernière deux fois plus à la même période. Et alors ? 

Alors évidemment on peut me rétorquer – et on aura raison – que cet article donne juste des idées et que les personnes qui le lisent ne sont pas tenus d'écrire les cinquante d'articles (d'autant qu'il y a plusieurs catégories, dont la beauté, et que tout le monde ne blogue pas sur la beauté), mais c'est la raison de cet article qui me pose question. On pourra encore me rétorquer – et on aura raison (ou la fille qui se démonte elle-même ^^') – que c'est gentil de donner des idées d'articles parce qu'il y a des personnes qui veulent publier et ne savent pas quoi écrire. Certes oui.

Moi aussi parfois j'ai envie d'écrire mais je n'ai pas d'idées parce que rien n'a attiré mon attention ou que je pense que ça ne vaut pas la peine de pondre un article pour ça... mais je choisis d'attendre, pour pouvoir publier plus tard un article qui me fait vraiment envie, un article personnel, et pas un article que j'aurais pris dans une liste (sont à mettre à part les projets lancés par certaines blogueuses qui proposent que tout le monde écrive sur un même thème, parce que la raison du projet est fondamentalement différente). On peut me dire "chacun sa stratégie, si ça se trouve des articles de la liste vont vraiment être inspirants". Tant mieux, mais ce n'est pas ce que je cherche à dire.

Mon propos c'est que ce genre d'article dit "vous ne savez pas quoi publier ? Voici quoi faire !" : clef en main. D'ailleurs, la blogueuse qui a publié cette liste dit qu'elle sait que "ce n’est pas toujours évident de savoir quoi écrire ou quoi publier sur son propre blog" (je n'écris pas cet article pour la dénigrer ou quoi que ce soit, hein, qu'on soit bien d'accord, mais je trouve que cette phrase pose question dans son fond et je la cite à titre de base de réflexion comme je citerais d'autres propos lus ou entendus (comme lorsque j'ai utilisé les micro-trottoir réalisés pour la radio)). Comment ça de "savoir quoi écrire" ? Il y a des règles ? On pourra me dire que ça veut juste dire que l'on n'a pas d'idées, pas d'inspiration. Mais ce n'est pas ce que dit cette phrase. Elle ne dit pas "ce n'est pas facile de trouver l'inspiration" elle dit "ce n'est pas facile de savoir quoi écrire". Comme si on pouvait avoir bon ou faux (en tout cas c'est de cette manière que je l'ai ressentie). Alors que pourtant elle relève ensuite l'enjeu principal : "sur son propre blog".

C'est la clef. Son propre blog. Il n'y a pas de règles. Pas d'interdits en dehors des limites de la loi. Pas d'injonction de rythme, pas d'injonction de thèmes, pas d'injonction à se renouveler... et on voit bien que, quand on se force, ça termine mal. Ces derniers temps j'ai lu pas mal de blogueuses qui disaient qu'elles s'étaient forcées et qu'elles avaient perdu un peu du goût d'écrire. Moi-même j'ai eu une courte période, il y a quatre, cinq ans je crois, sur mon blog précédent, où je me levais en me disant "il faut que je trouve un article". Et au final j'écrivais de mauvais articles, sans intérêt, que j'ai supprimés avant de revenir à quelque chose de plus naturel, de plus décomplexé, et de moins stressé. Parce que quand on se met la pression c'est contre-productif.

On pourrait me dire que je dramatise l'impact des articles donnant des idées de quoi publier sur son blog... en fait on pourrait me contredire sur beaucoup de points et me rétorquer beaucoup de choses, que j'ai reconnues dans mon article et sans doute d'autres encore. Mais je pense quand même que ce genre d'article donnant des idées d'articles pose question. Pose la question de l'obligation mais pose aussi celle de l'originalité des articles et euh... je ne sais pas trop comment le formuler mais disons... un peu comme si ça unifiait tous les blogs, où on allait trouver partout la même chose... déjà que la plupart des designs, tout blanc avec des modules aux bords colorés, se ressemblent, alors les articles... moi je suis contente quand un lecteur (c'est arrivé deux fois déjà) me dit que tel ou tel genre article n'est pas vu beaucoup sur la blogosphère et que c'est chouette. Pas vous ?

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Getty

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