dimanche 19 février 2017

Petite réflexion sur la non-importance de la beauté

Bonjour !

Au début du mois Darkrevette me demandais ce que je devenais. Et j'avais dit que je pensais faire un article sur le rapport à la beauté. Eh bien me v'l'a ! (♪ elle arrive, elle est là : Karaba ! ♫♪ (pardon, je l'avais dans la tête, ça me faisait rire de l'écrire (on fait ce qu'on peut avec ce qu'on a, surtout à cette heure tardive) (oui, presque-vingt-et-une-heure c'est tard !))). À vrai dire, je ne savais pas trop comment commencer... Le micro-trottoir que l'on a fait avec une amie pour l'émission de demain après-midi me donnait quelques pistes mais, après plusieurs tentatives, je me suis dit que ce serait mieux de l'intégrer dans un article à l'image de l'autre jour que d'en faire un article exprès. Alors j'ai pris mon mal en patience et finalement je sais. Je sais comment je vais aborder le sujet (victoire !) (non, cette fois je n'ai pas de chanson de film d'animation, et nah ! :P).

Je vais vous parler de The Voice (je sais, c'est facile, partez pas tout de suite !). Hier soir j'ai regardé l'émission parce que j'aime bien les auditions à l'aveugle (et Mika) et est revenue une réflexion que je m'étais déjà faite l'année dernière : ils sont tous beaux (surtout Mika :P). Les candidats sont tous beaux, ou passables à la télé sans être les canons de l'année. Ils sont beaux. Tous. Vous me direz : c'est la télé, faut pas choquer et perturber le téléspectateur moyen, puis en plus on est sur TF1, la chaîne qui a désapé Rayane Bensetti pour faire de l'audience... Certes. Mais parallèlement ils vous martèlent que les candidats ne sont pas jugés sur leur physique mais que sur leur voix et uniquement sur leur voix (j'aurais dû noter le nombre de fois où il l'a dit, d'ailleurs). Ah ? C'est vrai, les jurés ne les voient pas. Mais ils sont tous beaux (pourtant il n'y a pas que les beaux qui chantent bien). Jolie contradiction.

Contradiction aussi dans ce que les personnes que nous avons interrogées pour notre micro-trottoir nous ont dit. Notre première question était "pour toi c'est quoi une belle fille et un beau garçon ?", étant entendu qu'on voulait savoir quel était leur type. Les six premières personnes interrogées (par groupe de deux) nous ont dit que le physique n'était pas important, que c'était l'intérieur qui comptait. Mais ensuite, deux questions plus tard, quand on demandait à quel point la beauté comptait sur une échelle de un à dix, ils nous disaient sept ou huit. On était bien embêtées de l'incohérence. Et puis mon amie m'a justement fait remarquer que, bien que l'on ait annoncé que l'on travaillait sur les idéaux de beauté, la question n'avait peut-être pas été comprise et que les personnes l'avaient peut-être comprise comme "belle personne". Alors on a ajouté "physiquement" à notre question, histoire qu'il n'y ait plus aucun doute sur le sens. Et on a halluciné.

Le premier garçon que l'on interroge avec notre question toute neuve toute belle nous dit sans flancher "alors physiquement... c'est l'intérieur qui compte". Ah ? Ah. Ah... Bon. Admettons, admettons. Sauf que, deux questions pour tard il répond, sans presque une once d'hésitation, sans même penser à reprendre les termes de notre question comme on l'avait demandé : "bah dix !" comme si c'était évident. Comment ça "bah dix" ? Tu viens de nous dire y'a vingt seconde que "physiquement c'est l'intérieur qui compte" ! Hallucinant. Incroyable. Irréaliste. On était sur le cul. Pourtant notre question était claire et les personnes suivantes ont répondu "correctement" et leur chiffre sur l'échelle était cohérent avec leurs réponses (par exemple deux filles qui parlent de l'intérieur et qui sont entre deux et quatre, ou un garçon qui dit que quand même c'est assez important et se place à sept-huit). Mais quand même. On était sur le cul.

De là est née une remarque évidente : les premiers nous ont sans doute répondu ce qu'ils pensaient que l'on voulait entendre, ils ont triché et nous on les a piégé avec notre question de l'échelle. Parce que sans doute que c'est mieux de dire que l'on ne s'intéresse pas au physique dans cette société plaine de retouches et de non-représentativité et que les qualités intérieures sont tellement plus importantes... Pourtant, une des premières interrogées, qui avait dit que l'intérieur comptait, quand mon amie a demandé ce qu'elle regardait en premier chez l'autre, a répondu directement "le visage". Ah ? Ah.

Comme dans The Voice ! Le physique on s'en fiche : l'important c'est la voix, mais ils sont tous beaux ! C'est le même principe : la beauté compte pas, c'est l'intérieur l'important, mais on se met à sept ou huit sur l'échelle.

C'est important la non-importance de la beauté. Avec tu peux dire et montrer que tu n'es pas superficiel, que tu t'intéresses vraiment aux gens et pas juste à leur apparence. Tu peux dire et montrer que tout le monde a sa chance. Moralement c'est plus intéressant, ça permet de minimiser l'impact du physique : si c'est l'intérieur qui compte je m'en fiche que l'autre ait un visage que je juge disgracieux ; si le physique ne compte pas j'ai toutes mes chances de réussir dans la chanson, voire même, si on élargi le champ, de réussir dans la vie.

Alors que l'on sait que les beaux, ou les gens perçus comme beaux, ont des augmentations et des promotions plus facilement, plus rapidement, que l'on les voit tout de suite plus gentils, plus droits dans leurs bottes. C'est en grande partie inconscient, mais pas seulement. C'est aussi plus valorisant d'avoir des amis beaux, de nous entendre dire que l'on est beau... Il y a une injonction, presque, à être beau, à être comme si ou comme ça : plus fins, plus musclés, plus bronzés... Et comme on cherche de plus en plus à dénoncer ça, à dénoncer la place de l'apparence, de la beauté, eh bien on préfère ne pas admettre que l'on y accorde de l'importance. Les mouvements qui naissent pour dire qu'il faut s'assumer comme l'on est, avec ses formes, etc. parlent aussi beauté et nous demandent de nous trouver beau : il faut, à défaut d'être beau, se trouver beau !

Il y a un paradoxe qui serait je pense intéressant à creuser !

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Laurent Vu/Bureau 233

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jeudi 16 février 2017

Non, la prison n'est pas la seule solution !

Bonjour !

François Fillon a dit qu'il voulait durcir le système pénal pour les jeunes de seize ans, mettre la majorité pénale à seize ans... Quand j'ai entendu ça ce matin ça m'a... attristé. En ce moment je ne vais pas super bien, alors quand j'entends dire des conneries pareilles sur des sujets qui m'intéressent et me touchent ça m'envoie encore plus dans la désillusion et la tristesse (et pour une fois je n'exagère pas, haha ! :P). Fillon a dit que, désormais, un jeune qui attaque un policier devait savoir qu'il risquait la prison... c'est sûr, la prison est la solution, à tous les coups...

C'est un sujet qui me touche beaucoup, étrangement. Pas parce que je vis dans un quartier difficile, ou que je suis Noire, ou quoi que ce soit, mais simplement en tant que citoyenne, que jeune... c'est bête à dire mais, bizarrement, si je n'aime pas les gens, j'aime les jeunes et les jeunesses, ils m'intéressent et j'ai envie de les comprendre. Et je ne pense pas que la prison soit une solution pour ces jeunes-là. En fait, la prison est à des années lumières d'être la solution...

Déjà, je trouve les propos de François Fillon assez limites par rapport au contexte. Parce que, évidemment, ce n'est pas un hasard s'il dit ça maintenant, quelques jours après l'affaire Théo, quelques jours après les violences que certains casseurs ont commises en profitant de manifestations organisées dans une volonté pacifique non pas contre la police mais contre les mauvais policiers et leurs violences. Ce n'est pas un hasard s'il dit maintenant qu'un jeune qui s'en prend à des policiers doit savoir qu'il risque la prison. Vous ne trouvez pas ? Parce qu'en fait, les policiers, ils se font insulter, provoquer, et attaquer par certaines personnes des cités tout le temps, et pas seulement depuis l'affaire Théo. Alors le timing, si politiquement il est sans doute choisi au mieux, est éthiquement et moralement très limite.

Maintenant que ça c'est dit je vais passer au fond du sujet.

Je me souviens avoir entendu un reportage des Carnets du Monde (très bonne émission, d'ailleurs, je ne cesse de vous le répéter alors écoutez-là !) à propos des adolescents aux États-Unis qui sont sous le coup de la règle "crime d'adulte, peine d'adulte". C'est vers cela que l'on veut aller ? C'est ça que l'on veut pour les jeunes ? Les jeter en prison plutôt que de les aider ? Moi je trouve ça dangereux.

Je crois qu'il y a autre chose à faire que de les jeter en prison, en fait. La grande question est : pourquoi deviennent-ils des délinquants ou des criminels ? Il y a des cas rares où "c'est comme ça". Je me souviens avoir entendu l'histoire d'une gamine anglaise de onze ans qui avait tué deux enfants de cinq ans ou moins, je ne sais plus, enfin quoi qu'il en soit elle tuait de sang froid. Vous pensez vraiment que tous les jeunes sont comme ça ? Moi non. Quand on commet des actes de délinquance à seize ans il est possible que l'on ait été entraîné par les plus grands déjà depuis plusieurs années. Prendre le problème si tard n'a donc qu'un intérêt limité. Et puisque l'on part du principe que les jeunes ne sont pas des délinquants mais le deviennent alors c'est que le problème est ailleurs que dans une psychopathie quelconque comme il peut arriver avec cette jeune anglaise de onze ans.

Ça me fait un peu penser à ce projet d'enseigner le violon aux jeunes des favelas, au Brésil, vous savez ? Est-ce qu'il n'y aurait pas quelque chose comme ça à faire chez nous ? Parce que finalement le problème est un problème d'intégration (et je ne parle pas seulement de questions raciales ; je parle d'une profonde intégration à la société qui touche les jeunesses : une des raisons de la forte abstention des jeunes c'est que plus l'on est intégré dans la société et plus l'on vote, les jeunes sont mal intégrés et votent donc moins : ils commencent à voter lorsqu'ils ont un emploi stable et/ou une famille). Un problème d'intégration qui touche toutes les jeunesses mais surtout les jeunesses des quartiers difficiles, avec beaucoup de personnes issues de l'immigration.

Vous savez, hier, je me suis retrouvée à remonter en sens inverse une manifestation (pour Théo il me semble). À part les casseurs cagoulés à l'avant du groupe, j'ai cru remarquer que la plupart des personnes présentes (relativement peu nombreuses) était Noire et jeune. Je ne crois pas que ce soit un hasard.

Le mois dernier le sujet de notre émission de radio était le rapport des jeunes à la politique. Avec mon amie on était partie en ville faire notre micro-trottoir et un jeune de dix-sept ans qui nous a vu avec le micro nous a interpellées. Sans savoir le sujet de l'émission il voulait parler (évidemment il peut y avoir le côté "oh, je vais être à la radio", etc. mais sans doute il y avait aussi la volonté de dire). C'était un Arabe, qui a mentionné sa cité et qui, derrière ses airs nonchalants, a dit des choses très intéressantes et notamment que l'on ne voyait jamais les politiques chez eux. Peu importe que ce soit faux (apparemment y'a des politiques de ma région qui y vont souvent, on m'a dit) : c'est ce qui est ressenti. Et c'est le ressenti qui compte. Ce que nous a dit ce jeune c'est que voter ne l'intéresse pas parce que peu importe que l'on soit une "bande de cent" : au final ça ne change pas, ça n'influe pas sur le résultat. Ce qu'il nous a dit aussi c'est qu'ils n'étaient pas écoutés, pas entendus. Un de ses amis a dit que c'étaient leurs grands-parents qui avaient "construit Paname" et que maintenant, en gros, ils essayent de les sortir de France. Sous leurs airs de nonchalance il y a des choses extrêmement intéressantes dans ces propos. Et il est à prendre en compte que c'est lui qui a voulu parler, et pas nous qui l'avons arrêté.

Au fond, le cœur du problème, il est là : ils n'ont pas l'impression d'être écoutés ou entendus. Si on ajoute à ça la trop forte discrimination à l'embauche et toutes les considérations raciales et discriminantes de ce genre on arrive à quoi ? On arrive, d'après moi, à la délinquance parce que cette mauvaise intégration en est, je pense, l'une des explications, quelque part.

Et quelle est la réponse ? La réponse c'est la répression, la prison, quand on devrait au contraire donner la parole, aider, mettre en place des choses pour permettre l'expression, la prise de parole, sans la pression d'un quelconque manque de légitimité en grande partie factice parce que tout le monde devrait avoir le droit de s'exprimer sur ce qu'il pense même sans être expert dans un domaine, surtout quand il s'agit de la société. Et j'ai finalement assez aimé la réponse que Jean-Luc Mélenchon a faite à François Fillon (bien que je ne sois pas pas d'accord sur le vote à seize ans d'une part parce qu'on ne sait pas forcément quoi en faire et d'autre part parce que de toute façon les jeunes ne votent pas ; cela dit cette proposition se rattache à l'idée de la "permission" (ce n'est pas le mot que je cherchais mais "don" n'était pas mieux) de parole).

Quelle est la réponse ? La réponse c'est que "Si les nouveaux délinquants mineurs se conduisent comme des adultes délinquants, il convient de les traiter comme tels. Il n’y aura plus d’excuse de minorité. Il sera jugé pour ses actes, comme un adulte". Formidable. Crime d'adulte, peine d'adulte alors ? Bien sûr. La vraie réponse c'est d'ouvrir le dialogue, de permettre la mixité sociale (est-ce qu'il n'y aurait pas une piste à creuser du côté du sport ?), de permettre à ces jeunes de s'exprimer et de prendre en compte leur parole. De leur permettre de s'exprimer par les mots mais aussi par leur talent, de leur permettre de montrer qu'ils ne sont pas que des "jeunes des cités" ou des "jeunes issus de l'immigration" mais qu'ils sont capables.

La prison n'est pas la seule solution et en fait ce n'est même pas une solution. En tout cas pas une solution miracle, pas la réponse à tout, ni à tous les cas.

Ça et le "récit national" ça fait déjà deux très bonnes raisons de ne pas faire de François Fillon notre prochain président.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Gullane Filmes

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jeudi 2 février 2017

Parler de "race" comme on parle de "genre" ?

Bonjour !

Avant de commencer je suis presque obligée de faire une mise au point : oui : je vais employer le mot "race", je vais utiliser ce mot interdit, tabou, maudit, marqué au fer rouge par l'Histoire ; oui, j'ose proposer de le réhabiliter et à vrai dire je serai loin d'être la première car nous avons vu en cours d'épistémologie (de l'Histoire) au semestre dernier que ce mot commençait à être réintroduit. Si vous voulez me jeter la pierre, faites-le au moins après avoir lu mon article ! :)

En ce moment je dois préparer un exposé en anglais (oui oui, moi je vais devoir parler anglais pendant dix minutes sans m'arrêter, par chance nous ne sommes pour l'instant que deux en cours) et j'ai choisi de parler du racisme en Afrique du Sud. Donc j'ai lu des articles sur le sujet (je suis studieuse : je les ai lu en anglais) et dans l'un d'eux ils disaient que beaucoup de Blancs étaient réticents à parler du racisme parce qu'ils considèrent (si j'ai bien tout compris, nous ne sommes pas l'abri) que les Noirs abusent de toujours reparler du passé ségrégationniste du pays et que nous devrions aller au-delà de la question de race et que, du coup, ils nient le fait que, pour les Noirs – ou les métisses – la question de la race compte parce qu'ils en font encore l'expérience. C'est ce qui a déclenché ma réflexion sur la notion de "race".

En épistémologie nous avons vu que, ces dernières années, le terme de "race" revient parce que, même s'il n'y a pas d'autres races que la race humaine on parle bien de racisme et que, surtout, certaines personnes se sentent "racisées". Du coup, il est intéressant de croiser les appartenances pour comprendre des personnes ou des groupes de personnes, de travailler avec les intersections (qui incluent l'appartenance religieuse, l'orientation sexuelle, le genre, l'âge, etc.) parce que, finalement, être une femme blanche n'est pas la même chose que d'être une femme noire.

L'exemple que nous avons pris était celui de féministes qui avaient détourné le slogan "prolétaires de tous les pays, unissez-vous" en "prolétaires de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?". Ce slogan a été lui-même déformé par des femmes noires en "féministes de tous les pays, qui lave vos chaussettes ?" parce qu'elles voulaient pointer le fait que, bien souvent, la condition des femmes noires était moins bonne que celle des blanches.

La raison pour laquelle cet article sur le racisme en Afrique du Sud a déclenché ma réflexion c'est que j'y ai vu un parallèle avec la France. En France, la République est "aveugle aux couleurs", elle considère qu'elle n'a pas à se préoccuper de ce genre de chose ; comme ces Blancs d'Afrique du Sud qui disent qu'il faut aller au-delà des couleurs. Le problème c'est que, à faire cela, on passe à côté des enseignements que l'on peut tirer des intersections (et je vous dis cela alors que jusqu'à maintenant je n'ai jamais été pour les statistiques ethniques).

Parce que, finalement, notre corps étant notre vaisseau, on ne grandit pas de la même manière lorsque l'on est une femme ou un homme, roux, obèse, handicapé, Noir, petit, grand, etc. et que les personnes noires n'ont pas forcément les mêmes ressentis (je parle de ressentis généraux que l'on peut mettre en évidence par des sondages et non des ressentis individuels – même si pour parler de la généralité il faut juxtaposer l'individuel) que les blanches tout simplement parce que nous sommes dans une société à majorité blanche avec une espèce de "discrimination organisée par omission". La publicité montre bien ça : des femmes blanches, fines : elles ne disent pas "les noires et les personnes en surpoids sont moches" mais elles ne montrent qu'une seule beauté. Pour moi ça se rapproche du principe du mensonge par omission, d'où ma notion un peu bancale de "discrimination par omission".

Là où je fais le parallèle avec le concept de genre c'est que pendant des années on n'a pas fait l'Histoire des femmes, seulement celle des hommes, des grands hommes, etc. Et puis un jour on a commencé à introduire cette notion de genre (je vous renvoie à Joan Scott, pionnière sur la question) pour parler des rapports de domination entre hommes et femmes. En fait, l'Histoire du genre ce n'est pas l'Histoire des femmes : c'est l'Histoire des hommes et des femmes, des femmes par rapport aux hommes, des femmes dans la société (ce que l'on attend d'elles, etc.). Je pense que réintroduire le terme de race permettrait d'étudier et de regarder mieux les rapports de domination entre Blancs et non-Blancs (je parle de "non-Blancs" pour inclure non seulement les Noirs mais aussi les Arabes, les Asiatiques, et qui vous plaira d'autre ^^).

Je crois que réintroduire le concept de race (en étant bien clair sur ce que c'est et en n'acceptant pas que ça serve le racisme, bien évidemment (le concept de genre ne sert pas la misogynie, en principe)) permettrait de parler mieux du racisme, de redonner une perspective aux discours sur le racisme.

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Claude Gourlay

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vendredi 6 janvier 2017

Écriture : le cas de la phrase trop longue

Bonjour !

Je crois bien que je n'ai jamais écrit d'article sur l'écriture... J'ai écrit sur le blogging, sur le fait d'écrire pour soi, sur la différence entre ce que l'on croit dire et ce que l'on dit (j'en ai même fait deux !), mais jamais sur le processus d'écriture et les problèmes des jeunes écrivains. En même temps il faut dire que les sujets sont toujours les mêmes : diversifier son vocabulaire, affronter la page blanche, faire relire, etc., etc., etc. Mais là j'ai décidé de sortir de mon silence et de m'élever contre une critique qui revient souvent et qui pourtant est idiote ou du moins tombe juste à côté du vrai problème. Le cas de la phrase trop longue.

Le monde entier semble décidé à tout mettre en place pour nous empêcher de faire des phrases longues. Des profs qui nous supplient, désespérés (j'exagère, j'avoue :P), de ne pas faire des phrases de cinq lignes, jusqu'aux membres de forum, pourtant jeunes écrivains eux-mêmes, qui nous demandent de couper des phrases en deux, en passant par les bêta-lecteurs. Sauf que moi, vous voyez, je suis une adepte de la phrase longue, parce que dans une phrase longue on peut jouer avec le rythme et puis on peut aussi jouer avec le rythme des phrases qui environnent notre phrase longue. Vous voyez ? Et l'écriture c'est aussi un jeu sur le rythme. Notre langue est formidable, pourquoi se priver ?

Une phrase n'est jamais trop longue : elle est ressentie trop longue. Ce n'est pas pareil. Et si elle est ressentie trop longue c'est parce que le lecteur perd le fil, ne comprend plus, ne sait plus ce qu'il lit et que son attention se délite un peu plus à chaque mot supplémentaire n'étant désespérément pas suivi d'un point salvateur. Et si le lecteur perd le fil ce n'est pas parce qu'il est idiot mais simplement parce que l'auteur a mal fait son taf et a mal balisé sa phrase, l'a mal ponctuée.

Je suis inscrite sur le forum Jeunes Écrivains et, justement, aujourd'hui, une commentatrice a demandé à un membre qui avait sollicité un avis sur un extrait de couper en deux sa première phrase. Il faut dire qu'effectivement elle avait un petit problème, cette phrase. Mais un petit problème qui nécessitait une solution bien moins violente, radicale et traumatisante qu'une amputation de quelques mots, une solution magique, merveilleuse, extraordinairement adaptée : le point-virgule. Si si, je vous jure ! Le point-virgule ! Extraordinaire création de la langue écrite que cette chimère hybridée d'un point et d'une virgule, source de respiration et de sens. Et qui n'ampute pas la phrase de son intégrité physique. Ni stylistique d'ailleurs car, bien souvent, quand on remplace une virgule par un point-virgule on ne fait que rattraper la bourde écrite et accorder l'écrit à la respiration imaginée à l'oral.

Et quand ce n'est pas la faute de l'auteur, c'est celle du lecteur. J'avoue avoir été parfois perdue au parcours d'une phrase longue de Victor Hugo, mais c'est difficile d'imputer ça à sa faute à lui (sans blague ! :P). Parfois c'est vrai, on pense à autre chose pendant qu'on lit, ou on lit sans trop faire attention, et on ne comprend pas. Mais bien souvent c'est la faute de l'auteur, quand même.

Tout ça pour dire que, non, il n'y a pas de phrase "trop longue". Une phrase ressentie comme trop longue par le lecteur est simplement mal ponctuée. Mais ce n'est pas la taille de la phrase en elle-même qui pose problème.

Conclusion : la bonne longueur c'est quand les pieds touchent bien par terre.

Source photo – thi loan tran

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mercredi 4 janvier 2017

Délits dédramatisés, vive TPMP ?

Bonjour !

Aujourd'hui j'ai ouvert Facebook (oui, au lieu de réviser mon partiel de demain, sans commentaire :P) et j'ai bien fait. Je suis tombée sur une vidéo de France Info postée le 19 Décembre (mieux vaut tard que jamais, comme dit le proverbe) relayée par une de mes connaissances. Je ne suis pas parvenue à l'intégrer ici, mais je vous invite à aller la regarder sur la page de la chaîne. Une association a relevé, sur l'ensemble des émissions du mois de Novembre, vingt-huit blagues douteuses sur l'homosexualité, ce qui nous fait une blague par jour. Au risque de passer pour alarmiste, je vais qualifier ce fait comme il le mérite : harcèlement. C'est un délit. Et, si j'ai mis "délit" au pluriel dans mon titre c'est parce que ça m'a fait penser à autre chose dont vous devez vous rappeler aussi : vous savez, ce jour où un chroniqueur a embrassé une chroniqueuse sur la poitrine alors qu'elle avait refusé un baiser. Agression sexuelle. C'est au minimum un délit.

Je sais que les fans de la première heure s'insurgent déjà ! Ô drame, ô désespoir, ô incompréhension des non-fans qui ne savent pas s'amuser, ces jaloux qui en rajoutent exprès pour faire couler l'émission !

Oui mais non.

On va se mettre, ensemble, d'accord sur les termes. Le harcèlement se caractérise par la répétition de faits anormaux visant à exclure quelqu'un d'un groupe, à marquer sa différence. Parce que finalement, ici, le problème, ce n'est pas qu'il y ait des blagues sur l'homosexualité (je suis de ceux qui pensent que l'on peut rire de tout, même et surtout avec les principaux concernés, parce que rire de tout ne veut pas dire se moquer méchamment et rire contre les autres mais bel et bien rire avec les autres) ; le problème c'est la répétition de "blagues" d'une lourdeur sans pareil, qui jaillissent sans n'avoir rien à voir même de loin avec le contexte, qui sont là juste pour faire un bon mot et moquer. Donc, plus que de discrimination, je parlerais de harcèlement (étant entendu que la base d'un harcèlement peut être une discrimination) parce que ça me paraît un peu plus approprié dans la mesure où c'est toujours la même personne qui en fait les frais.

Agression sexuelle, maintenant. Selon le site québécois sur le sujet une agression sexuelle "est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée ou, dans certains cas, notamment dans celui des enfants, par une manipulation affective ou par du chantage. [...] Une agression sexuelle porte atteinte aux droits fondamentaux, notamment à l'intégrité physique et psychologique, et à la sécurité de la personne.". Un monsieur embrassant par surprise la poitrine d'une femme qui a déjà refusé un baiser sur la bouche fait-il une agression sexuelle ? Oui. Je veux bien croire que ce pauvre chroniqueur ait été choqué que l'on qualifie ainsi son acte, ait été surpris, heurté que l'on puisse l'assimiler à un violeur, à un criminel, mais ce n'est pas, comme pour le harcèlement d'ailleurs, parce qu'il n'y a pas intention de nuire qu'il n'y a pas de nuisance.

Alors j'en viens à la raison qui m'a poussée à écrire cet article au lieu de réviser. Je m'interroge. On est confronté à une émission qui est en direct, où tout peut se passer, à une émission que j'ai regardé à une période et que j'ai trouvé hystérique et sans fond (je n'ai pas tenu plus d'une semaine), à une émission qui se cache derrière la bonne humeur, la fête, derrière l'argument du "nous, on écoute beaucoup les téléspectateurs, donc arrêtez de nous critiquer", et à une émission où, du coup, quand on pointe un problème, un dérapage, une atteinte à la dignité, une atteinte à la sécurité, on se fait taxer de jaloux et de rabat-joie.

Quel message est-ce que l'on envoie quand on montre qu'embrasser la poitrine d'une femme sans son consentement ce n'est pas grave et que – pire ! – la victime elle-même vient limite s'excuser sur le plateau ? Quel message est-ce que l'on envoie quand on stigmatise et vise de manière systématique, une personne sur son orientation sexuelle ? Parce que l'on pourrait dire que ce ne sont que des blagues, comme il y en a dans Les Grosses Têtes, par exemple. Seulement, dans Les Grosses Têtes, il n'y a pas que ça, loin de là même ! Et il y a un vrai esprit positif, je trouve. Alors que, des extraits (et évidemment on peut me reprocher de n'avoir regardé que des extraits) que j'ai vus, les blagues de TPMP méritent beaucoup de guillemets, sont très lourdes, et même violentes (je vous renvoie à la vidéo de France Info).

Ici, aussi, ce qui n'est pas le cas dans l'émission de Laurent Ruquier, c'est que les "blagues" sur l'homosexualité ne visent qu'une seule personne dont elles ressortent être la condition de son intégration dans le groupe tout en contribuant à l'en écarter car pointant sa différence plutôt que sa ressemblance avec les autres. Et, par leur caractère systématique et répétitif, elles deviennent l'instrument d'un harcèlement.

Que répondrait Cyril Hanouna à ça ? "Non, c'est pas du harcèlement, arrêtez, arrêtez, Matthieu on l'aime beaucoup, il le sait, sinon il serait pas là, faut arrêter de dire qu'on l'aime pas, ça c'est les journalistes..." quelque chose comme ça, sans doute (c'est ressemblant, hein ? :P) Mais ça s'appelle du déni. Et on ne règle rien par le déni.

Globalement j'ai l'impression que les membres de cette émission sont complètement déconnectés de la réalité. Ils disent ce qu'ils veulent, comme ils veulent, ils commettent des délits et parviennent à s'en sortir par une pirouette (cacahuète) (je n'ai pas pu résister xD) en disant qu'ils "s'amusent"... Monsieur est vexé d'avoir été accusé d'agression sexuelle alors ça suffit à dire que ce n'en est pas une. Ah bon ? Ah... Bon... Ce matin Cyril Hanouna disait sur Europe 1 qu'ils allaient essayer de faire moins de dérapages. Monsieur, ce ne sont pas des dérapages, ça : ce sont des délits. C'est punissable par la loi.

Un délit, c'est grave. Ce n'est pas à prendre à la légère.
Alors ce que j'espère, même si c'est sans doute irréaliste, c'est qu'en 2017 ce TPMP soit sur la sellette (ben quoi ? je commence en rime, je termine en rime ! :P).

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Cyrille George Jerusalmi/D8

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