lundi 2 avril 2018

La sélection à la fac ne se fait pas à la fac

Bonjour !

Ces derniers temps je m'informe relativement peu (très peu, en fait). Donc je n'ai entendu parler de ce qu'il se passe dans la fac de Tolbiac qu'aujourd'hui (je vis dans une grotte...). Du coup, j'ai lu quelques articles et propos qui m'ont exaspérés. Ils gueulent entre autres, et comme beaucoup, contre le semblant de sélection à la fac instauré par Parcoursup, la plate-forme sur laquelle les lycéens doivent s'inscrire, remplir leurs bulletins pour candidater, et qui se verront répondre trois possibilités : "oui", "oui mais", ou "non". Et ça, beaucoup ne sont pas contents, et disent qu'il ne faut pas de sélection à la fac, que c'est inadmissible, que ça va creuser les inégalités, que la fac doit être ouverte à tous, que l'égalité des chances, etc., etc., etc. Mais, en vrai, la sélection à la fac elle ne se fait pas à la fac : elle se fait avant.

Ma mère est institutrice dans une zone d'éducation prioritaire. Elle a face à elle des enfants qui ne parlent pas super bien français parce que les parents eux-mêmes parlent mal français et s'expriment plus volontiers en arabe à la maison. Elle a face à elle des enfants qui ne jouent pas (un jour j'étais dans sa classe, on faisait faire aux gamins des objets en laine, une fille (dont les parents sont instituteurs aussi) a pris deux pelotes et en a fait des personnages ; ça, beaucoup d'autres élèves sont incapables de le faire). Elle a face à elle des enfants qui ne peuvent pas être aidés pour leurs devoirs à la maison. Elle a face à elle (pour le moment (vive la réforme !)) trop d'élèves pour tous les aider un par un. La réalité, c'est ça.

Je suis nulle en maths. Pas parce que je suis con, mais parce que, dès la primaire, on m'a mal expliqué. Sur les quatre années de collège j'ai eu la même prof trois années durant. Pas top si on n'aime pas comment elle explique. La quatrième année ça allait mieux, ce n'était pas encore ça mais ça allait mieux. Mais c'était trop tard. Enfin, pas tout à fait. Un jour, à cause d'une sortie de la classe, je crois, je me suis retrouvée dans une autre classe, avec un autre prof de math, qui m'a bien expliqué, et j'ai compris. C'est beau la pédagogie. Puis ensuite, le lycée. C'était pas triste, le lycée. L'établissement où j'ai fait ma Seconde ne possédait que des filières scientifiques. Dans ma classe, nous étions trente-six. Notre prof de math expliquait tellement mal que seuls deux ou trois élèves n'étaient pas à la rue ; expliquaient à leurs amis ; et que les autres avaient des cours particuliers. J'avais six de moyenne. Quand on disait que l'on ne comprenait pas – une fois, deux fois, trois, quatre, cinq, six fois – il répétait exactement de la même manière et disait, d'un soupire excédé "c'est parce que vous n'écoutez pas". Et, quand un septième élève disait qu'on n'avait rien capté, il disait encore que c'était parce qu'on n'écoutait pas, qu'il fallait écouter, et il passait à autre chose. La réalité, c'est ça.

Aujourd'hui, j'aimerais entrer en STAPS. Pas d'bol pour moi, je ne suis pas matheuse – et pour cause ! Du coup, mon dossier rempli sur Parcoursup ne me permettra pas d'entrer en STAPS. Le problème vient donc :
Petit A : de la sélection à la fac instaurée par Parcoursup
Petit B : de mes profs de maths successifs qui étaient infoutus de m'expliquer correctement leur matière
Petit C : de moi, parce que j'aurais pas dû voter Macron qui a mis en place Parcoursup
Attention : qu'une seule réponse possible.

Je suis aussi mauvaise en anglais. Au collège, trois années sur quatre, j'ai eu la même prof. Pas de chance, je l'aimais pas du tout. Et puis surtout, pour avoir une note correcte, il n'y avait pas besoin de comprendre en anglais : il suffisait d'apprendre le cours par coeur, comme elle refaisait à peu près les mêmes phrases aux contrôles. C'est ainsi qu'en Cinquième (je crois), après un an d'anglais, j'ai réussi a faire à haute et intelligible voix, devant toute la classe, une phrase dépourvue de verbe. Oui, madame. En Seconde, j'étais en classe européenne, donc j'avais plus d'anglais et une bonne prof, je crois que je me suis un peu améliorée. J'ai eu aussi un bon prof en Terminale. Mais c'était déjà trop tard.

Aujourd'hui, j'aimerais bien faire un Master de Relations Internationales, je trouverais ça génial de bosser autour des relations internationales dans le sport. Pas d'bol pour moi, je suis loin d'avoir un niveau "éprouvé" en anglais – et pour cause ! Du coup, même si j'envoyais mon dossier aux universités, je ne serai sans doute pas sélectionnée. Le problème vient donc :
Petit A : de la sélection à la fac instaurée par Parcoursup
Petit B : de mes profs successifs qui étaient infoutus de m'apprendre correctement leur matière
Petit C : de moi qui n'ai pas été intéressée assez tôt aux langues pour les bosser par moi-même
Attention : une seule réponse possible.

Et je ne vous parle même pas des inégalités entre les milieux populaires et les classes moyennes puis privilégiées ! Mes différents établissements n'étaient pas dans des zones d'éducation prioritaire. Et mes profs n'étaient pas de jeunes profs à peine jetés dans une classe et sans expérience. Le problème, c'est que bien souvent les profs ne sont pas pédagogues (parce que la pédagogie, voyez-vous, ça s'apprend !).

Une collègue, universitaire, m'a dit que la fac devait être ouverte à tous. D'autres parlent d'égalité des chances. C'est d'une hypocrisie crasse. Nous n'avons déjà pas les mêmes chances. Entre ceux qui tombent sur des profs compétents et pédagogues, et les autres, c'est la loterie. Entre ceux qui savent tôt ce qu'ils veulent faire, poursuivent un objectif, et les autres, c'est la loterie. Même si on me laissait poser mon Auguste fessier sur un banc d'amphi face à un enseignant de biomécanique, et bien que je ne sois pas trop con, ce n'est pas dit que je comprenne. C'est même dit tout le contraire ! Alors autant que je laisse ma place sur ce banc à un mec qui a les moyens d'arriver au bout du cursus ! Même avec un tutorat je n'ai pas la certitude d'y arriver : rien ne dit que le tuteur sera pédagogue, et que le gouffre que constitue mon retard en maths est possible à combler. Parce que la sélection à la fac ne se fait pas à la fac : elle se fait bien avant.

Si je ne suis ni bonne en maths ni bonne en anglais c'est parce que ceux et celles qui étaient censés m'apprendre, m'expliquer, me tirer vers le haut, s'en sont révélés incapables. Par manque de pédagogie, de méthode, ou de temps dû à une classe trop pleine (enfin, dans le cas présent, au collège, nous étions une petite quinzaine car j'étais dans une classe avec deux puis trois malentendants). La faute n'est ni à mettre sur Macron, ni à mettre sur Parcoursup. La faute n'est pas à mettre sur les portes de la fac qui se ferment à notre nez, la faute est à mettre sur les embûches rencontrées avant sur le chemin.

Gueuler, beugler, à la fin de Parcoursup au nom de l'égalité des chances, au nom des étudiants venus des classes populaires qui seront dans l'impossibilité de réussir, est d'une hypocrisie crasse (mais pas forcément consciente, après tout c'est bien de penser qu'on est tous égaux...), à mon sens, parce que ces étudiants des classes populaires ont déjà moins de chances que les autres. Pas parce qu'ils sont plus cons, oh non, mais simplement parce que le milieu fait qu'ils ont sans doute, de manière générale, moins de ressources que les autres. Et, même sans parler de classes populaires, certains élèves, qui ont trouvé la voie qui les intéressait trop tard, qui ne sont pas tombés sur les bons profs, ont moins de ressources que les autres. Le problème, ce n'est pas Parcoursup mais tout ce qu'il se passe avant !

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Ludwig Favre

Rendez-vous sur Hellocoton !

samedi 31 mars 2018

Vinti anu e ka vintia dia

Bonjour !

"Penses à ton avenir, faut cotiser pour la retraite", "faut que tu penses à ce que tu veux faire de ta vie". Oui, c'est mieux. Si je dois cotiser pendant quarante-trois ans et que je commence à travailler vraiment qu'à trente ans, ça va me poser problème. Ceci dit c'est la réalité aujourd'hui pour ma génération : après les études ça galère avec des petits boulots jusqu'à à peu près trente ans où on entre dans le monde du travail. "Penses à ton avenir".

Vous vous souvenez (ou peut-être pas, sans doute pas d'ailleurs), en Juin j'avais écrit un article pour dire que je ne savais pas ce que je ferais dans un an (même pas quatre mois plus tard, d'ailleurs). Aujourd'hui, rien n'a changé. J'en sais rien. Je ne sais pas ce que je ferais après mon Service Civique, et toutes les voies qui m'intéressent semblent bouchées. L'armée ? je ne suis pas à niveau physiquement ; STAPS ? je suis nulle en maths ; Relations Internationales ? je n'ai pas le niveau en anglais ; l'école de journalisme ? ça me tente finalement peu ; Service Volontaire Européen ? encore une planque pour gagner un peu de temps sans être payée. Il ne me reste plus que les petits boulots, sachant que je n'ai pas le permis et que je n'ai jamais travaillé de ma vie. Je suis pas prête de cotiser pour la retraite.

Et je m'en fiche. Rien n'arrive pas hasard. J'aurais la vie que j'aurais. Je sais aussi que je suis faible que je ne parviendrai sans doute jamais à trouver les ressources en moi pour me donner vraiment les moyens de faire les choses. Alors j'aurai la vie que j'aurai. Sans doute médiocre, à l'image de ma propre médiocrité. Et je ne parle pas de salaire... je parle de tout le reste. Mais je m'en fiche... enfin, je m'en fiche... c'est inexact. Mais disons que je ne peux pas faire grand-chose de plus.

Je crois toujours que des opportunités se présenteront, et que les autres je devrais me les créer. Et j'aurai la vie que j'aurai. Je ne crois pas au destin, faut pas pousser. Mais je crois que rien n'arrive par hasard. J'aurai la vie qui correspond à la personne que je suis. Y'a un petit côté déterministe dans ce que je dis, un côté un peu fataliste. Ça correspond assez à mon état d'esprit des derniers jours (semaines ?) : je patauge, je m'enlise, je ne vois plus que les défauts et les impossibilités. Et pourtant je nourrie encore ce rêve que je ferai des choses. Que vingt ans ne sont pas vingt jours et que j'en ferai des choses.


Nta fasi kusa,
Vinti anu e ka vinti dia.
C'est une chanson de Fernanda Fernandes, reprise par Elida Almeida. Je l'aime beaucoup, elle est très positive (la traduction de toute la chanson sur le site d'Elida Almeida). Mais, d'un autre côté, peut-être qu'elle me nourrit d'illusions. Sans doute d'ailleurs. C'est un peu ce que je vous disais la dernière fois... je m'enlise dans des projets qui sont des fantasmes, voilà...

Je voulais faire un article un peu positif, pour dire qu'on s'en fiche si on sait pas ce qu'on veut faire, et au final je me retrouve avec un article un peu tristounet plein de questions et de pessimisme... je me suis un peu résignée, je crois. Je ne sais pas si j'ai raison et si je vois les choses de manière "objective", ou si je ne suis plus capable de voir les choses positives. Je ne sais pas si j'ai raison quand je dis que je suis faible et que je n'arriverai jamais à rien ou si je force le trait parce que mon état d'esprit des dernières semaines n'est pas au top. Au fond on s'en fiche. L'important, ce qui détermine les choses, c'est la manière dont je me vois. D'ailleurs ça me fait penser que les articles sur comment être heureux, et, pire se soustraire aux "coups de mou", m'exaspèrent, m'agacent : les êtres humains n'ont pas un moral constant : c'est la vie. Fin de la parenthèse.

Je rêve de choses que je n'aurais probablement jamais parce que je ne sais pas me donner les moyens. Parce que je me suis intéressée à plein de trucs tard et que je suis résignée à l'idée que le train est passé et que c'est trop tard. J'essaye de réparer un filet de pêcheur avec des bouts de ficelle pour avoir les derniers poissons du banc quand, en faisant avancer le bateau, je pourrais peut-être espérer rattraper le gros de la flotte.

Mais j'ai quand même envie de croire que vingt ans ne sont pas vingt jours et que j'ai le temps de faire des choses, de trouver une voie, de m'embarquer sur un véhicule, qu'il soit un radeau, une barque, une voiture de course, une charrette, une trottinette, un balai, ou un âne, et d'avancer sur un chemin.

Je crois que, dans la forêt dense de mes rêves, il va falloir que je me résigne au réalisme, que j'enchaîne les petits boulots. Ou que je trouve une planque, pour gagner du temps, pour fuir, pour glaner quelques semaines qui vont me permettre de trouver un plan, un vrai plan...

Nta fasi kusa raisonne plus comme une prière, un cri du coeur, que comme un pied-de-nez lancé à ceux qui n'y croient pas. On est sans doute très loin de l'esprit de la chanson...


Source photo – Olivier & Pascale Noaillon Jaquet
Source photo – Guilhem Vellut 

Rendez-vous sur Hellocoton !

jeudi 22 mars 2018

Pour en finir avec le complot médiatique

Bonjour !

Ça fait des semaines que je voudrais parler de ça, enfin pas exactement de ça mais qu'il y a des choses que je voudrais dire... c'est depuis une formation sur les media que j'ai eu avec mon Service Civique et qui était assez catastrophique... mais je ne savais pas comment problématiser pour que ça soit autre chose qu'un bureau des plaintes. Donc j'ai attendu. Et je ne suis pas déçue parce que j'ai eu avec une fille aujourd'hui (d'à peu près mon âge à vu de nez) une discussion... ahurissante.

En fait, la discussion était à trois. Cette fille, un collègue et moi. Nous avons commencé à parler des grands patrons qui ont beaucoup trop d'argent pour qu'une vie complète suffise à compter les pièces de leur trésor dragonesque, quand la discussion a dévié, au fil des exemples et des "regarde... :", sur les media et le foot. Tout se déroulait plus ou moins dans le calme (en fait une collègue nous a demandé de baisser d'un ton xD) quand mon collègue et moi avons fini par comprendre qu'on n'irait jamais nulle part (le quelque part n'étant pas synonyme de convaincre notre contradictrice) : notre interlocutrice avait un raisonnement proche du complot : peine perdue.

Ainsi a-t-elle dit que tous les media (exceptés les indépendants et ceux de l'État) étaient de la merde et que c'était à cause des media que l'on regardait autant le foot, parce qu'ils faisaient de la pub, et que les footeux étaient payés autant pour nous faire regarder... et que si la tribune de presse des mondiaux de lutte cet été (où j'étais bénévole) était vide c'était que l'on en avait pas parlé assez, etc. Elle a chargé la mule au point où cette pauvre bête s'est retrouvée par terre à ne plus pouvoir se relever...

Alors-alors-alors..., il y a beaucoup de choses à dire mais, pour ceux qui ne voudraient pas lire mon article jusqu'au bout on pourrait résumer ainsi : à un moment, il faut arrêter avec le complot médiatique.

Tout ça m'a refait penser à une formation sur la "cybercitoyenneté" (terme qui n'a pas été défini pendant ladite formation et dont je ne sais toujours rien) que j'aie dû faire pour mon Service Civique (je l'ai choisi parmi une liste d'autres formations). L'une de nos formatrices était une Service Civique auprès de la chargé de mission en sport-santé du Comité Olympique du département. Autant dire qu'elle n'avait aucune légitimité à être là. D'abord, elle a critiqué le manque d'objectivité des media (dont je vous ai parlé ici), puis elle a dit que les media invitaient exprès de faux experts pour nous donner de fausses idées. Bon. Il faut arrêter avec le complot médiatique.

Oui, les medium sont détenus par quelques grands patrons. Mais. Certains (j'ose espérer la plupart) journalistes font correctement leur travail (faut pas croire que tous leurs articles sont relus et corrigés par ledit grand patron) ; un medium est un gouffre financier dans lequel ne peut pas investir quelqu'un qui n'a pas d'argent à perdre. Autrement dit : plus de grands patrons pour perdre de l'argent : plus de media. Gloups. Alors certes, on pourrait imaginer que les journalistes rachètent leur rédaction. Mais. Ça se ferait au détriment de la qualité et du développement de l'entreprise : plus d'argent pour envoyer des gens à l'autre bout du monde, plus autant d'argent à mettre dans les factures (d'électricité surtout), sans compter des frais particuliers aux media qui doivent sans doute exister. Donc ce n'est pas vraiment une vraie solution. De plus et pour s'arranger du fait que les media sont tous de bords politiques, il suffit de lire ou d'écouter plusieurs media. Et puis cette fille qui dit que, parce qu'ils sont sur le service public, les journalistes font du bon boulot... euh... ils ont un grand patron : il s'appelle l'État, et il a tout autant d'intérêt que les autres à faire passer ses idées. De plus les journalistes passent de l'un à l'autre sans problème (Patrick Cohen qui a voyagé de France Inter à Europe 1, Ali Badou qui a quitté Canal pour France 5).

Ensuite non, on ne regarde pas le foot parce que les media nous le demandent. On regarde le foot parce que c'est le sport international, comme la langue anglaise est la langue internationale. Prenons le handball. Les équipes de France sont fortes. Souvent titrées, toujours placées sur un podium. La pub faite autour du handball est terrible. Les audiences sans doute fortes et les tribunes de presse pas loin d'être remplies à ras-bord. Pourtant les handballeurs ne gagnent pas les salaires des footballeurs, et les journalistes ne suivent pas le mercato de handball avec autant d'acuité. Pourquoi ? Parce que le handball n'est pas le foot. Certes, effectivement, la fédération de foot fait peut-être plus de marketing... mais il n'y a pas que ça qui joue ! Le foot, c'est populaire. Les gamins dans les quartiers ils prennent un ballon et ils jouent au foot, pas au hand. Et ne font pas de cyclisme ou d'escrime ou de saut à la perche parce que ça coûte cher. Aussi, la majorité des pays du monde a une équipe de foot. Et je ne prends sans doute pas trop de risques en disant que, à peu près où que vous alliez dans le monde, si vous sortez un ballon de foot, les gens joueront avec vous sans demander les règles parce qu'ils les connaissent déjà. Les media n'ont rien à voir là-dedans (pas plus que ma boulangère ou la mémé de mon hamster).

Je me suis déjà exprimée sur l'objectivité des media donc je passe directement à la suite. Les experts. Il est extrêmement dangereux de dire dans une formation sur les media à destinations des jeunes qui sont déjà défiants envers eux de dire qu'ils invitent de faux experts pour donner de fausses idées aux gens. On est où, là ? Il se trouve que je fais mon Service Civique en radio. Vous croyez que ça m'amuse quand mon invité est mauvais ? Ben non, ça ne m'amuse pas du tout. Quand mon invité est mauvais et que je ne suis pas assez bonne pour, du coup, essayer de rattraper le coup en posant les bonnes questions (pas en mettant la réponse dans la bouche de la personne, hein, mais en posant des questions sur des thèmes où l'invité peut plus s'exprimer sans patauger) ben ça m'amuse pas des masses.

Deux choses à ce propos : déjà, comme je l'ai dit le jour de la formation (je me suis pas gênée, tu penses !) : les vrais experts super pointus, ils travaillent. Ils ont des recherches à faire, des livres à écrire. Ils bossent. Ils n'ont pas de temps à perdre dans les media. Encore moins quand on demande à des historiens de réagir à chaud ! C'est une hérésie ! Ensuite, dès que j'ai pu retrouver une connexion internet, j'ai fait des petites recherches. Effectivement, il y a déjà eu des cas (trop) de faux experts. Mais ce n'est pas (que) de la faute des media. J'ai essayé de retrouver l'un des articles que j'avais lu  pour pouvoir le citer précisément mais je n'ai pas réussi (pour les autres, en tapant "faux experts média" dans un moteur de recherche vous les trouverez). Quoi qu'il en soit l'idée était que la faute ne vient pas des media mais de ces faux experts qui profitent de la situation d'urgence créée par les attentats. Si je me souviens bien, un rédacteur en chef avouait que, après les attentats, quand on s'arrache tous les experts, on n'a pas forcément le temps de bien vérifier qui on invite (et certains mentent bien). Mais, maintenant, ils savent qui est bon et qui est moins bon et affinent leurs listes. Même en considérant qu'ils sont un peu fautifs de pas prendre le temps de tout bien vérifier, il n'y a pas de malveillance là-dessous et encore moins de complot.

Pourquoi est-ce qu'il y a des media de droite et de gauche ? En premier lieu parce que les gens qui les ont créé avaient des choses à dire. Mais ensuite, eh bien on pourrait dire que c'est sociologique. Vous voyez un jeune journaliste de droite aller demander du travail dans une rédaction de gauche ? et vice versa ? Moi pas tellement...

Bien sûr, les media ont des défauts. Ils parlent tous de la même chose, par exemple (ce qui s'explique aussi sociologiquement par le fait que les premiers lecteurs de la presse se sont les journalistes – un peu comme des articles tous similaires naissent sur les blogs : parce que l'on s'inspire les uns des autres). Mais il faut arrêter de penser que tout est contrôlé, millimétré, malveillant...

Je crois, et je vais le dire sans tact aucun, que la théorie du complot c'est de la faiblesse intellectuelle. La théorie du complot c'est le premier truc auquel tu penses. La chose facile, qui ne demande pas une grande exigence intellectuelle. Parfois moi aussi j'ai une idée de ce type qui germe dans mon esprit. C'est comme un réflexe. Mais je me flagelle tout de suite parce que je sais que c'est faux. Je suis une paranoïaque, donc je tombe facilement dans ce genre d'idée, et il faut dire qu'elles sont assez tentantes parce qu'elles permettent de tout expliquer ; tout à coup tout s'éclaire, tout paraît simple... Mais nous vivons dans un monde complexe, et je pense que nous devons avoir l'exigence intellectuelle d'admettre que parfois les choses sont complexes, compliquées, qu'il y a des choses que nous ne saurons jamais, parce que ces informations sont dans les mains des gens de pouvoir, et que nous, nous ne pourrons jamais savoir. La théorie du complot c'est la facilité. Je pense que nous devons avoir l'exigence intellectuelle de voir plus loin. Ce qui ne veut pas dire que nous devons arrêter l'esprit critique, bien au contraire ! Mais un esprit critique sain, que la personne en face prendra avec sérieux et voudra écouter.

Il est grave, très grave, de dire ce que ma "formatrice" a dit. Devant des jeunes qui n'étaient pas tous un peu au fait des media (et ce n'est pas un reproche : on ne s'intéresse pas tous aux mêmes choses), qui étaient déjà défiants, ou qui étaient simplement là parce que le jour les arrangeait. Et il est très grave, pour le monsieur qui gérait la formation, d'avoir laissé sa Service Civique dire ça sans la reprendre ou sans, en tout cas, apporter une contradiction. L'éducation aux media est un vrai enjeu, et ce n'était pas à moi de nuancer son propos sur l'objectivité ou sur les faux-experts, ou même lorsqu'ils ont abordé le fait que les media principaux appartiennent à quelques grands patrons. C'était à eux d'apporter un discours nuancé ! Et je trouve ça très grave qu'ils ne l'aient pas fait ! Je trouve ça dangereux !

C'est dangereux que des personnes soient dans l'idée que les media sont malveillants. Parce que la liberté de la presse elle vient certes du haut, du pouvoir, de l'État qui oui ou non protège la presse et est le garant de sa liberté, mais également du bas : des gens qui font confiance aux journalistes et arrêtent de les insulter ou de leurs jeter des cailloux. Il y a des choses à améliorer, mais ce n'est pas en étant dans une radicalité que nous irons quelque part (le quelque part n'étant pas de tous penser la même chose et de boire sans esprit critique ce que disent les journalistes).

Qu'en pensez-vous ?

Source photo – Pierre Andrieu. AFP

Rendez-vous sur Hellocoton !

mercredi 21 mars 2018

Identité

Bonjour !

Je n'ai pas vraiment problématisé mon article, donc je ne sais pas vraiment où tout cela va me mener (enfin, nous mener puisque vous êtes censés lire ;P) mais je vais me lancer quand même !

Depuis quelques temps je pense aux questions autour de l'identité et notamment autour du nom, du prénom, du surnom, du pseudo, du nom de plume : vous avez compris : autour de comment une appellation dit ou non de qui nous sommes. Et deux choses sont venues nourrir cette réflexion. D'abord un article de Marièke (Mécanisme d'histoires) sur le nom d'auteur ; et une discussion autour des prénoms avec des collègues.

Une collègue disait qu'elle pensait que les prénoms que nous portons peuvent influencer notre manière d'être et il me semble que ça ait été scientifiquement prouvé – enfin en tout cas je me souviens avoir entendu parler d'une étude où les chercheurs avaient demandé aux enquêtés de deviner le prénom d'autres personnes à partir de leur photo et que ça avait plutôt réussi. L'explication serait que l'on adapte (dans une certaine mesure) notre comportement/personnalité en fonction de notre prénom. Par exemple une Marie qui serait très gentille, aimante, solidaire, engagée pour aider les autres, etc.

Mon prénom, il me va. Autant comment il sonne que sa signification. D'ailleurs, depuis la remarque d'une amie, j'ai remarqué que j'ai presque exclusivement investi mon identité dans mon prénom. L'année dernière je signais un mail à un prof, elle a jeté un coup d’œil à mon écran et s'est étonnée que je ne signe que de mon prénom, sans mon nom de famille, alors qu'elle, elle signe prénom-nom. Mais pour moi il me paraissait naturel de ne signer que de mon prénom (et je signe toujours mes mails avec mon seul prénom). Alors que, a contrario, une amie de ma sœur déteste son prénom et demande à être appelée par son nom de famille (y compris aux profs). Du coup, je trouve ça intéressant de voir comment on choisit de se présenter en fonction de la personne que l'on croit être et comment on investi (ou pas) les mots qui nous nomment.

Je crois que j'ai "renié" mon nom de famille, que je l'ai écarté de mon identité sans même m'en rendre compte, parce que j'ai un peu peur de plus ressembler à mon père que je ne le voudrais, et comme mon nom de famille est le sien... en tout cas c'est la première explication qui me vient. Pourtant quand je dois décliner mon identité j'ai tendance à dire le nom avant le prénom. En même temps, pour l'identité civile, le nom de famille a une grande importance...

Et puis il y a la question des facettes de l'identité, et de comment on la refonde. Un collègue s'est appelé sur Facebook avec un prénom qu'il adore et qu'il aurait aimé porter. Je crois qu'à un moment il y a eu une espèce de mode sur Facebook aussi qui consistait à n'écrire pour son nom de famille que les consonnes. Ça me fait penser à une espèce de signe d'appartenance, du type : entre amis on écrit son nom selon le même modèle. Un peu comme le surnom : le surnom c'est aussi l'appartenance à un groupe (un club sportif, un groupe d'amis, de collègues...) dont les membres partagent des références communes (l'origine du surnom donné). Et c'est aussi un signe de proximité avec les gens, je pense. Moi par exemple je n'ai jamais eu de surnom. Je n'ai jamais eu d'amis très proches non plus.

Nous changeons d'attitude et de manière d'être en fonction du groupe avec lequel nous sommes (famille, amis, collègues...) (et même de la langue qu'on utilise, d'ailleurs !) et donc nous changeons aussi un peu, possiblement, d'identité – ou en tout cas nous mettons en avant une autre facette de notre identité.

Il y a aussi la question du nom de plume. Dans son article, Marièke dit que l'une des raisons pour lesquelles elle a choisi de ne pas écrire sous pseudo c'est qu'elle ne voulait pas se cacher, qu'elle voulait être parfaitement transparente et ne pas cacher des bouts de sa personnalité, qu'elle voulait se sentir "entière et vraie". C'est assez drôle, comme raison, parce que c'est l'une des raisons pour lesquelles, si je suis publiée un jour, je le serais sous pseudo !

Même si mes personnages principaux ne sont pas mes doubles, ils sont chargés de quelque chose de moi, d'ailleurs tous les personnages portent un peu mes questionnements, et tout le roman, dans son intrigue et dans le sujet qu'il essaye de traiter, porte ces questionnements, interrogations, tentatives de réflexions... (comme tous les auteurs/artistes, nan ?) et ce que je mets de moi dans mes romans je ne le mets finalement que dans mes romans. D'abord parce que j'ai beaucoup de mal à faire confiance aux autres et donc à parler de moi, de l'intime (y compris sur ce blog où finalement, même si je le fais davantage qu'avant, je parle relativement peu de moi), et parce que pour moi le processus d'écriture est un dialogue de moi à moi, sans doute du fait de la dissociation corps-conscient-inconscient que je fais. Je me bats pas mal contre mon inconscient, finalement, et l'écriture est le seul moment où je dialogue avec lui et où je dis que l'on forme une bonne équipe. De ce fait, ce que je dis de moi dans mes romans, ou plutôt ce que je mets de moi, je ne peux pas le mettre ailleurs. Ou difficilement. C'est donc une facette de mon identité très particulière.

Un roman c'est aussi une construction. Et je pense que c'est... logique que je refonde mon identité en la reconstruisant. On pourrait dire que je mens, que je me cache. Mais, en fait, par le nom d'autrice, je montre peut-être davantage que par mon nom civil : puisque je montre la facette de mon identité qui correspond à mon roman. Et donc je ne cache pas : je montre. Un peu comme la Vénus d'Urbin de Titien qui cache son sexe de sa main et fait que l'on ne voit plus que ça. Surtout que mon nom de plume sera une reconstruction prénom-nom faite à partir de mon prénom (encore un signe que j'ai investi seulement dans mon prénom mon identité).

Et puis le nom civil n'est chargé potentiellement de rien. Le nom civil est un nom neutre utilisé par l'administration. L'administration ne reconnaît ni les pseudos ni les surnoms. Alors évidemment, si vous êtes quelqu'un qui tient beaucoup au groupe social famille, à la solidarité familiale, l'aide, et toutes les valeurs autour de la famille, sans doute que vous couper de votre nom va vous embêter, et que votre nom civil sera investi d'autre chose que de la neutralité de l'administration. Mais moi, mon nom civil, c'est celui avec lequel je vais signer mes contrats de travail, celui avec lequel je paye mes factures... c'est un nom neutre, un nom parce que l'État en a besoin d'un pour m'identifier. Mais il ne porte pas mon identité, en réalité, dans le sens où il n'est investi que de peu de mon intimité, finalement.

Et vous ? Quelle est votre relation à votre nom ?

Source photo – bpmm

Rendez-vous sur Hellocoton !

mardi 13 mars 2018

Deux mots sur Bertrand Cantat

Bonjour !

Je suivais l'affaire de loin en loin, juste comme ça, la vue à moitié bouchée par le brouillard. Comme si vous cherchiez à voir les côtes anglaises à partir des falaises de Normandie, vous voyez. J'avais donc compris que certaines personnes n'étaient pas très contentes (c'est un euphémisme) de son retour, compris pourquoi, et même vu une pétition contre un festivalier (en même temps faut dire que la présentation qu'il faisait de Bertrand Cantat, sur certain mots, on pouvait comprendre la levée de boucliers). Mais tout de même, je n'avais pas trop suivi. Puis ce matin j'ai vu qu'il annulait sa participation aux festivals d'été, qu'il avait laissé un message sur Facebook. Je suis allée le lire, et de là, de clic en clic, de recherche en recherche, je me suis assez passionnée pour l'affaire.

Déjà, quand on réalise que Bertrand Cantat revient après #balancetonporc, la polémique prend tout son sens et je trouve ça assez fascinant de voir comment un homicide devient un féminicide (la Justice ne connaît pas ce terme, à ce que j'en sais) ; comment un homme célèbre étant allé en prison devient le symbole de la violence faite aux femmes alors que bien souvent, les coupables de ces violences ne mettent pas les pieds dans les prisons, justement, faute de plainte déposée. Et pour comprendre ce qui tombe sur ce monsieur il faut le lire à l'actualité. Ce qui lui tombe dessus maintenant ne peut tomber que maintenant et ne serait pas tombé il y a quelques mois ou un an. Mais d'abord, avant de détailler un peu tout ça, je voudrais qu'on fasse un point de vocabulaire ensemble. C'est important, un mot.

Avant de lancer l'album de Bertrand Cantat sur mon ordinateur par simple esprit de contradiction-provocation (ça m'amuse beaucoup, je dois dire, ça doit être mon côté diabolique, un peu malsain), j'écoutais une dame intervenir sur le canal vingt-sept. Marie Cervetti, qui est au Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes. Je ne sais plus trop ce qu'elle disait – elle m'a tellement énervée que j'ai oublié – mais je crois qu'elle parlait de la douleur de la famille de Marie Trintignant et, à un moment, elle dit "de cette femme qu'il a assassinée". Alors non. Non. Nous allons nous mettre d'accord tout de suite : Bertrand Cantat n'a assassiné personne. Non. Parce que l'assassinat c'est le meurtre avec préméditation (ou guet-apens). D'ailleurs il n'est pas plus un meurtrier qu'un assassin. Parce que le meurtre qualifie l'intention de donner la mort. Or, il a été condamné pour "coups mortels", ce qui revient je crois à "coups et blessures ayant entraînés la mort sans intention de la donner". Il a tué quelqu'un, mais ce n'était pas un meurtre. Il est un tueur, pas un meurtrier. Vous allez me dire que quand même c'est mesquin et malsain de jouer sur les mots comme ça. Certes, certes. Mais du point de vue de la loi, du droit, des peines, un simple mot change tout ! Donc autant dans la vie de tous les jours on peut confondre les mots tueur et meurtrier, les utiliser l'un pour l'autre et vice versa, autant brandir le mot "assassin", c'est beaucoup trop. C'est de la calomnie. Et c'est condamnable par la loi. Voilà.

Maintenant qu'on est d'accord sur le lexique, je voudrais revenir aux premières choses que j'ai abordées. Un féminicide, ça n'existe pas. La loi, à ce que j'en sais, ne fait pas de distinction de sexe. Si je tue la personne avec laquelle je partage ma vie, peu importe que ça soit un homme, ou une femme : la peine sera la même. Si je tue mon enfant, peu importe que ça soit un ou une enfant : la peine sera celle de l'infanticide. Un régicide reste un régicide, que je tue un roi, ou une reine. Ce qui joue, ce n'est pas le sexe. C'est la préméditation ou non, la volonté ou non. Mais pas le sexe. Aux yeux de la loi, pour ce que j'en sais – après tout je n'ai pas fait des études de Droit –, le féminicide n'existe pas. Pourquoi en parle-t-on ? Après tout en quoi est-ce plus grave de tuer une femme qu'un homme ? Que je tue mon voisin ou ma voisine, quelle différence ? Que je tue mon conjoint ou ma conjointe, quelle différence ? Que je tue mon patron ou ma patronne, quelle différence ? Aucune. Simplement, au lieu de dire que Bertrand Cantat a tué quelqu'un, on dit qu'il a tué une femme. Du coup, le débat se déplace.

Ce n'est plus de savoir si un Homme qui en a tué un autre et a purgé sa peine dans les règles de la justice (comme le rappelle le juge qui lui a accordé la libération conditionnelle) peut reprendre sa vie là où il l'avait laissée (si tant est que ce soit possible) ; ni de savoir si le fait qu'il soit sorti plus tôt fait qu'il doit expier encore, plus, aux yeux du monde et pas derrière des barreaux. Ce n'est même pas la question de séparer l'homme de l'artiste, et, ici, en tout cas dans la manière dont j'axe ma réflexion, la question homme-artiste n'a pas plus d'importance que la question homme-boulanger ou homme-cordonnier. Ce n'est plus la question du "droit à la réinsertion" que demande Cantat lui-même. Ce n'est plus ça parce qu'aux yeux de notre société, de notre période actuelle, il n'a pas tué quelqu'un, il a tué une femme.

Sa malchance, c'est de revenir après #balancetonporc. C'est #balancetonporc qui fait que l'on parle – et on a raison de le faire – davantage des violences faites aux femmes, du sexisme. C'est dans ce contexte plus global des violences faites aux femmes que le fait que Bertrand Cantat n'ait pas tué quelqu'un mais une femme prend toute son importance. On dit "regardez, ce que ça donne, un homme qui bat sa compagne !". Et on sous-entend de manière à peine voilée qu'il a aussi tué son épouse, suicidée.

Si #balancetonporc a pu lancer un mouvement dans la société, pour parler, pour qu'on se rende compte, pour que davantage de femmes aillent dans les commissariats porter plainte, c'est très bien. Mais il ne faudrait pas non plus tout mélanger. Je suis assez mal à l'aise à l'idée que des groupements féministes s'en prennent encore à Bertrand Cantat, et s'indignent qu'il soit sur scène, alors que tuer une femme n'est pas plus grave que tuer un homme. Je suis assez mal à l'aise aussi à l'idée qu'on empêche cet homme de tenter de reprendre sa vie alors que la peine est purgée (d'autant que selon le juge il nourrit un profond sentiment de culpabilité). Alors certes, ça ne ramène pas les morts. Mais comme me disait un collègue : si on ne veut pas qu'il revienne alors autant rétablir la peine de mort, et le problème sera réglé. Toutefois, la peine de mort non plus, ne ramène pas les morts. On ne peut pas à la fois sortir un homme de prison et à la fois l'empêcher de vouloir reprendre une vie, vouloir le tuer socialement.

Ce n'est pas la question de l'homme et de l'artiste. Ça peut être, si vous voulez, la question des média, de certains d'entre eux du moins, qui font sa promo comme si de rien. C'est ça qu'il faut interroger. En étant une personne célèbre a-t-il le droit à l'oubli ? Mérite-t-il une peine sociétale en plus d'une peine judiciaire ? La question doit être juridico-morale, et pas sur l'actualité, pas sur "oh mon Dieu, il a tué une femme". Il n'a pas tué une femme : il a tué quelqu'un. Point final. La question doit être d'ordre général, sur les auteurs de crimes, leur réhabilitation.

Le fait qu'il soit un artiste l'expose à une certaine célébrité, à plus d'espace dans les média qu'une personne lambda. La question, ce n'est pas de savoir si on réhabilite l'homme ou l'artiste. La question, c'est de savoir ce que l'on veut montrer de notre justice, de notre société. Veut-on montrer qu'une peine dans une prison n'est pas suffisante et qu'il faut plus, qu'il faut expier jusqu'à notre dernier souffle de vie, qu'il faut se sacrifier, offrir son existence en pardon ? Ou veut-on montrer que quelqu'un qui a tué sans intention de donner la mort peut, après une peine de prison, revenir dans la société ? Oh !... pas comme avant, bien sûr, ce n'est pas possible !... Ce n'est pas possible du point de vue de la société, parce qu'un homicide involontaire, même si ce n'est pas un meurtre, c'est grave ; ni du point de vue du coupable, car tuer, car la prison, ça change un homme.

La question, ce n'est pas le sexe de la personne qu'il a tuée. La question, ce n'est pas qui de l'homme ou de l'artiste a été condamné. La question, c'est la Justice de la France. Et dois-je vous rappeler que des criminels se réinsèrent dans la société tous les jours au nom du droit à l'oubli ? C'est le juge lui-même qui le dit ! Alors quoi ? Bertrand Cantat, sous prétexte qu'il est célèbre, n'aurait pas ce droit ?... Ah ? Où est passé notre idéal selon lequel "tous les Hommes naissent libres et égaux en droit" ?

Plutôt que de s'acharner sur un homme qui a purgé sa peine, pourquoi ne pas tourner notre regard vers les centaines de femmes qui, cloîtrées chez elles, sans oser rien en dire, reçoivent tous les jours des coups par volées ? Plutôt que de s'intéresser à une femme déjà morte (et je mesure la violence que peut avoir ma phrase), pourquoi ne pas s'intéresser aux femmes qui mourront ce soir, demain, dans la semaine, dans le mois, dans l'année ? Et tenter de les sauver ? Même de n'en sauver qu'une ?

Les associations qui gèrent les appels des femmes victimes de violences ferment parfois leur standards tant elles reçoivent de demandes d'aides. C'est vers cette direction qu'il nous faut tourner notre regard ! Au nom du féminisme que certaines prétendent défendre en s'en prenant à un homme qui a fait son comptant de prison. Il est sorti plus tôt ? et alors ? C'est la loi. Il en avait le droit. Il n'a ni eu un traitement de faveur, ni eu un traitement de défaveur. C'était la loi. Que ceux à qui ça ne plaît pas demandent à ce qu'on la révise !

Bertrand Cantat n'est pas un assassin. Et il n'a pas tué une femme : il a tué quelqu'un. Et il a payé pour ça. Au nom de l'égalité des droits il peut reprendre une vie sans qu'on l'emmerde. Ça n'excuse pas ce qu'il a fait, ça ne le pardonne pas non plus.

Qu'en pensez-vous ? Quel est votre avis sur la question ?

Source photo – Kmeron

Rendez-vous sur Hellocoton !