mercredi 1 avril 2015

Les Jolies Plumes #3

Bonjour !

Ce mois-ci le thème des Jolies Plumes était : "Vos personnages ont été séparés - voyage, expatriation, travail, accident, rupture... - et se revoient après une certaine période de temps. Que ressentent-ils ? Ont-ils peur ? De quoi ? Que se passe-t-il ? Où se voient-ils ? Pourquoi s'étaient-ils quittés un temps ? Et que vont-ils faire à présent ?".

Pour moi c'était un sujet un peu difficile vu que je n'écris jamais d'histoires d'amour, que je n'ai jamais vécu d'histoire d'amour, et que je n'ai pas d'autres références que les séries télé bourrées de clichés. J'ai essayé de ne pas tomber dans les clichés, justement, mais je ne sais pas vraiment si j'ai réussi et j'ai un peu peur de vous avoir pondu un truc un peu cul-cul xD

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Les deux rangées d’une demie douzaine de lustres d’or volumineux éclairaient la vaste salle et l’orchestre, tassé dans un coin, qui jouait une musique d’ambiance tandis que les personnes présentes attendaient l’arrivée des derniers invités en discutant par petits groupes, se saluant, se ventant de leurs dernières acquisitions, et grignotant ce que les cuisiniers avaient installé sur les tables qui longeaient les murs latéraux. Régulièrement un nouveau couple traversait la haute porte à double battant, maintenue grande ouverte pour l’occasion. La plupart des invités de la reine ne leur prêtaient guère plus d’attention, attendant que ceux qu’ils connaissaient viennent les saluer. Mais Liévine, elle, les observait tous, cherchant des têtes familières avec empressement, des têtes qu’elle n’avait pas vues depuis presque cinq ans désormais. Elle en avait déjà croisé plusieurs, s’élançant chaque fois vers elles, les reconnaissant toutes immédiatement. Pourtant, lorsque son regard se posa sur lui, il lui fallut plusieurs secondes pour mettre un nom sur son visage tant le choc était violent. La jeune femme ne s’était pas attendue à le voir ici. C’était stupide, bien sûr ; il était l’un des nobles les plus important du royaume ; la reine l’avait forcément invité pour son anniversaire. Mais elle s’en voulait tellement, elle était tellement honteuse, qu’elle aurait préféré qu’il ne vînt pas.
Lorsqu’elle eut repris ses esprits elle s’assura rapidement qu’il ne l’avait pas encore repérée et scruta autour d’elle les endroits où elle pourrait se planquer. La salle étant dépourvue de colonnes, il n’y en avait pas réellement. La seule option qui se présentait à elle était de se tenir le plus loin possible de Raphaël, et elle prit la direction du fond de la pièce aussi vite qu’elle le pouvait, les yeux rivés sur le parquet, vers le bout de table opposé à l’orchestre ; elle pouvait ainsi espérer profiter de la foule pour ne pas se faire voir du jeune homme. Rassurée, elle saisit une petite tarte aux myrtilles et la grignota, l’esprit ailleurs, regardant la salle sans la voir. Les regrets serrèrent son cœur. Elle s’en voulait tellement d’être partie sans rien dire. La veille ils s’embrassaient comme ils l’avaient déjà tant fait, et le lendemain elle partait dans une voiture tirée par ses quatre chevaux préférés en compagnie de son père pour se rendre de l’autre côté de la frontière à l’autre bout du royaume. Ça avait été si soudain. La jeune femme n’avait pas su comment réagir.
Liévine émergea lentement de ses souvenirs pour se rendre compte qu’elle fixait Raphaël. Par chance il ne l’avait pas vu mais il lui aurait suffit de tourner la tête pour que cela soit le cas. Alors Liévine fit volte-face et jeta un œil à la fenêtre, comme si elle voyait quelque chose d’extraordinairement intéressant dans les arbres. Mais ça ne dura que quelques secondes ; quelqu’un frappa dans ses mains pour attirer l’attention : la reine. Malgré sa vieillesse elle se tenait toujours aussi droite que Liévine en avait gardé le souvenir, et elle rayonnait dans sa robe bleue saphir rehaussée de diamants. La souveraine remercia ses invités et annonça le début des festivités mais, préoccupée par Raphaël, Liévine l’entendit à peine et sursauta quand la musique commença vraiment. Son mari se courba devant elle en lui tendant la main avec un sourire qu’il voulût complice. Malgré son appréhension la jeune femme lui rendit son sourire et se laissa entrainer dans la danse, scrutant les invités pour savoir qui serait son prochain cavalier, redoutant de devoir danser avec lui.
Il devait tellement lui en vouloir, il devait tellement la détester d’être partie sans rien dire, d’avoir disparu du jour au lendemain, de ne lui avoir jamais envoyé la moindre lettre. Et elle s’en voulait tellement qu’elle savait ne pas être prête à affronter son regard qui serait plein de reproches et de colère. Elle ne voulait pas voir tout le mal qu’elle lui avait fait.
La musique s’accéléra et le cœur de Liévine battit plus fort dans sa poitrine. Elle changea de partenaire, ce n’était pas Raphaël. Mais un coup d’œil sur le côté lui appris qu’il serait le suivant et l’angoisse s’empara d’elle. La jeune femme savait qu’il ne lui restait plus qu’une chose à faire. Lorsque son partenaire la lâcha, elle se glissa entre une femme et un homme qui allaient bientôt se rejoindre et saisit la main et l’épaule du dernier, laissant la femme plantée derrière elle, dans un flottement qui dura plusieurs secondes pour trouver un partenaire. Liévine retint un soupire de soulagement et quitta la danse dès qu’elle le put pour reprendre sa place en fond de salle.
Raphaël ne devait surtout pas savoir qu’elle était là. Il ne méritait pas qu’elle lui rappelle de mauvais souvenirs, une trahison. Depuis ce lustre écoulé il avait dû trouver sans aucun mal une nouvelle amie et l’épouser, il n’avait pas besoin de se faire rappeler un échec.
Liévine saisit une autre tartelette pour noyer son angoisse. Elle ne cessait de surveiller les danseurs, espérant que Raphaël serait trop occupé avec ses cavalières pour la remarquer. Et en même temps, elle avait un pincement au cœur chaque fois qu’elle entrapercevait sa main au creux des reins d’une de ces femmes.
La jeune femme se força à se détourner ; plus elle le fixait, et plus elle aurait de chance pour se faire remarquer, ce qui ne devait absolument pas arriver.
Elle soupira. S’en était ridicule. Mais il ne fallait pas qu’il la voie.
― Mademoiselle ?
Liévine sursauta avant de se retourner. C’était lui. Penché en avant, son regard vert pétillant de quelque chose d’espiègle posé sur elle, un sourire sincère étirant ses lèvres, il lui tendait une main ouverte. La jeune femme se figea. Il ne semblait pas lui en vouloir. Pourtant elle l’avait blessé, en quelque sorte trahi, il ne pouvait pas lui sourire comme ça, comme s’ils s’étaient quittés la veille ! C’était impossible. Il devait forcément lui en vouloir, il lui en voulait forcément, même s’il ne le lui montrait pas. Liévine fut touchée par ses efforts pour ne pas afficher sa rancune mais elle savait que ce n’était qu’une façade, qu’au fond de lui il lui en voulait. Le contraire était impossible, il lui en voulait forcément et il le lui ferait savoir dès qu’il ne tiendrait plus, qu’il ne se sentirait plus la force de jouer la comédie pour faire bonne figure à la réception. Il ne pourrait pas garder ses sentiments pour lui, elle le savait, elle le connaissait par cœur.
Fébrile, elle lui saisit pourtant la main.

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Voilà ^^'
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2 commentaires:

  1. Comme prévu je suis venu lire la suite de ton article et je suis sous le charme de ton style. Ce texte est vraiment très beau,
    Bonne soirée,
    Sometimes

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    1. Super, ça me fait très plaisir ! Merci beaucoup ! :D

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