vendredi 24 mars 2017

Ne me parlez pas de malheur !

Bonjour !

Je lisais l'article d'Ifeelblue sur la question de savoir si l'on pouvait être triste sur internet, qui interrogeait cette propension qu'ont beaucoup de personnes à écrire des choses positives dans la tristesse, et ça m'a fait penser à un article d'Elisa Mica qui disait notamment que finalement on devrait répondre sincèrement à la question "comment ça va ?". En fait, ça m'a fait penser à tout un tas d'autres choses qui pourraient être résumées en une notion : injonction au bonheur.

Sur Hellocoton, régulièrement, sont mis en avant des articles sur le bonheur. Comment être heureux ? Ou "Bonheur : la décision qui a changé ma vie". Si bien que naît une espèce de pression plus ou moins palpable : soit heureux ou ferme ta gueule (je me rebelle et je suis vulgaire en plus ! :P). J'imagine qu'Hellocoton met en avant des articles dont il pense qu'ils seront lu par un très grand nombre de personnes. Autrement dit : le bonheur intéresse, ou du moins on pense qu'il va intéresser (il faudrait voir si ces articles sur le bonheur ont été sensiblement plus lus que le reste des articles des blogs ou plus lus que les autres articles mis en avant le même jour). De là naît une question : les Français sont-ils malheureux ? (Sans doute que oui si on en croit les enquêtes internationales) ; et : ont-ils le droit de l'être ? (Visiblement non puisque l'on nous encourage encore et encore à être heureux, c'est bien connu : être heureux, c'est bon pour la santé).

Ce mois-ci nous avons enregistré une émission sur les réseaux sociaux et les jeunes et pour la préparer nous avions lu quelques articles. Dans l'un d'eux, la sociologue (ou psychologue, je ne sais plus) rapportait les propos d'une ado qui disait qu'elle se sentait obligée de poster des photos souriantes d'elle même quand elle se sentait triste. Je pense que c'est en partie dû à l'injonction au bonheur qui innerve globalement notre société mais aussi à la nature des réseaux sociaux. Il faut montrer une vie parfaite, où rien ne dépasse, avec des super vacances, des supers enfants, une super maison, un super travail, des supers amis avec qui on est très soudés ; ou rendre sa vie excitante – ce n'est pas moi qui le dit mais Brian Wansik dans un court article du National Geographic de Février 2017 à propos du foodporn : "quand une pression vous pousse à twitter sans cesse du nouveau, vous tentez de donner une image plus excitante de votre vie [...]". Injonction au bonheur, mise en scène de sa propre vie pour communiquer aux autres à quel point être notre ami est génial.

C'est de cette même mise en scène dont relèvent les articles mentionnés par Ifeelblue, ceux qui commencent par un constat négatif pour en tirer une leçon positive, comme si tout dans la vie devait être positif : mettre en scène le bonheur, incliner les faits de manière à ce qu'il en ressorte quelque chose de bon à la fin. Comme dans les Disney. Mais la vie n'est pas un Disney. La vie serait plutôt comme dans Dragons, le film avec Krokmou, vous savez ? :) Dans le deux, Harold retrouve sa mère mais il perd son père. Vous allez me dire que c'est parce qu'il a perdu son père qu'il a trouvé sa mère et que donc c'est positif ? Il aurait pu ramener sa mère à la maison et ne pas devenir orphelin de père. Tout dans la vie n'est pas positif. Mais on met en scène, on présente un certain bonheur.

Il y a une injonction au bonheur sur le net et il y a une injonction au bonheur dans la vie, les deux s'entremêlant : les articles qui promeuvent le bonheur sur le mode "je suis heureuse, vous pouvez l'être aussi !" sont publiés sur la toile, ainsi les personnes qui les lisent sont susceptibles d'accéder à leur tour au bonheur (du moins l'espère-t-on) et de là se répandre en coeurs roses sur leurs blogs : cercle vertueux en apparence, mais poussant un peu plus l'injonction et donc une éventuelle culpabilité chez les gens ne parvenant pas à être heureux et n'osant pas le dire.

Comme je le disais à Ifeelblue : nous sommes dans une société du paraître : ce qui compte ce n'est pas d'être heureux (et de publier des photos au sourire sincère) mais de le paraître (sourire sur les photos alors qu'à l'intérieur notre coeur se noie sous ses propres larmes). De montrer avec véhémence le bonheur. A-t-on le droit d'être triste sur Internet ? demandait Ifeelblue : ma réponse est non. Techniquement la liberté d'expression fait que oui, mais l'espèce de pression au bonheur fait que non. Personne, pense-t-on, n'a envie de lire des articles remplis de tristesse, puisque les blogs sont consommés pour se détendre et pas pour avoir le coeur serré à chaque article lu. Et c'est un peu pareil dans la "vraie vie" à la question "ça va ?" : on répond oui quand en fait non parce qu'on sait bien que cette question relève plus de la politesse ou de l'automatisme que d'un réel intérêt.

Paraître beau, paraître heureux, c'est la règle. C'est triste et pessimiste mais c'est ce que je pense être la vérité.

En gros, publiez des articles mais ne me parlez pas de malheur !

Qu'en pensez-vous ? Vous autorisez-vous à parler de ce qui ne va pas ?

Source photo – Gloria Pedrouzo

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mercredi 15 mars 2017

Les jeunes, tête de Turc

Bonjour !

Le singulier de "tête de Turc" est tout à fait volontaire. Je l'ai choisi car souvent on parle des "jeunes" comme d'un seul bloc, un entier auquel on assigne des traits qui leurs sont inhérents, comme autant d'attributs (pour paraphraser l'introduction du premier chapitre de Jeunesse oblige co-dirigé par Ivan Jablonka et Ludivine Bantigny*). J'y ai repensé en entendant un reportage ce matin sur RTL. Je me préparais à partir à la fac, en toile de fond ça blablatait sur les déchets en nombre considérable qui sont jetés dans les champs, quand, tout à coup, on entend une dame dire un truc du genre "je ne sais pas si les jeunes se rendent compte de ce qu'ils font" ou "les jeunes ne se rendent pas compte". Je ne sais pas si c'est dû à mon mauvais caractère, ma mauvaise humeur, ou un peu des deux à la fois, mais j'étais révoltée (et je ne suis toujours pas calmée ! xD) (je me soigne, rassurez-vous !).

C'est trop facile. C'est trop facile de dire "les jeunes ci, les jeunes ça", "c'est la faute des jeunes". Les jeunes sont au chômage parce qu'ils ne veulent pas travailler, les jeunes se fichent de la politique, les jeunes se fichent de tout de toute façon..., les jeunes jettent leurs déchets dans les champs, les jeunes, les jeunes, les jeunes... C'est trop facile. Comme si avec l'âge on prenait forcément de la sagesse. Comme si les jeunes étaient tous cons et incapables de réfléchir. Comme si les jeunes, parce que jeunes, ne pouvaient pas savoir, "pas comprendre". Mes parents me disent ça souvent. Ils savent mieux que moi, ils sont plus vieux, je n'ai rien vécu. Mais je me souviens un jour avoir lu un proverbe ou une citation (j'essayerai de retrouver, je pense savoir où j'a vu ça) qui disait en gros qu'apprendre de ses erreurs c'était bien mais apprendre des erreurs et des expériences des autres c'était mieux. Ce n'est pas parce que j'ai vingt ans que je ne sais rien.

Les jeunes, les jeunes, les jeunes... c'est trop facile de s'en prendre aux jeunes ! Je vous l'ai dit dans un article il y a quelques temps : j'aime les jeunes ! Et je vais vous dire : les jeunes ne se fichent pas de tout, ils ont envie de s'exprimer et de dire. Les jeunes ont envie de réussir, je pense ; simplement, quand on ne vous fait pas confiance et qu'on vous stigmatise, ce n'est pas simple.

Et puis d'abord "les jeunes" ça ne veut rien dire. Je vais citer de nouveau Jeunesse oblige : "Il n'est que trop fréquent de voir associés à « la jeunesse » propriétés et qualités, vices et vertus, qu'on lui assigne comme autant d'attributs. Dans cette hypothèse, d'anhistorique, la catégorie devient vite asociale, parce que pensée hors des différences et divergences qui innervent la société et font sa complexité. C'est là que la méfiance des historiens, et plus généralement des sciences sociales, prend naissance : dans le refus d'un essentialisme, qui fait de jeunes « les jeunes » et des jeunes « la jeunesse ».". "Les jeunes" ça ne veut rien dire. Il y a les jeunes des quartiers défavorisés, des classes moyennes, des classes supérieures ; les jeunes filles et les jeunes garçons ; les jeunes blancs et les jeunes non-blancs (terme que je n'utilise pas pour ne pas dire "noirs" mais pour mettre dans un seul mot Noirs, Arabes, Asiatiques, métisses, etc. plutôt que de faire à chaque fois l'énumération). Vous ne grandissez pas pareil quand vous êtes victime de discrimination (que ce soit pour une couleur de cheveux, un poids, une couleur de peau, un handicap, une orientation sexuelle, etc.) que quand vous ne faite partie d'aucune minorité. "Les jeunes" ça ne veut rien dire.

"Les jeunes" ne sont pas plus responsables de la pollution des champs que les autres.

Les jeunes ont effectivement encore des choses à apprendre, beaucoup de choses. Mais l'idée qui consisterait à dire que parce qu'ils sont jeunes ils ne savent rien et que donc les adultes et les anciens savent mieux parce qu'ils sont vieux et que donc les vieux sont sages et n'ont plus rien à apprendre de personne est stupide. On a toujours des choses à apprendre des autres. Jusqu'à la mort. C'est trop facile de mettre sur le dos des jeunes tous les actes irresponsables...

J'aime pas les gens mais j'aime les jeunes et j'aime pas quand on s'en prend aux jeunes parce que souvent il n'y a pas d'argumentation derrière. On critique les jeunes parce qu'ils se prennent en selfie, comme s'ils étaient la seule tranche d'âge narcissique, alors qu'en réalité, pour reprendre un article d'Anne Dizerbo** dont je me suis servie pour préparer notre émission sur les réseaux sociaux, on se rend compte que "les jeunes" publient beaucoup de photos de groupes. Et notre invitée de l'émission, qui a fait deux recherches sur les jeunes et les réseaux sociaux, s'est rendue compte que souvent, dans son échantillon, plus les filles publiaient d'images d'elle et plus elles avaient une mauvaise image d'elles-mêmes. C'est facile de critiquer les jeunes... les jeunes narcissiques, les jeunes fainéants, les jeunes qui polluent, les jeunes délinquants, les jeunes qui plongent dans la décadence, et les jeunes ceci, et les jeunes cela...

Je ne suis pas d'accord. C'est trop facile.

Laissez-nous tranquille ! On n'a rien fait de mal ! x)

J'ai l'impression qu'il y a peu de fond dans mon article, et qu'il n'est pas très organisé, mais disons que s'il y avait quelque chose à retenir ce serait que quelques jeunes ne représentent pas tous les jeunes et que tous les jeunes ne représentent pas "la jeunesse" et que cette idée qui consiste à dire que les jeunes sont hors des diversités de la société est idiote, comme on trouve idiote aujourd'hui la peur des hommes d'un "vote féminin" quand les femmes ont obtenu le droit de vote.

Les jeunes sont divers.
Si vous voulez nous critiquer, au moins ne faites pas de nous une tête de Turc mais des têtes de Turcs.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Thomas Jouhannaud

*Ludivine Bantigny et Ivan Jablonka (dir.), Jeunesse oblige, Paris, Presses Universitaires de France, « Le Noeud Gordien », 2009
**Anne Dizerbo, « Facebook, snapchat : instances de biographisation partagée », Le sujet dans la cité, 1/2016 (Actuels N° 5), p. 129-142

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dimanche 12 mars 2017

De l'autre coté des montagnes – Au tour du monde n°7

Bonjour !

Je ne sais pas si vous aviez hâte de lire un nouveau "Au tour du monde" mais moi j'avais hâte de l'écrire ! Parce que figurez-vous que ça fait plusieurs mois que je sais ce que je vais mettre dedans, mais que l'une des choses n'étant pas encore sortie je ne l'avais pas encore lue et donc j'étais piégée par le temps (et personne ne peut aller contre le temps). Mais maintenant c'est bon, et donc je vais pouvoir vous parler de plein de choses !

Rozalén


Un jour j'écoutais par internet la radio nationale espagnole et sur le site y'avait un menu déroulant et un article sur Rozalén (pour infirmer le fait qu'elle trafiquait sa voix) (vive internet, j'ai retrouvé la page si vous êtes bilingue (pas comme moi ! :P)). Alors moi, comme je suis curieuse et que je me suis mise en tête d'écouter des musiques d'un peu partout dans le monde quand j'en trouve j'ai écouté ses albums (deux, plus une réédition du deuxième avec des chansons issues de concerts). Je les ai tous les deux aimés mais je crois que j'ai préféré le deuxième. Pourtant je ne sais pas trop comment vous en parler (c'est pour ça que c'est pas demain la veille que je vais publier dans la presse culturelle haha  ! xD). Le mieux c'est encore que vous écoutiez vous-mêmes :) Ils sont disponible sur Deezer et Spotify.



Piémont, croyances et superstitions – Andréa (Kerlhau)


J'étais tellement contente que je n'ai pas pu m'empêcher de poster un message hystérique sur Hellocoton avec un nombre incalculables de "i" derrière mon "h" x) Vous savez que j'aime les contes, les superstitions, ce genre de choses, j'en avais même fait un article complet, parce que celui qui connaît un conte ne doit pas le garder, paraît-il ! ;) Et donc depuis qu'Andréa l'avait annoncé j'attendais. Et donc quand je l'ai reçu j'étais contente.
Et je n'ai pas été déçue, même s'il y a quelques coquilles (mais en même temps quand vous relisez encore et encore et encore un texte que vous avez écrit vous finissez par ne plus rien voir, puis vues les fautes qu'il doit rester dans mes articles j'ai rien à dire, haha !) et que la dernière grande illustration a un peu pixelisée (je crois bien que c'est ma préférée en plus, imaginez ma frustration !).
Je n'ai pas du tout été déçue ! On apprend plein de choses ! Par exemple, c'es tout bête mais je savais pas : le nom de Piémont c'est parce qu'il est au pied du mont, comme Bordeaux, quoi... voilà :D
Ce petit livret parle donc du Piémont et est divisé en plusieurs parties : les lieux (forêts, glaciers, etc.) ; un bestiaire avec des animaux et des plantes (avec des créatures inconnues chez nous comme le gatto Mamonne, un chat immense-immense-immense) ; et enfin des contes et des croyances comme ce qu'il faut faire si une paire de ciseaux tombe ou pourquoi il ne faut pas passer sous les échelles. J'ai trouvé que c'était très intéressant et très bien fait !
J'ai absolument adoré et les illustrations sont très jolies !

Les Contes du roi Vikram – Nourjehan Viney


Je sais, je triche, ce n'est pas directement de l'autre côté des montagnes, m'enfin entre ici et l'Inde doit bien avoir un ou deux massifs, donc je ne triche pas. Puis d'abord je fais qu'est-ce que je veux, voilà, nah ! :P
J'ai trouvé ce livre (et beaucoup d'autres pas encore achetés) en furetant sur le site des éditions Actes Sud. Le roi Bojarajan se retrouve face à un grand escalier d'or gardé par des statues d'or représentant des femmes. Mais quand il essaye de monter, les femmes l'arrêtent et il doit écouter un conte démontrant la grandeur du roi Vikramadittan. Mais, à la fin du livre, de contes imbriqués en contes imbriqués, on a à peine gravi trois marches et on comprend pourquoi ce volume n'est qu'une première partie. Je ne sais pas quand sortira la deuxième, mais comme ce livre-là est sorti en 2011 ça commence déjà à faire un petit bout de temps.
J'ai beaucoup aimé même si au début j'ai eu un peu de mal à entrer dans le style aux phrases assez courtes de l'autrice. Autrice dont j'ai trouvé une interview, du coup je vais vous la mettre pour me mâcher le travail parce que personne d'autre que son auteur ne parle mieux d'un livre que lui.



Voilà !
Que pensez-vous de tout ça ? Des choses vous tentent ?

Source image – Andréa
Source couverture – Shri Gopal Subhedar

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mercredi 8 mars 2017

8 Mars : quand mettre une femme à l'antenne est un événement

Bonjour !

L'autre jour on a appris qu'une femme présenterait TPMP ce soir, et Europe 1 a communiqué à coup de jinggle type "les femmes prennent le pouvoir" pour dire qu'ils allaient inviter des femmes, faire des émissions spéciales, etc. Je trouve que ça frôle le ridicule. En un sens c'est super : mettons des femmes à l'antenne, invitons des expertes, mais tout le temps ! (enfin, laissons un peu de place aux hommes, quand même ;P) Pas juste le 8 Mars pour communiquer et faire une journée événementielle comme on ferait avec la finale d'un sport où la France serait qualifiée ou ce genre de chose...

Le problème c'est que, demain et tous les autres jours jusqu'au 8 Mars 2018, les femmes redeviendront minoritaires à l'antenne (encore plus à la radio qu'à la télé). L'année dernière sur Europe 1 il fallait attendre midi pour qu'une femme prenne la tête d'une émission (c'était Wendy Bouchard) et ensuite on avait de nouveau des hommes jusque vers dix-huit heures où Sonia Mabrouk co-animait avec Nicolas Poincaré si je ne me trompe pas. Je ne crois pas que faire une journée événementielle  qui plus est si c'est pour tronquer le nom de la Journée Internationale des Droits des Femmes en Journée de la Femme  soit une bonne stratégie. Ça événementialise quelque chose qui ne devrait pas être un événement et en plus on passe à côté du vrai sujet. Par exemple ce matin dans Le Grand Direct des Médias les invités étaient des invitées. Formidable ! Mais les sujets ne concernaient pas la place des femmes dans les médias (le sujet a été abordé rapidement par un chroniqueur, c'est tout). Pourtant il y avait quelque chose à faire là... Il ne me semblerait pas hors de propos de faire moins d'événementiel et plus de fond, en commençant par soigner la manière dont on parle de cette journée : ce n'est pas la Journée de la Femme.

J'attendais une amie devant le secrétariat de mon département à la fac. J'ai entendu une voix masculine jaillir de l'intérieur en disant "Bonne fête hein ! Journée des meufs !". Journée des meufs... alors... je ne suis pas contre l'utilisation du mot "meuf", moi-même je l'utilise, mais on ne va pas se mentir, il est plutôt péjoratif et utilisé quand on se plaint (type : "nan mais c'est bon ! détends-toi meuf !" ou "nan mais la meuf comment elle me parle !", etc.). Donc la "Journée des meufs" c'est un peu limite... Mais en même temps quand vous avez des journalistes qui disent "Journée de la Femme" et qui font des jeux-concours pour gagner des forfaits beauté ou je-ne-sais-quoi, évidemment, ça n'aide pas.

Je crois qu'il y a une espèce de peur à parler de la place des femmes dans le monde et encore plus en France, pays des Droits Humains, pays qui tend à l'universalisme, pays merveilleux où il fait si bon vivre. Prenez le chroniqueur qui parlait de la place des femmes dans les médias. De son aveu même les radios sont moins bonnes élèves que les télés. Croyez-vous qu'ils en ont profité pour parler de la place des femmes sur les radios et sur la leur ? Ben non. Pourtant il y a en France 52% de femmes. Mais le taux tombe à 38% dans les média. Surtout à cause du manque d'expertes, l'un des arguments consistant à dire que trouver des expertes est difficile.

Alors laissez-moi vous dire une chose : c'est faux. Jusqu'à présent nous avons fait cinq émissions radio (en comptant celle de Mars que nous allons enregistrer la semaine prochaine). En tout nous avons eu dix intervenants et sur ces dix intervenants il n'y avait qu'un seul homme. Et je vous fais grâce des personnes que nous avons contactées et qui n'ont pas pu répondre favorablement à cause de problèmes d'emplois du temps. Et qu'on ne me dise pas que c'est parce qu'on ne fait qu'une émission par mois et que donc ce n'est pas pareil... nous avons trouvé des expertes sur des sujets aussi différents que le cannabis, le harcèlement scolaire, la politique, les idéaux de beauté, et les réseaux sociaux, et des domaines aussi différents que la sociologie, l'addictologie, la psychologie, l'Histoire... Allez sur le site Expertes et vous constaterez qu'il y a des femmes savantes dans quasiment tous les domaines (sans compter les femmes expertes qui ne se sont pas inscrites sur le site).

Voilà de quoi ils auraient pu parler ce matin sur Europe 1. Je ne dis pas que parler de la rencontre de Muriel Robin avec des bonobos n'était pas intéressant, bien au contraire ! Mais je pense que plutôt que de blablater et d'événementialiser en disant "nous invitons des femmes" comme si ça allait vraiment changer les choses il aurait fallu ménager une place à la question des femmes dans les média en plus de la place qui a été faite à Muriel Robin.

C'est comme cette histoire avec Mélanie, la jeune trisomique qui va présenter la météo notamment sur France 2. Superbe communication d'ouverture d'esprit de la part de la chaîne ainsi que de BFMTV. Mais ensuite ? Est-ce que nous verrons plus de personnes handicapées à l'antenne ? Vous voyez beaucoup de présentateurs en fauteuil roulant, vous ? Personnellement je n'en connais pas... C'est l'histoire d'un jour, pour communiquer et se donner une bonne image (tant mieux si ça peut permettre à Mélanie de réaliser son rêve !) mais les handicapés ne seront pas mieux représentés à la télévision ensuite. C'est exactement le même principe avec cette manière de traiter la Journée Internationale des Droits des Femmes.

Ce n'est pas une fête où on peut offrir des cadeaux, "la" femme n'existe pas, tout comme "l'"homme n'existe pas. Mettre une femme à l'antenne, à la présentation d'une émission, ne devrait pas être un événement, quelque chose à titre exceptionnel, un truc du genre "c'est votre journée alors je vous laisse ma place pour cette fois". Ce n'est pas de ça qu'il est question dans la Journée Internationale des Droits des Femmes. Il est question de discriminations partout dans le monde perpétuées à l'égard des femmes. Partout dans le monde y compris en France, n'en déplaise aux journalistes (des fois je me demande pourquoi j'ai envie de faire ce métier xD).

Et si on parlait du fond, pour une fois, au lieu de faire de l'événementiel à deux sous ?

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Jean-Philippe Robin / Storybox-Photo / Europe1-Wendy Bouchard

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mardi 28 février 2017

Faut-il publier sur son blog ?

Bonjour !

Comme beaucoup de question du genre en "doitonfautil" c'est la question de l'obligation qui pose problème. Et c'est la question de l'obligation que je veux vous poser aujourd'hui. Parce que figurez-vous que je suis tombée, en jetant un œil à la sélection Hellocoton, sur la publication d'une blogueuse qui proposait cinquante idées d'articles. D'habitude, quand je vois passer ce genre de chose je ne fais pas vraiment attention mais, ce soir, ça m'a posé question.

Ces derniers temps, parmi les blogueuses que je suis, plusieurs ont publié pour dire qu'elles allaient publier mieux, sans se mettre la pression, à leur rythme, que, avec leur nouvel emploi du temps elles ne pouvaient pas publier trois articles par semaine et qu'elles n'allaient pas se forcer à le faire. J'ai aussi lu d'autres articles prônant une préférence de la qualité à la quantité, de revenir au plaisir de bloguer hors des confrontations malsaines de blogueuses jalouses (que je n'ai jamais vues, pour ma part) (je suis un coeur pur, moi madame, si-si-si ! :P). Alors forcément, voir là, mis en avant au même endroit que ces billets encourageant une façon de bloguer plus saine, un article proposant des idées d'articles aux personnes qui sont en panne d'inspiration, ça fait tout drôle. Et ça me pose question.

Faut-il publier sur son blog ? Doit-on garder un rythme ?

Évidemment, je ne parle pas ici des blogueuses et blogueurs qui gagnent de l'argent avec leur blog et sont donc obligés, pour pouvoir vivre et avoir des revenus à la fin du mois, de se maintenir haut dans les résultats des moteurs de recherche et donc de publier beaucoup. Je parle des blogueuses et blogueurs comme moi, amateurs, en recherche de partage (oui, je sors le cliché, vous pouvez lever les yeux au ciel !), de débats, d'aide parfois, d'un exutoire...

On pourrait se dire que, en soi, cet article des cinquante idées d'articles ne fait pas de mal, que c'est juste un article. Mais il pose question parce qu'en fait il sous-entend que si vous ne publiez pas, si vous n'avez pas d'idée, ce n'est pas bien et qu'il faut corriger ça... c'est problématique, je trouve. Parce que ce n'est pas grave de ne pas publier. Cette année j'ai plus de mal avec la radio en plus de la fac ; je ne suis pas du tout régulière. C'est ici mon quatrième article du mois quand en Janvier j'en avais moitié moins, et l'année dernière deux fois plus à la même période. Et alors ? 

Alors évidemment on peut me rétorquer – et on aura raison – que cet article donne juste des idées et que les personnes qui le lisent ne sont pas tenus d'écrire les cinquante d'articles (d'autant qu'il y a plusieurs catégories, dont la beauté, et que tout le monde ne blogue pas sur la beauté), mais c'est la raison de cet article qui me pose question. On pourra encore me rétorquer – et on aura raison (ou la fille qui se démonte elle-même ^^') – que c'est gentil de donner des idées d'articles parce qu'il y a des personnes qui veulent publier et ne savent pas quoi écrire. Certes oui.

Moi aussi parfois j'ai envie d'écrire mais je n'ai pas d'idées parce que rien n'a attiré mon attention ou que je pense que ça ne vaut pas la peine de pondre un article pour ça... mais je choisis d'attendre, pour pouvoir publier plus tard un article qui me fait vraiment envie, un article personnel, et pas un article que j'aurais pris dans une liste (sont à mettre à part les projets lancés par certaines blogueuses qui proposent que tout le monde écrive sur un même thème, parce que la raison du projet est fondamentalement différente). On peut me dire "chacun sa stratégie, si ça se trouve des articles de la liste vont vraiment être inspirants". Tant mieux, mais ce n'est pas ce que je cherche à dire.

Mon propos c'est que ce genre d'article dit "vous ne savez pas quoi publier ? Voici quoi faire !" : clef en main. D'ailleurs, la blogueuse qui a publié cette liste dit qu'elle sait que "ce n’est pas toujours évident de savoir quoi écrire ou quoi publier sur son propre blog" (je n'écris pas cet article pour la dénigrer ou quoi que ce soit, hein, qu'on soit bien d'accord, mais je trouve que cette phrase pose question dans son fond et je la cite à titre de base de réflexion comme je citerais d'autres propos lus ou entendus (comme lorsque j'ai utilisé les micro-trottoir réalisés pour la radio)). Comment ça de "savoir quoi écrire" ? Il y a des règles ? On pourra me dire que ça veut juste dire que l'on n'a pas d'idées, pas d'inspiration. Mais ce n'est pas ce que dit cette phrase. Elle ne dit pas "ce n'est pas facile de trouver l'inspiration" elle dit "ce n'est pas facile de savoir quoi écrire". Comme si on pouvait avoir bon ou faux (en tout cas c'est de cette manière que je l'ai ressentie). Alors que pourtant elle relève ensuite l'enjeu principal : "sur son propre blog".

C'est la clef. Son propre blog. Il n'y a pas de règles. Pas d'interdits en dehors des limites de la loi. Pas d'injonction de rythme, pas d'injonction de thèmes, pas d'injonction à se renouveler... et on voit bien que, quand on se force, ça termine mal. Ces derniers temps j'ai lu pas mal de blogueuses qui disaient qu'elles s'étaient forcées et qu'elles avaient perdu un peu du goût d'écrire. Moi-même j'ai eu une courte période, il y a quatre, cinq ans je crois, sur mon blog précédent, où je me levais en me disant "il faut que je trouve un article". Et au final j'écrivais de mauvais articles, sans intérêt, que j'ai supprimés avant de revenir à quelque chose de plus naturel, de plus décomplexé, et de moins stressé. Parce que quand on se met la pression c'est contre-productif.

On pourrait me dire que je dramatise l'impact des articles donnant des idées de quoi publier sur son blog... en fait on pourrait me contredire sur beaucoup de points et me rétorquer beaucoup de choses, que j'ai reconnues dans mon article et sans doute d'autres encore. Mais je pense quand même que ce genre d'article donnant des idées d'articles pose question. Pose la question de l'obligation mais pose aussi celle de l'originalité des articles et euh... je ne sais pas trop comment le formuler mais disons... un peu comme si ça unifiait tous les blogs, où on allait trouver partout la même chose... déjà que la plupart des designs, tout blanc avec des modules aux bords colorés, se ressemblent, alors les articles... moi je suis contente quand un lecteur (c'est arrivé deux fois déjà) me dit que tel ou tel genre article n'est pas vu beaucoup sur la blogosphère et que c'est chouette. Pas vous ?

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Getty

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