jeudi 28 juillet 2016

Mort et rapport au corps

Bonjour !

Je sais que ce n'est pas un sujet super joyeux (encore moins pour l'été) mais je n'ai pas pu résister x) En fait, l'autre jour, je lisais un reportage de National Geographic de Janvier (oui, je viens à peine de finir le numéro de Janvier, ça vous pose un problème ? :P) à propos des vautours en danger et ça m'a fait penser à quelque chose dont j'avais entendu parler je ne sais trop où : les funérailles qui, en Inde, consistent à donner le corps du défunt aux vautours (ils en parlaient d'ailleurs dans le reportage). Du coup j'ai cherché et j'ai trouvé : c'est le sky burial, les funérailles célestes. Certains commentaires de l'article que j'ai lu étaient très intolérants, disant que c'était irrespectueux des morts et de leur famille... j'avais envie d'écrire à ce propos mais je ne voulais pas écrire le même genre d'article que pour Raisonner en Français et L’œil français, du coup j'ai voulu élargir au rapport au corps mort.

Clairement, pour nous qui vivons dans une région du monde où on prend soin des cadavres, un sky burial est un peu violent, un peu dégoûtant pour certains, parce que l'on n'a pas l'habitude de voir des cadavres humains de cette manière ailleurs que dans les séries télé comme Bones. Sans même se limiter à l'Europe : dans l'Egypte antique on prenait quelque soixante-dix jours pour momifier un corps. Ça n'a pas été comme ça dans toutes les régions du monde et le sky burial en est un exemple. Je crois qu'au fond, si au premier abord on rejette cette forme de funérailles c'est parce que la raison ne nous en paraît pas évidente pour nous qui avons l'habitude de faire autrement. Mais une fois que l'on sait que, dans cette région du monde, le corps n'est considéré que comme un véhicule et n'a plus d'importance une fois mort, que le donner aux vautours permet de libérer l'âme du défunt, on peut regarder ça comme un type de funérailles comme un autre. Imaginez la surprise d'un Tibétain ou d'un Indien qui viendrait assister à un enterrement bien de chez nous ! Quelle drôle d'idée d'enfermer un cadavre dans la terre ! Voir, pour certains, d'en garder des reliques !

Le rapport à la mort est totalement différent et, par exemple, j'ai aussi lu dans un autre article que ces funérailles se faisaient en public afin que les personnes affrontent la mort et se rendent compte de l'impermanence de la vie. Les funérailles prennent ainsi le rôle d'un memento mori ou, moins connu que les gisants, d'un transi. On a vu en Histoire de l'Art cette année (on travaillait sur le corps) que le transi (qui date plutôt de la Renaissance) rappelle que le corps n'est qu'un véhicule, nous remet dans une posture d'humilité et d'acceptation face à la disparition de l'enveloppe. Il s'agit de la représentation du corps mort dans sa rigidité et sa maigreur, presque à l'état de squelette.

J'y pensais cette nuit (parce que mes meilleures idée viennent la nuit :P) et j'ai songé au don d'organe. Chaque individu d'une même culture a un rapport différent à la mort. Par exemple, moi, je ne souhaite pas être donneuse d'organes. En fait, quand je vais me faire arracher mes dents de sagesse je compte même demander au dentiste si je peux les récupérer. Je n'ai pas envie qu'une ou des parties de moi se retrouve(nt) je ne sais où. On pourrait me reprocher de sacraliser mon corps mais en fait ce n'est pas ça. Je ne sacralise pas mon corps parce que sinon je serais contre l'idée d'un sky burial. Et ce n'est pas le cas. En fait, le don d'organe, c'est pour moi... un pillage du corps, mais pas dans le sens aller à l'encontre du corps sacré comme on pourrait piller la tombe d'un pharaon (d'ailleurs, chez les Mongols, pour éviter la profanation de la tombe du Khan on tuait toutes les personnes qui avaient assisté à la cérémonie et qui savaient ou se trouvait le tombeau). Le problème c'est que réparer le corps de quelqu'un avec les morceaux du corps de quelqu'un d'autre ça fait très savant fou, quand même. Alors que le sky burial c'est revenir à l'état originel des choses, en quelques sortes puisque, dans la nature, les animaux morts finissent dans le ventre des charognards et nécrophages. Vous voyez ce que je veux dire ? Et, comme dans un enterrement, le corps revient à la terre (ben oui, le vautour il la digère la viande et on sait tous où se termine le processus de digestion) et peut-être même plus que lors d'un enterrement puisque nos tombes sont en béton.

Je songeais aussi qu'il y a quelque chose d'assez drôle dans les commentaires des personnes qui trouvent le sky burial "dégueulasse" et autre... c'est que le corps, dans un cercueil, se putréfie, s'altère, se désagrège, voire se fait grignoter lentement par des dizaines de petites bestioles grouillantes. En quoi c'est différent d'un banquet pour vautours affamés qui réduisent les corps à l'état de squelette en quelques minutes ? A la limite je préfère que mon corps disparaisse en quelques minutes plutôt que sous les lents assauts de larves... Mais les personnes qui ont commenté n'ont certainement pas pensé à ça parce que l'on garde l'image de corps maquillés, habillés, que l'on enferme dans une boîte et donc dont on ne voit pas tout le processus de disparition du corps rendu aux entrailles de la terre. En fait, pour que le corps reste à peu près intact, il faudrait procéder à une momification.

Dans le catalogue de l'expo dont je vous parlais dans mon dernier Au tour du monde, on apprend que la culture Las Vegas de la côte équatorienne, vers 6000 avant notre ère, déterrait des squelettes, peignaient certains os en rouge, les plaçaient dans un panier puis les enterraient de nouveau à côté d'un proche. Pour nous, déterrer un corps peut paraître un peu bizarre, encore plus en manipuler les restes. Aussi ils enterraient les restes près de leurs habitations. Un peu bizarre ici aussi. Il ne faut pas oublier que la proximité de nos cimetières avec nos villes n'a pas toujours été évidente. Avant on faisait des nécropoles, on repoussait les cimetières très loin. Et puis ensuite est venue l'idée qu'il fallait être proche du lieu de culte alors on a rapproché les tombes des églises et certains, des riches, des rois, se sont fait inhumer dans les églises. Mais ça n'a pas toujours été évident !

Le rapport à la mort d'une culture est aussi influencé par son environnement. Chez nous on peut enterrer un corps mais au Tibet, à plusieurs milliers de mètres d'altitude, sans arbres, avec une terre gelée, il se passe quoi à votre avis ? Pourquoi le docteur Tulp faisait sa dissection annuelle en plein hiver, vous pensez ? A partir de là il n'y a pas cinquante solutions pour faire disparaître le corps ! La religion façonne aussi son rapport à la mort. Les dissections de corps humains étaient interdites parce que l'Eglise voyait ça d'un mauvais œil, parce qu'on ne "saccage" pas un corps.

Non, un sky burial n'est pas plus barbare qu'un enterrement ou qu'une crémation. C'est simplement une autre manière de considérer le corps mort. Et nous avons, dans notre région du monde, aussi rappelé par la mise en place du transi, par exemple, que le corps n'est qu'un véhicule. On dit d'ailleurs "mon corps m'appartient" et pas "je suis mon corps". Dans notre culture, historiquement, nous prenons soin des corps qui restent importants, mais ce n'est pas la bonne solution, la seule digne d'intérêt, la seule respectueuse. Chez nous la mort est tabou, là-bas les gens assistent au repas des vautours. Ce n'est ni barbare ni malsain ni détestable et encore moins dégueulasse. C'est juste différent.

Qu'en pensez-vous ?


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mercredi 27 juillet 2016

Story time : ou la réinvention du fait divers

Bonjour !

Aujourd'hui j'ai lu l'article de La vie en Lucie à propos des story time et, à vrai dire, il y a encore une semaine, avant de tomber sur un autre post du même genre, je ne savais pas ce qu'était une story time. Pour ceux et celles qui comme moi ne passeraient pas leur vie sur Youtube une story time est un nouveau genre de vidéo qui consiste à raconter quelque chose qui nous ait arrivé avec, si possible, le titre le plus racoleur possible. Après avoir lu l'article de Lucie je me suis beaucoup amusée à aller regarder un petit peu les titres des vidéos (j'ai cliqué sur trois d'entre elles que je n'ai pas finies). On trouve de tout ! Du macabre, du glauque, du sexe, des faits divers, des histoires d'amour malheureuses et même des coups de foudre au fast food du coin (si madame ! :P). On trouve même des chaînes véritables usines à story time ! Alors, comme je me suis vraiment beaucoup amusée à étudier un peu tout ça, j'ai décidé de me faire plaisir et de vous écrire un article (vous êtes contents, hein ? :P).

Dans la catégorie sexe ça va du "mon copain m'a trompée" aux viols, attouchements et autres agressions sexuelles en passant par des histoires à peine abracadabrantes comme "mon ex a dépucelé ma soeur" ou "il avait quinze meufs". Je ne m'étendrais pas sur le fait que, si certaines histoires de viols sont certainement vraies je parierais aussi sur le fait que certaines sont infondées et portent préjudice aux vraies victimes, et je passerais directement à la catégorie suivante dans laquelle s'entassent les agressions, mecs "chelous" et situations glauques, ainsi que les faits divers. Ainsi se succèdent les vidéos titrées "menacée de mort par une youtubeuse", "un fou a voulu me tirer dessus", "j'ai failli mourir dans un braquage", "menacée de mort par un mec", "je suis montée dans une voiture avec un inconnu", "quasi NUE SEULE avec un MEC BIZARRE" (les majuscules sont d'origine).

J'ai cliqué sur cette dernière. Une sombre histoire de boutique de soin du corps pour lutter contre la cellulite, boutique qu'il était impossible d'ouvrir de l'extérieur, boutique dans laquelle le médecin a posé des questions à sa "victime" du genre de pourquoi elle venait ici, pourquoi elle voulait mincir, etc. Le fait qu'il n'y ait pas de poignée ne m'a pas choquée : elle était peut-être tout simplement cassée et attendait d'être remplacée, rien à voir, donc, avec le piège d'un prédateur sexuel. Pareil pour les questions : je crois que les médecins sont obligés de poser ce genre de questions pour s'assurer que les clientes ne viennent pas faire ce genre de soin sur demande de leur copain par exemple. Le reste de l'histoire est assez classique : caresses, attouchements, envie de fuite et de faire savoir à tout le monde où l'on est, juste au cas où. Peut-être que ça s'est réellement passé, qu'elle a vraiment eu peur, cette youtubeuse. Mais j'ai trouvé étrange sa façon de raconter. Je ne sais pas vous mais moi, quand je raconte un truc qui m'a vraiment fait flipper je ne raconte pas ça avec un grand sourire... Je ne sais pas trop comment qualifier non plus le ton employé mais il est le même chez les autres youtubeuses sur des vidéos desquelles j'ai cliqué. Rien de tout ça ne paraît très sincère, en fait. Et encore moins honnête. Surtout si on considère deux autres choses : les titres et la fréquence de publication.

Vous avez pu le constater, les titres sont racoleurs jusque dans le choix des mots en majuscules. On s'attend toujours à un viol, un meurtre... d'ailleurs certaines vidéos sont titrées "j'ai failli TUER mon meilleur ami" ou "le voyage qui tourne mal". Quand ce ne sont pas les mots en majuscule qui sous-entendent des choses glauques ce sont les qualificatifs employés. J'ai trouvé une vidéo qui portait ce titre : "un viol, deux agressions, la tragique histoire". Tout est fait pour que vous cliquiez.

La deuxième chose c'est que je suis tombée sur plusieurs youtubeuses dont les chaînes (parfois censées être des chaînes beauté) étaient quasiment des industries du story time. Parce que oui, quatre à six vidéos de story time en un mois je trouve ça énorme ! J'ai aussi trouvé le cas d'une youtubeuse qui a fait cinq vidéos avec une seule histoire. Peut-être qu'avec cet effet de mode elles se sont dit qu'elles allaient raconter des trucs qui leur sont arrivées, mais peut-être aussi qu'elles affabulent un petit peu... Je trouve le nombre de vidéos sur une seule chaîne assez... suspect, en fait.

Je ne sais pas trop d'où cette mode vient... Je crois qu'il y a un peu du côté quart d'heure de gloire parce que, comme je le disais dans le commentaire que j'ai laissé à Lucie, on sait que peu de gens vont parvenir à percer dans la musique, la comédie, l'écriture, le journalisme ou la présentation d'émissions et que, un moyen simple pour devenir célèbre, ne serait-ce qu'un instant, c'est internet. Tout le monde peut se filmer sans investir des centaines d'euros, simplement avec sa webcam, publier ça et attendre que l'on vienne la regarder, la partager, etc. On est aussi de plus en plus, avec les télé réalités, dans une célébrité créée sur du vide. Peu importe si vous ne savez pas chanter, danser, peindre, dessiner, faire rire, ce n'est pas grave : montrez-vous, racontez quelque chose de personnel qui fera du buzz et vous deviendrez célèbre.

Je crois qu'il y a un peu aussi le côté fascination du fait divers. En cours d'Histoire de l'Art cette année on a vu qu'au XIXème siècle on s'est passionné pour le fait divers et que le masque mortuaire de l'Inconnue de la Seine est devenu très populaire (en fait la gamine n'était pas morte du tout). On retrouve un peu ça ici avec "un fou a voulu me tirer dessus", "je suis montée dans la voiture d'un inconnu". Je ne suis pas certaine que le terme "réinvention" de mon titre soit le bon, je crois qu'il s'agit d'avantage d'une remise au goût du jour... ou de quelque chose d'approchant. Le fait divers n'est plus relayé par les média mais directement par la personne qui se dit victime, sur les réseaux sociaux, de quelque chose d'assez grave, d'une expérience assez traumatisante et glauque pour mériter d'être potentiellement connue de tous et qui, surtout, fait en sorte que ça soit connu par le plus grand nombre, joue sur la curiosité parfois mal placée de l'être humain.

Comme je le disais à Lucie il y a aussi le côté perte de contrôle de soi, l'entrée dans le macabre. On peut constater ça avec les vidéos qui titrent "j'ai failli tuer mon meilleur ami" ou "j'ai massacré ma meilleur amie". Comme une expression totale et incontrôlée de la colère dans notre société où on doit plutôt se contenir : ne pas être trop franc pour ne pas blesser, ne pas trop s'énerver ; contrôler son corps dans le sens faire du sport, ne pas trop grossir. Contrôler ses sensations, ses désirs : un viol est un crime (et pourtant on voit parfois des gens répondre "oui mais elle avait une jupe aussi" comme si, en portant une jupe, votre corps ne vous appartenait plus mais devenait la propriété de chacun qui peut ainsi en disposer comme il le souhaite). Perte de contrôle aussi pour toutes les histoires liées à la drogue, à l'alcool, à l'addiction. Ce côté macabre/perte de contrôle rejoint le fait divers.

En soi, que des gens profitent d'une mode pour inventer ou exagérer des histoires ce n'est pas bien grave. Le problème c'est pour toutes les personnes qui ont vraiment vécu des choses traumatisantes et qu'on ne prendra peut-être pas au sérieux à cause de cette mode. Le problème est aussi cette idée sous-jacente que l'on va devenir célèbre en racontant une agression sexuelle ou comment on a failli tuer quelqu'un...

Qu'en pensez-vous ? Adeptes des story time ? ;P


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jeudi 21 juillet 2016

Pourquoi je suis contre l'anonymat des terroristes

Bonjour !

Un jour j'ai signé une pétition sur Change.org et, du coup, maintenant, je reçois des mails quand des pétitions prennent de l'ampleur et que le site pense que ça pourrait m'intéresser. Ça m'est arrivé ce soir. Il s'agit d'une pétition lancée par un garçon de dix-huit ans qui trouve absurde que l'on donne le nom des terroristes et des renseignements sur eux dans les JT et autres pages d'informations. Il voudrait que l'on ne le fasse pas, que les média aient une obligation d'anonymat pour ne pas donner une quelconque notoriété à ces personnes. Je comprends ses arguments mais je ne suis absolument pas d'accord : on ne s'en fiche pas, de qui ils sont.

Le jeune homme dit que, évidemment, les familles des victimes, elles, pourront savoir, mais pas le reste de la population. Ce faisant, pour moi, il assimile le fait de commettre un attentat à celui de commettre un "simple meurtre" : seule la famille de la victime est véritablement concernée. Sauf que ce n'est pas tout à fait la réalité. Quand quelqu'un commet un meurtre, d'une manière générale, il choisit sa cible. Soit une vengeance familiale par exemple, une histoire d'argent, d'héritage, donc il s'agit d'une cible personnalisée. Dans le cas des tueurs en série aussi la cible est personnalisée : le tueur en série a un type de victime et donc la fille de taille moyenne, blonde, brune, Blanche, Noire, que sais-je est choisie en fonction de son physique, ou de son métier, par exemple : c'est un meurtre et la victime est personnalisée. Mais, dans le cas d'un attentat, les victimes auraient pu être d'autres victimes. Ce que je veux dire c'est que si le fils d'une famille veut récupérer l'héritage de tonton André il doit tuer tonton André. S'il tue son voisin il n'aura pas d'héritage. Vous voyez ce que je veux dire ? Alors que dans le cas d'un attentat on s'en fiche de savoir qui sont les victimes : ce sont juste des gens. Parce que le terroriste ne s'en prend pas à des personnes pour en tirer quelque chose : il cherche à s'en prendre à une société, aux valeurs d'un pays. Il cherche à faire en sorte que les gens détestent les musulmans alors même que les islamistes ne le sont pas. Si les victimes de Nice n'avaient pas été là d'autres personnes seraient mortes mais le résultat aurait été le même. Alors que si le meurtrier de mon exemple tue mémé Gertrude au lieu de tonton André le résultat ne sera pas le même. De ce fait, au contraire du cas d'un meurtre simple, unique, il n'y a, pour un attentat, pas que les familles des victimes qui soient concernées. Tout le monde est concerné, donc tout le monde a le droit de savoir.

Tout le monde a le droit de savoir aussi parce que pour combattre un ennemi il faut le connaître. Toutes ces personnes qui commettent des attentats – en France comme ailleurs – nous renseignent sur un profil de personnes. Et, c'est certainement très naïf de penser ça mais je me lance : peut-être que des parents ou l'entourage d'un jeune va se poser des questions sur un comportement étrange, qui se radicalise, etc., parce qu'ils auront en tête le profil des autres terroristes. C'est une possibilité à côté de laquelle on ne devrait pas passer. Connaître l'ennemi est fondamental pour une autre raison : les mots ont un poids. Quand vous avez une maladie dont vous ne connaissez pas le nom vous vous inquiétez plus que si ça a un nom parce que si ça a un nom vous n'êtes pas la première personne à être malade, des gens travaillent pour vous guérir. Ne pas savoir d'où vient la menace est un problème ; c'est un facteur de peur et de stress. Mettre un nom sur quelque chose c'est le rendre moins mystérieux donc moins terrifiant. Ça peut aussi représenter une occasion de rappeler que les djihadistes sont humains et qu'ils sont, en un sens, aussi des victimes puisque embrigadées. Donner un nom aux gens c'est important. Les terroristes sont des personnes, sont humains, et nous n'avons aucune raison de les déshumaniser parce que c'est précisément parce qu'ils sont humains, comme je le disais dans un article précédent, qu'ils commettent toutes ces choses.

Le lanceur de la pétition parle d'autre chose : la notoriété. Il veut les empêcher de devenir célèbre pour leur crime. Je comprends l'argument mais je pense qu'il n'est pas réellement valide ici pour plusieurs raisons. Déjà parce que, si ça arrive que des personnes glorifient des actes de meurtres, je ne crois pas que ça se fasse énormément avec ce genre de terroristes. Et aussi parce que les terroristes qui se font sauter ou tirent dans les foules sont, en plus d'être les victimes d'une guerre psychologique, des sous-fifres, des petites-mains, de la chair à canon. On ne glorifie pas le "simple soldat" et encore moins le laquais. On glorifie le chef, l'homme de tête, qui planifie, qui dirige. Des personnes impressionnées par Daesh ne vont pas commencer à porter en exergue de petits soldats, ça ne me paraît pas avoir grand sens et, si certains le font, je ne pense pas que l'on s'expose, en donnant le nom des terroristes, à des acclamations massives... Parce qu'on ne glorifie pas les petites-mains.

Après, on peut effectivement s'interroger sur la pertinence de certaines informations et sur ce que cette course au scoop et à l'exclusivité dit de notre société. Mais ce n'est pas pour cette raison qu'il faut faire tout l'inverse et interdire aux média de donner le nom des djihadistes parce que ça n'arrangerait rien et, qu'au contraire, on a besoin de savoir qui ils sont. Aussi parce que, finalement, si ce ne sont pas les journalistes qui donnent les informations, si la population n'a rien à se mettre sous la dent, n'a pas de réponse à ses questions, alors des "informations" vont naître sur les réseaux sociaux ; de la désinformation bien plus dangereuse ou au minimum plus nocive que les informations que nous donnent les journalistes. Parce que, souvent, les gens ont besoin de réponses.

Qu'en pensez-vous ? Signeriez-vous cette pétition ?


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mercredi 20 juillet 2016

Dix choses que j'aime de la vie

Bonjour !

C'est un article (très) différent de d'habitude dont j'ai piqué l'idée à Malisha, une blogueuse mexicaine que je suis depuis plusieurs semaines :) J'ai un peu hésité avant de l'écrire ici parce que c'est très différent des articles habituels et que ce n'est pas vraiment naturel pour moi de publier ce genre de listes. Et, en fait, la liste en elle-même n'a pas été simple. Pour vous donner une idée Malisha, elle, fait une liste de vingt-cinq choses (comment peut-on parvenir à trouver vingt-cinq choses, je vous le demande ?! :O :P) et précise dans le titre de son article que ce n'est que la première partie... alors quand on sait ça, voir que j'ai ramené ma liste à dix vous laisse imaginer mon problème x'D J'ai même eu du mal à en trouver dix... C'est peut-être parce que je suis trop pessimiste ! Je ne sais pas... Au final j'ai quand même une liste, ce qui relève un peu du bout du monde.

1. J'aime le bruit de la pluie.
2. J'aime l'odeur de la pluie.
3. J'aime voir la pluie tomber.

Je suis obligée de faire une pause ici : je sais ce que vous pensez : j'abuse d'avoir découpé la pluie en trois. Mais d'abord je fais ce que je veux et Malisha a fait pareil (donc en plus de copier je dis faire ce que je veux en copiant, à peine contradictoire :P) et comme elle a fait pareil ça veut dire que j'ai le droit ! Et toc ! ;)

4. Voir le ciel changer de couleur.
5. Croiser dans la rue un chat, un chien, un lézard, une petite abeille, un corbeau perché tout près, et à peu près n'importe quel animal qui ne fuira pas en me voyant pénétrer dans son champ de vision x)
6. Quand je commence à comprendre et intégrer (trèèèèès lentement) les leçons de mandarin de mon livre.
7. Quand un athlète que je supporte gagne (ce qui n'arrive pas souvent en ce moment, à croire que je leur porte malheur !).
8. Voir ma plante pousser bien haut parce qu'elle a l'air content !
9. Respirer l'odeur des livres (mais il y a des livres qui puent).
10. Aller me balader et prendre des photos (et si je croise un chat c'est encore mieux xD).

Voilà ! J'espère qu'un article si différent ne vous perturbe pas trop ! :) J'écris plutôt ce genre de choses un peu légères sur mon blog en espagnol ! C'est peut-être parce que c'est l'été que je déraille ! :P En même temps je préfère écrire ce genre d'article que quelque chose sur l'histoire glauque autour de Jean-Marc Morandini !

Et vous quelles sont les choses de la vie que vous aimez ?


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jeudi 14 juillet 2016

Respecter les athlètes

Bonjour !

Je suis remontée. Vraiment remontée. A tel point que j'ai pensé titrer mon article avec familiarité. Et puis finalement je me suis retenue. Mais, franchement, je suis remontée.

Peut-être que vous le savez mais je regarde le Tour de France, parce que j'aime ça. Et tous les ans on a le droit à la même chose dès que la route s'élève : une marée humaine d'abrutis qui gêne (pour rester polie) les coureurs. Des sprints à côté d'eux, des tapes dans le dos, des drapeaux tendus devant eux qui leur barrent et leur cachent la route... Cette année sur le Giro on a même pu voir des espèces d'énergumènes courir devant eux avec des fumigènes de sorte qu'ils se prenaient toute la fumée sur le visage alors qu'ils étaient en plein effort.

Tous les ans on a des personnes qui mettent en danger les coureurs (et se mettent en danger mais ça, ça les regarde) en traversant au dernier moment ou, comme cette année, en s'avançant pour prendre une photo alors qu'ils sont à l'intérieur du virage et déséquilibrent un coureur. Tous les ans on a ce genre de scène : comme l'année dernière avec la série de selfies dangereux. On a des images de cyclistes qui repoussent des spectateurs gênants et, tous les ans, ça m'énerve parce qu'ils ne devraient pas avoir à le faire. Mais aujourd'hui c'était le pompon sur le gâteau à la cerise (je revisite les expressions si j'veux d'abord :P).

On était un peu avant la ligne d'arrivée et une moto-caméra précédait Richie Porte, Christopher Froome et Bauke Mollema. Quand tout à coup elle s'arrête. Richie Porte a à peine le temps de ralentir, la percute, et les coureurs s'empilent les uns sur les autres. Vélo cassé pour Chris Froome qui doit courir pour ne pas perdre de temps alors qu'il voit s'envoler son ex-coéquipier.

En fait, la moto a été obligée de s'arrêter parce que le public devant elle ne s'écartait pas. La voiture de Christopher Froome a mis du temps à arriver parce que le public l'empêchait d'avancer. Il a perdu du temps mais, surtout, en tombant, il aurait pu se faire très mal, comme ses deux camarades. Tout ça à cause d'un public hystérique, emporté par l'effet de groupe et incapable de s'autogérer. Je trouve ça absolument honteux et indigne. Peut-être que pour ce public c'est du spectacle mais il ne faudrait pas oublier qu'il y a des gens sur ces vélos, de vraies personnes, qui elles aussi peuvent se faire mal et qui, surtout, sont en plein effort et aimeraient bien qu'on les laisse un peu tranquille.

C'est un peu comme si, quand un perchiste s'élance sur le sautoir, un mur humain venait lui barrer la route. C'est irrespectueux. Irrespectueux de l'athlète en tant que personne et irrespectueux de l'effort qu'il est en train de fournir. Oui, le sport, c'est beau ; oui, les sportifs sont des espèces de héros modernes mais, oui, ce sont aussi des personnes qui aimeraient bien pouvoir faire leur travail sans qu'on vienne les emmerder. C'est déjà, le pense, assez difficile comme ça, sans qu'un public de décérébrés leur barre – littéralement – la route.

Je peux comprendre qu'on soit ravi de voir des athlètes en vrai mais ce n'est pas une raison pour interférer. Vous imaginez si, pendant l'Euro, le public avait commencé à courir à côté des joueurs ? Ou si, pendant les compétitions d'athlétisme, des spectateurs participent au cent mètres, viennent parler aux perchistes ou aux lanceurs de javelot ? Ce serait le chaos. Et c'est à un exemple de chaos auquel on a assisté sur le Tour aujourd'hui.

Avoir un peu de respect et de considération pour les sportifs ce n'est quand même pas le bout du monde. C'est juste la base de toute vie en société (dit la fille introvertie :P). C'est quand même fou qu'un groupe ne soit pas capable de se réguler seul.

Même si vous êtes contents de les voir après avoir attendus plusieurs heures au bord de la route, même si s'approcher est tentant et excitant parce qu'il y a une espèce d'attirance pour ce que l'on admire, même si ce sont nos héros modernes et que l'on espère tirer une gloire toute relative, vaine, et éphémère, à courir à côté d'eux ; ce n'est pas une raison. Ce n'est pas une raison pour mettre les cyclistes en danger. On ne peut matériellement pas installer des barrières de chaque côté de la route sur plus de cent kilomètres. Et on ne devrait pas en avoir besoin. Parce que le respect devrait être la base et que vous ne devriez pas être en train de lire cet article.

Un peu de respect pour les athlètes quel que soit le sport et un peu de considération pour leur effort.

Qu'en pensez-vous ?


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dimanche 10 juillet 2016

Ce que nous croyons dire n°2 : quand la forme porte le fond

Bonjour !

Il y a quelques mois j'ai écrit l'article Ce que nous croyons dire en revenant sur l'article d'une dame qui avait écrit à quel point les femmes qui ne voulaient pas d'enfants étaient égoïstes, qui s'était faite lyncher, et qui avait déclaré ne pas comprendre pourquoi. Aujourd'hui je me suis retrouvée confrontée à un autre cas de propos qui ne passe pas et, en relisant l'article, je me suis rendue compte que j'avais davantage centré sur le ton, sur l'émotion qui passe ou non à l'écrit, comment la faire passer, etc., et pas tant sur le lien forme/fond et forme qui porte préjudice au fond. C'est pourquoi j'ai décidé de vous écrire ce petit article (vite vite vite avant l'heure du match ! :P).

Ce matin j'ai allumé mon ordi et ouvert Facebook pour voir si je n'avais pas de nouveaux messages. Quelle ne fut pas ma surprise de tomber sur une image disant "quand un peuple hurle plus fort pour un 2-0 que contre un 49-3, l'état d'urgence c'est ça". Outre le fait que l'état d'urgence n'a rien à voir là-dedans (le gouvernement a le droit au 49-3 sans état d'urgence et les gens seraient dans la rue pour le foot sans état d'urgence), on en revient à ce que je disais dans mon article précédent : laissez-nous notre enthousiasme (nom de nom !). J'ai signalé ça à la personne. Mais elle m'a assuré que ce n'était pas ce qu'elle voulait dire (tout en parlant de sens des priorités :P), mais simplement qu'elle était contre l'état d'urgence. Et c'est là qu'on voit que la forme peut porter préjudice au fond.

Comme je le disais dans mon premier article de "ce que nous croyons dire", même si le ton peut mal passer à l'écrit, il y a des tournures de phrases employées largement à l'oral que l'on reconnaît à l'écrit et que l'on associe donc à un ton sans que l'auteur n'ait besoin de préciser par un procédé quelconque. Et puis il y a aussi des tournures de phrases plus pernicieuses. Ici, clairement selon moi, on sous-entend que les gens qui s'enthousiasment derrière le foot ne sont que des imbéciles qui n'ont pas l'ordre des priorités et qui feraient mieux de s'intéresser à des choses sérieuses. Du coup il y a micro-agression, parce que moi (et je pense que vous aussi) je n'aime pas qu'on m'insulte d'abrutie et qu'on me dicte ce à quoi je devrais penser en premier. Si je me sens agressée, ou micro-agressée, le fond du propos ne va pas du tout m'intéresser (et d'ailleurs j'ai engagé la discussion sur la forme), je vais me mettre en mode défense (comme les monstres dans Yu Gi Oh xD) et ce que je vais retenir de la discussion c'est qu'on m'attaque, qu'on m'insulte, ou au minimum qu'on me déprécie. Du coup, la forme porte préjudice au fond.

Ça me fait aussi penser à l'article que j'ai cité quand je vous parlais du féminisme et des hommes. Dedans, la blogueuse critique le fait que ce que certains demandent aux féministes c'est de ne pas trop "hausser le ton" ou ne pas paraître "trop colérique". Mais, en fait, si le mieux serait effectivement de ne pas hausser le ton avec agressivité, ce n'est pas pour "dorloter" les hommes et les critiques du féminisme. C'est simplement parce que quelqu'un qui se sent agressé ne va pas voir d'un bon œil la personne ou le groupe de personne qu'il identifie comme l'agresseur. Il ne va pas s'intéresser au fond. Pourquoi le ferait-il ? Pourquoi s'intéresserait-il au fond alors que, de toute évidence, la personne en face n'est là que pour l'insulter ?

Je vous avais dit que j'avais trouvé dans cet article une certaine véhémence qui m'avait déplu et apparemment je ne suis pas la seule car j'ai lu en diagonale l'article dans lequel la blogueuse revient sur la polémique et à ce que j'ai compris elle a reçu pas mal de remarques sur la forme de son article et regrette que l'on n'ait pas davantage parlé du fond. Mais pourquoi n'a-t-on pas parlé du fond ? Parce que l'on s'est senti agressé, sans raison apparente, et que c'est la seule chose que l'on a retenu de l'article ; une attaque.

Le fond d'un propos est important mais il est porté par la forme. Dire simplement "je ne regarde pas l'Euro parce que je mets la priorité sur l'état de la France" ce n'est pas comme dire "si vos priorités c'est de savoir quel gars va marquer un but avant de savoir ce que va devenir votre pays, pour moi y'a un problème". La première reste bien à "je" : je, moi, mon avis, qui ne concerne que moi. Alors que la deuxième sous-entend déjà que la personne voit d'un bien mauvais œil votre comportement indigne et idiot. On tourne, d'une certaine manière, en ridicule ou en dérision le foot, comme si c'était un simple match de quartier (et quand bien même ce le serait) et on sous-entend que les gens vont s'abrutir au lieu de parler des "vrais" problèmes. C'est tout bête mais, déjà, c'est à la limite de la micro-agression. On sous-entend "moi, au moins, je parle des vrais sujets !". Et donc, au lieu de remettre en débat l'état d'urgence et les sujets plus sérieux, on braque l'autre, qui aura encore moins envie de parler des "vrais sujets".

Et c'est là que la forme influe sur le fond et lui porte préjudice.

Qu'en pensez-vous ?


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vendredi 8 juillet 2016

Laissez-nous notre enthousiasme !

Bonjour !

Hier soir j'étais contente, très contente. Parce qu'elle a été beaucoup critiquée cette équipe de France. De polémique stupides en questionnements mal placés on a juxtaposé sur ces garçons des enjeux politiques qui n'ont rien à faire dans le sport et que l'on ne superpose pas pour le handball par exemple ou du moins dans une moindre mesure. J'étais contente parce que j'avais envie de leur faire confiance et qu'ils ont réussi. J'étais contente pour eux parce qu'ils ont commencé d'une manière un peu difficile. Contente pour Paul Pogba (qui a malheureusement changé de coiffure :P) qui a enfin marqué alors qu'il essayait depuis longtemps. Contente pour Didier Deschamps qui a pu prouver que mettre l'accent sur le groupe plutôt que de bonnes individualités est une stratégie qui paye. Et contente parce que j'aime bien voir sourire les athlètes quand ils sont contents d'eux (qui a dit que j'étais un coeur de pierre ?). Hier j'étais contente, donc. Et je le suis toujours. Mais quand même, j'ai des choses à dire aux rabats-joies.

Chez Jean-Marc Morandini une dame appelait pour dire que c'était truqué (trop d'enjeux, des émotions allemandes trop spontanées et puissantes pour être fausses... bref, je ne m'étend pas là-dessus (dans les commentaires si vous voulez ;P)). J'ai vu un commentaire sur l'article de Charlie aussi qui sous-entendait en gros qu'il y avait des choses plus sérieuses à penser que le foot, et auquel j'ai d'ailleurs répondu. Alors je voudrais dire, quand même, que ce n'est pas avec ce genre de propos que les Français vont venir à bout de leur réputation de râleurs ;) Laissez-nous notre enthousiasme !

Alors quoi ? Parce que y'a une crise économique, des guerres, des réfugiés, des enfants autistes qui doivent quitter leur propre pays qui ne sait pas les prendre en charge, des animaux maltraités, des sinistrés dans les inondations, du chômage et que sais-je encore on n'a pas le droit de se vider l'esprit ? de penser à autre chose ? Si c'est ça on ne peut plus lire, on ne peut plus bloguer, personne ne doit regarder les championnats d'Europe d'athlétisme, le Tour de France ou les JO. Ben non : on ne peut penser qu'aux choses sérieuses, aux choses graves, aux choses qui nous inquiètent et nous rendent triste ou nous agacent (autrement dit : nous pompent de l'énergie et nous épuisent). Eh bien moi je ne suis pas d'accord ! Je garde mon enthousiasme ! Je garde mon affection pour cette équipe de France, ma tendresse et ma joie.

Ce n'est pas parce que je prends plaisir à regarder le foot et autres compétitions sportives que je ne sais pas que dans le monde ça ne va pas bien. Mais à un moment, ne penser qu'aux choses tristes et sérieuses c'est délétère. Je veux de la naïveté, de l'enthousiasme, et un peu de joie ! Mince à la fin ! Tout ça parce que c'est du foot... je suis presque certaine que si ça avait été du handball on n'aurait pas eu des râleurs, pas comme ça.

Laissez-nous notre enthousiasme, laissez-nous vibrer, laissez-nous sourire, laissez certains crier de joie et klaxonner pendant quarante minutes, laissez-nous attendre impatiemment dimanche soir. Nous sommes plus de dix-neuf millions à avoir regardé le match sur TF1, laissez ces dix-neuf millions de personnes tranquilles. Comme le disait Charlie, je trouve ces garçons attachants et j'ai envie, comme dix-neuf millions de personnes au bas mot, de les voir gagner, eux qu'on a tant critiqués, comme une revanche ! Giroud qui marque en seule réponse des sifflets, ça me va. Pogba qui fait une espèce de révérence pour célébrer son but, ça me va (et qu'on ne me reparle pas du bras d'honneur qui n'en était pas un : j'ai vu la vidéo et franchement on peut lui laisser le bénéfice du doute). Les vingt-trois qui reprennent le "hou"/clapping islandais avec le public à la fin du match, ça me va. Ça me rend enthousiaste et contente alors laissez-moi mon enthousiasme et arrêtez de sous-entendre que je suis une abrutie de me laisser mener par le bout du nez et détourner des vrais problèmes. Je ne demande pas le bout du monde : juste un peu de tendresse et de bienveillance à l'égard de joueurs qui pour certains ont à peu près mon âge et vont – je l'espère – devenir champions d'Europe.

Laissez-nous notre enthousiasme et achetez des bouchons d'oreilles pour dimanche (même si moi je ne crie pas quand y'a but :P).


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Celui qui connaît un conte ne doit pas le garder – Au tour du monde n°5

Bonjour !

J'ai chipé mon titre dans le dernier livre que je vais vous présenter aujourd'hui ; en fait c'est le titre de l'un des contes et je trouvais qu'il collait assez bien à l'article puisque pour la première fois pour cette série les trois choses dont je vais vous parler ont un point commun. Toutes tournent autour du conte et de la mythologie !

La naissance du monde – Hsueh-Ling Mure



C'est un livre que j'ai lu il y a déjà plusieurs mois. Je l'avais trouvé un peu par hasard sur le (mauvais) (même s'il m'a permis de trouver ce livre) moteur de recherche de la Fnac quand je cherchais un livre pour apprendre le mandarin. Il contient trois petit conte racontant la création du monde selon la tradition chinoise et je m'étais d'ailleurs inspirée de l'un d'eux pour l'une de mes nouvelles. Sur les pages de droite le texte est écrit en français et, à gauche, en mandarin. J'ai regretté que la prononciation des caractères chinois ne soit pas indiquée, ça aurait été je pense un plus très intéressant ! J'ai aussi regretté qu'il n'y ait pas plus de contes. Ils se lisent vraiment très vite et très bien et les quelques dessins de Sylvie Faur qui les accompagnent sont très sympa ! J'adore les contes et j'adore les mythologies et voir comment les autres sociétés ont vu le monde et constater parfois que des motifs se retrouvent sur des continents très éloignés !


Chamanes & divinités de l'Equateur précolombien


L'autre jour j'ai reçu le National Geographic de ce mois-ci. Horreur ! Je suis en retard (je viens tout juste de commencer le numéro de Janvier, c'est vous dire) et donc les recevoir me rappelle à quel point je dois me dépêcher. Comme je tiens à les lire dans l'ordre j'ai juste lu le sommaire et je suis allée regarder les cadeaux à la fin (vous savez, vous appelez un numéro à partir d'une certaine heure, bref). Et là je me suis dis, histoire de me faire du mal, que j'allais regarder ce que j'avais loupé dans les numéros précédents. C'est là qu'ils parlaient de l'exposition Chamanes & divinités qui s'est tenue au Quai Branly entre Février et Mai. Ô rage ! Ô déception ! Pas grave, me dis-je avant de jeter mon dévolu sur le catalogue de l'exposition et de transcrire ma tristesse ô combien infinie dans la dépense des quarante-deux euros très précisément me permettant d'accéder à l’acquisition dudit catalogue.

Comme je vous le disais j'adore les mythologies, surtout quand elles viennent de très très loin et ne nous ont pas influencées comme a pu le faire la mythologie grecque. Et je m'intéresse beaucoup à ce qui concerne les religions, comment elles naissent, comment elles se pratiquent, comment elles prennent leur place dans la société, comment elles se manifestent, etc. Et c'est ce que raconte ce catalogue en deux-cent-vingt-quatre pages sans les annexes. Il est découpé en trois parties : la première est la plus grande et entre tout de suite dans le vif du sujet en nous relatant les pratiques chamaniques de trois peuples entre 1000 avant notre ère et 500 de notre ère. Ce que je n'ai pas compris c'est que la deuxième partie nous renvoie à 8000 avant, ce que je ne trouve pas très logique, et parle davantage de la sédentarisation et de ce genre de processus. La troisième partie se concentre sur un peuple en particulier.

J'ai beaucoup aimé, j'ai trouvé ça vraiment très intéressant. Il y a pas mal de photos des objets de l'exposition mais j'ai regretté que, dans les deux dernières parties, quand ils nous parlent de fouilles archéologiques et nous décrivent certaines construction il n'y ait pas de photos parce qu'imaginer ce dont ils nous parlent est assez compliqué. Cela dit je ne peux que vous encourager à jeter un coup d'oeil ! Je ne connaissais rien de tous ces peuples et d'une manière générale, de l'Histoire de l'Amérique du Sud, à part les Mayas, Incas et Aztèques dont je ne me souviens même pas des dates je ne connaissais rien du tout et j'ai trouvé ça très intéressant de découvrir tout ça ! Les chamanes avaient une réelle place sociale, c'étaient eux qui organisaient la société en plus de faire le lien entre le monde des vivants, le monde des esprits, et le troisième monde (oui, parce que eux ils avaient trois mondes).

Contes très merveilleux – Praline Gay-Para



Sur ce livre aussi je suis tombée par hasard. J'étais allée à Nature & Découvertes pour un autre livre, Coutumes du Monde de Gavin's Clemente Ruiz duquel j'ai été très déçue. En fait je ne m'attendais pas à ça. Sur chaque page il y a une coutume, une tradition, d'un autre pays du monde : par exemple au Pays de Galle à la Saint Valentin ces messieurs offrent à ces dames des cuillers en bois sculpté, ou en Lituanie on ne se sert pas la main sur le pas d'une porte parce que les défunts sont en-dessous et que ça porte malheur de se saluer entre le monde des vivants et le monde des morts. Point. Pas plus d'explications, on ne dit pas d'où ça vient, le pourquoi du comment, on nous balance ça comme ça et dépatouille-toi. Donc je ne l'ai pas pris. Mais, à côté, il y avait ce livre de contes. Et moi, j'adore les contes. J'ai plusieurs recueils chez moi, que je n'ai pas tous commencé mais je compte bien m'y mettre un jour. Quand j'ai vu ce livre – édité (comme le catalogue de l'expo) chez Actes Sud – je n'ai pas pu résister !

Il y a des contes d'Inde, de Cuba, du Kazakhstan, de Chine, de Finlande, de Corée, de Haïti, de Suède, des contes mongols, amérindien, pachtounes, et kirgiz. Oui, tout ça. Et j'ai adoré ! Mes contes préférés sont le conte mongol Tanjin le magicien et le conte sibérien Kotura, le dieu des vents. Mais je les ai tous aimés et quelle ne fut pas ma surprise de découvrir dans un conte suédois le même motif de la chaussure que dans Cendrillon (mais inversé puisque c'est la fille qui cherche le propriétaire de la chaussure) ! Je vous encourage vraiment vraiment vraiment à le lire !


Voilà !
Et vous ? Vous faites partie des personnes qui aiment les contes, les légendes et autres mythologies ?

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vendredi 1 juillet 2016

Et les hommes alors ?

Bonjour !

J'étais dans ma douche ce matin quand j'ai pensé à cet article. Je lie toujours le féminisme au combat pour les femmes et à celui pour les hommes mais je me suis rendue compte (il était temps) que je n'avais écrit aucun article sur les hommes. Et puis, comme un petit signe qu'il était vraiment temps que je m'y mette, il y avait en sélection d'Hellocoton un article de BuffyMars dont la véhémence que j'y ai ressentie m'a laissée... presque sans voix et à la limite de l'indignation (et pour une fois je n'exagère pas). Alors cet article sur les hommes je vais l'écrire. Je vais l'écrire parce que le sexisme touche aussi les hommes (on l'oublie trop souvent mais sexisme n'est pas machisme). Je vais l'écrire parce que la construction du genre féminin s'est faite en regard de la construction du genre masculin et vice versa. Ils sont liés de manière à ce qu'on ne pourra absolument jamais les délier. Je vais faire cet article parce que les hommes aussi, qu'on le veuille ou non, sont victimes des clichés. Je vais faire cet article en commençant par répéter ce que j'avais répondu à un commentaire sur mon article Ce que l'on demande aux femmes. Je vais faire cet article et je m'en vais vous dire, moi, pourquoi le féminisme a besoin des hommes.

Je crois que, depuis que j'écris des articles sur le féminisme (je ne prétends pas avoir la définition du terme : on pourrait trouver autant de féminismes que de féministes) je répète que lutter pour les femmes c'est aussi lutter pour les hommes puisque l'image des femmes s'est construite en rapport et en opposition à celle des hommes. Les femmes c'était l'humide, le froid, la fragilité, les hommes c'était le chaud, la force... Alors démonter les préjugés autour d'un genre c'est démonter les préjugés autour de l'autre genre. Je vais vous donner un exemple très concret.

Darkrevette (non, tu n'as pas fait de bêtise :P) m'avait dit sur un article précédent que les hommes n'avaient pas cette pression d'être beau et qu'il était temps que les femmes en soient libérées. Au fond, ce n'est pas faux : on s'intéresse un peu moins à la beauté des hommes qu'à celle des femmes, on laisse les hommes vieillir en paix alors que l'on demande aux femmes d'être toujours jeunes (puisque depuis plus de deux-mille-cinq-cent ans la beauté passe par la jeunesse). Cependant, comme je le lui disais, les hommes ont aussi leurs canons de beauté, une pression sur leurs épaules. Globalement elle s'inscrit autour de deux critères : les muscles et les poils. Vous n'avez pas remarqué ? Les pubs de slips, de parfums, de rasoirs, de vêtements, montrent des hommes musclés. Et imberbes.

La pub, c'est un peu le baromètre d'une société puisqu'elle joue sur les rêves, les aspirations, les souhaits, l'idéal de beauté et parfois de morale ou de possession, sur nos envies, nos besoins... En somme tous les ressorts pour nous faire acheter. Si l'on voit des hommes musclés dans les pubs ce n'est pas pour satisfaire la ménagère de moins de cinquante ans et lui donner envie d'acheter pour son conjoint le dernier rasoir super technologique. Non. C'est pour attirer les hommes (ben oui, la cible de ces pubs pour rasoirs masculins ce sont les hommes (nous on a les rasoirs roses :P)). Leur donner envie d'acheter. Ça joue sur et diffuse un idéal de beauté : le muscle développé. Mais ça agit aussi sur les femmes qui rêveront peut-être davantage d'un homme musclé (je souligne donc ici le lien entre imaginaires autour des femmes et ceux autour des hommes). Je parle de la pub mais il y a la télé en général : vous vous souvenez Danse Avec les Stars ? Rayane Bensetti toujours torse nu à cause de la prod', le pauvre. C'était du sexisme. Vous croyez que c'était pour quoi ? L'idéal de beauté, vous dis-je. Musclés les hommes, on les veut, donc.

Et imberbes. Au fond on ne devrait pas se moquer des cyclistes qui s'épilent. Vous voyez beaucoup de poils, vous, dans les pubs ? Vous voyez beaucoup de poils, vous, sur les jambes des footballeurs en ce moment ? Sur leur torse quand ils s'essuient le visage avec leur maillot ou en changent ? Moi non. Pourtant quand je regarde les matches j'ai mes lunettes bien vissées sur le nez (et ce n'est pas pour les reluquer, c'est pour voir les buts :P). Dans les séries les héros sont souvent musclés, barbus parfois mais au-delà de ça il n'y a pas énormément de poils.

Donc oui, les hommes ont aussi leurs cannons de beauté, ont aussi une pression pour être "présentables", et je pense qu'il ne faudrait pas dénigrer ou ignorer ce volet-là de notre société parce que des jeunes hommes souffrent de ne pas ressembler aux critères de beauté tout comme les jeunes femmes qui se trouvent sans cesse trop grosses. Je crois (il faudrait que je prenne la peine de chercher les chiffres) qu'il y a de plus en plus d'hommes qui s'intéressent à la chirurgie esthétique. Vous ne voyez pas le rapport ? Moi si.

Maintenant il est clair que la pression sur les hommes ne se fait pas de la même manière que celle qui pèse sur les femmes (les hommes n'ont pas les mêmes problèmes de différence de salaires, d'accession à des postes à responsabilité, on ne remet pas en cause leur légitimité à parler de sport, etc.). Cependant je pense qu'il faut aussi prendre en compte le fait que oui, les hommes aussi subissent une pression de la part de notre société. Et ça pour la simple raison que la construction de l'image des femmes s'est faite en regard de celle des hommes. Une femme pleure, un homme ne pleure pas. Une femme est fragile, un homme est fort (et pour la protéger il doit être musclé).

Je vais répéter ce que j'ai déjà dit plein de fois : quand on aura réduit en bouillie les images mythiques et les clichés autour des femmes alors on aura fait de même pour ceux autour des hommes et les hommes pourront pleurer, et les hommes pourront faire du patinage artistique et de la danse classique sans qu'on se moque, et les hommes pourront prendre (davantage) des congés parentaux... Et c'est parce qu'en déconstruisant un mythe on déconstruit l'autre que l'on a besoin des hommes.

Il est vain (et bête, je pense) de vouloir se battre sans les hommes. Pas parce que ce sont les hommes qui dirigent nos pays et font nos lois, pas parce qu'on leur demande la permission, pas parce qu'on a besoin de leur bénédiction, mais simplement parce l'image des femmes s'est construite en lien serré et impossible à dénouer de l'image des hommes. Toujours en lien, toujours en même temps, toujours ensemble. On a besoin des hommes parce que sans eux on ne peut pas déconstruire les imaginaires sociaux autour des hommes. On a besoin des hommes pour nous aider à déconstruire les imaginaires sociaux autour des femmes et nous aider à déconstruire ceux autour des hommes. On a besoin des hommes parce qu'avant d'être des femmes nous sommes des humains. Deux faces d'une même pièce. En réalité les imaginaires sociaux autour des genres conditionnent les relations que les femmes ont avec les hommes et vice versa. On ne peut pas faire sans les hommes, on ne peut pas ne zigouiller que les images autour des femmes sans réduire à néant celles autour des hommes, parce que l'on s'est construits ensemble et que nos relations doivent évoluer ensemble sous peine je pense d'entrer dans une grande crise sociétale (le chaos, la fin du monde, tout ça tout ça ;P).

Alors oui, les hommes subissent aussi le sexisme quand on part du principe qu'ils ont un besoin sexuel insatiable et incontrôlable (vous avez vu les résultats de la dernière enquête sur le viol ? Allez jeter un coup d'oeil, vraiment). Les hommes subissent aussi la pression d'un certain idéal de beauté mis en valeur dans les publicités, les séries et émissions télé. Ça ne prend pas forcément les mêmes formes que la pression que subissent les femmes, ou les mêmes proportions. Ça ne s'étend pas forcément dans toutes les strates de la vie sociale (travail, maison, etc.). Mais c'est là. Et entendre des gens le nier, ça m'agace. Oui, les hommes ont construit le monde (avec l'aide des femmes), oui, les hommes ont toujours considéré que les femmes étaient plus faibles. Mais les hommes n'ont pas construit le genre féminin. Le genre féminin et le genre masculin se sont construits ensemble et ne peuvent être déconstruits séparément.

Je n'ai pas aimé le ton que j'ai trouvé vraiment agressif de l'article que je vous ai cité. Parce que si les hommes ne se battent pas tous avec nous ils ne se battent pas tous non plus contre nous. Mais c'est ce genre d'article qui va faire passer les féministes pour des dragonnes enragées, des folles, des anti-hommes, et c'est ce genre d'article qui va faire passer les hommes qui ne le sont pas encore dans le camp des anti-féministes. Parce que ces hommes vont peut-être se sentir agressés. Non sans raison.

Comme quand il faut faire une différence entre pays raciste et individus racistes il faut faire une différence entre société patriarcale et hommes machistes.

Quand on aura compris ça on pourra avancer.

Qu'en pensez-vous ?
Surtout dites-moi si vous avez l'impression que je tourne trop agressive à mon tour x)


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