vendredi 26 février 2016

Ce que nous croyons dire

Bonjour !

Ce soir je voudrais prendre la polémique autour de l'article de Bianca Longpré par un autre bout. Son propos, que je ne cautionne pas, a reçu déjà plusieurs réponses, dont la très bonne de Audiax, et je pense qu'ajouter ma pierre de ce côté-là ne serait pas très productif. En revanche, il y a un pan de l'histoire que j'aimerais traiter ; si cette madame a reçu des réponses sur le fond de ce qu'elle dit, je voudrais revenir sur la forme, sur le contenant, sur la tournure, parce que je trouve que cette polémique est un très bon exemple du problème de l'expression (et a fortiori l'expression d'opinion) à l'écrit.

Je suis allée jeter un coup d'oeil à son compte Twitter et à sa page Facebook, j'ai lu les premières lignes de son article de réponse, et quelque chose m'a interpellée : le contraste entre le propos sous-entendu qu'elle fait passer à travers son premier article, et sa réaction post-lynchage. Si vous allez jeter un de vos yeux vous aussi ça vous frappera tout autant : elle ne comprend pas. Elle ne comprend pas la violence, elle ne comprend pas les insultes, elle ne comprend pas pourquoi elle n'a pas le droit de donner son opinion et pourquoi on réagit comme ça alors qu'elle voulait juste déclencher le débat. Sur son compte Twitter elle renvoi à un lien en disant "pour ceux qui n'ont pas compris le ton de l'article", sur Facebook elle dit reconnaître sa "maladresse". Je trouve que ça interroge vraiment sur l'utilisation de l'écriture, sur le fossé entre le message que l'on pense faire passer et le message que l'on fait réellement passer.

Pour elle, elle n'a pas insulté. Pourtant, c'est bien ce qu'elle fait quand elle dénonce l'égoïsme de ceux qui n'ont pas d'enfants, et qu'elle se place en figure "supérieure" (le mot est d'elle) de vertu et de dévouement, elle qui assure l'avenir de la société avec sa marmaille, avenir qu'elle assure, d'ailleurs, en se sacrifiant (elle utilise six fois le mot "sacrifice" dans les neuf derniers paragraphes de son article). Mais, en faisant cela, en creux, elle place ceux qui n'ont pas d'enfant dans une posture inférieure à la sienne, moins méritante, vile et mauvaise. Dans son article elle ne fait pas que donner son avis pour participer au débat : elle s'exprime avec une certaine véhémence, elle a un propos assez violent, accusateur, j'ai presque envie de dire condescendant. C'est comme ça que tout le monde, une grande partie du moins, a compris l'article. Comme une insulte. Et pourtant ce n'est pas ce qu'elle dit avoir voulu faire passer.

Le problème c'est que l'émotion et le sentiment sont des choses qui passent très mal à l'écrit. Ça ne va pas de soi. On en parlait d'ailleurs lors d'un débat à la fac au début du mois en appliquant ça aux SMS. J'ai une amie qui m'envoie parfois des SMS avec une majuscule, un point, et c'est tout. Du coup je me retrouve toute bête à me demander si c'est une attaque agacée ou du second degré. Je ne comprends pas. A côté de ça, mes propres SMS, je n'en ponctue pas la dernière phrase quand il s'agirait de mettre un simple point et je remplace quand nécessaire ce simple point par un smiley, pour faire passer un peu d'émotion. D'ailleurs une étude disait que quand on voit un smiley il se passe la même chose dans le cerveau que quand quelqu'un nous sourit. L'émotion, le sentiment, l'intention, passent mal à l'écrit et c'est exactement pour cette raison que j'use des émoticônes sur le blog.

J'ai parfaitement conscience que ça fait très enfantin, pas très sérieux, et que ça peut très vite non pas délégitimer mais décrédibiliser mon propos que, pourtant, je veux la plupart du temps sérieux, sur des sujets de sociétés, pour entamer une discussion. Mais si je ne le fais pas je n'ai pas l'assurance qu'une blague soit comprise comme telle et pas prise au pied de la lettre, m'enfonçant dans des quiproquo et autres malentendus. C'est aussi pour cette raison que l'on voit fleurir sur les blogs des parenthèses avec écrit à l'intérieur "ironie inside" ou "humour noir" en lieu et place de l'émoticône. Parce que l'intention passe très difficilement à l'écrit et, même dans un roman, l'émotion est poussée par le dialogue, par l'explication narrative, ça ne va pas de soi parce que l'on ne voit pas les visages des personnages, raison pour laquelle on nous indique leurs mimiques ou leurs tons.

Je ne dis pas non plus que l'on ne peut rien faire passer à l'écrit et qu'un article sans émoticône est voué à l'incompréhension, bien au contraire ! Beaucoup de choses passent à l'écrit ! Une partie du ton avec la ponctuation, avec le choix de l'ordre des mots aussi, avec des expressions très usitées dans la vie matérielle qui fait que l'on les reconnait dans les textes sans avoir besoin d'aide visuelle.

Sans dire que je fais attention à la virgule près dans mes articles, je fais attention au rythme. Le rythme fait passer beaucoup de choses. Dire par exemple "du pain, du lait, des coquillages, du poisson, des pâtes" ce n'est pas pareil que de dire "du pain, du lait, coquillages, poissons, pâtes" (mon exemple est nul mais j'espère que vous voyez où je veux en venir, ceux qui me lisent assez régulièrement doivent avoir repéré ce procédé dans plusieurs articles ! :P). L'écrit fait passer des choses mais très difficilement l'émotion, d'autant plus que c'est aussi très dur quand l'on parle à quelqu'un. Entre ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis vraiment, ce que l'autre entend, ce qu'il comprend, ce qu'il retient, il y a à chaque fois un gouffre qui fait qu'il faille redire, préciser, utiliser des exemples, pour se faire comprendre.

Vous imaginez si on mettait à l'écrit des sketch de Jérémy Ferrari, sans émoticônes ni indication du ton, ce que ça donnerait ? Je crois que ce serait un réel carnage. Pourtant c'est de l'humour, mais c'est de l'humour fait pour être dit, avec un contexte, des mouvements, une mise en scène... pas pour être écrit. Ça serait atroce. Parce que l'écriture ne fait pas passer les expressions du visage, ne fait pas passer le ton ou très difficilement ; il y a plusieurs tons possibles avec un point d'exclamation, ça ne veut pas forcément dire la même chose entre "Bonjour !" et "Ça suffit !", il y a une grosse différence, et pourtant c'est le même point.

Je crois que c'est ce qu'il se passe avec Bianca Longpré. Peut-être qu'elle fait ses réponses par pure communication en disant ne pas comprendre pour tenter de faire retomber la pression tout en se plaçant en victime (qui était sceptique quand j'ai parlé de paranoïa ? :P), mais peut-être aussi qu'elle ne comprend réellement pas, que pour elle c'était simplement un article pour provoquer un débat paisible et un échange se faisant dans le respect (mot qu'elle emploie). Pourtant, elle n'a pas respecté les personnes qu'elle accuse, mais elle ne semble pas s'en rendre compte. Seulement, les mots, ça ne va pas de soi ! Et ce que l'on comprend n'est pas ce qu'elle croit dire, ce qui crée un soulèvement, une indignation face à une attaque.

Qu'en pensez-vous ? Est-ce que vous avez des recettes pour faire passer ce que vous voulez exprimer ?


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mardi 16 février 2016

L'étoile dans un carré

Bonjour !

Pour votre plus grand plaisir (pas le mien en tout cas) (héhé :P) voici le retour de la question existentielle (parce que c'est bien connu, si je ne publie pas sur un sujet de société ou d'actualité je publie sur une question existentielle, ou comment passer d'un extrême à l'autre sans penser à s'arrêter au milieu) ! Je ne m'excuserai pas parce que c'est mon blog et que j'y écris ce que je veux mais, sincèrement, je me retiens très fort parce que je me dis que ce genre d'article n'est quand même pas le plus intéressant qui soit. Enfin bref. Le fait est que c'est un peu le bordel dans mon petit esprit qui pense trop (beaucoup trop, à peu près tout le temps, parfois c'est embêtant).

Je crois il me semble j'ai la nette impression que je suis en conflit plus ou moins conscient avec moi-même (toi l'Inconscient, si tu me lis, sache que tu nous enquiquine tous !) ; ce n'est pas nouveau, dans la société, il y a des cases, des jolies cases toutes faites, des stéréotypes et des modèles de vie répandus en partie par les films et autres séries télé, par les publicités ; il y a les personnes qui rentrent dedans et s'y trouvent à leur place, et il y a celles qui doivent se créer la leur parce que ça ne passe pas, il y a un truc qui coince. Et moi, je suis une étoile (oui, je me compare à une étoile, ce qui constitue une raison suffisante pour aller voir un psy xD) devant tout pleins de trous carrés. Et c'est là que ça coince.

Moi je m'en contrefiche pas mal, je m'assume, une amie m'a d'ailleurs dit "mais t'assumes tout, toi" ; oui, j'assume tout, j'assume ce que je suis, qui je suis, ce que j'aime, mon caractère de merde, mes problèmes pour communiquer avec l'Autre, avec la personne normale, de ne pas faire confiance aux gens quels qu'ils soient, bref, tout va bien, je suis une étoile qui ne veut pas rentrer dans la case carrée. Sauf que ce n'est pas ce que la société et a fortiori mes parents attendent de moi. Ma mère me qualifie de bizarre et dit qu'il y a quelque chose qui ne va pas. Alors premièrement ce qui est bizarre, de mon point de vue, ce sont les autres (y a-t-il vraiment des personnes qui n'aiment pas débattre ? elle balance une anecdote personnelle comme ça, elle ?) et deuxièmement, la chose qui ne va pas, c'est de chercher à me voir comme je ne suis pas et pas à me voir sans préjugés ni souhaits. C'est ce que je pense mais, malheureusement, c'est la théorie.

En pratique je me suis rendue compte que si je me mêle des conversations qui parfois ne me concernent pas c'est parce que j'ai envie d'appartenir à un groupe (c'est triste, pitoyable, minable, je sais, ne me le dites pas xD) alors même que je suis solitaire et que je n'aime pas avoir plus de quatre personnes autour de moi (qui a dit asociale ?). En pratique je sens que les autres attendent quelque chose de moi, j'ai cette impression, je veux correspondre au modèle idéaliste, utopique, irréaliste, plus qu'improbable impossible, des séries télé. Et comme ce n'est pas moi, comme ce n'est pas ma façon de réfléchir, de penser, de réagir, comme je ne suis pas dans l'empathie improductive mais dans la recherche de solutions, forcément, ça ne passe pas, il y a conflit, comme si un volcan au milieu d'une chaîne de montagne affrontait avec une coulée de lave une avalanche (comme c'est poétique). Et mon problème c'est que je ne parviens absolument pas à trouver la clé qui va me permettre de laisser tomber totalement, y compris dans mon inconscient, cette idée stupide, idiote, imbécile, bête comme tout, de vouloir correspondre aux cases.

Je suis une étoile qui veut rentrer dans un carré tout en assumant s'en éloigner.
Ce qui pose problème.
Indéniablement.

Du coup, vous, pour vous défaire de ces cases idiotes, décider de les ignorer, vous avez fait comment ?


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dimanche 14 février 2016

Voir du racisme partout

Bonjour !

Aujourd'hui sur un forum il y avait une discussion autour de la limite entre humour et méchanceté. En utilisant des exemples pour développer ma pensée j'ai été amenée à dire ceci : "Vérino a publié une vidéo à propos du monsieur de la famille Kardashian qui a décidé de changer de sexe (j'ai oublié son nom, désolée)" et je me suis retrouvée à devoir justifier de la non discrimination de ma phrase. Je ne comprends pas, et je l'ai dit sur le forum, où est la maladresse. Les personnes qui changent de sexe, si elles ne changent pas leur sexe social/psychologique changent leur sexe biologique. Il n'y a pas d'insulte ou de jugement négatif, de désapprobation, dans ce que je dis. Et ça m'a refait penser à un article que j'ai lu il y a plusieurs jours sur Hellocoton (et que je ne suis pas parvenue à retrouver dans mon fil d'actualité donc que celle qui se reconnait lève la main :P) (edit : tout est bien qui fini bien, c'est un article de Azranail) à propos du racisme que l'on a tendance à voir partout.

Je suis dans les premières à publier un article quand je repère une phrase discriminante, que ça soit sur la couleur de peau, le handicap, la religion, ou sur des questions de féminisme (comme avec "C'est du gâchis que tu sois gay", "C'est bien une réflexion que peut avoir un Noir",  discrimination invisible"Tu ne fais pas de snowboard quand tu as un problème à la jambe", et autre "Je suis bonne qu'aux sports de fille") (cette phrase prend des allures de justification, haha xD). Mais, franchement, parfois, vraiment, il faut arrêter deux minutes et poser son fondement sur un tabouret pour réfléchir un peu. Comme avec cette histoire de liquide vaisselle avec des propos misogyne dessus. Ce n'était pas fait pour être misogyne ; c'était une manœuvre marketing pour vendre ; c'était une tentative d'humour noir ratée ; c'était du mauvais goût. Je ne nie pas que les publicités peuvent être misogynes – j'ai déjà écrit des articles à ce propos, comme avec le fer à repasser et, en ce moment, si vous avez de la chance, vous pouvez tomber sur une pub vantant un mascara, pub dans laquelle le mannequin se touche les seins et les hanches, ce qui n'a clairement rien à voir avec les yeux – mais, parfois, il faut reconnaître une tentative d'humour ratée.

Il faut reconnaître, aussi, quand une phrase ne fait que citer des faits. En l’occurrence, dans ma périphrase, je cite des faits : un homme faisant partie d'une famille célèbre décidant de changer de sexe (biologique). Point. Il n'y a pas basculement comme quand ma mère commence par dire "en Afrique, tu peux attendre longtemps avant que le bus démarre" ce qui est un fait (qui est lié au fait que dans certains pays d'Afrique, comme je l'ai entendu dans un reportage des Carnets du Monde, ils ne comptent pas le temps comme nous mais en instants, même si ça a tendance à disparaître avec la mondialisation) mais qui termine en en concluant que, culturellement – voire génétiquement ! –tous les Noirs sont lents, que c'est la déduction logique. Et là il y a basculement d'un fait vers une conclusion raciste. Nulle part, dans ma phrase, il n'y a ce moment de basculement.

Je ne sais pas d'où vient cette propension à voir le racisme partout. Peut-être que c'est le climat général qui voudrait que si l'on n'est pas parfaitement politiquement correct on se fait taper sur les doigts voire pire. Je ne sais pas. Evidemment qu'il y a du racisme dans nos sociétés, suffit d'écouter les phrases des enfants comme "X est Noir mais je vais l'inviter quand même" qui traduisent les messages subliminaux que l'on envoie. Mais je crois qu'il faut savoir garder la tête froide pour ne pas s'en prendre à des cibles qui n'en sont pas pendant que les discriminations, et les discriminants, eux, continuent de subsister parce qu'on ne voit pas les stéréotypes et le jeu sur l'imaginaire collectif quand on dit des choses comme "je mange comme un gros" ou "ça fait pédé". C'est contre ce genre de choses qu'il faut se battre, pas contre des tentatives d'humour ratées, les humoristes qui sortent du politiquement correct, et les phrases qui énoncent simplement des faits sans basculer.

Qu'en pensez-vous ?

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vendredi 5 février 2016

Au diable l'orthografe

Bonjour !

Il était trois-quatre heures du matin quand j'ai trouvé mon titre, j'ai aussi pensé à intituler l'article "2 400 assassinats" mais je me suis dit que ça serait peut-être un peu trop x) Le fait est que je trouve cette réforme de l'orthographe assez bête. Ce qui est gênant ce n'est pas tant le fait que ça soit une modification arbitraire, parce qu'il y a eu des exemples de changements arbitraires dans l'Histoire de notre langue, notamment avec l'accent circonflexe qui a été créé pour remplacer le "s" afin de gagner de la place quand on imprimait sur le papier, transformant "forest" en "forêt" ; le problème vient des raisons pour lesquelles on impose ce changement.

Une langue vivante, par définition, vit. Elle n'a pas besoin d'être modernisée artificiellement ; elle se modernise par l'apport de la langue parlée qui crée des expressions nouvelles, par l'apport des nouvelles technologies, des autres langues... Une langue se modernise d'elle-même et donc ne pas faire de réforme ce n'est pas la figer, c'est simplement la laisser grandir à son propre rythme, un rythme naturel, qui est à peu près le même, je crois, depuis bien deux mille ans si ce n'est bien plus en fonction des sociétés. Et puis est-ce véritablement un problème que notre langue écrite soit différente de notre langue parlée ? Moi je trouve ça bien, parce que je pense que le langage parlé est au final assez pauvre. Parfois j'utilise des mots qui ne sont pas spécialement intelligents mais mes interlocuteurs en soulignent la présence dans mes phrases, comme si, pédante, j'étais allée les chercher dans un sombre manuscrit du XVIème siècle. Alors si l'on veut vraiment calquer l'écrit sur l'oral il va falloir interdire l'utilisation écrite d'un certain nombre de mots !

Hier il y avait un débat à la fac et un prof (mot étant une abréviation orale qui naît dans l'écrit, ou comment démontrer qu'une langue se nourrit déjà de l'oral) (même si c'est vrai que quand même je devrais écrire "professeur" :P) disait qu'il était assez choqué de l'emploi d'expression orales dans les copies, de la part d'élèves pourtant sérieux, intelligents, mais qui ne développent pas une expression écrite correcte, qui n'ont, a ajouté une autre prof, pas assez de vocabulaire pour exprimer leur pensée dans la nuance, n'utilisent pas de synonymes pour s'exprimer. Je ne suis pas certaine que vouloir moderniser la langue artificiellement en la calquant sur le langage parlé soit une bonne chose. Il ne s'agit pas non plus de la fixer à tout jamais, ce serait idiot et on ne pourrait plus l'utiliser du tout, mais je crois que notre langue écrite évolue d'elle-même.

L'autre raison qu'ils avancent c'est parce que notre langue est trop compliquée. Je trouve que ça en dit beaucoup sur notre relation à la difficulté. Comme le disait une personne pendant le débat : une difficulté on peut soit se dire que ça permet d'avancer, de s'améliorer, soit que c'est trop dur et qu'on laisse tomber. Au lieu de simplifier la langue pour permettre aux enfants d'écrire correctement pourquoi ne pas développer des solutions, des méthodes, des pédagogies, pour que les enfants et les adultes parviennent à surmonter les difficultés ? Certes, certaines personnes ont plus de facilités que d'autres à intégrer l'orthographe et on a tous lu des articles de blog avec des fautes dedans (y compris les miens (n'hésitez pas à me le dire d'ailleurs, même si je reviens relire quelques heures plus tard la plupart du temps)), mais est-ce que l'on modifie la langue pour les dyslexiques ? Non ; on trouve des solutions pour qu'ils parviennent à différencier les lettres, notamment des polices d'écriture spéciales et des codes couleur. Je ne veux pas dire par-là que les personnes qui ont des problèmes d'orthographe sont handicapées, si je prend cet exemple c'est parce qu'il se rattache à la langue française et à son écriture, et que c'est donc l'exemple le plus approchant que je puisse trouver.

Et puis, comme je le disais quand je parlais de l'apparition du chapeau à la place du "s", notre langue a une histoire, elle s'est nourrie des apports technologiques, les mots ont une origine... Pourquoi nous couper de tout ça ? Pourquoi enlever le "i" de "oignon" quand il suffirait, peut-être, d'en expliquer l'origine afin que l'enfant ne trouve plus ça aussi saugrenu (il est en fait là simplement pour annoncer que "gn" se prononce comme il se prononce et ainsi on devrait, pour Montaigne, prononcer "montagne") ? Mao Zedong a simplifié le mandarin, c'est vrai, mais c'était pour "faire table rase du passé" il me semble bien. Est-ce vraiment ce que l'on veut pour chez nous ? Est-ce que l'on veut vraiment faire "table rase du passé" ? On le fait déjà quand on invente le mot "auteure" alors qu'un mot ancien existe et est "autrice", on ne va pas en plus défigurer 2 400 autres mots qui n'ont rien demandé !

Je crois que, encore une fois, on prend le problème à l'envers, on veut simplifier la langue pour faire disparaître le symptôme du mauvais niveau en orthographe comme on veut pénaliser les clients des prostituées pour cacher le problème et ne pas avoir à régler celui des retraites, du chômage, ou des étudiants qui n'ont pas assez d'argent et doivent se livrer à la prostitution occasionnelle. Sauf que dissimuler le symptôme n'a jamais fait disparaître la maladie.

Qu'en pensez-vous ?


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mercredi 3 février 2016

Barbie n'est pas qu'un jouet


Bonjour !

Depuis une semaine on sait que Mattel va créer des Barbie différentes, conformes à la multitudes de couleurs de peau et de morphologies des femmes du monde et je dois dire que je suis surprise que la blogosphère ne se soit pas plus que ça emparée du sujet. Je n'ai lu que deux articles qui se disaient pour, sans plus développer, et un article sceptique. Du coup j'aimerais bien qu'on parle des enjeux derrière Barbie parce que oui, il y a vraiment des enjeux derrière Barbie ; ce n'est pas juste une lubie de communication de la part d'une société qui essaye de relancer ses ventes : il y a des questions importantes derrière.

Sur l'un des articles écrits par une blogueuse qui était satisfaite de cette annonce il y avait un commentaire d'une madame qui disait que Barbie ce n'était que du rêve, qu'en gros ça ne représentait pas le but ultime des petites-filles, et qu'il fallait faire la part des choses. Je crois que c'est simplifier à outrance ce qu'est Barbie. Barbie est un jouet, certes, mais Barbie est bien plus que ça : Barbie est une image. Une image des femmes telle qu'on les conçoit dans leur perfection dans nos imaginaires sociaux occidentaux (parce que ce modèle de beauté n'est pas le seul, il y avait d'ailleurs eu un reportage très intéressant à ce sujet dans les Carnets du Monde (comme tous les reportages de cette émission :P)).

Comme je l'ai répondu à la madame (je ne sais plus sur quel blog j'ai lu l'article) un rêve ça se poursuit. Un rêve on veut l'atteindre. Si une fillette a pour rêve de ressembler à Barbie elle va faire ce qu'il faut pour ressembler à Barbie et coller à cette image de perfection (même si ce n'est pas forcément conscient et que ça lui passe plus ou moins quand elle grandit). Le problème c'est qu'on peut être belle sans avoir de longues et fines jambes, sans être toute maigre. Barbie vend une image de beauté et j'ai presque envie de dire qu'elle sous-entend que les femmes qui ne lui ressemblent pas ne sont pas belles, mais j'ai un peu peur que ça ne soit pas tout à fait exact et soit de la sur-interprétation. De plus Barbie ne vend pas qu'un physique : elle vend une image dans le sens large du terme, elle vend une image de la vie quotidienne. Pour reprendre l'exemple que je donnais dans mon commentaire Barbie est certes vétérinaire mais elle est aussi hôtesse de l'air et pas pilote d'avion. Là où je veux en venir c'est que, et c'est encore assez vrai aujourd'hui, pendant longtemps les femmes pouvaient travailler mais subordonnées à un homme : infirmière petite main d'un médecin, secrétaire... ce que nous dit Barbie hôtesse de l'air c'est qu'une femme peut travailler dans le monde des avions, voyager, en faire son métier mais, surtout, qu'elle doit être subordonnée à un homme et qu'elle ne peut pas piloter l'avion. Je sais que ça peut paraître anodin que Barbie soit hôtesse de l'air et pas pilote, qu'on s'en fiche, c'est un jouet, mais je pense que ça marque en réalité la place que la société souhaite pour les femmes.

Et Barbie vends une beauté unique au-delà des morphologies : elle vend une beauté blanche. Ça me fait d'ailleurs penser à cet extrait de documentaire que j'ai entendu hier ou avant-hier et dans lequel un jeune homme, français sur sa carte d'identité, disait que pour lui être Français c'était en gros, pour schématiser, les blonds aux yeux bleus. Barbie est... une blonde aux yeux bleus ! Elle vend une beauté occidentale, une image de vie parfaite (elle est belle, elle travaille, a de belles maisons...). Barbie n'a pas seulement des enjeux d'image de beauté, d'acceptation de son corps, il y a aussi des enjeux de racisme. La société actuelle est mélangée, la plus grande minorités aux Etats-Unis, importante pour les élections, se sont les Latinos ! Barbie n'est pas un simple jouet, elle nous montre une certaine image de la femme parfaite, de la femme rêvée, telle que doivent être les femmes. Et pour le coup je ne pense pas que ce que je suis en train de dire soit tiré par les cheveux.

Ensuite je pense que, non, un enfant de sept ans n'est pas capable de faire la part des choses, de se dire que Barbie est trop maigre et de critiquer ça. Changer Barbie ce n'est pas calquer sur des enfants des questionnements d'adultes : c'est faire en sorte que l'image que l'on vend des femmes à la société soit plus conforme à la réalité et se détache le plus possible des stéréotypes. Je me souviens avoir lu il y a quelques années l'article d'une maman à qui la fille avait dit "maman tu es grosse mais je t'aime quand même". Qu'est-ce que ça dit de nos enfants ? Ça dit que les enfants, qui partent sans préjugés aucuns, comprennent que, dans la société, les gens minces sont plus aimés que les gens gros. Cette petite fille a voulu rassurer sa mère avec une manœuvre pour dire "c'est pas grave si t'es grosse, moi je t'aime". Alors sans aller jusqu'à dire que Barbie est la seule responsable parce que là pour le coup ça serait faire preuve de mauvaise foi je crois pouvoir affirmer sans trop taper à côté que Barbie apporte une pierre à l'édifice de l'image donnée qu'une société n'aime pas les gros. L'idée ce n'est pas que changer Barbie va régler totalement le problème, l'idée c'est que l'on retire un instrument omniprésent dans la société, un instrument qui est au service des stéréotypes.

Ce n'est pas parce que les enfants ne sont pas capables de faire la part des choses que Barbie ne fait pas de dégâts. Barbie n'est pas qu'un jouet, c'est "une arme de propagande" (je mets les guillemets parce que les termes sont un peu forts pour ce que je veux dire). Evidemment, Barbie n'est qu'un symptôme, pas le problème, et ce n'est pas en changeant la morphologie de Barbie que dans cinq ou dix ans le monde se portera mieux (d'autant plus que Mattel l'a fait pour des raisons économiques et de communication), mais c'est un symbole important. Barbie n'est pas qu'un jouet, il y a beaucoup d'enjeux derrière elle, et je suis un peu déçue de n'avoir vu passer aucun article pour le dire.

Qu'en pensez-vous ?


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mardi 2 février 2016

Le retour des portraits #2

Bonjour !

Je devais faire cette série avec une amie blogueuse mais, si elle est toujours mon amie, elle a fermé son blog et donc je me retrouve toute seule pour finir... J'ai un peu hésité, mais finalement je vais continuer à faire la série ! Aujourd'hui (enfin hier mais chut-faut-pas-le-dire :P) nous devions normalement vous dire quel sport nous serions si nous étions un sport.

Je crois que si j'étais un sport je serais l'escalade. J'en ai fait une fois au collège, et deux années au lycée, et j'ai beaucoup aimé ! J'ai bien grimper, être en hauteur, me jucher sur des murets et autres cailloux, m'asseoir sur les bords des fenêtres (ce que je ne peux pas vraiment faire chez moi malheureusement)... Comme les chats. J'aime bien aussi, je crois, mais on tombe plus dans la psychologie de comptoir pour le coup, parce qu'on est obligé de monter pour avancer, si on échoue on peut se rattraper à une prise, ou alors on se retrouve par terre, mais pour avancer, parvenir en haut, il faut grimper, et moi, je suis ambitieuse et je veux grimper (j'ai l'impression que dit comme ça le rapport est pas flagrant, haha xD). Donc je pense que si j'étais un sport je serais l'escalade !

Et vous ? Si vous étiez un sport ?


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lundi 1 février 2016

Les Jolies Plumes #9

Bonjour !

Ce mois le sujet était "Votre personnage, réel ou fictif, va créer, est en train de créer ou a déjà créé auparavant. Quelle est sa démarche ? Quelles sont ses difficultés ? Comment crée-t-il ? S'isole-t-il ? Rencontre-t-il des gens ? Comment nourrit-il son inspiration ? Comment fait-il face aux doutes, aux manques, aux difficultés ?" (si vous aussi vous souhaitez participer vous pouvez envoyer un mail à latelierdesjoliesplumes@gmail.com) et ce mois-ci mon personnage n'est pas une jeune femme mais un vieux monsieur, difficile de faire plus différent ! Si vous voyez des fautes n'hésitez pas à me les signaler ! :)

Je remercie au passage Célie et Fabienne d'avoir accepté de parler de mon projet de recueil commun de contes et nouvelles pour enfant ! :D

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Au centre de la vaste et haute salle octogonale qui coiffait la tour sud du palais, Chramm agitait les bras, ouvrant tour à tour à grand renfort de magie les interminables tiroirs carrés qui couvraient les murs du sol au plafond, parfois sans même les refermer, emplissant son atelier d’odeurs douces, fruitées, âcres, amer, salées, terreuses, d’arômes et d’épices de toutes sortes, provenant tout aussi biens de plantes, de minéraux, de reste animaux, de champignons, et de métaux. Il ne semblait pas y avoir une seule matière qui ne fut pas représentée dans l’un de ces tiroirs neutres de tout étiquetage, dont Chramm connaissait les contenus par cœur pour les avoir constitués au cours de sa longue vie. Le magicien s’agitait, faisant voler des feuilles et des sables au travers de la pièce, les sentant, les laissant tomber dans la marmite léchée par le feu de la cheminée _ seule portion de mur qui ne s’était pas vu recouverte de rangements _ ou les jetant dans les tubes, béchers, erlenmeyers, bocaux, flacons et fioles en verre ou en métal qui s’enchevêtrait sur la table circulaire qui l’entourait, le piégeant au cœur de son ouvrage comme dans une tentative pour le couper du monde. De temps à autre il suspendait ses agitations et s’approchait d’un récipient sous lequel dansait une flamme bleue pour en humer le contenant. Il fronçait alors le nez de répugnance face à l’odeur nauséabonde mais comblé d’avoir obtenu le résultat qu’il désirait. Puis il se remettait à la tâche, conscient qu’il était encore loin d’être parvenu à son but ultime, auquel il travaillait depuis déjà trois ans.
Chramm faisait un mouvement de doigt pour faire venir à lui une série de tiroirs lorsque la porte, qui supportait aussi des rangements, s’ouvrit, bloquant les tiroirs dont le magicien c’était déjà détourné. Le bruit sec et lourd le fit sursauter. Sur le pas de la porte se tenait une jeune femme dont les bottes de cuir sombre enserrant un pantalon de la même matière étaient pourvues de poches, vêtue d’une chemise bouffante blanche maintenue contre sa peau par un corset sous-poitrine et coiffée d’un chapeau haut-de-forme qui dissimulait mal ses tresses brunes effilochées.

— Ne restez pas plantée là, avancez, vous me gênez ! s’exclama Chramm, irrité, la faisant vivement approcher d’un mouvement de poignet qui la fit s’élever du sol.

La porte claqua derrière elle.

— Qu’est-ce que vous voulez ? demanda le magicien sans interrompre son ballet d’ingrédients parfois étranges.
— Sa Majesté m’envoie vous demander où en est sa commande, répondit Victoria.

Chramm ne répondit pas pendant plusieurs longues secondes.

— A-t-elle une idée de la difficulté de ce qu’elle me demande ? Concevoir un poison sans couleur, sans odeur, sans saveur, qui tue sans que l’on puisse percevoir les symptômes et devient indétectable à tout examen médical ou magique une fois que le patient est décédé, tout cela en y ajoutant l’impossibilité que quelqu’un trouve un jour un antidote relève de la haute improbabilité sur mon échelle de mesure constituée au cours de ma longue expérience et je…
— Sa Majesté a dit que vous diriez ça. Elle a dit que si vous disiez ça je devais vous dire qu’elle avait déclaré avoir toute confiance en les capacités du meilleur empoisonneur de ce continent et certainement des sept autres, et qu’elle serait aussi patiente qu’il le faudrait pour parvenir à ses fins. Elle m’a demandé de vous dire qu’elle n’était pas pressée et que les avantages qu’elle retirerait de la mort de sa victime mériteraient bien les années d’attente.
— Et si la vitesse de progression de mon travail parvenait à bout de sa patience, qu’adviendrait-il de moi ? interrogea Chramm sans que la moindre once d’inquiétude ne vibrât dans sa voix.

Victoria resta impassible.

— Sa Majesté savait que vous diriez ça. Elle m’a demandé de vous faire savoir qu’il ne vous arriverait rien de fâcheux car elle était certaine que vous lui obtiendrez le poison parfait avant que sa patience d’atteigne ses limites. Elle a ajouté avec contentement qu’elle était une femme, patiente par nature, et que le temps n’entrait pas dans ses considérations, qu’elle n’allait pas « commencer à abattre tout ce qui bouge à la hache et sans réfléchir comme ces incapables d’hommes ». Elle a dit avec détermination et force de décision qu’elle attendrait puis elle m’a fait un mouvement de la main pour me demander de venir vous trouver.

Chramm eut un profond soupire.

— Je vois.

Victoria attendit un moment au cas où puis sortit, laissant seul l’empoisonneur à son ouvrage.
Au cours de sa vie il avait inventé beaucoup de poisons, pour des rois comme pour des bandits, pour des vengeances, des prises de pouvoir, ou des meurtres gratuits. Des poisons qui s’adaptaient aux faiblesses naturelles des patients, à ceux qui souffraient du cœur, des jambes, du dos, des yeux, qui étaient presque aveugles ou n’avaient plus le goût de rien à cause de trop fumer la pipe. Il créait des œuvres d’art, des œuvres parfaitement adaptées à leur publique, en un temps record et avec talent. Il n’avait jamais été à court d’inspiration car il connaissait sur le bout des doigts les propriétés de tout ce qui était susceptible d’être utiliser pour tuer mais, depuis trois ans qu’il avait téléporté son atelier dans cette salle, il ne parvenait pas à satisfaire la reine. Était-ce seulement possible ? Toutes les armes avaient leurs défauts. Connaître l’identité du patient de Sa Majesté aurait pu l’aider, mais elle avait toujours refusé de la lui donner.
Il avait toujours considéré que ses poisons étaient parfaits, parfaitement adaptés au patient, ils tuaient parfaitement, dans les temps donner, dans leur seuil de douleur réclamé par les clients, mais il devait bien admettre qu’il avait toujours été très loin de la perfection absolue que demandait la reine. Il ne comprenait pas pourquoi c’était si important pour elle, pourquoi elle avait tant besoin d’un poison parfait, sans défaut, et pourquoi elle était capable d’attendre plus de trois ans pour l’obtenir. Il savait, bien sûr, que l’arme des femmes par excellence était le poison et ce bien que des centaines d’entre elles se baladent dans les rues avec des épées et des couteaux à leur hanche et dans leur manche, qu’elle correspondait parfaitement à leur nature calculatrice, manipulatrice, prédatrice, à des milliers de lieues des hommes violents, qui tuaient par rage, perdaient le contrôle. Le poison était bien trop raffiné et précis pour eux qui plongeaient leurs épées dans les entrailles de leur victime sans réellement viser. Il s’était attendu à ce que la reine, qui avait une réputation de femme implacable, patiente, déterminée et sûre, lui demanderait un poison de qualité, à la hauteur de son rang et de sa personnalité acérée, mais il n’avait pas imaginé qu’elle lui demanderait la perfection. Et force était de constater qu’il n’était pas capable de la lui donner.
Pourtant il avait envie de réussir. Par peur de ne faire couper la tête en premier lieu _ car Sa Majesté avait beau être patiente elle n’était pas une tendre _ et pour inscrire son nom dans l’histoire. S’il réussissait à jamais il serait connu comme le créateur du poison parfait, l’artiste qui était parvenu à mettre au point une arme totalement dépourvue de défauts. Oui, il parviendrait à atteindre son objectif, même si cela devait lui prendre vingt ans et que la reine finissait par le détester et le mépriser. Il était curieux de savoir quelle personne s’était assez faite haïr par la reine pour être la cible de son courroux, et de savoir quels étaient les « avantages » dont la jeune Victoria avait parlé.
Chramm traversa la table comme si elle n’était rien d’autre que de l’air et s’approcha de la marmite noire qui chauffait dans la cheminée sans discontinuer depuis neuf mois, vingt-sept jours, trois minutes et une poignée de secondes. Le liquide violacé bouillait lentement, des bulles lourdes se dilatant à sa surface opaque. Si son expérience ratait il devrait recommencer depuis le début et perdrait de nouveau neuf mois, vingt-sept jours, trois minutes et une poignée de secondes.
On frappa à la porte à l’heure précise qu’il avait demandée. Chramm claqua des doigts et le battant s’ouvrit progressivement, accompagné d’un léger grincement. Sur le seuil se trouvait un homme d’une trentaine d’années chaussé de bottes crottées portant sous sa lourde cape noire un épais et encombrant manteau de cuir. Entre ses mains il tenait avec précautions, peu rassuré, un sac en peau de daim.

— Bonjour, Arnold.

Le dénommé s’avança, tendant déjà les bras pour se débarrasser de son colis.

— C’est ce que vous m’avez demandé.
— Tu en es certain ?
— Evidemment !
— Bien, merci, tu peux y aller. Trouve Victoria, elle te paiera.

Arnold hocha la tête et obtempéra sans plus de cérémonie. Une fois qu’il eut disparut dans le couloir, Chramm ouvrit le sac d’où s’éleva une odeur fétide et le renversa au-dessus de la marmite pour en faire glisser le contenu dans la mixture avant de le jeter dans les flammes.
Ce paon pestiféré était l’un de ses derniers espoirs.
Durant quelques secondes il ne se passa d’abord rien puis le liquide chaud fut parcourut de zébrures rougeâtres et des plumes bleutées remontèrent à la surface, engluées dans la recette.
Finalement il se pourrait qu’il touchât bientôt au but.

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Voilà !
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