mercredi 20 avril 2016

Autopsie d'un coup de com' réussi

Bonjour !

La dernière fois que j'ai parlé télé sur ce blog c'était le vingt-et-un Avril 2014 où je vous disais que la télé c'est truqué. Depuis, l'article a été vu 3329 fois, autant vous dire que je compte sur vous pour faire au moins aussi bien en moins temps ;P

Aujourd'hui je voudrais vous parler de cette histoire de gifle donnée par Joey Starr à Gilles Verdez lors de la Nouvelle Star alors qu'il venait lui apporter une pizza. Je l'ai appris par une amie qui m'a dit que c'était la chaîne qui avait demandé à l'équipe de Cyril Hanouna de faire ça pour faire un peu de pub à la Nouvelle Star dont les audiences sont en chute libre. Si nous sommes d'accord pour dire qu'il y avait un vrai enjeu à choisir Joey Starr, nous ne sommes pas d'accord sur la nature de cet enjeu.

Pour elle, c'est simplement que, du jury, Joey Starr était le seul à même d'attirer les jeunes du public de Touche Pas à Mon Poste et donc, logiquement, c'est lui qui a été choisi pour le don de la pizza. Je pense que voir les choses comme ça est beaucoup trop simpliste. L'émission étant ce qu'elle est, aller voir n'importe quel juré aurait fait parler, au moins sur les sites d'information médiatique ; si Joey Starr a été choisi c'est parce que l'équipe de Touche Pas à Mon Poste passe son temps à le critiquer et le traîner dans la boue, dont Gilles Verdez. Donc aller voir Joey Starr pour une soi-disant réconciliation c'était dire que la bande de Cyril Hanouna est, au fond, gentille et qu'elle ne veut de mal à personne, ce qui constitue une réponse directe aux attaques portées notamment sur les réseaux sociaux.

On est à la télé, ce n'est pas un acte gratuit, gentil, à l'intention de Joey Starr : c'est de la communication ! Quoi qu'il se serait passé (pas sûre que ça soit français, ça) , l'équipe de TPMP en serait sortie grandie. Je m'explique : dans le cas où Joey Starr accepte la pizza on peut dire "regardez, Gilles Verdez a fait le premier pas", dans le cas où il refuse poliment en disant qu'il ne veut pas de la pseudo-amitié et pseudo-sympathie d'un gars qui passe son temps à le critiquer on peut dire "regardez, on a fait le premier pas mais c'est lui qui veut pas ! Maintenant on a une bonne raison de le critiquer !", et dans le cas de ce qu'il s'est passé c'est encore mieux parce qu'on peut dire "on voulait faire le premier pas, être gentil, c'est tout, et on se fait taper dessus, c'est n'importe quoi". Au final Gilles Verdez passe pour une victime.

Alors attention : ça ne veut pas dire que je cautionne ce qu'a fait Joey Starr, que j'aurais fait la même chose et que Gilles Verdez l'a bien mérité. Mais je comprends la réaction de Joey Starr, d'autant plus qu'apparemment, à ce que m'a dit mon amie, Gilles Verdez lui a mis une main sur la nuque pour le saluer, type accolade comme s'ils étaient potes : dans l'hypocrisie tu ne peux pas faire mieux. Sincèrement, je comprends la réaction de Joey Starr, qu'il ait pu être agacé.

Cyril Hanouna se défend de vouloir faire le buzz. Je rigole. C'est la chaîne qui a demandé à ce que TPMP donne un coup de pouce à la Nouvelle Star (alors qu'ils démontent l'émission). Evidemment que la chaîne voulait qu'on en parle ! C'est comme ça que fonctionnent les média ! Je me doute bien qu'ils n'avaient pas prévu un coup de poing, mais au fond le but était bien de faire parler des deux émissions et c'est ce qu'il se passe. Il faudrait peut-être songer à arrêter de nous prendre pour des buses ! Et je vais même aller plus loin, quitte à ce qu'on dise que je vois des calculs partout (en même temps j'ai des tendances à la paranoïa et au conspirationnisme même si je ne crois pas aux théories du complot xD) : dire que ce n'était pas pour faire le buzz fait partie de la communication, bien évidemment, tout comme cette histoire de bouder et d'arrêter l'émission temps qu'il n'y a pas d'excuses.

Au final, même si ça a légèrement dérapé, le coup de com' a réussi : on parle à la fois de Touche Pas à Mon Poste et de la Nouvelle Star (dont moi, coucou :P), et l'équipe de Cyril Hanouna passe pour la victime comme les fins diplomates qui provoquaient le pays adverse pour essayer de le faire déclarer la guerre et de s'attirer la sympathie des autres pays en se faisant passer pour la victime. C'est une technique vieille comme le monde. Mon amie dit que je calcule trop x) Elle pense qu'ils voulaient simplement faire de la communication pour la Nouvelle Star... mais ce sont des pros de la com' : n'importe quel autre happening aurait fait parler donc, s'ils ont choisi cette manière-là de faire leur coup de com' ce n'est certainement pas par hasard. La télé, c'est que de la télé (héhé :P) mais, surtout, c'est truqué, tout est calculé.

Qu'en pensez-vous ? Vous croyez que je vois une conspiration où il n'y en a pas ?*
*Vous vous moquez pas si je vous dis que j'ai songé que si ça se trouve c'était la chaîne qui avait demandé à Joey Starr de frapper l'autre ? Hein ? Vous vous moquez pas, c'est pas gentil de se moquer... :P

Edit : je viens de voir le fameux extrait dans Le Petit Journal de Canal+ : c'est bien ce que je dis : que de la com' !

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P.-S. : J'admets que mon titre sous-entend un peu que je suis une experte en com' alors que pas du tout xD

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jeudi 14 avril 2016

Éduquer le regard

Bonjour !

On passe notre temps à dire qu'il y a du sexisme dans notre société, que les femmes ne sont pas égales aux hommes, que ce n'est pas bien et on veut des lois, on veut que les législateurs fassent leur travail et je me demande si on ne fait pas les choses à l'envers. D'une manière générale je n'aime pas trop les lois, je pense que c'est assez contre-productif de tout interdire tout le temps, de tout légiférer, et que l'on ferait mieux d'agir d'abord sur les consciences. Et je crois que ça vaut aussi pour certaines choses du féminisme.

Le problème des inégalités entre les hommes et les femmes est un problème qui naît de l'imaginaire commun que l'on a des hommes et des femmes. Déconstruire l'image des femmes c'est déconstruire aussi en même temps celle des hommes qui pourront donc pleurer sans se voir insulter de tapette. Et je crois que certains problèmes qu'englobe le sexisme viennent d'un problème de regard, du regard que posent les hommes sur les femmes mais aussi du regard que les femmes posent sur le regard posé sur elles par les hommes (vous me suivez toujours où je vous précède ? :P).

Je crois que l'on est dans un rapport femmes-hommes très similaire à un rapport proie-prédateur. Ce qui m'a fait penser à ça c'est un article de KroNiqueuse sur le voile. Elle rappelle que le voile "marqu[e] la pudeur féminine face à une sexualité masculine dite « difficilement contrôlable »". Cacher l'objet du désir pour ne pas avoir à affronter le désir. Mais notre société laïque d'Histoire judéo-chrétienne ne fait pas mieux.

Vous êtes allé voir, le mois dernier, l'enquête sur le viol en France ? Moi oui. A la question "personnellement, que pensez-vous des femmes qui sont violées dans les situations suivantes ?" et à l'entrée "des femmes qui se promènent dans la rue dans des tenues très sexy (jupe très courte, décolleté, etc.)" 27% des sondés déresponsabilisent le violeur (page 14). Alors on peut accuser l'islam d'avoir un millénaire de retard parce que les terroristes (qui ne sont même pas musulmans) et certains Etats cachent leurs épouses et femmes afin d'éviter de gêner ces hommes dont les pulsions sont difficilement contrôlables, mais ça n'empêche pas le fait que des personnes, en France, déresponsabilisent le violeur. Ça n'empêche pas le fait que l'ex d'une camarade l'empêchait de mettre une jupe au-dessus du genou parce que c'est trop court et que ça attire le regard. Ça n'empêche pas qu'à l'entrée "pour un homme, c’est plus difficile de maîtriser son désir sexuel que pour une femme" du sondage, 65% des femmes sondées aient été d'accord, soit quatre points au-dessus des hommes !

Israël Nisand, intervenant dans une émission il y a quelques mois sur Europe 1, disait que l'on est dans un système de "rentrez vos poules je sors mon coq". On apprend aux jeunes filles à ne pas trop se maquiller, on leur inculque de ne pas s'habiller trop court, à faire attention quand elles se baladent seules la nuit, dans le métro, à se tenir à un bras de distance des personnes qui leur paraissent dangereuses. Et, comme me l'a signalé June.W un jour sur un article et une prof lors d'un débat le mois dernier, on dit "se faire violer" et non "être violé". Ce sont aux femmes de faire attention, et non aux hommes de ne pas violer. Comme si l'on disait à un petit oiseau de vite-vite s'envoler dès qu'il voit un chat.

Ce rapport proie-prédateur influe sur l'éducation que l'on donne aux enfants mais aussi sur des problématiques actuelles. Ce rapport proie-prédateur sous-tend la question du voile. La libération des femmes c'est la libération de leur corps alors toutes les femmes qui cachent leur corps pour ne pas être la cible de regards sont forcément oppressées, comme si toutes les femmes qui portent des jupes ou des robes cachant leurs genoux y étaient forcées par leur compagnon. Je ne nie pas que des femmes sont obligées de porter le voile et que le contrôle de leur mari s'exerce en partie sur elle par ce biais. Mais n'est-ce pas trop facile de généraliser ? Les féministes, certaines du moins et dont je ne fais pas partie, veulent absolument dénuder des femmes, faire la monstration de leur corps, dans une société hyper sexualisée où le corps des femmes est utilisé et instrumentalisé pour faire vendre comme si l'on exposait des zèbres pour attirer les lions. N'est-ce pas un tout petit peu paradoxal ? N'y a-t-il pas plutôt quelque chose à faire se rapprochant du juste milieu ?

Ce rapport proie-prédateur certaines féministes le véhiculent, même ! Je pense ici au Projet Crocodiles qui dénonce les viols et autres agressions sexistes dans des BD où tous les hommes sont représentés en crocodiles. A savoir des prédateurs. La grande erreur d'après moi de ce Projet Crocodiles c'est de dépeindre tous les hommes sous forme de crocodiles et pas seulement les agresseurs et les criminels. Tous. Comme si tous les hommes étaient des violeurs en puissance et les femmes leurs pauvres victimes. Je trouve ça d'un triste... comment voulez-vous que les hommes deviennent massivement féministes si vous les insultez et les considérez comme des bêtes irrespectueuses de l'Autre ? Là où, d'après moi, le rôle des féministes est de casser et déconstruire l'imaginaire social autour des hommes et des femmes et de briser les stéréotypes et les clichés, elles tombent en plein dedans et les véhiculent... Un pas en avant, deux pas en arrière.

Je crois que la clef c'est d'éduquer le regard des hommes. De ne plus dire aux jeunes filles et femmes de faire attention, de ne pas s'habiller trop court, mais de dire aux jeunes garçons qu'on ne peut pas faire n'importe quoi, que les femmes ne sont pas des trophées, des prises de guerre, qu'elles méritent le respect. De discuter sur le consentement. Je vais reprendre l'exemple de cette question posée par un collégien à Israël Nisand : "mais monsieur, si la meuf elle veut pas est-ce qu'un pote peut la tenir ?". Elle ne veut pas tout dire cette phrase ? Il pose la question sérieusement, il ne voit pas la question du consentement. Et, à côté de ça au contraire, les filles, qui regardent moins de pornographie et rêvent davantage du prince charmant (c'est un fait, pas un cliché), vont être complètement perdues. Lors de l'émission où cette question été rapportée _ je l'ai déjà raconté sur ce blog _ le chroniqueur était allé sur un forum d'adolescents. Une jeune fille dont le copain voudrait essayer la sodomie se voit répondre qu'elle doit faire plaisir à son copain, et une autre qui n'aime pas le sperme se voit répondre de se boucher le nez et d'avaler. Voilà.

La proie. Le prédateur.

Tant que la société ne changera pas de voie, ne changera pas son discours, on pourra faire tous les spots publicitaires que l'on veut contre le viol : rien ne changera parce que l'annonce de prévention diffusera un message contraire de celui du cadre dans lequel elle évolue.

Ça me fait un peu penser à une expérience que j'avais vue dans une émission de National Geographic. Ils avaient introduit dans un groupe d'acteurs la personne test et avaient diffusé un questionnaire. Il fallait par exemple dire lequel des bâtons A, B, ou C avait la même taille que le bâton de l'exemple. Tous les acteurs donnent une mauvaise réponse. La personne de l'expérience essaye d'abord de les raisonner mais, dans la grande majorité des cas, elle se range à l'avis de la masse. Là où je veux en venir c'est que les campagnes de préventions propagent un message minoritaire dans notre société et donc ne changera, globalement, rien du tout tant que n'y sera pas joint à un changement de message de la société elle-même.

Il faut changer le regard que les hommes (je généralise évidemment) portent sur les femmes. Mais aussi celui que les femmes portent sur elles-mêmes. A chaque fois je m'étonne quand une femme dit des choses sexistes mais je ne devrais pas ! Les hommes reçoivent le message proie-prédateur... tout comme les femmes. Pourquoi penseraient-elles différemment ? Pourquoi ne verraient-elles pas qu'il n'y a pas de sports de fille puisque la société montre l'image d'un corps féminin faible, plus frêle, qu'il faut cacher et protéger du regard des autres ?

Je crois vraiment qu'il faut changer le regard porté sur les femmes pour qu'on ne les empêche plus de porter des jupes au-dessus du genou sous prétexte que c'est trop court et attire le regard, sous prétexte que c'est une (chimérique) cause de viol. Il faut éduquer le regard pour détruire le rapport proie-prédateur que l'on a installé.

Qu'en pensez-vous ?

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vendredi 8 avril 2016

Le sens des mots

Bonjour !

J'étais en train de réfléchir à faire un article quand mon oreille a accroché les mots de la journaliste d'Europe 1 qui faisait le journal. Elle rapportait que le tribunal des Prud'hommes a statué en Janvier que désigner un coiffeur par le terme de "pédé" ne serait pas homophobe puisqu'il est reconnu que beaucoup de coiffeurs sont homosexuels. Comment vous dire... c'est pas avec ça que ma soeur va arrêter d'utiliser ce mot !

C'est peut-être vrai que les coiffeurs et les stewarts sont majoritairement homosexuels ; j'en sais rien, j'ai pas les statistiques et à la limite ici ce n'est même pas le problème. Le problème c'est qu'il justifie l'utilisation d'une insulte et peu importe que ce soit à l'aide d'un stéréotype ou d'autre chose. "Pédé" est une insulte, est péjoratif, négatif, et n'est en aucun cas un synonyme neutre du mot "homosexuel". Les mots ont un sens, ils veulent dire beaucoup.

Avant de commencer à écrire cet article j'étais en train d'écouter d'une oreille une émission de France Culture qui parlait justement de la langue. Ils disaient qu'il était important, d'autant plus si on voulait la maltraiter avec des mots comme "meuf", de la maîtriser. Mais surtout, avant de commencer à écrire cet article, je venais d'en lire un de Thémétis et j'étais en train de réfléchir dessus à voix haute.

Je crois que l'article de Thémétis n'a pas lieu d'être parce qu'il est fondé sur une mauvaise maîtrise de la langue (je précise au cas où que je ne veux pas dire que je pense la maîtriser parfaitement mais seulement qu'ici il y a selon moi une mécompréhension sur un terme et une non prise en compte du sens originel du terme incriminé). Thémétis critique cette phrase de la journaliste qui parlait d'une jeune femme trisomique : "À mille lieues des diktats, le monstrueux est devenu esthétique." mais il y a deux problèmes. Le premier c'est qu'elle est sortie de son contexte parce qu'explicitée par la phrase précédente à savoir : "Cet intérêt naissant pour l'altérité transgresse peu à peu les canons de la beauté.". Le deuxième, qui me ramène au sujet de mon article, c'est que le mot "monstrueux" n'a pas lieu d'être retiré de cette phrase.

Avant d'en être certaine avec la phrase d'avant, le ton de la phrase incriminée me faisait penser au genre de phrase qu'on lit en Histoire de l'Art. Alors je suis allée chercher, par instinct (comme quoi mes études d'Histoire déteignent sur moi :P) le sens du mot "monstre". D'après le CNRTL un monstre est, en première définition sur le physique, un "individu dont la morphologie est anormale, soit par excès ou défaut d'un organe, soit par position anormale des membres." Donc cette jeune femme trisomique est au sens strict du terme (sans prendre en compte le côté moral que l'on utilise pour qualifier les tueurs en série par exemple) un monstre. Et je ne pense pas que ce terme de "monstre" exclut la personne de l'humanité. Je ne pense pas que le terme de "monstre" s'oppose nécessairement à "humain" et qu'il est aussi péjoratif et négatif qu'on a pris l'habitude de l'entendre. En fait je crois qu'il est beaucoup plus neutre.

Là où je veux en venir c'est que les mots ont un sens, ont un poids. Evidemment, ce sens évolue et aujourd'hui le mot "monstre" est beaucoup plus déshumanisant et péjoratif voire insultant que, je pense, à l'origine ; ce qui empêche de voir que l'article de la journaliste n'est en fait pas problématique. D'autant plus qu'il porte une réflexion sur la beauté et le beau, et que donc le mot "monstrueux" se décharge ici de ses connotations néfastes, négatives, mais surtout insultantes.

Les mots ont un sens. Dire de quelqu'un qu'il n'est "pas normal", qu'il est "hors norme" ou "anormal" ne veut absolument pas dire la même chose ! Quand ma soeur utilise le mot "pédé" pour désigner ses amis ça me hérisse le poil. Jamais il ne me viendrait à l'idée de désigner une amie lesbienne par "la gouine" ! Les mots traduisent une pensée mais aussi un ressenti. Lorsque mon père se défend d'être raciste, l'autre jour, en utilisant le terme "rebeu", ça veut tout dire : il se trahit lui-même. Et par-là il me rend inutile voire inefficace de trouver un argumentaire de raison, convaincant, puisqu'il expose le fond de sa pensée et de son ressenti par l'emploi d'un terme péjoratif voire insultant.

Un mot ça porte une désignation : si je parle d'une "table" tout le monde voit de quoi je veux parler. Mais aussi un sous-entendu soit par lui-même soit en fonction du contexte. Un rafiot c'est un rafiot, point ; le mot porte la péjoration. "Monstre" c'est déjà plus compliqué. Pour un tueur en série c'est très péjoratif, ici dans l'article de la journaliste c'est beaucoup plus neutre. Sans oublier ensuite les euphémismes, hyperboles et autres figures de style qui viennent compliquer le tout.

Le sens des mots est important. On ne peut pas utiliser les mots n'importe comment pour désigner n'importe quoi. On ne peut pas dire "pédé" en ayant des amis homosexuels, on ne peut pas dire "tarlouze", "fiotte", "tapette" ou "pédale" si l'on se défend d'être homophobe. Et il est important de maîtriser le sens des mots pour comprendre ce que disent et veulent dire les autres. Il est déjà compliqué de se comprendre entre ce qu'on veut dire, ce que l'on dit vraiment, ce que l'autre entend, comprend, crois comprendre, retient... alors si en plus on perd ou invente une partie du message parce que l'on ne comprend pas les mots, on n'est vraiment pas rendu !

Qu'en pensez-vous ?

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dimanche 3 avril 2016

Le retour des portraits #4

Bonjour !

Avec deux jours de retard parce que vendredi j'ai fini par oublier et qu'hier je n'avais pas envie (ce qui constitue une raison suffisante de ne pas écrire :P), je reviens pour l'avant avant-dernier portrait chinois de cette année ! Et, bien que ça soit moi qui l'avait proposé à Mot à maux, je dois dire que j'ai eu un peu de mal à trouver un dieu, mais finalement je lui ai mis la main dessus et c'est en fait une déesse.

C'est une déesse de l'Ancienne Egypte parce que j'aime l'Ancienne Egypte même si j'en connais au fond assez peu de choses ; ça me fascine. Et pour ce quatrième portrait j'ai choisi Maât. Dans le livre de Nadine Guilhou et Janice Peyré que j'ai sur la mythologie égyptienne et que vous avez peut-être vu il y a quelque mois dans mon menu, il est écrit que Maât "personnifie le concept de vérité, de justice, et de norme". Bon, pour la norme c'est loupé, encore que je ne sois pas bien sûre que "norme" soit ici synonyme de "normalité". Aussi elle "représente l'équilibre et l'harmonie de la création par rapport l'incréé" et c'est sa plume ou son effigie que l'on pose dans le plateau de la balance contre le coeur du mort pour vérifier s'il dit vrai ou s'il doit se faire dévorer par le crocodile.

J'ai choisi Maât pour les valeurs qu'elle représente, parce que je n'aime pas mentir et que j'ai un sens de l'honnêteté, je pense, assez poussé. Et aussi je crois que dans cette histoire d'équilibre et d'harmonie de la création par rapport à l'incréé il y a un peu la notion que, si c'est créé, c'est que ça s'inscrit dans un tout et j'aime bien cette idée. J'ai aussi l'impression que ça se rapproche un peu du Tao, le Yin et le Yang chinois. Voilà-voilà :)

Et vous ? Si vous étiez un dieu lequel seriez-vous ?


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vendredi 1 avril 2016

Là où commence le racisme

Bonjour !

Hier soir le téléphone de mon père a sonné. Il a répondu et on l'a entendu répéter cinq ou six fois la même chose, à chacune de ses réponses. Quand on lui a fait remarquer il a répondu que c'était parce que son employée est Noire et que les Noirs pensent d'une manière particulière. J'ai dit que je ne voulais pas entendre ça et, dans le dialogue de sourds assez mouvementé qui s'en est suivi, mon père a dit quelque chose que je trouve assez édifiant et lourds de sens : "c'est pas du racisme, c'est... c'est... c'est... normal". Et je crois que ce genre de phrase c'est le pire que l'on puisse faire pour justifier de la discrimination, pire encore que de s'appuyer sur la nature.

Que des groupes de personnes pensent différemment de la masse est une réalité : les personnes à raisonnements global ne réfléchissent pas de la même manière que les normo-pensants qui ne réfléchissent pas de la même manière que les autistes... parce que certains groupes de personnes ont un cerveau différent. Mais, bien souvent, la manière différente de voir les choses ne vient pas de la formation du cerveau mais de la culture. Si j'avais été élevée en Chine par un couple de Chinois je parlerais mandarin et une bonne partie de ma façon d'appréhender le monde passerait par cette langue. Je penserais de la même manière que les Chinois et pourtant je suis Caucasienne. Là où je veux en venir c'est que ce n'est pas l'ethnie qui fait la différence dans la manière de penser mais le milieu socio-culturel, l'éducation, la partie du monde dans laquelle on se trouve. Et il est extrêmement dangereux de prétendre que toutes les personnes d'origine africaine ont la même manière de réfléchir, d'autant plus quand ce n'est pas pour les inclure dans la société et exploiter cette manière de réfléchir mais pour sous-entendre plus ou moins ouvertement qu'ils pensent moins bien que nous et nous sont inférieurs. Si l'on acceptait ça, ce serait le premier pas pour dire qu'après tout, les Noirs pensant n'importe comment, ils ne devraient pas avoir le droit de voter. Ou qu'ils ne devraient pas avoir des postes à responsabilité. Et c'est comme ça que l'on se retrouve, de fil en aiguille, avec des camps de concentration.

Mais, plus que la pensée de mes parents, je voudrais parler de cette réaction, de cette justification qu'il a eu de dire "c'est pas du racisme c'est... c'est... c'est... normal". Par la recherche d'un mot pour qualifier sa pensée et remplacer "racisme" il en vient à justifier cette pensée par la normalité dans le cadre de laquelle son jugement des Noirs s'inscrirait. Un peu comme si je disais : les femmes gagnent moins que les hommes, c'est normal _ ce qui est vrai ; ça s'inscrit dans les bornes de l'acceptable et de l'accepté de notre société et il n'y a guère que la minorité des féministes pour voir le problème _ : ça s'inscrit dans le cadre de la normalité, de ce qui est globalement accepté et demandé à et par la société : et c'est parce que ça s'inscrit dans ce cadre que c'est justifiable. Autrement dit on tourne en rond et on reste immobile parce que ce qui justifie la discrimination c'est le cadre dans laquelle s'inscrit cette discrimination. Mais, ici, je crois que mon père est hors de propos parce que même la normalité ne peut pas justifier sa pensée par son cadre puisqu'il n'est pas globalement accepté que les Noirs pensent différemment (sous-entendu ici en plus "moins bien") que les Blancs.

Il aurait pu dire autre chose, il aurait pu dire "c'est pas du racisme, c'est une constatation". Et c'est vrai que parfois quand on fait de simples constatations on est accusé de racisme alors même que l'on n'a pas opéré de mouvement de glissement. Ce que je veux dire c'est que, par exemple, si je dis qu'en Afrique, par une tradition socio-culturelle, le temps n'est pas considéré de la même manière que nous c'est un fait, et je peux même m'appuyer sur un reportage des Carnets du Monde (même si, comme ils disaient, aujourd'hui avec la mondialisation ça tend à se rapprocher de notre conception du passage du temps) et que donc, le temps ne passant pas comme nous, que le bus ne démarre que quand il est plein et pas à une certaine heure est un fait socio-culturel. Là je remarque. Mais si, comme ma mère, je continue en en déduisant que tous les Noirs sont lents, qu'ils peuvent attendre des heures sans savoir quand ils vont partir (induisant dans la manière de le dire un jugement de valeur pour couronner le tout) je suis dans le glissement d'un fait à une généralité et je tombe dans le racisme.

C'est là où commence le racisme. Quand il y a glissement, quand on considère que toutes les personnes d'une même ethnie réfléchissent de la même manière, que c'est dans les gênes. C'est aussi, il y a trois siècles, ce que l'on pensait des femmes à qui on déconseillait de lire et de parler de politique parce que ça ne ferait qu'aggraver les problèmes de leur cerveau faible et défectueux, de leur hystérie génétique. Ce n'était pas du sexisme puisque ça se justifiait sur la nature et la construction du cerveau des femmes. Et pourtant, aujourd'hui, nous avons des femmes chef d'Etat et de gouvernements, nous avons des ministres, nous avons des chefs d'entreprise, des politiques, des sportives, des écrivains... Le racisme, la discrimination en générale, commencent quand l'on parle de nature et que cette nature permet de justifier la hiérarchisation des races ou des groupes de personnes et de justifier la domination que l'on veut exercer sur eux. Je trouve ça extrêmement dangereux et malsain.

Je peux concevoir que mes parents ne voient pas en quoi ils sont racistes, comme cette fille au collège ne voyait pas en quoi demander à mon ami gay s'il était sûr de ne s'être pas trompé de vestiaire était homophobe, ou comme une amie ne voyait pas de problème dans l'expression malheureuse "manger comme un gros". Mais il serait peut-être temps de commencer à ouvrir les yeux et, au lieu de se braquer, accepter la remarque d'une personne choquée, quand bien même elle serait plus jeune et aurait moins d'expérience de la vie parce que cet argument n'est malheureusement pas recevable : si l'expérience conditionnait le fait d'avoir raison alors tous les vieux seraient d'accord entre eux et nos politiques, tous d'à peu près les mêmes générations, ne se tireraient pas dans les pattes à longueurs de journées et par plateaux télé interposés.

Le racisme, la discrimination, commencent là où il y a un jugement de valeur sur une personne différente que ça soit parce qu'elle ressent le besoin de rester seule, parce qu'elle est Noire, homosexuelle, blonde, rousse, ou handicapée. Le racisme commence, aussi, quand ces jugements de valeurs sont diffusés, mine de rien, dans de simples mots. Quand mon père a utilisé hier le mot "rebeu", quand ma soeur utilise "pédé", quand des expressions comme "manger comme un gros" sont utilisées...

Qu'en pensez-vous ? Quelles sont les phrases les plus aberrantes que vous ayez entendues ?


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